Chapitre 598
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 598 : Trois jours seulement
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L’Œil maléfique, la ville, ses habitants, la guilde du crime… tout cela n’était qu’un immense piège.
Et l’Apôtre de la Sainte Secte de la Terre Maudite qui l’avait tendu n’avait pas sous-estimé sa cible. Pas le moins du monde.
Un chevalier se laisserait-il vraiment piéger par un truc comme un Œil maléfique ?
Bien sûr que non. C’était précisément pour cette raison que l’Apôtre Anella n’avait parlé de son plan à personne.
Elle ne pouvait pas laisser son adversaire comprendre quoi que ce soit aux préparatifs qu’elle avait mis en place. C’est pourquoi elle avait envoyé ceux qu’elle aurait pu appeler ses subordonnés droit à la mort.
« Vas-y. Montre-lui ce que tu sais faire. Tu crois vraiment qu’il va te tailler en pièces sans même te regarder ? Si, dans cet état, tu lui transperces le cœur d’un coup de lance télékinésique, que se passera-t-il ? Même un chevalier n’est pas immortel. »
« Je vous rapporterai sa tête, je vous le promets. Je l’offrirai au Dieu Démon. »
Elle avait envoyé un fidèle porteur d’un Œil maléfique, tout en sachant pertinemment que sa cible ne succomberait jamais à ses pouvoirs. Sa prédiction s’était révélée juste.
Quand l’Œil maléfique mourut et que le lien mental se rompit, sa vision disparut avec lui.
L’Apôtre s’assit calmement sur le sol crasseux, les mains jointes en prière.
Ceux qui connaissaient l’Apôtre Anella la surnommaient l’Ange du Désastre. Pourquoi ? À cause de son pouvoir. Elle pouvait sacrifier sa propre espérance de vie et des offrandes pour lancer des sortilèges interdits nés du désastre. Celui qu’elle avait préparé cette fois-ci était le Feu ambulant.
Par nature, les sortilèges interdits dévoraient l’espérance de vie. Elle s’était consacrée à l’étude de ceux qui en consumaient tout particulièrement, et cette structure convenait parfaitement à son pouvoir spécial.
Au début de ses préparatifs, elle avait estimé que le sortilège lui coûterait la moitié des années qui lui restaient à vivre.
Puis elle avait été témoin de la présence d’Enkrid, l’avait ressentie elle-même, et avait changé d’avis.
Et surtout, quand il avait suivi la direction de son regard pour lui lancer une fourchette… Quelle stupéfaction !
Cela lui avait fait regretter son choix plus encore.
Quel gâchis. Quel terrible gâchis.
Pourquoi un talent pareil avait-il choisi la mauvaise voie au lieu de se ranger sous la bannière de la Sainte Secte de la Terre Maudite ?
Il n’y avait plus de retour en arrière possible. Elle lui avait dit maintes fois de les rejoindre, l’avait exhorté encore et encore à se tourner vers la lumière, mais il avait refusé. Il ne restait donc plus qu’à le punir.
Et pour cela, n’avait-elle pas utilisé une ville entière comme appât ?
Plus l’appât était gros, mieux c’était. Alors elle avait sacrifié une ville.
Et ainsi, cette pauvre âme qui aurait dû marcher à ses côtés dans la lumière s’était laissé prendre.
Dieu Démon.
Comme l’Apôtre des malédictions, elle aussi possédait un pouvoir spécial : celui d’absorber l’espérance de vie des autres. Grâce à ces années dérobées, elle pouvait lancer des sortilèges défiant toute raison.
C’est ce qu’elle fit. Elle invoqua un désastre. Elle récita le sortilège en empruntant le nom du Dieu Démon.
Elle consuma jusqu’à la dernière goutte d’espérance de vie qu’elle avait accumulée jusque-là. Elle avait estimé que la moitié suffirait, mais il s’en fallait de beaucoup. Pour achever le sortilège, elle brûla la majeure partie de ses années restantes.
« Apparais, flamme qui convoites le soleil. »
Du sang coula de ses yeux. Une silhouette enflammée se dressa devant elle et prit forme humaine, plus grande qu’un homme, mais plus petite qu’un Géant. Des flammes tourbillonnantes recouvraient tout son corps comme une fourrure. Elle n’avait ni visage, ni yeux, ni nez, ni bouche, ni raison. Ce n’était qu’un sortilège.
Mais elle avait des jambes. Voilà pourquoi ce sortilège s’appelait le Feu ambulant.
Le feu se mit en marche. Vers Cross Guard.
* * *
La sérénité. Le chant des oiseaux. L’harmonie des fleurs d’hiver sous un ciel bleu. Tout cela entraîna brièvement Enkrid dans un autre monde.
Il somnola. Pas longtemps, juste un instant. Une petite sieste bercée par le calme.
Puis, d’un coup, le sommeil s’envola. Son corps réagit à l’instinct avant que son esprit ne suive. Il avait dormi sans rêver, mais son Sixième Sens venait soudain de s’éveiller.
Un pressentiment aigu et étourdissant lui transperça le cœur. Pourquoi ? Pour quoi ? Son regard se tourna de lui-même.
Fouuuush.
Au loin, des flammes s’élevaient. N’importe qui aurait vu qu’on y avait mis le feu délibérément.
Pourquoi fait-il si chaud ?
Le vent d’hiver apportait une bouffée de chaleur chargée d’effroi.
Il se leva d’un bond et balaya les alentours du regard.
Au loin, quelqu’un courait en hurlant, le corps entièrement en feu.
« Aaaaah ! »
Du feu. Plus exactement, un monstre fait de feu. Des flammes jaillissaient en l’air depuis ses épaules jusqu’à son crâne, et ses pieds brûlants flottaient juste au-dessus du sol, avançant comme s’ils foulaient le vide.
À le regarder, il semblait sans poids. Mais quand Enkrid vit ce qu’il avait fait, il en ressentit le poids comme un coup.
Il n’avait pas de mots. Le feu ne parle pas.
Il ne faisait que brûler.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Helma, qui transportait de l’eau, se retrouva face aux flammes. L’enfant n’avait vraiment pas de chance.
Quelques bribes de conversation d’avant sa sieste traversèrent l’esprit d’Enkrid.
Helma hériterait de l’auberge. Si l’enfant survivait, voilà ce qui l’attendait ; mais si rien ne changeait, il brûlerait vif.
Fouuuush.
Les fleurs d’hiver partirent en cendres. Les arbres s’embrasèrent. Une route de flammes s’étirait derrière la créature.
Tout commença au moment où Enkrid fixa le monstre de feu. Fwoooosh ! L’incendie bondit sur tout ce qui l’entourait.
Les flammes rougirent son visage et la chaleur s’abattit sur tout son corps.
Enkrid dégaina son épée et chargea.
Il lança un pied en avant et frappa la créature, sa lame chargée de Volonté.
Tout se déroula en un seul souffle, sans le moindre mouvement superflu.
Hwang !
Aucune sensation.
Paching !
Au même instant, un son étrange résonna aux oreilles d’Enkrid, venu de l’épée qu’il tenait. Une lumière bleue se brisa et se dispersa le long de la lame comme du verre en éclats.
C’était le sortilège qu’Esther avait lancé dessus.
La magie s’était brisée. Le Feu ambulant tendit la main. Par réflexe, Enkrid brandit Spark et la planta dans le bras de la créature.
Il avait pivoté sur lui-même, et son mouvement circulaire avait fait naître un anneau de vent autour de son corps.
Hwak !
Spark traversa le bras sans peine, mais rien de plus.
La main que le Feu ambulant avait tendue avait déjà accompli sa fonction. Enkrid n’avait pas été assez rapide pour l’arrêter.
Un filament de flammes jaillit et atteignit Helma.
Puwaaaaang !
Le feu explosa en une colonne. Helma n’eut même pas le temps de crier.
La créature n’avait fait que tendre la main, et les flammes engloutirent Helma plus vite qu’une flèche. À la place d’un cri, une odeur de chair brûlée envahit l’air. Les autres filaments de flammes, tendus comme des fils, explosèrent à leur tour en colonnes ardentes un instant plus tard.
« Hah ! »
Enkrid rappela Spark et leva son épée longue en fer durci avant de l’abattre en hurlant. La lame trancha le bras de la créature. Le membre sectionné s’envola de côté, s’enfonça dans un bâtiment de la ville et explosa.
Boum ! L’air se comprima et balaya tout alentour comme une tempête. Les explosions se succédèrent.
« Aaaaaaah ! »
« Aidez-moi ! »
« Pourquoi ?! »
« Argh ! »
« Reni ? Reniiiiii ! »
Un enfer de feu s’ouvrit sous ses yeux. La pression de l’explosion le repoussa, mais Enkrid tint bon et contempla les ruines autour de lui. Tout brûlait.
Les gens. Les bâtiments. Les enfants. Helma. L’auberge. L’idiot. Les amoureux. Les familles. Les pères. Les mères. Tout.
« Qu’est-ce que tu es ? »
Enkrid posa la question, rongé par un dégoût sans fond. L’effroi qui lui donnait le vertige ne s’était pas dissipé.
« C’est un sortilège interdit ! Le Feu ambulant ! »
La voix de Ruagarne retentit derrière Enkrid.
Voilà ce que c’était.
Enkrid ne pouvait pas trancher le feu. La créature dispersait des étincelles et brûlait tout jusqu’au bout.
Ruagarne brûla vive, puis Enkrid tint jusqu’au dernier instant avant de mourir à son tour.
Mourir brûlé était deux fois plus atroce que mourir de soif. Avoir le corps entier en flammes, c’était une douleur sans pareille.
Il brûlait bel et bien, mais avait l’impression qu’on lui enfonçait des lances de stalactites dans chaque parcelle du corps.
C’est ainsi qu’Enkrid mourut. Les ténèbres. Cette fois, elles durèrent plus longtemps que d’habitude.
Puis vint le balancement, comme s’il avait attendu son heure.
Floc.
La proue d’un bateau, où l’eau de la rivière berçait son corps. Le Passeur le regardait en souriant. Enkrid ne parvint pas à lui rendre son sourire.
« Tu t’es bien amusé ? »
demanda le Passeur.
À son dernier instant, Enkrid s’était accroché par réflexe et avait regardé tout brûler.
L’arbre qui avait fleuri en plein hiver avait brûlé.
L’auberge avait brûlé.
Helma avait brûlé.
Ruagarne avait brûlé.
Lui aussi avait brûlé.
« Et si c’était à ton tour de t’amuser ? »
Le Passeur reprit la parole. Puis encore une fois.
« Reviens quand tu te seras davantage amusé, et nous en reparlerons. »
Avant qu’Enkrid ne puisse répondre, la Rivière Noire disparut. La lanterne violette se brouilla et se dispersa.
Tout se désagrégea comme des grains de sable.
Quand il ouvrit les yeux, Enkrid sut qu’il n’était pas le matin.
Juste après m’être réveillé d’une sieste ?
Le sommeil était-il la clé qui faisait remonter le temps ? Non. Était-ce l’œuvre du Passeur ? Peut-être.
Il n’avait pas le temps d’y réfléchir. Il avait ouvert les yeux parce qu’il avait senti que quelque chose clochait.
Il ressentait la même chose, à présent.
L’effroi. Un effroi pur. Et cette fois, il savait aussi ce qui allait arriver. Il avait déjà vécu cette journée.
Enkrid se releva aussitôt.
« Hé ! Qu’est-ce qui te prend ? Tu m’as fait peur ! »
Tout près, Helma renversa l’eau de sa tasse et poussa un cri.
« Va retrouver ton oncle. »
Sur ces mots, il partit en courant vers la source de cette chaleur qu’on ne pouvait pas qualifier de brise tiède.
Fwoosh !
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Quel cinglé s’amuse comme ça ? »
« Au feu ! Au feu ! »
Des flammes dévorantes. La présence du Feu ambulant était réelle et indéniable.
Enkrid courut en dégainant son épée. Chiiiring. La pointe de la lame fendit l’air vers le ciel, puis retomba d’un seul coup.
Pung !
Son épée fendit le feu. Les flammes séparées s’écartèrent de part et d’autre, puis explosèrent.
Une lumière bleue se brisa sur la lame comme du sable. La magie éclata. Les flammes jaillirent. Tranchées, mais pas vraiment tranchées.
« Ça ne sert à rien, tu ne peux pas le trancher. C’est le Feu ambulant. »
La voix de Ruagarne retentit de nouveau. Cette fois, Enkrid ne mourut pas sur-le-champ. Le corps qu’il avait entraîné résista assez longtemps aux flammes, et le Feu ambulant ne le prit pas pour cible en premier.
« Regarde-moi ! »
Il poursuivit la créature et cria, mais ce n’était pas un être doué de raison.
Une fois encore, le feu brûla tout ce qui l’entourait.
« Helma ! »
L’enfant qui devait hériter de l’auberge mourut. L’adulte qui avait tenté de le protéger jusqu’au bout mourut aussi. Une répétition de plus.
« Recommence encore une fois. »
Le Passeur lui proposa une nouvelle fois la même journée. C’était une contrainte à laquelle il ne pouvait se soustraire.
Enkrid affronta encore une fois cette même journée brève, interrompue en plein milieu.
À son réveil suivant, ses pensées s’accélérèrent à un degré terrifiant.
Y a-t-il un moyen de l’intercepter avant qu’il n’entre dans la ville ?
Et si je combinais mon épée au fouet de Ruagarne, au cas où la magie ne suffirait pas ?
Dois-je le traiter comme une Créature démoniaque informe ?
Ruagarne sait quelque chose. Elle n’arrêtait pas de crier « Feu ambulant ».
Au terme de cette réflexion fulgurante, la détermination et le jugement que le seigneur Lui avait admirés s’illuminèrent en lui.
« Rua ! »
Il l’appela d’une voix chargée de Volonté, et Grenouille accourut d’un côté.
Cette fois-ci, Enkrid avait deux options.
La première consistait à emprunter le fouet. La seconde, à poser des questions sur le Feu ambulant.
Ce n’était pas le moment d’hésiter. Il tendit d’abord la main.
« Donne-moi ton fouet. Prête-le-moi. »
Il n’avait pas le temps d’expliquer. Ruagarne cligna des yeux, déroula le fouet et le lui lança.
Elle avait compris qu’il était désespéré.
Elle lui faisait confiance : il n’aurait pas demandé une chose pareille sans raison grave. Aussi n’hésita-t-elle pas.
Enkrid attrapa le fouet de la main gauche et comprit aussitôt qu’il ne savait pas manier ce genre d’arme.
Alors, il n’y avait aucun moyen ? Si, il devait bien y en avoir un. Il enroula le fouet autour de son épée et se mit à courir.
Le Feu ambulant vint à sa rencontre.
Le fouet brûla. La magie de son épée se brisa. Les flammes restèrent impossibles à trancher.
« Encore une fois. »
Le Passeur le dit de nouveau.
Lors de la journée répétée suivante, Enkrid posa une question au lieu de demander le fouet.
« Qu’est-ce que le Feu ambulant ? »
Prise sans préambule, la question reçut une réponse sans que Ruagarne en demande la raison. Elle avait dû sentir l’urgence dans sa voix.
« Le Feu ambulant ? Tu parles du sortilège interdit ? Une fois activé, il brûle tout jusqu’à épuisement de son énergie magique. Ce n’est qu’alors qu’il disparaît. »
Il fallait donc épuiser sa magie.
Continuer à le trancher ? Mais lorsqu’on le coupait, il se divisait et explosait. S’il n’était pas dans la ville, pourrait-il simplement tenir bon ? Et s’il l’attirait à l’extérieur ?
« Regarde-moi ! Viens, suis-moi ! »
Les flammes dépourvues de raison ne réagissaient ni aux provocations ni au désespoir des hommes.
Le Cultiste avait insufflé un seul ordre au Feu ambulant : brûler cette ville.
Et le feu s’y employait exactement. La ville entière n’était qu’un piège, un appât.
À force de revivre la journée, Enkrid finit par comprendre que tout cela était un piège qu’on avait creusé pour lui. Mais cette compréhension ne changea rien.
Vingt-huit jours passèrent.
Enkrid brûla vif encore et encore, et, vingt-huit fois, il regarda Helma, l’idiot, les gens, les bâtiments et les fleurs d’hiver partir en flammes, tandis que la fumée noire engloutissait le ciel bleu.
Le Passeur était assis à la proue, en train de boire du thé. La lampe posée sur le côté, la tasse levée à ses lèvres. Enkrid ne l’avait encore jamais vu faire cela.
Était-il à ce point satisfait ?
« Alors, qu’en penses-tu ? De ce mur ? »
« Ça fait mal. »
Enkrid répondit honnêtement. Mourir brûlé était vraiment le genre de douleur qui pouvait rendre fou.
Et pire que la douleur, il y avait l’absence totale de voie à suivre.
« C’est vrai, ça fait mal. Tu veux que je te donne une bonne solution ? »
« Oui. »
« Enfuis-toi. Il ne te poursuivra pas. »
Enkrid ne l’écouta pas. Il brûla vif une nouvelle fois. Soixante autres jours s’écoulèrent.
« Tu veux une autre solution ? Espèce d’imbécile, cache-toi. Si tu ne veux pas partir seul, emmène ceux qui te sont chers et tiens-toi à l’écart des flammes. Tu veux que je te dise où te cacher ? Très bien. Tu as déjà vu l’abri souterrain, non ? Ça devrait suffire. »
Enkrid ne l’écouta pas davantage. Quatre-vingts autres jours s’écoulèrent.
Jusqu’ici, le Passeur avait toujours dit ce qu’il voulait, puis renvoyé Enkrid dans la journée.
Comme s’il avait déjà su qu’Enkrid n’en ferait qu’à sa tête.
Enkrid avait brûlé et était revenu encore. Il se trouvait dans un enfer où il avait cessé de compter les jours.
« Laisse-moi te poser une question. »
Le Passeur prit la parole debout. La lumière de la lampe ne vacillait pas. Il n’y avait ni tasse de thé ni chaise. Tout était comme la première fois : le bateau, l’eau noire de la rivière, le Passeur, la lanterne violette, cette silhouette inhumaine dont on ne distinguait ni les yeux, ni le nez, ni la bouche.
Au-delà de l’eau qui se balançait, rien ne bougeait.
Derrière sa capuche qui dissimulait sa bouche, le Passeur demanda :
« Jusqu’où iras-tu pour les protéger ? »
Enkrid avait l’impression que chaque souffle qu’il expirait portait encore la chaleur des flammes. À l’instant, il avait fait l’insensé : essayer de mordre le feu. Ses organes avaient brûlé de l’intérieur avant tout le reste.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
L’expérience d’avoir les organes en feu ne pouvait être qualifiée d’agréable, quoi qu’on en dise.
« Si la rencontre entre deux personnes s’appelle un lien, alors je te demande quelle est la profondeur de ce lien. »
Enkrid savait écouter et, cette fois, il en saisit le sens général.
Le Passeur n’attendit pas sa réponse et reprit :
« Un lien de trois jours. Un lien qui n’a pas non plus été entièrement amical envers toi. Trois jours de lien. »
Enkrid regarda le Passeur. Les yeux, le nez et la bouche qu’il ne pouvait distinguer commencèrent à apparaître faiblement.
« Trois jours avant aujourd’hui. À toi d’en juger. Est-ce que cela vaut la peine de risquer ta vie pour quelque chose d’inutile, au nom de trois jours ? »
Avant même que le Passeur eût fini de parler, l’instant précédant la répétition de la journée d’Enkrid, celui d’avant sa sieste, remonta dans son esprit.
Trois jours de lien. Trois jours seulement. Est-ce que cela valait la peine de risquer sa vie pour si peu ?
Voilà ce que lui demandait le Passeur.
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