Chapitre 591
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
LE CHEVALIER QUI RÉGRESSA ÉTERNELLEMENT
Chapitre 591 : La ville sans foi ni loi
= = =
« Le Culte ? »
Enkrid posa la question sans montrer le moindre intérêt particulier, et le sourcil de l’homme borgne se fronça.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
Probablement pas. Ça ne semblait pas très plausible. Si c’était le Culte, ses membres ne s’y prendraient jamais aussi maladroitement.
Et Kraiss avait déjà dit que quiconque accomplissait un travail important pour le Culte saurait qui était Enkrid.
« Réfléchis un peu. Si quelqu’un ne cesse de faire capoter tes plans, tu vas forcément chercher à savoir qui c’est. Ce serait bizarre qu’ils n’aient pas essayé de t’assassiner. »
C’était Kraiss qui avait dit ça. En y regardant de plus près, il y avait bel et bien eu des tentatives d’assassinat, même si le groupe d’Enkrid ignorait la plupart d’entre elles.
Jaxon avait même reçu des contrats.
Jaxon avait intercepté ou réglé d’autres tentatives en cours de route.
Un Apôtre des malédictions était aussi venu une fois, mais il était difficile de connaître toute l’histoire derrière cette affaire.
Comment aurait-on pu deviner que ce cadavre décharné et hideux, qui venait de s’écrouler raide mort, était un Apôtre des malédictions ?
Quoi qu’il en soit, le Culte grinçait apparemment des dents à la simple mention du nom d’Enkrid. Si l’attaque se limitait à ça, il y avait donc très peu de chances que ces hommes soient des Cultistes. C’était sa conclusion.
« Du trafic d’êtres humains ? »
Il posa de nouveau la question, sans même porter la main à son arme, et les voyous commencèrent à sentir que quelque chose clochait.
On s’est trompés de cible ?
On devrait laisser tomber ?
Mais ils ne pouvaient pas non plus faire ça.
Enkrid l’ignorait encore, mais Cross Guard était en train de devenir une ville sans foi ni loi. Le maire et les fonctionnaires municipaux y avaient peu d’influence, tandis que la Guilde des voleurs et des bandes comme la Fraternité détenaient le véritable pouvoir.
Le groupe qui venait d’attaquer Enkrid portait le nom ridicule de Fraternité de l’Alêne : ils vous embrochaient si vous vous mettiez en travers de leur chemin. On les connaissait aussi comme une guilde criminelle qui ne manquait jamais de se venger si l’on touchait à l’un des siens. Le problème, c’est qu’ils n’avaient aucune idée de qui ils avaient en face d’eux.
Les voyageurs passaient rarement par là et, même après avoir vu cet homme escorté par un fonctionnaire de la ville, ils n’avaient vu que les krona qu’il pouvait avoir sur lui. Leur chef avait été un idiot dès le départ. Qu’ils aient tous survécu jusque-là relevait franchement du miracle.
« Tuez-le ! »
L’homme borgne en donna l’ordre, et les voyous dégainèrent des lames en forme d’alênes effilées avant de se ruer sur lui.
Le couloir était étroit, peu pratique pour dégainer et manier une épée longue. Ils avaient prévu le coup et s’étaient armés de poignards en forme d’alène, longs d’une bonne paume. Au moins, ils savaient se coordonner entre eux.
Au lieu de se jeter tous ensemble sur lui, ils s’engagèrent deux par deux dans le couloir et attaquèrent de concert.
Mais même un simple écuyer d’un ordre de chevalerie aurait pu se tenir là sans qu’ils parviennent à le toucher.
En réalité, un soldat expérimenté de l’Armée permanente de la Garde-frontière aurait largement suffi à les maîtriser.
Enkrid ne dégaina pas. Il fit un pas à gauche, puis un autre à droite, et tendit les mains.
Naturellement, il allait à une vitesse à laquelle ils ne pouvaient réagir.
La lumière des lampes projetait sur les deux murs des ombres qui s’agrandirent démesurément, puis s’effondrèrent.
On aurait dit qu’un Esprit maléfique fait de suie avalait les ombres des hommes encore en vie. Du point de vue de la Fraternité de l’Alêne, c’était peut-être exactement ce qui se passait.
Enkrid saisit un poignet et le brisa avant même que sa victime ait le temps de tressaillir.
Crac !
« Aïe ! »
Le cri retentit aussitôt. Au moment où il lui brisa le poignet, Enkrid lui déboîta aussi la mâchoire. C’était la spécialité d’Audin : appuyer du bout des doigts juste sous la pommette, puis pousser droit vers le bas, et l’articulation sortait de son logement.
« Aouh… »
Une articulation déboîtée devait faire un mal indescriptible. L’homme à la mâchoire démise ne pouvait même pas crier correctement ; il se contentait de baver. Puis les larmes se mirent à couler.
L’homme borgne jeta un coup d’œil à la scène, se dit quelque chose du genre « C’est quoi ce bordel ? », puis se retourna pour fuir. Mais Enkrid n’allait pas le laisser faire.
Le poignard en forme d’alène lâché par le premier homme, celui dont le poignet venait d’être brisé, se trouvait déjà dans la main d’Enkrid.
Enkrid en évalua le poids un instant, puis le lança.
Le poignard fendit l’air dans un sifflement aigu et se planta dans l’arrière de la cuisse de l’homme borgne.
Tchak !
« Aïe ! »
Boum, fracas, patatras.
Il avait tenté de détaler, mais il dégringola les escaliers en roulant.
Enkrid n’avait pas l’intention de le tuer, mais s’il devait mourir de ça, eh bien, tant pis.
Tout fut terminé avant qu’on ait eu le temps de reprendre son souffle.
Ceux qui tenaient encore debout se figèrent. Les hommes qui essayaient maladroitement de pousser leurs poignards en avant roulaient des yeux affolés.
À ce moment-là, Ruagarne avait déjà achevé les deux hommes sur le toit et était redescendue. Elle avait sauté directement dehors et remontait depuis le rez-de-chaussée. Enkrid ne laisserait personne s’échapper, mais, au cas où quelqu’un tenterait une échappatoire inhabituelle, comme un nuage de fumée soporifique, elle comptait être là pour l’intercepter.
Non pas qu’une telle tentative aurait pu lui échapper, mais lire le terrain et s’en servir faisait partie de la manière de combattre de Ruagarne. Enkrid l’avait bien appris à ses côtés, ce qui expliquait en partie pourquoi ils s’étaient séparés au départ.
Le dispositif leur barrait toute issue.
Ils n’avaient pas échangé beaucoup de mots, mais leur instinct leur avait suffi pour se comprendre.
Deux hommes étaient encore debout. Tous deux tenaient un poignard, mais aucun ne bougeait le petit doigt.
« Tu les as tués ? »
Enkrid posa la question vers le bas, sans prêter attention aux hommes encore debout. Ruagarne remonta les escaliers et lui répondit :
« Ouais. Il nous en faut un ou deux vivants, pas vrai ? Le gamin n’avait pas l’air impliqué. L’aubergiste, lui, savait ce qui se passait. Quelqu’un lui a fait peur, apparemment. »
Ruagarne avait la main rapide. Elle avait tout de même trouvé le temps de lire l’expression de l’aubergiste en passant.
Enkrid hocha la tête sans en faire toute une histoire.
Il savait, et avait fermé les yeux pour s’en sortir. On pouvait y voir une faute. Avoir remarqué quelque chose de louche et en avoir tiré profit, oui, ça aussi.
Selon le point de vue, presque tout pouvait être un péché, mais Enkrid n’avait aucune envie de juger. Les gens s’adaptaient aux circonstances pour survivre, et quiconque avait l’audace de s’en prendre à vous comme ça n’aurait eu aucun scrupule à menacer un aubergiste.
« On continue ? »
demanda Enkrid d’un ton aimable. Les deux voleurs armés de poignards s’agenouillèrent sans un mot.
À leurs yeux, ces deux-là étaient des monstres. Ils n’avaient pas tort.
Pour le commun des mortels, une Grenouille et un chevalier, c’était exactement ça.
Ils avaient misé sur la fumée soporifique, mais elle n’avait pas fonctionné. La suite était tout à fait prévisible.
Enkrid haussa les épaules, emporta dehors le brasero fumant où brûlait l’encens soporifique, puis lança en revenant : « Change le brasero. »
« Pardon ? »
« Remplace le brasero. »
Inutile de changer de logement pour le moment. Il lui suffisait d’un rapide coup d’œil à la situation pour comprendre que les choses ne seraient pas différentes ailleurs.
Quelqu’un les avait manifestement vus arriver sous escorte officielle, et pourtant, ces hommes avaient quand même tenté leur chance. Il n’y avait que deux explications possibles.
Soit l’administrateur était au courant et faisait semblant de ne rien voir, soit il les soutenait réellement.
Enkrid cessa d’y réfléchir, fouilla les voleurs et chercha une corde. Il trouva une grosse bobine.
Alors, c’est bien du trafic d’êtres humains.
Pour enlever des gens et les vendre, il fallait de quoi les ligoter. Il avait vu juste. Ils n’avaient pas prévu de tuer qui que ce soit. Enkrid attacha les deux voleurs pieds et poings liés, puis les installa devant la porte de la chambre.
« Réveillez-nous si quelqu’un vient. »
Il venait de se fabriquer deux sonnettes humaines.
« Un homme doit dormir quand il le peut. »
Il le dit, et Ruagarne hocha la tête. C’était vrai. Il fallait se reposer quand on en avait l’occasion. Et tous deux firent exactement cela.
Les deux voleurs avaient beau être ligotés serré, ils n’avaient surtout plus la moindre envie de s’enfuir.
Assis au milieu des cadavres de leurs compagnons, ils luttèrent contre la terreur pendant les longues heures de la nuit, persuadés qu’à tout instant, ces deux-là allaient surgir et les embrocher.
Ce ne fut qu’à l’aube que la source de leur peur apparut, leur coupa les liens et leur ordonna : « Nettoyez-moi ça. »
Les deux voleurs frottèrent et récurèrent jusqu’à effacer toute trace de la nuit précédente. Naturellement, ils ne purent pas tout faire disparaître, surtout le sang qui avait imprégné le plancher. L’auberge avait déjà une odeur de renfermé et de moisi ; maintenant, le sang s’y mêlait.
Enkrid traîna dans le couloir une chaise sans dossier, qui racla le sol, puis s’assit dessus.
Ruagarne se frotta plusieurs fois les yeux, enroula son fouet autour de sa taille et sortit s’adosser au mur en haut des escaliers. Elle avait choisi un endroit d’où elle pourrait réagir à tout.
« Qui vous a envoyés ? »
demanda Enkrid.
« Personne ne nous a envoyés », répondit l’un des voleurs en déglutissant difficilement.
« Quand des voyageurs ou des marchands passent par ici, on les malmène, on leur prend leurs krona et on leur pique tout ce qu’on peut. »
Il n’avait pas l’air de mentir.
Par chance, le chef, qui avait dégringolé les escaliers, était mort, et les circonstances de son décès étaient étranges. Il ne s’était pas brisé la nuque. Le blanc de ses yeux était parsemé de petits points noirs, comme des grains de poussière, et c’était ainsi qu’il avait trouvé la mort.
Ce n’est pas une colonne vertébrale brisée.
Même en tenant compte de la rigidité cadavérique, le corps était anormalement raide et lourd, comme s’il se changeait lentement en pierre, ou comme si ses organes avaient été de pierre dès le départ.
Il avait fallu deux adultes, qui avaient peiné et soufflé, pour le traîner ailleurs.
Enkrid trouvait cela étrange, mais n’avait personne à qui poser la question. Ruagarne l’avait vu aussi et s’était contentée de dire que c’était bizarre.
« Le fonctionnaire nous a escortés jusqu’ici. Qu’est-ce que vous pensiez qu’il se passerait après ça ? »
Quand il posa la question aux deux sonnettes improvisées, ils répondirent qu’ils n’avaient pas prêté la moindre attention au fonctionnaire. C’était un incapable inutile que personne ne respectait.
Ils ajoutèrent que des meurtres avaient lieu un jour sur deux dans la ville, à cause des guerres entre guildes criminelles, et que l’administrateur ne pensait qu’à sauver sa peau.
Enkrid se demanda en son for intérieur : vraiment ? Il avait déjà rencontré l’administrateur aux yeux de serpent, et cet homme ne lui avait pas paru particulièrement timoré.
Les deux voleurs rescapés parlèrent aussi de la personne la plus dangereuse de la ville : un certain Lame du Vent. Cette histoire méritait qu’on s’y intéresse.
Apparemment, Lame du Vent avait tué quelque part un membre d’un célèbre ordre de chevalerie et se cachait à présent ici.
Les deux hommes ne cessaient de parler. Naturellement, aucun d’eux n’avait envie de traverser la Rivière Noire au fil d’une lame.
À moitié en pleurs, à moitié en train de débiter des paroles incohérentes, ils finirent par lâcher quelques informations dont Enkrid pouvait vraiment se servir.
Conclusion : Culte ou pas, cette ville était pourrie jusqu’à la moelle.
Et maintenant ?
D’abord, le petit déjeuner.
Enkrid suivit son instinct. Il se leva et commanda à manger.
« Vous comptez vraiment manger ici ? »
L’aubergiste le dévisageait, un grand couteau de cuisine à la main, sans avoir l’air de vouloir se battre. Ses sentiments se lisaient clairement sur son visage : de l’anxiété et de l’inquiétude, rien d’autre.
« Où voulez-vous que je mange, dans une auberge ? »
« Vous pouvez toujours aller attraper des sauterelles sur la route », lança Ruagarne à côté de lui.
Enkrid se contenta de tapoter deux fois sur la table.
L’aubergiste poussa un long soupir et s’éloigna. Un enfant qui travaillait là accourut alors et chuchota : « Vous devriez… euh, vous enfuir. »
« Pourquoi ? »
Les enfants voient le monde avec des yeux d’enfant.
Cet enfant n’avait jamais quitté Cross Guard depuis le jour de sa naissance. Quelle était la chose la plus effrayante pour un enfant comme lui ?
Ceux qui le menaçaient chaque jour. Ceux qui faisaient ce qu’ils voulaient depuis aussi longtemps que quiconque s’en souvenait, sans jamais en subir les conséquences.
Pour cet enfant, les guildes criminelles étaient aussi terrifiantes que la mort.
« Des gens effrayants vont venir. »
L’enfant ne croyait pas qu’Enkrid était quelqu’un de mauvais. C’était pour cela qu’il avait trouvé le courage de l’avertir, mais l’intéressé ne fit même pas semblant de l’écouter.
Le rez-de-chaussée de l’auberge faisait aussi office de salle à manger. Il était encore tôt, mais les clients commençaient à arriver un à un. Deux hommes à l’air coriace se dirigèrent vers Enkrid.
Raclement, traînement.
L’un d’eux attrapa une chaise par le dossier et la traîna sur le sol, puis la posa à côté de la table où Enkrid était assis.
Il enfourcha la chaise, le dossier contre sa poitrine, s’installa et fixa Enkrid d’un regard assuré.
« Qui es-tu ? »
Enkrid se tourna vers l’homme et l’examina.
La première chose qu’il remarqua fut les deux épées courtes à sa ceinture. C’étaient ses armes principales. Le cuir qui en recouvrait les poignées était lisse et usé : il avait fallu les manier longtemps pour laisser de telles marques.
Sa posture pouvait sembler décontractée, mais ses orteils et ses doigts étaient tendus, prêts à dégainer à tout instant. On le devinait rien qu’à son attitude.
Ses intentions étaient assez claires.
« Un client qui attend son petit déjeuner. »
« Difficile de te contredire », dit Ruagarne.
Cross Guard était sous la coupe de trois guildes criminelles.
Il s’était passé bien des choses pour que la ville en arrive là, mais, pour résumer, plusieurs guildes criminelles avaient pris une ampleur considérable en très peu de temps, et personne n’avait réussi à les contenir. Un commandant de garnison s’était retrouvé mêlé à une guerre entre guildes et avait été tué. Un autre commandant était, selon la rumeur, pratiquement membre d’une guilde lui-même.
Avec le temps, et dans ces conditions, la ville était devenue en douce un lieu sans foi ni loi, où les guildes criminelles régnaient en maîtres.
Les jeux d’argent et la drogue s’étaient ensuite répandus dans toutes les ruelles, et il n’était pas rare de découvrir au matin quelqu’un mort dans la rue.
Il suffisait de s’engager dans une ruelle pour être aussitôt assailli par les odeurs. Les déchets n’étaient pas correctement évacués, et les détritus jonchaient le sol partout.
Les rats proliféraient et les gens tombaient malades comme de rien.
L’homme qui venait d’aborder Enkrid appartenait à l’une de ces trois guildes criminelles.
« Ah bon ? »
L’homme esquissa un sourire en coin. Personne n’aurait qualifié son visage de charmant, mais Enkrid le trouvait étrangement amusant.
Il faisait mine d’être détendu, mais ses orteils et ses doigts étaient tendus à craquer.
Ses intentions étaient assez claires.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>