Chapitre 592
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 592 : Une hospitalité excessive
= = =
Depuis sa chaise, l’homme voyait deux silhouettes agenouillées docilement près de la table. Les mêmes qui avaient passé la nuit ligotées et sans dormir. Elles n’osaient croiser le regard de personne, la tête basse, seuls leurs yeux remuant.
Ils se sont fait attraper par une Grenouille. Quels idiots.
L’homme observait la Grenouille plutôt qu’Enkrid. Il suffisait d’un coup d’œil pour comprendre qu’ils faisaient partie de ceux qui se croyaient tout permis parce qu’ils avaient une Grenouille derrière eux.
Ils n’étaient pas d’un niveau supérieur à ceux qui avaient attaqué la veille au soir.
Ils n’avaient aucune idée de qui ils avaient affaire. Ceux qui étaient prisonniers d’un puits étroit ne savaient jamais ce qui se trouvait à l’extérieur.
Cross Guard était accaparée par les luttes intestines entre guildes. Ici, tout le monde était trop occupé à défendre ses propres intérêts pour se soucier de ce qui dépassait son petit coin de monde.
Dernièrement, la rumeur courait que le seigneur de la ville cherchait à s’affranchir d’Azpen.
Était-ce crédible ? Personne n’en savait rien. Ils avaient simplement entendu la rumeur et haussé les épaules.
Ils étaient comme des oiseaux et des grenouilles prisonniers de leur petit monde. Était-il normal qu’ils ne sachent rien ? Ou quelqu’un avait-il délibérément organisé les choses ainsi ?
Ce n’était pas le problème d’Enkrid. Quand quelqu’un venait vous trouver, seule comptait la raison de sa venue.
« Vous êtes venus vous battre ? »
Enkrid jeta un regard vers la cuisine et posa la question. Le petit-déjeuner n’était pas encore servi. Des gens qui débarquaient avant même l’arrivée du repas, quelle diligence ! À moins qu’ils ne sortent tout droit d’une nuit passée aux tables de jeu. L’homme empestait le tabac froid, sans parler de l’odeur encore pire qui lui venait de la bouche.
Il avait aussi les cheveux gras. Le genre à ne pas se laver souvent. Pire que Dunbakel, même.
« Hé, tu fais le malin parce que t’as une Grenouille avec toi ? »
Le Puant leva la main gauche et agita nonchalamment les doigts. Une Grenouille entra par la porte. Pieds nus, claquant sur le sol, elle prit la parole dès son arrivée.
« Vous ne les avez toujours pas tués ? »
La Grenouille qui venait d’entrer avait les yeux d’un rouge inhabituel. Son regard écarlate s’arrêta sur Ruagarne.
Une Grenouille, hein. Pas très amusant à découper.
C’était ce que pensait Ruagarne en la fixant, même si, bien sûr, elle n’avait aucun moyen de savoir ce qui se passait dans la tête de l’autre Grenouille.
Grenouille ou pas, Enkrid se contenta de dire ce qu’il avait à dire.
« Mangeons avant de nous battre. »
Cette habitude lui venait entièrement du Batelier. Avec lui, peu importe ce que disait l’autre, il fallait toujours exprimer son propre point de vue, sans quoi son intention ne serait jamais comprise.
Il voulait aussi repenser à ce qu’il avait tiré des paroles du Batelier et s’exercer à le mettre en pratique, mais ce serait pour plus tard.
« Ah oui ? »
L’homme assis se leva en parlant. L’instinct d’Enkrid lui indiqua clairement ce qui allait suivre. Repousser la chaise, dégainer, frapper. Et avant même que l’homme se soit redressé, une silhouette derrière lui se décala légèrement. Ils allaient attaquer en même temps.
L’homme qui se glissait juste hors du champ de vision d’Enkrid avait une hachette usée à la ceinture. Sa main s’y portait déjà alors que son pied n’avait pas fini de se lever. Son intention ne pouvait être plus évidente.
Comment m’y prendre ?
La question et la réponse lui vinrent en même temps. C’étaient des gens qui tuaient sans hésiter. Enkrid décida qu’il n’avait pas besoin de dégainer une seule de ses armes. Il avait vu juste.
Boum. Raclement.
L’homme repoussa sa chaise d’un coup de pied et dégaina son épée d’un seul geste. À côté de lui, l’autre abattit sa hachette dans le même mouvement.
Tous deux avaient de bons réflexes pour une attaque surprise. Mais ils restaient loin du niveau de quiconque avait achevé l’instruction de base de l’Armée permanente de la Garde-frontière.
Ils feraient déjà mieux s’ils avaient terminé leur instruction de base.
Cette pensée fugace lui traversa l’esprit tandis qu’il bougeait. Il fut plus lent à réagir qu’eux, mais sa force brute et ses réflexes jouaient dans une tout autre catégorie : il sembla donc se déplacer plus vite.
Il tendit la main, saisit la lame à mains nues, puis tira.
La différence de force était flagrante. L’autre serrait la poignée de son épée à deux mains ; Enkrid, lui, tenait la lame entre ses quatre doigts et son pouce. Pourtant, l’arme lui échappa.
Enkrid attrapa la lame et tira. L’épéiste poussa un bref cri étranglé et lâcha son arme.
Enkrid s’empara de l’épée et enfonça la garde saillante dans le crâne de l’homme.
Clac.
La garde de l’Épée courte se transforma en arme et perça le crâne de son propriétaire. Impossible de survivre avec un trou dans le crâne. C’était évident.
« Argh. »
L’homme qui avait lancé son attaque gémit et s’effondra de côté. Celui à la hachette ne s’en tira pas mieux. Tandis que la main gauche d’Enkrid arrachait l’épée à son adversaire et lui fracassait le crâne, sa main droite saisit la hachette et la rendit à son propriétaire, le manche enfoncé dans le sommet du crâne.
Ils moururent tous deux au même instant, mais un seul bruit sourd retentit. Le geste avait été si net.
Tous deux s’écroulèrent et répandirent leur sang sur le sol.
Pendant que les deux membres de la guilde mouraient, la Grenouille aux yeux rouges avait elle aussi bougé. Mais celle-ci s’était tellement enivrée de sang qu’elle avait depuis longtemps oublié les dons naturels de sa race.
Enivrée par le plaisir de découper les gens. Il arrivait que certaines Grenouilles soient ainsi. La corruption ne faisait pas de distinction entre les espèces.
Ruagarne observa l’Épée en boucle que la Grenouille dégaina. La lame était courte, mais dentelée comme une scie.
Grrrrr.
Elle racla le fourreau de cuir en en sortant, dans un grincement désagréable.
Une arme dont le seul but était de procurer la sensation de trancher.
La Grenouille bondit du plancher de l’auberge avec un fracas ; les planches se fendirent et des éclats volèrent dans les airs. Son intention était claire : réduire la distance, puis lacérer Ruagarne partout où elle pourrait l’atteindre. Ruagarne était assise, la Grenouille debout ; elle comptait profiter aussitôt de ce qu’elle prenait pour un avantage.
Ruagarne anticipa son approche sans quitter sa chaise, dégaina son fouet et le fit claquer. Il s’enroula autour de la gorge de la Grenouille dans un sifflement et stoppa net sa charge.
Grrk.
Même le fouet serré autour du cou, la Grenouille aux yeux rouges se contenta de gonfler une fois la joue.
Dès que le fouet se tendit, la Grenouille prit appui, saisit le fouet de sa main libre et le serra. Les épines saillantes empêchèrent sa main de glisser sans heurt, et des gouttelettes de sang jaillirent.
Sans prêter la moindre attention à la douleur, la Grenouille empoigna le fouet et tira de toutes ses forces.
Les Grenouilles avaient toujours confiance en leur propre force.
Elle croyait pouvoir briser le fouet à la force du poignet. Avec assez de temps, cela n’aurait pas été impossible, mais son souhait ne se réalisa pas.
Tandis que la Grenouille serrait le fouet et tirait, Ruagarne prit appui au sol et bondit vers l’avant. La chaise sur laquelle elle était assise bascula dans un bruit sourd.
Pourtant, son mouvement resta relativement fluide.
La Grenouille avait fracassé le plancher ; elle n’avait fait que renverser une chaise.
Un des piliers du bâtiment se dressait entre les deux Grenouilles. Ruagarne fit mine de le contourner par la gauche, puis changea brusquement de direction et bondit à droite, enfonçant son épée.
Une feinte simple, mais qui trahissait les habitudes d’une combattante aguerrie.
La Grenouille aux yeux rouges tenta de balayer sa lame vers la gauche pour parer, mais son geste fut vain.
L’Épée en boucle que tenait Ruagarne transperça le ventre de la Grenouille aux yeux rouges.
D’un seul mouvement, elle remonta sa lame. La force brute d’une Grenouille ouvrit le ventre d’une autre.
Crac.
La lame déchira les organes, la peau et les côtes, jusqu’à atteindre le cœur.
L’Armure de cœur de grenouille que portait la Grenouille céda sous la lame.
Cette idiote n’avait pas pris la peine de porter une armure distincte sur le ventre. Son Armure de cœur aurait peut-être résisté à un coup porté de face, mais, attaquée par-dessous et tranchée vers le haut, toute cette solidité ne servait à rien.
« Graaak ! »
La Grenouille mourut dans un cri affreux, la langue pendante. Sa longue langue s’affaissa et le sang y coula en un filet continu.
Son cœur avait été fendu et le sang s’écoulait à l’envers. Ruagarne retira sa lame et l’essuya sur les vêtements de la Grenouille.
D’où avait bien pu sortir une Grenouille aussi pourrie ? La ville avait cette atmosphère ; elle avait probablement fini par y dériver et s’infiltrer dans les fissures. La viande avariée attirait les mouches.
Quoi qu’il en soit, fendre un cœur n’avait rien de réjouissant.
« Quel bazar. »
Ruagarne avait dit la même chose de l’eau la veille, mais cette fois, elle parlait de toute la ville. Enkrid était d’accord.
« Nettoyez-moi ça. »
Au mot d’Enkrid, les deux anciens membres de la Fraternité, chargés du nettoyage, s’activèrent. Ils traînèrent les corps dehors et versèrent de l’eau sur le sang, mais, d’une manière ou d’une autre, l’odeur du fer devint encore plus forte. Au beau milieu de tout cela, le serveur apporta le repas, le visage blême de stupeur.
Sur un champ de bataille, on mangeait avec les morts à proximité. Quelle différence y avait-il ici ?
Enkrid s’apprêtait à tremper du pain blanc dans de la purée de haricots quand l’enfant pâlit complètement et se mit à remuer les lèvres, l’air d’avoir beaucoup à dire. Enkrid parcourut l’enfant du regard, de la tête aux pieds.
Un regard très bref, qui n’avait même pas duré quelques secondes, mais il en tira beaucoup.
Il remarquait des détails que les gens ordinaires ne voyaient pas.
Un éclair d’anxiété. Le corps qui reculait presque imperceptiblement. Un teint qui n’avait plus rien à voir avec celui de tout à l’heure, quand l’enfant leur avait proposé de partir.
Enkrid fixa l’enfant sans ciller. Bientôt, son visage blêmit.
« Je vous en prie, épargnez-moi. »
Un murmure. Pour lui. Pourquoi ? Parce que le repas qu’on venait d’apporter avait été trafiqué. Ils avaient déjà utilisé une brume soporifique ; certains avaient donc aussi recours au poison.
« C’est moi qui l’ai fait. Tuez-moi. »
Le propriétaire sortit avant même que l’enfant eût fini de supplier. Cette fois, il n’avait rien dans les mains. Le père et l’enfant, peut-être. Enkrid regarda l’enfant, trop terrifié pour pleurer, puis le propriétaire de l’auberge et songea :
Ils réagissent vite.
Quand les avait-on forcés à mettre du poison dans le repas ? L’incident datait de la veille au soir. Tout s’était donc passé en une seule nuit. Deux attaques, et maintenant un repas empoisonné en prime. Quelle hospitalité excessive.
À moins qu’ils aient tout préparé à l’avance ? Enkrid sentait quelque chose derrière tout cela : un regard malveillant braqué sur lui depuis un endroit invisible.
Une fois cette idée en tête, il eut réellement l’impression que quelqu’un l’observait.
Enkrid se fia à ses sens et lança la fourchette qu’il tenait.
Clac.
La fourchette fila tout droit et se planta dans un coin sombre du mur, où elle continua de vibrer.
À cette vue, le propriétaire ferma les yeux et serra l’enfant contre lui. Son front et son visage ruisselaient de sueur.
« Qu’est-ce que c’était ? »
demanda Ruagarne.
« J’ai eu l’impression qu’il y avait quelque chose. »
Enkrid reporta son regard sur le mur où la fourchette s’était plantée. Il n’y avait rien. Entre-temps, l’enfant était devenu encore plus terrifié. Le propriétaire aussi.
Enkrid se leva, tapota doucement la tête de l’enfant et prit la parole.
« Il ne t’arrivera rien. Te demander qui t’a poussé à faire ça, ce serait trop te demander, pas vrai ? »
Si la guilde criminelle était derrière tout ça, ils craindraient les représailles. Il n’insisterait donc pas auprès de ces deux-là.
Certains avaient trafiqué la nourriture, d’autres les chambres, et d’autres encore avaient envoyé deux épéistes et une Grenouille pour tester les capacités d’Enkrid.
Les chances qu’un autre piège les attende dehors étaient très élevées. Et quoi que ce soit, ce serait pire que tout ce qu’ils avaient rencontré jusque-là.
« Si on se bat dans la ville, il y a de grandes chances qu’on nous ait tendu des pièges. »
Ruagarne parla comme si elle avait lu dans ses pensées. Pour ce qui était de parcourir le continent, cette Grenouille n’avait rien à envier à personne.
En voyant comment les choses tournaient, Ruagarne avait déjà compris ce qu’il y avait à comprendre.
« On dirait qu’il y a du ménage à faire. »
répondit Enkrid. Son ton ne trahissait aucune inquiétude face au danger que Ruagarne venait de signaler.
Il était venu attraper un Cultiste, et pourtant, à son arrivée, il avait trouvé des ordures avant de trouver un seul Cultiste.
Il s’apprêtait à partir quand la porte de l’auberge s’ouvrit dans un grincement. L’administrateur était là, avec deux gardes de plus que la veille.
« J’ai appris que vous aviez été attaqués la nuit dernière. Quels imbéciles. »
L’administrateur affichait à la fois un air pressé et posé, avec une pointe d’inquiétude en dessous. Aux yeux d’Enkrid, tout cela semblait franchement forcé.
« Je vous prie de m’excuser. L’ordre a disparu de la ville, et tout cela à cause de la Sainte Secte de la Terre Maudite. »
ajouta l’administrateur.
Jusqu’à l’entrée de l’administrateur, Enkrid avait ressenti un vague malaise, comme si quelqu’un l’observait. Quand l’homme avait franchi la porte, cette sensation s’était entièrement dissipée. Étrange.
« Escortez ces deux-là. »
Sur l’ordre de l’administrateur, deux soldats en gambisons saisirent les anciens membres de la guilde qui avaient été chargés du nettoyage.
« Vous deux, vous finirez à la potence. »
lâcha l’administrateur tandis qu’on les faisait passer devant lui. Son ton était glacial.
« Les nouvelles vont vite. »
dit Enkrid. Il demandait comment l’homme avait su qu’il devait venir.
« Quelques soldats surveillaient les lieux. Je leur avais ordonné de me prévenir immédiatement et malgré cela… Ha, je ne saurais trop m’excuser. C’est moi-même qui ai organisé votre séjour, et un incident pareil a tout de même eu lieu. »
L’administrateur parlait avec ce qui semblait être de vrais regrets. Enkrid hocha la tête. Il ne prit pas la peine d’ajouter que la guilde criminelle avait apparemment jugé cet homme inutile.
« La situation semble s’être quelque peu compliquée. Permettez-moi de vous escorter jusqu’au manoir. »
Avant qu’Enkrid ne puisse répondre à l’administrateur…
« Non. Vous allez venir avec moi. »
Une voix venue de l’extérieur de la porte l’interrompit. C’était quelqu’un d’autre.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>