Chapitre 575
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 575 : Entre un lendemain imparfait et un présent parfait
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Sinar s’avança à son tour et perdit elle aussi.
Ni l’un ni l’autre n’avait combattu à mort, cela dit.
On pouvait parler d’une incompatibilité entre leurs styles, ou simplement d’une différence de niveau. Les deux explications convenaient.
Enkrid ne se jugeait pas exceptionnel parmi les chevaliers, mais tomber sur quelqu’un d’aussi clairement supérieur le prit tout de même au dépourvu.
En outre, son adversaire n’avait aucune intention de le tuer. Il ne lui restait qu’à accepter sa défaite. Overdier les avait vaincus tous les deux, sans que personne ne soit gravement blessé.
Après les échanges, le regard d’Overdier glissa vers Audin.
Ses yeux étaient comme ceux d’un elfe : aucune émotion ne s’y lisait. Ils étaient ternes, sans couleur, comme peints en gris.
« Hérétique Audin. J’ai entendu parler de vous, dit Overdier.
Apôtre du Dieu de la Guerre, et en plus doté d’un talent divin : impossible de passer un tel nom sous silence. Il était assez célèbre pour qu’Overdier lui-même le connaisse, lui qui avait hérité de l’un des Sept Noms des Martyrs de l’Abondance et représentait l’ordre en tant que chevalier sacré.
Un bref silence tomba, se fondit dans le soleil couchant et engloutit tous les sons.
Les Bêtes magiques qui criaient au loin s’étaient tues elles aussi. Il ne restait que le chant des insectes et le bruissement du vent.
* * *
Croa.
Pour une raison ou une autre, Rem, Ragna et Jaxon s’étaient tous retrouvés sur le terrain d’entraînement devant les baraquements, et un corbeau passa au-dessus de leurs têtes.
Croa !
Une pie le suivit de près, comme si elle le poursuivait.
Les oiseaux semblaient participer à une sorte d’exercice collectif aujourd’hui, piaillant sans cesse au-dessus d’eux.
Le corbeau avait déjà croassé plusieurs fois, au moins.
« Ça fait combien de fois, maintenant ? »
Rem marmonna en regardant le ciel. Les jumeaux de l’Ouest comptèrent sur leurs doigts. « Trois fois ? »
« Il y a beaucoup d’oiseaux noirs aujourd’hui. »
Rem marmonna de nouveau. Un malaise lui noua le ventre.
Les corbeaux étaient assez intelligents pour servir de messagers, mais ils étaient rares, car difficiles à dresser. Ils avaient tendance à s’éloigner pour vaquer à leurs affaires en cours de route. Aussi futés soient-ils, sans dresseur compétent ou quelqu’un comme un druide, ils mangeaient leur nourriture et disparaissaient.
Le corbeau qui venait de passer au-dessus d’eux n’était probablement pas un oiseau dressé. Aucun message urgent ne devait être transmis aux gardes-frontières pour l’instant.
« Tss. »
Rem claqua la langue sans raison particulière.
À l’ouest, on racontait qu’un corbeau aperçu au coucher du soleil portait malheur.
Rem en connaissait assez bien l’origine pour ne pas vraiment y croire. Il y a longtemps, un sorcier qui répandait des malédictions avait utilisé des corbeaux pour déverser la peste sur les tribus de l’Ouest. Rien de plus. Pourtant, avoir entendu cette histoire si souvent depuis l’enfance lui avait laissé un fond d’inquiétude dont il n’arrivait pas tout à fait à se défaire.
Mis à part ce malaise, le fait de jeter un regard au groupe rassemblé ici lui inspira une question qui valait la peine d’être posée.
Ça n’arriverait sûrement pas, mais il se pouvait que ces abrutis ne soient pas au courant, ou qu’ils le sachent et fassent semblant de l’ignorer. Et, avec un peu de chance, l’un d’eux aurait peut-être une idée à laquelle lui n’avait pas pensé.
Les chances étaient aussi minces que celles de voir cet abruti incapable de s’orienter partir seul et revenir à l’heure sans incident — mais c’était tout de même sous cet angle qu’il abordait la question.
« Vous connaissez tous le point faible du capitaine, pas vrai ? »
Rem avait parlé d’un ton plat.
Jaxon, qui sculptait un morceau de bois au couteau un peu plus loin, lui jeta un coup d’œil sans répondre.
Devait-il déjà se réjouir d’avoir obtenu ça ? D’habitude, Jaxon l’aurait complètement ignoré, quoi qu’il dise.
« Où est-ce qu’on t’a coupé la langue ? Hé, le sauvage. »
Rem lança sa pique au sauvage et s’adressa à quelqu’un d’autre.
Sans surprise, Ragna ne lui prêta pas la moindre attention. Peut-être ne savait-il vraiment pas qu’on lui parlait : le surnom était faux, après tout, et ses oreilles filtraient automatiquement la voix de Rem. De plus, il venait enfin de reprendre un véritable entraînement après une longue pause.
Pour préciser son état d’esprit : il avait récemment enseigné à Ropord — ou, plus exactement, l’avait rossé — et était tombé sur quelque chose de nouveau en chemin. Il y réfléchissait à présent.
Hng. Hng.
Ragna levait et abaissait son épée, le visage impassible. Une veine saillit sur le front de Rem.
« Je te jure, quel connard. »
Fallait-il lui trancher un bras à la hache pour qu’il daigne écouter ? Ou lui jeter un sort ?
Il y songeait sérieusement quand Jaxon prit enfin la parole, à demi pour lui-même.
« Il manque de talent pour concentrer sa force en un seul coup. »
Bref et direct, mais l’avis était clair. Et juste, aussi.
N’empêche, la manière de le dire était agaçante, tout comme son attitude.
« Je te trouve un professeur d’éloquence ? T’as oublié comment parler comme un être humain ? »
Devenir chevalier n’avait changé ni Rem ni Jaxon. C’était pareil pour Ragna.
« Ça prendra du temps. Encore. »
Ragna cessa enfin de manier son épée et prit la parole. Il avait filtré ce qui ne lui était pas utile pour ne retenir que l’essentiel.
Ce qu’il disait n’était que la pure vérité. Ils avaient observé Enkrid assez longtemps pour le savoir.
Lentement ou par des détours, il continuait de se rapprocher de son objectif. Il en irait ainsi. Qu’il avance vite ou lentement, ce n’était pas le genre d’homme à cesser de marcher quand il désirait quelque chose.
Éveiller sa Volonté, atteindre le rang de chevalier.
Cela ne voulait pas dire qu’Enkrid n’avait pas changé.
Il avait appris des techniques, élaboré son propre style à l’épée ; tout avait progressé de façon éblouissante. Le regarder s’entraîner était un véritable plaisir.
Ruagarne avait dit qu’elle craignait de finir par le regarder au lieu de s’entraîner elle-même si elle restait près de lui. Elle avait donc délibérément renoncé à les accompagner pour ce voyage.
C’était dire à quel point le talent d’Enkrid progressait de jour en jour : rien à voir avec celui qu’il avait à son arrivée comme chef d’escouade.
Pourtant, ce n’était pas tout à fait satisfaisant.
Pourquoi ? À cause de ce qu’il possédait déjà.
La Volonté qui sommeillait en lui, vaste et profonde, était une force puissante capable de rendre l’épuisement insignifiant. Mais même le meilleur acier, si l’on n’en aiguise pas le tranchant, finit par devenir une masse émoussée. Et si l’on ne sait pas lui donner une longueur convenable, on ne peut même pas le tenir pour s’en servir.
Pour Rem, Jaxon et Ragna, la faiblesse d’Enkrid sautait aux yeux.
Grâce à cette quantité absurde de Volonté, il ne serait jamais à court, mais celle qu’il pouvait concentrer dans un seul coup n’était pas si importante. Seuls la pratique et le ressenti pouvaient remédier à cela.
Rem savait déjà tout ça. Il avait posé la question pour s’en assurer et, au moins, il ne leur avait échappé aucune solution brillante.
Ce n’était pas étonnant. De toute façon, ils étaient tous dans la même situation.
« J’aurais plus vite fait d’apprendre à parler à une Goule que d’avoir une autre conversation avec vous deux. »
Rem leur lança ces derniers mots et s’éloigna.
Ils s’étaient retrouvés là par hasard et il avait soulevé la question une fois. Rien de plus.
Tout le monde le savait, personne ne l’avait dit à voix haute, et aucun d’eux ne pensait qu’Enkrid l’ignorait.
Un homme qui passait tout son temps à manier son épée et à repasser ses actes dans sa tête… ne pas savoir une chose pareille ? Bien sûr qu’il le savait.
* * *
Audin s’agenouilla devant la Sainte Élue et regarda droit devant lui.
Il avait observé le combat entre le prophète Overdier et Enkrid, et en avait deviné l’issue avant même qu’il ne commence.
Ça n’allait pas.
Il y avait un fait que non seulement lui, mais aussi Rem, Ragna et Jaxon avaient compris.
Enkrid avait un puits inépuisable, mais le seau dont il se servait pour y puiser était petit. La quantité d’eau qu’on pouvait remonter d’un seul coup dépendait de la taille du seau. Enkrid en était là, pour le moment.
Le bâton d’Overdier s’embrasa soudain de lumière, et Enkrid le bloqua encore et encore avant d’être repoussé.
L’expérience devait être désorientante — frustrante à supporter.
Parmi les techniques qu’un moine, un ascète martial, apprenait après avoir atteint un certain niveau, il y en avait une appelée la Pénétration sacrée, qui contournait le Corps d’acier pour frapper directement les organes internes.
Les guerriers sacrés et les chevaliers sacrés apprenaient le Corps d’acier avant de devenir chevaliers. Puisque chacun s’efforçait de maîtriser et de perfectionner cette technique, il était naturel qu’on étudie aussi les moyens de la briser.
Les ascètes martiaux étaient précisément le genre de personnes qui étudiaient et entraînaient ces contre-mesures. Il était donc tout naturel qu’ils finissent par trouver puis perfectionner une façon de briser le Corps d’acier ou de le contourner.
Il ne lui a pas encore appris ça.
Audin ne le dit qu’en pensée. La Pénétration sacrée faisait craquer et raidir les membres ; ce n’était pas dévastateur, mais suffisamment désagréable.
Dans un combat entre chevaliers, dès que le corps de l’un des deux se mettait à bouger de façon anormale, l’issue se décidait rapidement.
Rem ou Ragna auraient probablement fait circuler d’un coup une poussée de Volonté ou de sorcellerie dans tout leur corps pour repousser la force sacrée.
Enkrid faisait quelque chose de semblable. La différence, c’était que son adversaire répétait la même attaque, accumulant peu à peu dans son corps une gêne qui entravait ses mouvements. Plus ils s’affrontaient, plus le désavantage grandissait. La Volonté liée à la force sacrée usait peu à peu la mobilité de son corps.
Malgré tout, Enkrid ne cédait pas facilement de terrain.
« Intéressant.
— Ça doit l’être. »
Au milieu du combat, ils discutaient, et Enkrid souriait en maniant son épée. Celle-ci était féroce, tenace, rapide — à une vitesse qu’Audin, même sans pouvoir sacré, aurait eu du mal à suivre. La précision était là aussi : il suffisait de manquer un instant dans le mouvement, de la cheville jusqu’au corps entier, pour perdre complètement le point d’impact.
Mais il n’allait pas plus loin.
L’équilibre entre son corps entraîné et la Volonté qu’il déployait était faussé. Sa force augmentait, mais la Volonté concentrée qui l’accompagnait n’était pas si importante.
Dans l’absolu, elle était considérable, mais son adversaire était un très mauvais match pour lui.
Overdier était un guerrier complet, à tous égards. Vitesse, force, technique : rien ne lui faisait défaut, et sa force sacrée frappait sans cesse le corps d’Enkrid.
Il pouvait tenir plus longtemps, mais pas gagner.
Telle était la conclusion d’Audin, et le résultat la confirma.
Aucun des deux n’avait eu l’air de se battre de toutes ses forces.
Sinar s’avança ensuite, mais son adversaire lui convenait encore moins.
Son coup aurait pu être fatal à Overdier — si elle avait pu trouver une ouverture et s’y engouffrer. Or, créer cette ouverture était justement le problème.
Une attaque inefficace contre quelqu’un enveloppé de force sacrée.
Sa technique signature, la lame d’énergie vitale, était l’ennemie naturelle de l’armure sacrée. Quand la force sacrée enveloppait tout le corps comme le Corps d’acier, elle devenait une véritable armure sacrée, assez solide pour repousser la plupart des attaques.
La faible lueur qui enveloppait le corps d’Overdier en témoignait.
La lame d’énergie vitale le toucha, mais celle que Sinar avait formée en rassemblant son énergie tinta et se brisa. La lumière autour du corps d’Overdier vacilla brièvement sous l’impact, mais la lame avait disparu, réduite en morceaux, et la lumière retrouva son éclat initial.
Le camp qui maîtrisait la concentration la plus dense de cette puissance avait l’avantage, et pour l’instant, la force sacrée d’Overdier était bien plus dense — il n’y avait même pas comparaison.
Sinar dut donc reculer.
Elle n’avait pas sorti son véritable atout, cela dit. Même si elle l’avait fait, rien ne garantissait qu’elle aurait remporté facilement le combat.
C’est ainsi qu’ils finirent tous deux par perdre.
« Vous êtes venus sauver la Sainte Élue ? »
demanda Overdier.
Le soleil couchant violet n’avait pas encore complètement disparu. Le vent lui ébouriffait les cheveux.
La terre retournée et le sol creusé racontaient clairement ce qui s’était passé. Des pierres éclatées et des fragments brisés jonchaient les alentours. Personne n’avait voulu tuer, mais un combat entre chevaliers avait eu lieu ici : il aurait été étrange que les environs n’en portent aucune trace.
Ceux qui poursuivaient la Sainte Élue à l’origine s’étaient retirés depuis longtemps. Parmi eux, celui qu’on appelait Alma observait la scène depuis un bon moment.
Enkrid et Sinar allaient-ils unir leurs forces ? Ou appelleraient-ils aussi Audin pour combattre à trois contre un ?
Dans ce cas, tout espoir ne serait pas perdu. Non, si l’un des trois acceptait de se sacrifier, ils pourraient gagner. S’ils voulaient tuer leur adversaire à tout prix, cette possibilité existait.
Mais le ferait-il ? Ce capitaine-là ?
Non.
Et allait-il battre en retraite ? Pas davantage.
Que se passerait-il, alors ?
À ce stade, Audin avait déjà pris sa décision à moitié.
S’il le faut, je prendrai la place de la Sainte Élue.
Même si cela devait le vider de ses forces et le condamner à subir des coups pour le restant de ses jours, il le ferait. Il était le seul à pouvoir le faire. Alors il le ferait.
Quoi qu’on lui dise, Enkrid ne reculerait pas, même si cela devait lui coûter la vie. C’était le genre d’homme qu’il était. Il ne pouvait donc pas le laisser faire.
« Reculez, maintenant. »
Overdier reprit la parole. Ce qui était intéressant, c’était qu’Enkrid n’était pas du genre à obéir sagement à un tel ordre, pas après avoir perdu une fois.
« On remet ça ? »
Il le lança sans détour : qu’il s’agisse d’un duel ou d’un combat, il ne comptait pas partir comme ça.
La Volonté afflua et embrasa ses yeux bleus. Comme une flamme qui prend.
À cet instant, Overdier le sentit — un éclair d’intuition.
L’homme qui se tenait devant lui n’était pas quelqu’un qui renoncerait, quoi qu’on lui fasse.
* * *
Vraiment pas facile.
Bien sûr, Enkrid connaissait sa propre faiblesse.
Lorsqu’il utilisait le Corps d’acier, il avait du temps — le temps de se préparer. Et s’il avait le temps de se préparer, il pouvait puiser davantage dans sa Volonté que d’ordinaire.
La technique du Corps d’acier le prouvait.
Mais là, c’était différent. En l’espace infime et tranchant d’un coup d’épée, il devait faire passer autant de Volonté.
Il avait essayé encore et encore, mais ça ne se passait pas bien.
Hum.
Enkrid fit le tri dans ses pensées et réajusta sa prise.
Alors. Était-ce une crise ?
On aurait dit que oui. Sans doute la pire crise depuis qu’il avait commencé à revivre cette journée.
Si la mort approchait — si son adversaire en avait l’intention —, il pouvait mourir et recommencer la journée. Mais si l’adversaire n’en avait aucunement envie ?
Que devait-il faire, alors ?
C’était là le problème, maintenant.
Overdier, ce chevalier sacré, n’avait pas l’intention de le tuer.
Paf.
Il esquiva le coup d’épée, mais le bâton s’abattit sur son corps — assez fort pour le couvrir de bleus, pas pour le briser. Il n’avait donc qu’à tenir jusqu’au bout.
Enkrid n’envisageait pas une seconde de s’allier à Sinar ou à Audin pour tuer l’homme. Ce n’était pas parce que cela aurait exigé le sacrifice de quelqu’un d’autre ; son adversaire s’était avancé seul, ouvertement, et il ferait donc de même.
S’unir pour tuer l’adversaire était une voie qu’il ne prendrait pas, même si cela devait lui coûter la vie.
Que lui restait-il, alors ?
« Jette ta tête dedans. »
La voix du Batelier résonna à ses oreilles — une hallucination.
« Vas-y, prends un coup sur la tête et meurs. »
Les paroles du Batelier continuaient, sans fin. Il lui proposait la voie facile. La plus simple qui soit.
« Meurs comme ça. Meurs et recommence. »
« Ça marche. Offre-toi un autre aujourd’hui à revivre. Celui-ci aussi est un mur : tu finiras par le franchir. »
Pour Enkrid, ces paroles revenaient à lui demander de sacrifier aujourd’hui pour demain. De choisir un présent de second ordre plutôt que de vivre pleinement le meilleur présent possible.
Depuis plusieurs jours, ces mots revenaient chaque nuit dans ses rêves, et maintenant ils se manifestaient sous la forme d’une hallucination.
Si Overdier ne voulait pas le tuer, il n’avait qu’à agir de lui-même et ouvrir la voie pour revivre aujourd’hui. Il aurait ainsi l’occasion de surpasser Overdier. En échange, il vivrait dans un aujourd’hui éternel.
« Ah, je n’en ai vraiment pas envie. »
Il marmonna ces mots et recula d’un pas, le bâton venant de lui heurter l’épaule.
« Qu’est-ce que vous racontez ? »
demanda Overdier, mais Enkrid secoua la tête.
« Je me parle à moi-même. »
Si quelqu’un qui connaissait toute la situation lui demandait pourquoi il s’obstinait à choisir la voie la plus difficile, Enkrid répondrait ceci :
S’il avait le choix entre un lendemain imparfait et un présent parfait, il choisirait toujours le lendemain imparfait.
« Ton entêtement n’y changera rien. »
La voix du Batelier.
« Ton entêtement ne changera rien ici. »
La voix d’Overdier se superposa à la sienne.
Non. Personne ne pouvait le savoir.
Et ce qu’il ressentait n’était pas tout à fait de l’entêtement. Cela ressemblait davantage à une obsession, et dépassait même l’obsession pour se rapprocher de la conviction.
Bien sûr, Enkrid ne faisait que ce qu’il avait toujours fait. Il se tenait là, l’épée levée, sans céder un pouce de terrain. Comme avant.
Rien n’avait changé. Il avait perdu. Mais il ne reculerait pas.
« Pourquoi faites-vous ça ? »
demanda Overdier. Enkrid répondit sans détour.
« J’ai entendu dire qu’ils gardent la Sainte Élue enfermée et lui soutirent toute sa force sacrée. »
Il ne prit pas de gants : il alla droit au cœur du problème. Les épaules de Shilma tressaillirent en entendant Enkrid.
Qu’est-ce que cette personne raconte, maintenant ?
Ce ne fut qu’alors que le regard d’Overdier passa au-delà d’Audin et se posa sur l’enfant étendu derrière lui.
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