Chapitre 586
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 586 : L’emblème de l’Armée permanente de la Garde-frontière
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L’émissaire qui avait croisé le regard d’Enkrid secoua la tête. Rien de tel ne figurait dans la lettre. S’il était resté en personne, c’était parce qu’il avait quelque chose à transmettre de vive voix, sans le coucher sur le papier.
Tout le monde autour de lui l’avait dissuadé de l’écrire.
Des membres de la Secte étaient présents, alors même ces paroles risquaient de leur parvenir. Pourtant, l’émissaire sentit une chaleur lui monter au cœur.
Si vous voulez le répéter, faites donc.
L’attitude d’Enkrid avait éveillé cette audace en lui.
Que ce soit la Secte ou qui que ce soit d’autre, si cet homme croyait en la voie qu’il suivait et comptait la poursuivre, qu’importait ce que les gens pouvaient bien dire ?
C’était ce que semblait affirmer, sans un mot, l’homme assis au centre de la salle du conseil.
Qui était donc celui qui parlait depuis ce siège, à cet instant ?
Un héros du royaume. Un ami proche du roi. Le Tueur de créatures démoniaques. Le Chevalier du Mur de Fer.
Qu’il ait raison ou tort de barrer la route, il se frayerait un chemin à travers tout ce qui se dresserait devant lui.
Saisi par l’envie de crier à quiconque oserait faire obstacle à un héros, l’émissaire prit la parole.
« Frapper le Chevalier du Mur de Fer, c’est me frapper moi. Alors faites comme bon vous semble, et sachez que c’est aussi ma volonté. »
C’étaient les paroles de Crang. Une promesse de soutenir Enkrid quoi qu’il arrive, un engagement à lui apporter un soutien sans réserve.
« Ah, oui. Dites-lui que si la situation devient dangereuse, il n’a qu’à venir nous donner un coup de main. »
Enkrid répondit aussitôt. Il ne jugeait pas cette réunion inutile, mais il n’avait aucune envie de perdre du temps en vaines formalités.
Il ne voyait pas l’intérêt de débattre de ce qui ne le méritait pas.
« Des mouvements inquiétants de Créatures démoniaques, de Bêtes magiques, de bandits et de Cultistes ont été signalés dans les régions voisines. En particulier dans le sud… »
Cette fois, ce fut Kraiss qui prit la parole.
Depuis la guerre civile, les environs de la Garde-frontière s’étaient stabilisés. La situation autour de la capitale s’était elle aussi plus ou moins apaisée, mais le sud du royaume restait en proie aux troubles.
Il semblait qu’un groupe de bandits récemment formé s’était fait un nom ces derniers temps.
« Envoyez des troupes. Qu’elles acquièrent un peu d’expérience au combat. »
Enkrid répondit sans reprendre son souffle. Kraiss le fixa du regard. Ils n’en avaient pas parlé au préalable. Pourtant, la réponse était exactement la sienne.
« Ça va créer une brèche dans notre défense ? »
Enkrid tourna les yeux vers Vengeance, debout sur le côté. Celui-ci lui adressa un salut militaire net et répondit :
« Pas le moins du monde. »
Kraiss enchaîna aussitôt :
« Je trouverai les hommes qu’il faut et je les enverrai. »
« Si des ennuis surviennent, j’irai moi-même. »
Enkrid était sérieux, comme toujours. Si le nouveau groupe de bandits avait su ce qui se disait dans cette pièce, il se serait dissous sur-le-champ pour reprendre une vie de simples citoyens.
« Hé, moi aussi, je suis libre. Et les gamins que j’entraîne aussi. »
« Je peux y aller seul. »
Rem et Ragna ajoutèrent chacun leur mot, aucun des deux ne voulant être laissé de côté.
« Je pourrais aussi passer un moment là-bas. »
Jaxon se mêla lui aussi à la conversation.
« Ensuite. »
Enkrid acquiesça et passa au point suivant. Ce hochement de tête ne signifiait pas qu’il envoyait Ragna seul, mais ce n’était pas ici qu’il fallait en discuter.
Les problèmes ne manquaient pas. Mais aucun n’était insurmontable. Telle était l’attitude d’Enkrid.
Il en avait toujours été ainsi, depuis l’époque où il était chef d’escouade, et rien n’avait changé. Voilà pourquoi les gens se tournaient vers lui et le suivaient.
Kraiss savait déjà que toutes les réponses se trouvaient là, mais l’anxiété l’avait poussé à convoquer cette réunion malgré tout.
Comme toujours, Enkrid ne lui en tint pas rigueur. Il se contenta d’exposer clairement ses intentions devant tout le monde.
« Je serai une épée sur la route que suit le roi, et j’abattrai quiconque se mettra en travers de la mienne. La Secte exploitait une enfant, alors je l’ai emmenée. Si quelque chose de semblable se reproduit, je ferai exactement la même chose. »
Les enfants susceptibles de devenir des Saints Hommes ou des Saintes Élues étaient rares au sein de la Secte de l’Abondance. Ce n’était pas pour rien qu’ils avaient abandonné toute prudence en voyant Seiki et tenté de s’emparer d’elle. Ils devaient être désespérés pour agir de la sorte.
Enkrid avait donc déjà porté à la Secte un coup qui méritait de l’être.
Tandis que les prêtres du Dieu de l’Abondance s’emportaient contre l’agression d’Enkrid, Overdier et Audin poursuivraient méthodiquement leurs attaques par-derrière.
Les actes d’Enkrid avaient, de fait, aidé ces deux-là, mais il ne pensait pas si loin. Kraiss, lui, le faisait.
Il savait déjà ce qu’Audin était parti faire.
À force d’écouter les échanges et d’observer la situation se dérouler, les calculs s’étaient naturellement imposés à son esprit.
Tout cela était une attaque.
Nous nous en prenons à la Secte.
Plus précisément, cela revenait à faire de l’État sacré un ennemi.
Si Audin échouait, ils se retrouveraient face à un adversaire très dangereux.
Mais on disait qu’un Chevalier sacré avait lui aussi rejoint l’opération à laquelle Audin s’était engagé.
Vu la tournure des événements, la réussite semblait plus probable que l’échec. L’anxiété le submergeait tout de même. Le prix de l’échec serait énorme, et c’était précisément pour cela qu’il se creusait autant la tête.
Mais s’il réussit ?
Alors ils gagneraient un allié extraordinaire.
Même si la Secte cessait simplement d’être un ennemi déclaré, ce serait déjà un gain.
D’ici là, quelle était la mission de la Garde-frontière ?
Tenir. Quoi que fasse la Secte, tenir. Aller l’affronter de front serait la pire des stratégies.
Ils ne cherchaient pas vraiment à déclencher une guerre de religion.
Si les choses en arrivaient là, Enkrid le ferait, mais pas Kraiss.
Ce serait la pire issue. Il ne fallait pas la laisser se produire.
« Nous devons tenir bon. Si nous en venons à un affrontement direct ou à une guerre de religion, peu importe qui l’emporte. Les seuls à en sortir gagnants seront les Cultistes. »
Tandis que Kraiss mettait de l’ordre dans ses pensées, le brillant stratège qu’Azpen avait produit prit la parole à côté de lui.
Kraiss se tourna vers Abnair. C’était exactement ce qu’il pensait.
« Nous tenons bon. Tout en sauvant les apparences. »
« Exactement. Et derrière ces apparences, nous faisons tout ce qui doit être fait. »
« Quel est le plus grand danger, ici ? »
« Tout mouvement qui causerait un préjudice direct aux territoires alliés ou voisins. »
L’essor des Créatures démoniaques, des Bêtes magiques, des bandits et des Cultistes. Contrer ces menaces était une chose, mais traverser toutes ces épreuves sans pertes serait une véritable réussite. Était-ce si facile ?
« Vous pensez que ce ne sera pas facile, pas vrai ? Non, moi, je vois les choses autrement. Même avec nos forces dispersées, nous en aurons largement assez. »
Si Abnair avait un avantage sur Kraiss, c’était son talent pour évaluer la qualité des troupes et sa confiance en elles.
Abnair voyait devant lui un avenir radieux. Un lendemain véritablement brillant.
L’anxiété de Kraiss s’atténua un peu. Abnair méritait qu’on le qualifie de brillant stratège, et ses paroles avaient quelque chose de convaincant.
Ils se sont tous tués à la tâche.
Deux esprits vifs échangeaient des paroles que les autres avaient du mal à suivre.
Boum.
Enkrid tapota la table. Le bruit ne fut pas discret. La salle était devenue bruyante à force que chacun y aille de son commentaire, mais ce seul coup suffit à faire taire tout le monde. Tous les regards se tournèrent vers l’homme au centre de la pièce, celui qui protégeait ces terres.
Tous les yeux convergèrent vers lui. Au milieu de ce silence, Enkrid prit la parole d’un ton parfaitement calme :
« Je vais y aller. »
Un simple adieu, et l’annonce que la réunion était terminée.
Il avait dit ce qu’il était venu dire. Il se leva, suivi par Rem et le reste de l’ordre des chevaliers.
Sinar, la Sorcière dorée, était là, tout comme Esther, la Fleur Noire. Personne ne leur avait accordé le moindre regard. Tous n’avaient regardé qu’Enkrid.
Ils avaient observé la voie qu’il leur montrait, accepté la volonté qu’il avait exprimée et écouté le seul avenir dont il parlait.
Quand Enkrid et son groupe quittèrent la salle, seuls ceux que son esprit et sa présence avaient gagnés à leur cause y restèrent.
« Bien. Vengeance, convoquez les chefs d’escouade de toutes les forces disponibles, en ne gardant que le strict nécessaire pour défendre la ville. Seigneur Graham ? »
Kraiss se mit à régler les détails. Les grandes lignes étaient définies ; il ne restait plus qu’à s’occuper du reste.
« Je vous écoute. »
« Je souhaiterais que tout le personnel soit entièrement équipé en puisant dans les réserves de matériel. »
Pas du matériel d’entraînement : un véritable équipement de guerre.
« Veuillez également prévenir les guildes marchandes et les autres. Informez les nobles des environs que les forces de la Garde-frontière vont intervenir à leur demande, contre rémunération. »
S’ils allaient aider, ils le feraient de toutes leurs forces. En temps normal, le passage de troupes d’un territoire à l’autre était une affaire délicate, mais les forces de la Garde-frontière avaient un poids différent.
La présence d’Enkrid suffirait à le garantir. Avec un nom comme celui du Chevalier du Mur de Fer derrière eux, personne ne prendrait leur déploiement pour une tentative d’expansion territoriale.
Et si quelqu’un interprétait mal la situation et décidait de ne pas demander leur aide ? Ce serait son choix. Mais tous ceux qui tendraient la main seraient sauvés. Telle était la décision.
C’était aussi ce que voulait Enkrid.
« Ça va marcher. Tout ira bien. »
Abnair le répéta à côté de lui.
Pas mal du tout.
En un souffle, Kraiss passa encore quelques calculs en revue, en silence.
En pratique, tout cela revenait à étendre leur influence dans la région. Si Crang, le Roi de Naurillia, avait voulu faire obstacle aux actions d’Enkrid, rien de tout cela n’aurait même pu commencer. Pourtant, il avait apporté son soutien officiel et promis son aide.
Autrement dit, plus rien ne pouvait entraver les opérations de la Garde-frontière.
Cela ne signifiait pas pour autant que toute son anxiété s’était dissipée.
J’en ai la chair de poule.
Si quelque chose tournait mal, les pertes parmi les troupes ne seraient pas négligeables. Une seule décision ici pouvait envoyer des gens à la mort.
Kraiss avait une faiblesse à cet égard.
Des gens tuaient et mouraient, et il suffisait d’un geste pour les envoyer au massacre ? Il détestait ça. Il ne voulait pas avoir à le faire. Mais si c’était nécessaire, alors il le ferait.
C’était aussi quelque chose que Kraiss avait appris en observant Enkrid.
Je veux juste ouvrir un salon et passer mes journées le ventre plein.
Ce que Kraiss désirait vraiment ne pouvait se réaliser qu’en temps de paix.
Rêver d’attirer des gens de tout le continent, venus chercher des cités de plaisirs où manger et paresser à longueur de journée, c’était une ambition démesurée.
Au fond, son rêve n’était donc pas si différent de celui d’Enkrid.
Kraiss se ressaisit.
Un geste, et des gens mouraient. Mais il n’y pouvait rien. Chacun avait fait son propre choix.
« Si on ne le comprend pas et qu’on reste dans l’armée, ça peut suffire à nous tuer. »
C’était une phrase qu’Enkrid répétait souvent.
Quand on avait pris une lance ou une épée et qu’on s’était préparé à tuer l’ennemi, il fallait aussi accepter le risque d’être tué.
Sans cette résolution, personne ne survivrait à l’entraînement de base de la Garde-frontière.
« Très bien. Allez, tout le monde, au travail. »
Kraiss prononça ces mots, sa résolution calmement arrêtée. Ils allaient tous être poussés à bout dans les jours à venir.
Et tout cela se produisit avant même que la Secte n’ait commencé à agir pour de bon.
* * *
Le vicomte Harrison, l’un des nobles du sud du royaume, était rouge jusqu’au cuir chevelu et criait :
« Hors de question ! »
« Mais si nous continuons ainsi, nous risquons tous d’y passer. À mon avis, il faut recourir à la terre brûlée : incendier les champs et tenir bon. »
La stratégie de la terre brûlée consistait à détruire les provisions, les réserves de nourriture et tout le reste pour éviter que l’ennemi ne s’en empare.
La proposition revenait à brûler tous les champs que le vicomte avait cultivés au fil des ans, sans en épargner un seul.
Ces mots venaient du capitaine des forces d’autodéfense, un ancien mercenaire devenu l’un des hommes de Harrison.
L’homme avait raison. Harrison le savait. Mais il voyait bien trop clairement ce qui arriverait après avoir abandonné ses terres.
Perdre la terre, c’était perdre le grain. Tout brûler et tout dévaster rendrait sa récupération presque inimaginable.
Et ensuite ? Il passerait probablement le reste de sa vie à se faire dépouiller jusqu’au dernier sou sur un minuscule lopin de terre.
L’ennemi était un groupe de bandits tout juste constitué, qui commandait on ne savait comment des Bêtes magiques. Des centaines de sangliers sauvages, des Bêtes magiques, et plus d’une centaine de bandits. Il semblait aussi compter plusieurs dizaines d’archers chevronnés.
Les forces d’autodéfense de Harrison comptaient cinquante lanciers et treize archers. Rien de plus.
Il n’avait pas lésiné sur les dépenses militaires, et voilà tout ce qu’il avait à montrer, tandis que les bandits étaient plus de deux fois plus nombreux que lui.
Il ne restait que deux options au vicomte Harrison.
La première consistait à abandonner ses terres, à tenir bon et à combattre le groupe de bandits.
La seconde, à mourir en les défendant.
Aucune ne lui convenait. La sueur froide lui coulait sur la tête. L’hiver approchait, et pourtant son corps brûlait. Il avait l’impression qu’il allait s’effondrer de fièvre d’un instant à l’autre quand un membre des forces d’autodéfense, qui montait la garde dehors, entra et annonça :
« Euh, monsieur, des renforts sont arrivés. »
« …Des renforts ? »
Le capitaine des forces d’autodéfense répéta les mots. Personne n’était censé venir. Toute la région sud croulait sous les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques.
On avait aussi appris que des Cultistes avaient été aperçus.
Et voilà que quelqu’un annonçait l’arrivée de renforts ?
« Dois-je les faire entrer ? »
« Faites-les entrer ! »
Des renforts, qui plus est. Harrison ne comprenait pas ce qui se passait, mais il n’était pas en position de faire le difficile.
« Bonjour. »
Un soldat. Un parfait inconnu, à tous égards.
Mais le soldat souleva le bord de sa cape et Harrison aperçut un éclatant emblème de ville sur le tissu.
Une ligne horizontale marquée, en gradins, qui représentait un rempart.
L’emblème que le Roi de Naurillia venait récemment d’accorder à nouveau à la Garde-frontière.
N’importe qui l’aurait reconnu, même sans être héraut. C’était l’emblème de l’Armée permanente de la Garde-frontière.
Le foyer de l’ordre des chevaliers que certains qualifiaient de fou, qui avait dépassé la simple défense de la frontière et englouti Azpen, autrefois une nation ennemie.
Le foyer de l’homme qui lui avait jadis offert de sa propre eau de source sacrée.
Tout cela traversa l’esprit de Harrison en un instant. Plusieurs expressions servant à décrire cette ville lui revinrent à la suite.
« Je vous annonce l’arrivée d’une unité de la taille d’une escouade, dépêchée par l’Armée permanente. »
Le soldat le dit sans la moindre inquiétude.
Le nombre n’était pas particulièrement élevé, mais le vicomte Harrison y vit la première étincelle d’espoir.
La suite dépassa de loin ses attentes.
« Des sangliers ? Parfait. Nous nous en occuperons nous-mêmes. Forces d’autodéfense, surveillez l’arrière, au cas où quelqu’un profiterait de tout ça pour nous prendre à revers. »
Les renforts en question avaient jeté un coup d’œil à la charge de plusieurs dizaines de Bêtes magiques et déclaré qu’ils allaient les affronter seuls. Harrison en resta perplexe.
Puis il les vit combattre, et les mots moururent dans sa gorge.
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