Chapitre 585
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 585 : D’un autre calibre
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Les paroles de Seiki avaient permis à Enkrid de comprendre quelque chose. Une petite vérité sur la manière dont le monde tournait.
Le même mouvement cyclique qui faisait succéder l’été au printemps et l’hiver à l’automne.
Cela avait un lien avec une facette de son escrime et touchait à la faiblesse qu’il portait en lui.
Et si, au lieu de forcer ma Volonté à jaillir, je sentais naturellement le courant et le poussais peu à peu en avant ?
Son combat contre le prophète Overdier lui avait donné une vague idée de la direction à suivre. Il avait l’impression d’apprendre enfin à emprunter ce chemin.
Malgré tout, il n’en fit pas tout un plat.
Impossible de savoir quoi que ce soit sans d’abord l’essayer avec son propre corps.
« Vas-y. »
« Tu m’encourages ? »
« En quelque sorte. »
« Merci. »
Voilà l’échange qu’ils avaient eu. Enkrid avait alors remarqué que Seiki n’était pas très bavarde. Mais elle n’hésitait jamais à dire ce qu’elle pensait.
C’était une qualité à certains égards, même si vivre parmi les autres lui poserait parfois problème.
Enfin, au sein de la Garde-frontière, ça devrait aller.
La ville abritait des gens plus sauvages et plus féroces qu’elle : une véritable rôdeuse des montagnes, Sainte Élue et Highlander tout à la fois, qui dormait, mangeait et faisait ses besoins sur les rochers, et comptait y mourir pour ne faire plus qu’un avec eux. Voilà ce qu’était la Garde-frontière. Ce n’était pas pour rien qu’elle accueillait le quartier général des Chevaliers fous.
Je devrai garder un œil sur elle de temps en temps.
Enkrid se voyait comme celui qui maintenait l’équilibre au sein des Chevaliers fous.
Ils sont tous cinglés.
Il fallait bien que quelqu’un garde la tête froide.
Seiki rayonnait quand elle parlait de ses rêves et de ses espoirs. Enkrid ne balayait pas ses paroles d’un revers de main sous prétexte qu’elle était jeune.
Les gens brillaient toujours quand ils parlaient de ce qu’ils désiraient.
Et ses propos ne sonnaient même pas comme les sottises d’une jeune fille. Ses souhaits changeraient peut-être un jour. Il l’encouragerait alors aussi. Si c’était vraiment ce qu’elle voulait, elle pourrait l’obtenir.
Quoi qu’il en soit, il était certain que devenir Sainte Élue n’était pas son rêve.
« Ce n’est pas comme si j’aimais être entourée de gens », avait-elle dit.
En tout cas, elle préférait la solitude.
Enkrid la laissa faire à sa guise. Sinar lui avait dit qu’elle lui trouverait un endroit agréable où loger.
Apparemment, les elfes, que l’on appelait les enfants des arbres et des fleurs, avaient pour passe-temps de se fabriquer des refuges secrets où ils pouvaient s’isoler.
Il ignorait si c’était vrai, mais Seiki avait eu l’air satisfaite. Ça méritait donc bien un signe d’approbation.
Alors qu’il repensait à sa conversation avec Seiki et à ce qui avait suivi, Esther lui posa une question.
« Populaire ? »
Elle faisait allusion aux sottises qu’il avait racontées un peu plus tôt sur le chagrin des hommes impopulaires.
« Non. »
Rien qui vaille la peine de s’y attarder. Il pouvait laisser passer ça sans problème. Pendant les quelques jours qui suivirent, Esther resta à ses côtés et l’observa.
Personne ne savait ce que la sorcière avait en tête.
La seule différence, c’était que quelques soldats s’étaient mis à la suivre. Ils venaient tous du corps des mages. Ceux qui s’étaient entraînés avec des orbes de cristal avaient désormais chacun une courte baguette de bois glissée à la ceinture, un outil qui facilitait le lancement des sorts.
De petites pierres précieuses étaient serties à leur extrémité. En les voyant, Kraiss avait probablement ressenti un petit pincement au cœur.
Ces pierres n’avaient pas dû être données.
« Ah, merde. Qu’est-ce qu’il fait froid ! »
Environ trois jours plus tard, Rem rentra au logis en se plaignant bruyamment du froid, alors que l’hiver n’était même pas encore arrivé.
Il était aussi couvert de petites coupures de la tête aux pieds.
« Où étais-tu passé ? Et qu’est-ce que tu faisais ? »
« Hm. Je chassais l’Esprit maléfique ? »
Enkrid ne posa pas d’autres questions. Rem n’avait pas l’air d’avoir envie de parler non plus.
Pendant les trois jours où Rem avait disparu, Ragna avait oublié sa paresse et s’était mis à manier l’épée. Un peu le matin, un peu à midi et un peu le soir, bien sûr.
S’entraîner à l’épée tous les jours sans prendre de repos, c’était tellement contraire à la nature de Ragna que ça en paraissait irréel.
Il s’entraînait par petites séances le matin, à midi et le soir, puis passait le reste de son temps à s’exercer avec Ropord ou à méditer en somnolant à moitié.
Cela pouvait-il vraiment améliorer le niveau de quelqu’un ? Oui.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Le compliment échappa à Enkrid pendant leur entraînement, sans qu’il l’ait voulu.
C’était clairement la même escrime qu’il connaissait, mais plus rapide, plus acérée et plus lourde.
Quand il lui demanda comment c’était possible :
« Frappe juste un peu plus vite, avec un peu plus de force, et guette l’ouverture. »
C’était comme demander à quelqu’un comment bien étudier et se voir répondre qu’il fallait s’asseoir et lire un livre.
Ragna avait toujours été vague dans ses explications, et ça ne s’arrangeait pas.
Et pourtant, ce n’était pas totalement incompréhensible.
C’est pareil qu’avec le Mur de Fer.
Certaines choses ne pouvaient pas s’exprimer avec des mots. Il n’y avait rien à y faire. Il fallait simplement l’accepter.
Enkrid gravissait les échelons pas à pas, en explorant chaque étape du bout des doigts, tandis que Ragna bondissait d’un seul coup en avant.
Cela dit, Rem et Ragna ne lui laissaient pas pour autant sans rien à quoi se raccrocher.
Ils s’étaient entraînés avec lui bien avant et ne mâchaient pas leurs mots.
« Tu n’arrives toujours pas à déployer ta force au bon moment ? »
« Concentre-toi quand tu frappes. Comment tu peux ne pas comprendre ? »
Rem et Ragna, chacun à son tour.
Jaxon avait lui aussi ajouté son grain de sel.
« Tu dois développer le sens qui te permet de sentir la Volonté. »
D’accord, mais c’était quoi, exactement, ce sens ?
La question serait venue naturellement à n’importe qui, mais Enkrid écouta tout le monde en silence.
Ce n’était pas différent de ce qu’il avait lui-même dit au sujet du Mur de Fer, et il comprenait désormais leurs paroles mieux qu’avant.
Si la direction était la bonne, il ne restait plus qu’à faire des efforts. C’est ce qu’il fit.
Il avait une vague idée de la direction à suivre et avait appris comment avancer dans cette voie. Pour le reste, ce n’était qu’une question de temps.
Il pouvait bien manier cette épée jusqu’à sa mort sans jamais dépasser son niveau actuel.
Ce n’était pas une raison pour s’arrêter.
Après environ cinq jours de ce régime, Kraiss convoqua une réunion.
L’Ordre des chevaliers sacrés. Le danger. Le commerce. Les incidents. L’ordre public. Les perturbations. C’étaient, sans surprise, les sujets principaux chaque fois que Kraiss avait quelque chose à dire.
Enkrid n’avait pas l’impression d’avoir provoqué quoi que ce soit — seulement que tout cela s’était déjà produit — et il se rendit à la réunion sans se soucier de rien.
L’atmosphère n’était pas sinistre. La plupart des gens qui vivaient dans cette ville avec Enkrid n’étaient pas du genre à considérer ce type de problème comme une crise.
Certains membres du personnel, plus pragmatiques, se demandaient tout de même s’il était vraiment raisonnable de laisser les choses en l’état.
À ce rythme, ils risquaient de se mettre le continent entier à dos.
Ils étaient eux aussi présents dans la salle.
Enkrid était assis en bout de la grande table ovale. À sa gauche, Graham, l’exemple même du guerrier vétéran qui avait découvert son talent sur le tard. Rem, pour une raison ou une autre, était en face de lui. Ragna avait prétendu avoir besoin de prendre l’air et s’était installé à côté de Rem.
Esther et Ruagarne s’étaient récemment mis à observer Enkrid à tout bout de champ. Elles s’assirent donc naturellement près de lui. Mais au lieu de prendre place autour de la table, elles posèrent leurs chaises contre le mur, d’où elles pouvaient le voir clairement.
« Quelle bonne place », fit remarquer quelqu’un.
Quand Sinar les rejoignit, trois femmes — une humaine, une elfe et une Grenouille — se retrouvèrent assises en rang, à observer Enkrid.
Une disposition étrange, et une drôle de façon de faire, mais personne n’en dit un mot.
Graham ne leur accorda même pas un regard, bien que quelques personnes aient jeté des coups d’œil au trio serré les unes contre les autres.
De toute façon, personne ne pouvait se permettre de faire une remarque.
Enkrid lui-même ne disait rien, après tout.
Au fil des arrivées, une ou deux personnes à la fois, le groupe au complet se forma. Graham et les partisans du châtelain. Kraiss, Nurat et Abnair, avec les membres du personnel. Le cœur des forces de l’ordre de chevalerie — Rem, Ragna, Jaxon et Sinar. Et Vengeance, désormais chef des forces de sécurité, chargé du maintien de l’ordre dans toute la ville.
Il était entré par le côté quand Enkrid avait pénétré dans la salle de réunion, avait salué militairement en portant la main à sa taille, puis avait incliné la tête.
« Tu es devenu commandant de bataillon ? »
demanda Enkrid.
« On dirait bien. »
Vengeance répondit avec un léger sourire. Une expression chaleureuse, qui semblait incarner le contentement. L’homme rongé par la jalousie avait disparu depuis longtemps.
Il avait maintenant une épouse, il était marié et allait avoir un enfant. Quand il songeait à ce qu’Enkrid avait encore déclenché cette fois-ci, l’inquiétude se mêlait donc à ses pensées.
Comment tout cela allait-il finir ?
Cela dit, Vengeance n’était pas en position d’intervenir et de faire des remarques. Il était le mieux placé pour le savoir.
« Nous allons commencer la réunion consacrée aux préparatifs concernant l’Ordre des chevaliers sacrés. »
Kraiss prit la parole d’une voix légèrement plus forte. Son ton agréable et clair résonna dans la salle.
Il y avait plus de monde debout qu’assis : la grande table ne pouvait pas accueillir tout le monde.
La réunion aurait pu être bruyante, mais chacun écoutait en silence et l’atmosphère générale était calme.
Pour lutter contre le froid, on avait installé de petits braseros dans la salle. La seule personne à murmurer fut Sinar, qui rappela discrètement qu’il fallait faire attention au feu.
Dans cette ambiance, Kraiss prit la parole.
« L’Ordre des chevaliers sacrés est impliqué dans de nombreuses routes commerciales. Les marchands affiliés à l’Ordre achetaient de la nourriture et des marchandises, puis les revendaient aux quatre coins du continent. Mais depuis qu’ils refusent d’en accepter, la cité marchande a elle aussi discrètement réduit ses activités. »
Le sujet était sérieux, mais il alla droit au but en énumérant les faits.
Enkrid n’avait pas l’intention de s’éterniser. Il écouta le résumé, puis prit la parole.
« Et la Route de Pierre ? »
La route de pierre, qui reliait l’ouest à la région où ils se trouvaient.
Leona Rockfreed, présente parmi les membres du personnel, releva la tête.
Tu veux intervenir dans le commerce ? Mais la Garde-frontière avait déjà son propre réseau commercial indépendant, sans aucun rapport avec tout ça, non ? Voilà la question qui se cachait derrière ses paroles.
« Tout se passe bien. Nous n’avons aucun lien avec l’Ordre. »
Leona répondit. C’était un cadre officiel. Même si elle était son amie, elle s’adressait à Enkrid avec respect.
Son visage ne trahissait pas la moindre inquiétude.
La Compagnie marchande Rockfreed s’était bâtie grâce à des entreprises audacieuses, et Leona avait l’esprit plus aventureux que quiconque parmi les générations qui l’avaient précédée.
Elle ne risquait pas toute sa fortune sur un coup de dés, mais calculait chaque détail avant d’agir avec détermination dès qu’elle jugeait l’entreprise viable.
À ses yeux, cette situation était une occasion à saisir. S’ils créaient leur propre route commerciale en passant par la Route de Pierre, ils n’auraient plus besoin de s’incliner devant les nations voisines ni les grandes compagnies marchandes.
Pour le moment, les autres grandes compagnies marchandes se repliaient, dans l’attente de la réaction de l’État saint. Leona n’aimait pas cette situation.
Les marchands n’avaient qu’à faire leur travail. Devoir s’incliner encore et encore devant la politique et les pressions extérieures… c’était cela qui l’irritait.
De ce point de vue, les paroles et les actes d’Enkrid lui convenaient parfaitement.
« Alors, tout va bien. »
Autrement dit, faites comme bon vous semble. Les yeux de Leona s’illuminèrent et elle acquiesça.
Des pressions sur la route commerciale ?
La cité marchande qui refusait les transactions ?
Quelques grandes compagnies marchandes qui faisaient sentir leur poids ?
Et alors ?
Du point de vue d’Enkrid, tant que la route entre la Garde-frontière et l’ouest restait stable, le commerce ne subirait pas de véritable préjudice.
C’était évident d’aller aussi loin dans son raisonnement ?
Pour Leona, oui, à sa manière. Pour Enkrid, c’était moins certain, mais une chose était sûre : sa vision s’était élargie.
Elle en fut discrètement impressionnée.
Il avait clairement identifié le problème du moment, l’avait formulé et avait indiqué une solution.
À vrai dire, c’était assez habituel chez lui.
Il semblait avancer sans regarder ailleurs, l’épée à la main, et pourtant Enkrid comprenait bien les situations et en voyait les solutions. Des années d’expériences similaires avaient façonné cette aptitude.
Un chemin barré.
Un mur, un obstacle en travers de la route : il s’y était heurté sans cesse en maniant l’épée.
Certains murs semblaient si hauts qu’il paraissait impossible de les franchir.
D’autres étaient si lourds qu’ils ressemblaient à des rochers impossibles à déplacer.
Et Enkrid n’avait jamais renoncé devant aucun d’eux.
Cette fois ne faisait pas exception.
Parce qu’il n’avait jamais renoncé, les réponses à ce qui l’attendait lui venaient naturellement.
La volonté de tout faire pour y parvenir, et la force nécessaire pour la soutenir.
Ce que l’on possède détermine l’ampleur de ce que l’on peut concevoir.
Kraiss avait déjà exposé les problèmes qui se profilaient, et Enkrid les avait confirmés.
Il s’était contenté d’exprimer la solution qui lui était venue à l’esprit.
Le stratège qui pourrait bien devenir un espion d’Azpen — ou véritablement se ranger de leur côté — releva la tête en entendant cet échange. La conversation était plutôt intéressante, n’est-ce pas ?
Enkrid ajouta quelques mots.
« Ou est-ce que je me trompe ? Si nous ouvrons une route commerciale vers l’ouest, de quoi manquons-nous ? Si la cité marchande a plus besoin de nous que nous d’elle, elle ne peut pas nous dicter sa loi. La Compagnie marchande Rockfreed ne peut pas s’en charger ? De quoi avons-nous besoin ? De lances et d’épées ? De gens ? Ou d’autre chose ? »
Tout ce qu’il disait était juste, mais ce n’était pas facile à dire à voix haute. Le blocage du commerce ne serait pas sans inconvénients.
Mais il n’y avait rien là d’insurmontable. Et il était évident de savoir qui s’en chargerait.
Leona acquiesça, résolue à s’en occuper et à mener l’affaire à bien de ses propres mains.
« Je vous ferai signe si j’ai besoin de quelque chose. »
« Bien. »
Un point était réglé.
Pour saisir la situation dans son ensemble et rendre un verdict, Enkrid avait l’esprit plus vif que Kraiss.
À Kraiss revenait le soin d’ajuster les détails et de veiller à ce que les choses se concrétisent.
Kraiss avait déjà organisé une bonne partie de la réunion, recensé les problèmes et proposé des solutions.
Enkrid avait examiné ces solutions avec une vision plus large et avait répondu.
« J’ai cru comprendre qu’une lettre de protestation du royaume était également arrivée. »
Cette fois, ce fut l’émissaire de la capitale qui prit la parole. Il avait passé plusieurs jours à la Garde-frontière pour pouvoir assister à la réunion, et s’exprimait avec prudence.
« Et alors ? Est-ce que Crang — est-ce que le roi m’a tenu pour responsable ? »
demanda Enkrid. L’émissaire tourna les yeux vers lui.
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