Chapitre 583
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 583
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La Secte de l’Abondance honorait sept martyrs et transmettait leurs noms de génération en génération. L’un d’eux était celui de l’Apôtre qui supervisait la distribution du vin, des confitures et des potions de la secte.
Il s’appelait Muel.
On l’avait nommé en mémoire d’un martyr qui s’était taillé la chair des jambes pour nourrir les affamés, avant de mourir lui-même de faim.
Muel se caressa le ventre rebondi.
Il avait pris cette habitude à cause de la sensation de ballonnement qui lui venait chaque fois qu’il entendait quelque chose qui lui déplaisait.
À vrai dire, cette bedaine s’accordait mal avec le nom du martyr.
Le premier Muel avait été un homme décharné, mort de faim, après tout.
Mais était-ce un problème ? Pas le moins du monde. Ce qui comptait, c’était de perpétuer l’esprit du martyr, pas d’avoir la même carrure.
Muel répétait cette phrase comme un refrain.
Et puis, qui pouvait savoir ce que penserait le martyr s’il sortait de sa tombe pour le voir ? Muel se considérait comme un homme de caractère.
Et voilà que quelque chose venait de faire profondément froncer les sourcils à cet homme de caractère.
Quelqu’un avait osé attaquer le monastère de la secte.
« Ce type est complètement cinglé. »
Muel le dit sans détour. C’était son impression sincère.
À ses yeux, aucun homme sain d’esprit n’aurait pu faire une chose pareille.
La pièce de réception était aménagée d’une longue et large table, assortie de huit chaises solides. On s’y réunissait aussi bien pour manger que pour tenir conseil, selon les besoins. Seuls Muel et trois hommes en robe sacerdotale occupaient la vaste salle.
Les trois hommes se tenaient en rang à gauche de la table, dans le champ de vision de Muel, les mains jointes devant eux.
Celui qui se tenait en tête prit la parole. De sa posture à sa façon de s’exprimer, il se montrait aussi déférent que possible.
« L’abbé Noah a déclaré qu’ils avaient trouvé la voie qu’ils souhaitaient suivre, et qu’ils quitteraient la confession pour poursuivre leurs études à leur manière. »
Ici, le terme « confession » désignait les différentes factions au sein de la communauté plus vaste des croyants au Dieu de l’Abondance.
À strictement parler, la secte elle-même avait peut-être été à l’origine une branche d’une confession, mais, à l’époque actuelle, le terme « secte » désignait l’ensemble des croyants, tandis que celui de « confession » en était venu à désigner les branches qui s’étaient séparées selon leurs interprétations divergentes des textes sacrés.
Une confession regroupait donc des gens dont les croyances différaient légèrement et, d’un point de vue profane, on pouvait raisonnablement y voir des factions dotées de centres de pouvoir distincts.
Telle était la réalité. Alors, peu importe les termes dont on l’habillait, ils s’étaient rassemblés pour préserver leur propre pouvoir. On pouvait sans se tromper parler d’une division née davantage de la soif de pouvoir que de la foi.
Bien sûr, personne ne le dirait à voix haute.
Muel renifla aux paroles de son évêque subordonné.
Croyait-il que ses fonctions se limitaient à distribuer les biens de la secte ?
L’Abondance comptait trois confessions.
Il y avait les traditionalistes, qui estimaient qu’il fallait préserver et respecter les anciennes doctrines. D’autres prônaient une doctrine réformatrice et soutenaient qu’il fallait avancer et accueillir la nouveauté. Enfin, certains n’appartenaient à aucun de ces deux courants et suivaient une voie médiane.
En conséquence, ceux qui n’appartenaient à aucune confession étaient souvent traités comme des coquilles vides. Et voilà qu’un moine inconnu, responsable d’un seul petit monastère, osait déclarer qu’il ferait désormais sa propre route dans le monde.
Avait-il seulement conscience de qui l’avait nourri jusque-là ?
« Nous couperons toute aide à ce monastère. S’ils changent d’avis, dites-leur de couper la chair de la jambe de l’abbé et de l’apporter ici. »
Une punition de cette ampleur serait méritée.
« Oui, nous le ferons. »
Mais ce n’était pas tout. Il y avait aussi l’affaire de quelqu’un qui avait directement défié le Dieu de l’Abondance, n’est-ce pas ?
Le Chevalier du Mur de Fer ? Les Chevaliers de la Folie ? Quelle plaisanterie.
Quiconque oserait se dresser contre la secte comprendrait ce que cela signifiait.
Croyaient-ils savoir ce qui se passerait si la secte leur retirait son soutien ?
En apparence, l’abbé Noah s’était rebellé, mais en réalité, c’était Enkrid qui avait provoqué tout ce bazar.
Muel était furieux contre cet homme qui avait foncé, l’arme à la main, sans même prendre la peine de regarder à qui il avait affaire.
Bien sûr, si cet homme se tenait devant lui à présent, l’épée à la main, prêt à frapper, Muel s’inclinerait peut-être et le supplierait de l’épargner. Mais cette épée ne pouvait pas encore l’atteindre. Et avant qu’elle ne le puisse, il ferait souffrir tout ce qui était cher à cet homme.
« La Garde-frontière, c’est bien ça ? Rompez tous les liens avec eux et retirez les membres de la secte qui protégeaient cette ville. »
Muel retira sa main de son ventre en parlant.
Son mécontentement ne s’était pas tout à fait dissipé, mais cela ferait comprendre à tous leur erreur.
Muel ordonna ensuite sans attendre le rappel de tous les prêtres qui avaient été actifs en Naurillia pour réprimer les Cultistes.
C’était comme offrir ouvertement une occasion au Culte.
Autrefois, il leur avait demandé de semer le trouble sur le territoire de Naurillia, mais ils avaient échoué à chaque fois. Maintenant que la secte se retirait, ils pourraient enfin provoquer un véritable coup d’éclat.
Il verrait bien s’ils refuseraient encore d’admettre leur faute après ça.
Muel était résolu à agir ainsi.
Il n’oublia pas non plus d’envoyer une lettre de protestation, où il avertissait qu’il ne laisserait pas passer l’affaire.
Il ferait en sorte qu’ils n’aient pas d’autre choix que d’avouer et de reconnaître leur erreur.
Un chevalier ? On pouvait les qualifier de calamité, mais ils n’avaient que deux mains. Les croyants au Dieu de l’Abondance, eux, se comptaient par centaines, par milliers.
« Ils vont le regretter. »
Muel marmonna. Ils ne tarderaient pas à s’en mordre les doigts.
C’était leur impulsivité qui avait provoqué tout ce désordre.
Il allait donc leur donner une petite leçon, puis exiger un dédommagement convenable.
« J’écrirai aussi au roi. »
Comme ses pensées se poursuivaient, il ajouta ces mots à voix haute.
Le Roi de Naurillia allait devoir faire de lourdes concessions à l’État saint à cause de cette affaire.
Tout cela se déroula tandis qu’Enkrid était en route pour regagner la Garde-frontière.
* * *
« Je vais vraiment finir par perdre la tête. Vraiment. »
Enkrid ne chercha pas à se défendre face aux paroles de Kraiss. À vrai dire, il n’en avait pas besoin.
La seule circonstance atténuante, s’il y en avait une, était que le monastère avait pris position de son propre chef.
Si l’abbé Noah ne s’était pas avancé pour annoncer leurs intentions et déclarer qu’ils suivraient leur propre voie, la secte aurait agi de manière encore plus ouverte.
Non, même à présent, elle ne faisait pas dans la discrétion. Si la secte était une personne, on pouvait la qualifier d’effrontée sans hésiter.
Cela dit, pour l’instant, elle se contentait de lancer un avertissement.
Pourquoi vous mêlez-vous de nos affaires et vous mettez-vous en travers de notre chemin ?
Rien de plus.
Vu les habitudes de la secte, cette réaction restait plutôt modérée. D’ordinaire, elle aurait commencé par cogner.
Enfin, c’était plus facile à dire qu’à faire.
Le camp d’en face était l’étoile montante du continent, une puissance qui brillait comme le soleil et s’était développée en dévorant toutes les factions autour d’elle.
Enkrid et les Chevaliers de la Folie en étaient le cœur.
La Garde-frontière reposait avant tout sur sa force militaire.
Un déploiement de force mal calculé pouvait donc aisément se retourner contre la secte.
Certains en doutaient encore, mais toute personne sensée, capable de lire la situation du continent, ne remettait plus en question la puissance d’Enkrid.
Quant à ce qui se cachait en lui, c’était une tout autre affaire, et même Abnair n’aurait su le dire.
Mais qui oserait s’ingérer ouvertement dans une cérémonie au temple ?
Complètement cinglé.
Azpen avait-il vraiment été si impuissant qu’il s’était laissé mener par le bout du nez par la secte ? Une question de force militaire ? Peut-être que toute leur puissance réunie n’aurait pas suffi à la vaincre, mais ils auraient certainement pu éliminer seuls l’influence de la secte. Azpen disposait d’une force suffisante pour cela.
Pourtant, ils ne l’avaient jamais fait. Pourquoi ? À cause des désavantages qu’entraînait le rejet de la secte.
Ils commenceront par se plaindre du commerce.
Le vin, le savon et la confiture étaient fabriqués dans les monastères depuis des générations.
Certains de ces produits étaient désormais fabriqués aussi par des maisons de commerce privées, mais les monastères assuraient toujours la majeure partie de la production.
Et même s’ils pouvaient s’en sortir grâce aux échanges, leurs guildes marchandes étant assez actives, qu’en serait-il de tout le reste ?
Des nations qui leur tourneraient le dos sous la pression de l’État saint ?
Leurs partenaires commerciaux comme les grandes puissances du Sud se précipiteraient pour prendre le parti de l’État saint.
Tous, sans exception, leur mettraient des bâtons dans les roues à chaque occasion. Cela sautait aux yeux.
C’était comme tomber sur une Goule au beau milieu de la nuit. Les Goules étaient dépourvues de raison : elles attaquaient sans distinction, que leur cible soit humaine, Grenouille ou Géant.
Nous avons déjà des montagnes de problèmes à régler. C’est complètement stupide.
Au lieu d’aider à résoudre les problèmes, voilà qu’ils en avaient attiré une nouvelle avalanche.
Les problèmes immédiats ? Abnair connaissait l’Apôtre de l’Abondance et l’étendue de son influence sur le continent ; il pouvait donc deviner ce qu’il allait faire.
À l’époque où Azpen était au sommet de sa puissance, combien de fois avait-il imaginé balayer ces prêtres corrompus et tout ce qui s’accrochait à eux ?
La pression exercée par les routes commerciales.
Les gens qui empruntaient les routes contrôlées par la secte étaient nombreux. C’est donc par là que les choses commenceraient.
L’une des principales sources de pouvoir de la secte, c’étaient les monastères eux-mêmes. Ce n’étaient pas des villes, mais ils repoussaient seuls les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques. Les guildes marchandes s’en servaient comme relais le long des routes.
Cela mis à part, quelle serait la suite ? Parmi tous ces problèmes, le plus grave se détachait clairement.
Ils vont retirer les corps sacerdotaux.
Les corps sacerdotaux qui contenaient les agissements du Culte dépendaient de la secte.
C’était vrai du Corps sacerdotal de la Justice comme du Corps sacerdotal d’extermination des cultes.
Ce dernier comptait même dans ses rangs des chevaliers sacrés sous l’autorité de la secte.
Les deux corps franchissaient les frontières pour traquer et tuer les Cultistes.
Experts en traque et en élimination, ils étaient à juste titre considérés comme la force d’extermination anti-Culte du continent.
À la simple mention de leurs noms, les Cultistes frémissaient et grinçaient des dents.
Ils n’étaient pas nombreux, mais chacun d’eux avait fait du Culte son ennemi et consacré toute sa vie à l’anéantir. Voilà ce qu’étaient les corps sacerdotaux.
Et s’ils se retiraient ?
Il existait une expression : l’équilibre des forces. Si le Culte avait tant de mal à agir librement, c’était parce que les corps sacerdotaux étaient actifs.
Le Culte ne pourrait jamais être totalement éradiqué, mais cet équilibre des forces tenait bon, dans les grandes lignes, et les Cultistes ne pouvaient donc pas au moins semer ouvertement le chaos.
C’était l’un des accomplissements de la secte depuis le jour où la Sainte Secte de la Terre Maudite avait réussi son incroyable rituel d’invocation d’une Salamandre.
Même lorsque Naurillia avait paru être un fruit mûr aux yeux des nations voisines, le Culte avait déjà été très actif dans le royaume. Il avait probablement pu le faire parce que ceux qui tiraient les ficelles avaient détourné les corps sacerdotaux, actifs dans le royaume, vers d’autres pistes.
La secte allait désormais user de tous les moyens à sa disposition pour faire quitter le royaume aux corps sacerdotaux, et le Culte se déchaînerait comme un poisson enfin rendu à l’eau.
« C’est une Sainte Élue ? »
« Bonjour, je m’appelle Seiki. »
Quand Kraiss remarqua la jeune fille qu’Enkrid avait ramenée et lui posa la question, Seiki répondit elle-même. Pour une raison inconnue, la Sainte Élue avait des cernes sous les yeux et semblait épuisée ; ses jambes tremblaient légèrement. Malgré tout, sa voix était enjouée.
Et tu as aussi ramené la Sainte Élue ici ?
Abnair n’avait pas cette habitude, mais il faillit se frapper le front à voix haute.
Pourquoi avoir amené cette fille ici ?
Sauver la Sainte Élue était déjà un problème. Attaquer le monastère en était un autre. Et maintenant, la jeune fille qui se trouvait au cœur de toute cette affaire les accompagnait.
La principale activité de la Secte de l’Abondance, c’était le commerce des potions.
Et pourtant, leur ressource la plus précieuse venait tout bonnement de leur être arrachée ?
Un fou.
Ce n’était pas pour rien que ce mot lui collait à la peau. Abnair ne comprit tout son poids que maintenant, pour la première fois.
Pourtant, ce qu’Abnair ressentait allait au-delà de la simple stupéfaction.
Tout cela n’aurait jamais dû arriver. C’était absurde, d’une stupidité sans nom. Et pourtant, il ressentait quand même quelque chose.
Il y avait des émotions que la raison ne pouvait pleinement expliquer.
C’était exactement là qu’Abnair se trouvait.
« Ha. Ha ha ha. »
À l’époque où il vivait à Azpen, combien de fois avait-il eu envie de mettre des bâtons dans les roues de la secte ?
Plus d’une fois, il avait voulu faire voler tout leur système en éclats de la manière la plus désastreuse possible.
Et même lui n’avait jamais imaginé quelque chose d’aussi insensé.
Enlever une Sainte Élue. Attaquer un monastère.
Et par-dessus le marché, quoi qu’il se soit passé entre-temps, la vue de cet homme qui n’avait pas la moindre intention d’accorder une seconde pensée à la secte ne cessait de le faire rire.
En entendant son rire, Enkrid jeta un coup d’œil à Abnair, puis se pencha vers Kraiss et lui murmura quelque chose qu’Abnair ne put saisir.
Il comprit seulement pourquoi le mot « héros » convenait à cet homme.
Ce qui était difficile et ardu pour les autres n’était pour lui que la routine.
Ce à quoi les autres pensaient avant de s’arrêter en chemin, cet homme allait jusqu’au bout.
Et pour tous ceux qui le suivaient, c’était devenu une chose ordinaire sans même qu’ils s’en aperçoivent.
« Parlons un instant. »
Kraiss s’approcha d’Abnair. Celui-ci cessa de rire et acquiesça.
Il était tout à fait prêt à entendre ce qu’on avait à lui dire.
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