Chapitre 574
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 574 : Le prophète Overdier
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Les tuer tous et partir ?
Ces mots n’avaient rien d’impossible. C’était simplement la réalité de la situation.
Avec Enkrid, Sinar et Audin réunis, tuer les cinq personnes en face d’eux n’aurait posé aucune difficulté.
Même si l’un des cinq semblait être un chevalier junior, aucun ne représentait une véritable menace.
Enkrid, à lui seul, aurait pu se débarrasser proprement de chacun d’eux sans en laisser un seul s’échapper.
À sa question, les sourcils d’Alma tressaillirent.
Les tuer tous ? Qui ? Moi ? Il ne nous épargnait pas par respect pour l’Église ?
« Quoi ? »
Stupéfait, Alma lâcha ce mot, sans parvenir à ajouter quoi que ce soit. Shilma réagit de la même manière.
Ses yeux injectés de sang brûlaient d’une ferveur divine, certes, mais est-ce que tout cela avait vraiment un sens ?
Personne ne s’était attendu à l’entendre dire une chose pareille.
C’était bien au-delà de ce qu’ils avaient envisagé, quelque chose qui ne leur avait même jamais traversé l’esprit.
Qu’il ose faire taire les gens de l’Église en les tuant.
Pire encore, si l’homme devant eux décidait de passer à l’acte, leur mort à tous était d’ores et déjà certaine.
Enkrid n’avait manifesté aucune Pression particulière. Il avait parlé d’un ton égal, sans se presser.
Ce qui changeait tout, c’était le poids de ses paroles.
La réputation du Chevalier du Mur de Fer, et l’attitude qu’il affichait en cet instant.
S’il disait quelque chose, il allait jusqu’au bout. S’il n’en était pas capable, il n’aurait jamais ouvert la bouche.
L’attitude d’Enkrid dominait toute l’assemblée. Sinar posa nonchalamment la main droite sur la poignée de Naidhl. Tuer quelques personnes, s’il le fallait, ne lui posait aucun problème.
Dans l’atmosphère tendue qui s’installait entre eux, un cri lointain retentit : une longue plainte traînante, à mi-chemin entre le hurlement d’une Bête magique et celui d’un animal sauvage.
Audin expira lentement et secoua la tête.
Il n’allait pas se laisser prendre aux murmures du diable.
Enkrid ne l’avait pas dit tout à fait sérieusement, lui non plus. C’était une menace.
Sur quoi croyez-vous vous appuyer ?
Naturellement, Shilma, Alma et les trois autres s’appuyaient sur l’Église.
En matière d’influence sur le continent, l’Église surpassait même les banques.
Les banques du royaume marchand n’existaient que dans les grandes villes, tandis que les temples et les monastères de l’Église étaient partout.
Mais qu’est-ce que l’Église peut vraiment faire, à l’heure actuelle ?
Voilà, en gros, ce qu’il voulait leur faire comprendre.
Audin savait bien qu’Enkrid était plus perspicace qu’il n’en avait l’air.
Et ça avait marché. Shilma, les yeux injectés de sang, se tut ; Alma, qui s’était vanté de ses talents au combat, referma lui aussi la bouche.
Alors que la menace était sur le point de faire basculer complètement l’atmosphère, Sinar réagit la première.
Elle bougea ses oreilles pointues. Celles d’Audin s’étaient dressées plus tôt, mais ce n’était qu’un réflexe. Les oreilles de Sinar, elles, remuaient bel et bien.
Le bout frémissant de l’une d’elles s’inclina sur le côté.
Enkrid tourna la tête dans la direction indiquée par son oreille. Audin suivit son regard un instant plus tard, puis bientôt, tous regardaient derrière eux, du côté d’où ils étaient venus.
Quelqu’un approchait de là-bas.
La personne était encore loin, mais pour un chevalier capable de manier la Volonté, cette distance n’avait rien d’insurmontable.
Une cuirasse, une démarche équilibrée, une barre de fer à la taille.
Sur son vêtement extérieur, on distinguait un motif brodé représentant sept grappes de raisin. Nul besoin d’explications pour le deviner.
Cette personne appartenait au temple du Dieu de l’Abondance.
Et ce n’était pas quelqu’un à prendre à la légère. Une vague impression de vertige, que Enkrid n’avait jamais ressentie en regardant Alma, lui piqua l’esprit.
La silhouette descendit à un rythme ni pressé ni lent la petite hauteur que le groupe d’Enkrid avait franchie plus tôt.
Il avait observé peut-être cinq pas quand Enkrid eut une étrange vision.
La silhouette prit soudain appui sur le sol, franchit la distance en un instant, le saisit à la gorge et le plaqua contre terre.
N’était-ce qu’une vision ?
En une fraction de seconde, Enkrid décida que sa Volonté venait de lui projeter cette scène : un aperçu de ce qui allait arriver, une intuition qui perçait jusqu’à la vérité. Il réagit.
Boum !
Le bruit et l’instant ne firent qu’un. Les vêtements blancs de la silhouette qui approchait claquèrent et flottèrent tandis qu’elle fonçait sur lui.
Le propriétaire de la cuirasse avait parcouru la distance en une seule impulsion et se trouvait déjà à portée de bras. Sa jambe fila comme un fouet vers le tibia d’Enkrid : une charge brutale suivie d’une attaque basse.
Enkrid suivit chaque détail grâce à son Acuité visuelle dynamique, poussée au-delà de ses limites : l’approche, l’instant où la jambe s’élança. Le Point de focalisation s’activa de lui-même et étira ses pensées. Son esprit accéléra, tandis que le temps semblait ralentir.
Rapide.
Esquiver ? Non. Mieux vaut tenir bon.
La décision fusa, et son corps façonné par la Volonté bougea.
Enkrid fléchit les genoux, raffermit sa cheville et éleva sa Volonté.
Sa vitesse de réaction avait considérablement augmenté. Le coup de pied le frappa dans un claquement sec, mais son centre de gravité bougea à peine.
Et, dans le même temps, une main se dirigeait déjà vers sa gorge. Enkrid serra le poing en biais et le projeta en avant.
Les Arts martiaux valériens. En une fraction de seconde, il fit pivoter sa taille et son pied arrière, concentrant tout son poids et sa force dans son coup de poing.
Boum !
Les mains se heurtèrent, et l’air comprimé éclata dans un claquement.
Un bruit net et aigu. L’assaillant se retira aussi vite qu’il était arrivé.
Fff !
La lame de Sinar fendit l’espace qu’il venait de quitter, avec un demi-temps de retard. Naidhl trancha verticalement les derniers rayons obliques du soleil couchant.
La lumière elle-même sembla se fendre. Le coup était aussi rapide qu’acéré, mais l’assaillant avait déjà esquivé.
Une intuition, l’œil capable de voir un pas à l’avance, d’un niveau tel qu’un tel exploit devenait possible.
Sinar ne s’arrêta pas là.
Le Point de focalisation étirant le temps, Enkrid resta conscient de tout ce qui l’entourait.
Les attaques et les parades s’enchaînaient à un rythme qu’aucune personne autre qu’un chevalier n’aurait pu suivre.
Naidhl fendit le vide, pivota brusquement et fusa en avant.
Comme une hirondelle traçant librement des courbes dans le ciel.
Un homme qui se faisait appeler Lame Hirondelle était mort de sa main. À présent, ce titre revenait de droit à Sinar. Pourtant, l’assaillant arrêta aussi ce coup-là.
La lame était assez rapide pour rivaliser avec les poignards de lancer d’Enkrid, mais la barre de fer que l’inconnu portait à la taille était déjà dans sa main et intercepta le tranchant.
Clang !
Les deux armes s’entrechoquèrent, et la force du choc se propagea en onde.
Un son assez aigu pour faire vibrer les dents.
Depuis la première vision, tous ces échanges s’étaient déroulés en un seul souffle.
L’assaillant était rapide, audacieux et n’hésitait pas une seconde.
« On m’a dit de vous arrêter, et pourtant vous me stoppez si bien. »
L’assaillant prononça ces mots avec une admiration qui semblait sincère.
Enkrid n’aimait pas particulièrement recevoir les coups, mais une étrange secousse persistait dans sa jambe, là où le coup de pied l’avait atteint. Le muscle et la peau allaient bien, mais ses tendons et ses ligaments étaient engourdis et fourmillaient.
Il avait utilisé le Corps d’acier, et pourtant, il en était là.
Même un Géant portant un coup de pied de toutes ses forces ne lui aurait pas fait cet effet.
L’assaillant avait donc employé une technique quelconque, qu’Enkrid était bien incapable de deviner pour l’instant.
Peut-être que cette technique est aussi à l’origine de la vision que j’ai eue tout à l’heure ?
La jambe d’Enkrid était engourdie, mais il baissa la main comme si de rien n’était.
Sa main se posa près de la poignée de son arme.
Prêt à dégainer et à frapper à tout moment.
Enkrid avait appris les Arts martiaux valériens, mais il ne révélait pleinement sa véritable force qu’une épée à la main.
Sinar laissa Naidhl pendre le long de son flanc et demanda : « C’était quoi, cette technique ? »
Elle aussi possédait de l’intuition. Si l’assaillant avait fait quelque chose, elle aurait dû le sentir juste avant, peut-être un temps après Enkrid, mais elle aurait dû percevoir quelque chose.
Elle était également assez sensible pour jouer à cache-cache avec des assassins.
Pourtant, quand l’assaillant s’était approché, avait donné son coup de pied et tendu la main, elle n’avait rien senti venir.
Qu’est-ce que ça signifiait ?
Que l’assaillant la surpassait et la dominait ?
Non. Impossible. Même dans ce cas, elle aurait senti quelque chose.
Alors ?
L’assaillant avait fait quelque chose. Avec sa Volonté, à l’évidence.
Elle avait pu le comprendre en observant leur échange.
L’assaillant était un chevalier. Et comme pour le confirmer, le guerrier sacré Alma, qu’Enkrid avait jeté à terre, s’écria :
« Messire Overdier ! »
Ce nom ne disait rien à Enkrid. L’inquisiteur Bert apporta alors une précision :
« Le prophète ! »
Le prophète.
Ce nom, Enkrid l’avait déjà entendu.
On disait de lui qu’il était le pilier de l’Ordre des chevaliers sacrés.
Il avait vécu si longtemps qu’il était impossible d’estimer son âge.
À en juger par son apparence, c’était un homme d’âge mûr ; en vérité, c’était un monstre qui avait vécu plus de cent ans, disait-on.
Béni par le divin, il vieillissait plus lentement. Son titre était celui de prophète.
Prophète. Prescience. Prophétie. Bien que ses prophéties se limitassent aux personnes qui l’affrontaient au combat.
Il se servait de la Volonté, ou plus précisément du pouvoir divin, pour imprimer à ses adversaires la vision de leur propre défaite.
C’était comme s’il élevait sa Volonté et imposait un avenir à son adversaire.
Comme cet avenir imposé ne s’était jamais révélé faux, le nom de prophète lui était resté.
Une barre de fer dans la main gauche, une autre à la taille.
Ses yeux tombants lui donnaient un air affable, mais la lueur mystérieuse de ses pupilles argentées prenait le dessus.
Il ouvrit ces yeux d’argent et prit la parole.
« Une révélation indistincte m’est parvenue. Je doutais de sa véracité, mais la volonté du Seigneur ne se trompe jamais. »
Le prophète Overdier prononça ces mots. Tout en parlant, il tira de sa taille la seconde barre de fer.
Une barre dans chaque main : deux armes gravées.
Il les croisa en diagonale et les leva devant lui. Inutile de préciser qu’il avait l’intention de se battre.
« Ces hommes nous oppriment et cherchent à nous enlever la Sainte Élue ! »
Shilma s’écria à son tour, résolue à ne pas se laisser faire.
« Une révélation ? »
Sans prévenir, Enkrid s’accrocha aux paroles d’Overdier.
Overdier entendit Shilma, mais ne réagit pas. Il ne quitta pas Enkrid des yeux.
Peut-être que, pour le moment, il trouvait cela plus intéressant que d’échanger des mots avec Shilma. Ou peut-être ne pouvait-il tout simplement pas détourner le regard.
Pendant qu’Enkrid parlait, sa présence prenait peu à peu de l’ampleur. Sa Volonté pesait sur Overdier sous la forme de Pression. Elle ne l’accablait évidemment pas, mais prétendre qu’il ne la remarquait pas aurait été mentir. Il ne quittait pas Enkrid des yeux.
« Oui. J’ai reçu une révélation. »
Overdier répondit sans modifier sa posture, d’une voix calme.
Ces mots rappelèrent à Enkrid le Batelier, qui apparaissait dans ses rêves nuit après nuit depuis quelque temps.
« Seuls les épreuves et les tourments vous attendent. »
« Vous pourriez me donner un conseil plus utile sur l’escrime ? »
« Vous finirez par regretter d’être prisonnier de cette seule journée. »
« Et si vous me montriez plutôt un mouvement comme celui-ci, au lieu de bloquer la vague ? »
« Vous deviendrez immortel. »
« Quand l’adversaire abat son arme ainsi, vous la recevez sur le plat de votre lame et vous vous rapprochez, comme ça. »
À peu près au moment où le mot « immortel » avait été prononcé, Enkrid s’était tenu en équilibre sur le bateau qui tanguait, en faisant une démonstration.
Il partageait une technique qu’il avait récemment mise au point, en assemblant et en affinant ce qu’il avait payé à Krona pour apprendre au cours de ses voyages sur le continent.
Le Batelier s’était révélé étonnamment versé en escrime. Les conseils qu’il lançait de temps à autre sans y penser avaient été plus utiles qu’Enkrid ne l’aurait cru.
« Je ne jurerai pas. »
Le dernier Batelier qu’il avait rencontré s’était contenté de dire ce qu’il avait à dire, et Enkrid avait fait de même ; aucun des deux n’avait donc à reprocher quoi que ce soit à l’autre.
En repensant à ce Batelier, une question inutile lui vint à l’esprit.
Enkrid regarda droit dans les pupilles argentées du prophète qui se tenait devant lui et demanda : « Celui qui vous a donné cette révélation était-il assis dans un bateau, par hasard ? Avec une peau grise, craquelée et usée ? Peut-être portait-il une lampe violette ? »
Une question sortie de nulle part. Presque absurde. Personne ne pouvait comprendre où il voulait en venir. Audin et Sinar n’y comprenaient pas plus que les autres.
Enkrid n’y prêta aucune attention. Il se fichait de ce qu’ils pouvaient en penser.
D’une certaine manière, il n’avait pas d’idées préconçues.
Il ne traitait pas ces gens de fanatiques. Et si quelqu’un professait sa foi en un dieu tout en acceptant des pots-de-vin, semblant s’engager sur le chemin de la corruption, il laissait passer.
Tant qu’ils ne franchissaient pas les limites qu’il s’était fixées, cela lui convenait.
C’était dans le même ordre d’idées qu’il s’était simplement demandé si quelque chose d’autre pouvait se mêler aux croyances de ces gens.
En vérité, cette question revenait peut-être à nier l’existence même du dieu au fondement de leur foi, bien qu’il n’y eût pas réfléchi aussi profondément.
Pourtant, si un dieu existait vraiment et était aussi juste que ces gens le croyaient, personne ne pouvait expliquer pourquoi une enfant devait être enfermée sous le nom de Sainte Élue, ni pourquoi les prêtres et les fidèles corrompus échappaient à toute punition. C’était pour cela qu’Enkrid ne croyait pas en Dieu.
Puisqu’il n’y croyait pas, il pouvait se permettre de dire de telles choses.
Si Overdier avait connu ses pensées, même le sang-froid forgé par plus de cent ans aurait pu vaciller un peu.
Mais Overdier ne pouvait pas savoir ce qu’Enkrid pensait, et sa longue vie lui avait appris qu’il ne servait à rien de répondre aux questions inutiles.
Il agit en conséquence.
« Les révélations ne viennent que de mon Seigneur. »
Autrement dit : je ne prêterai pas l’oreille à vos absurdités.
Enkrid ne s’était pas attendu à recevoir une réponse. Il avait posé la question à moitié pour plaisanter.
Le Batelier n’apparaissait que dans ses rêves et ses visions ; il n’avait donc aucune raison sérieuse d’insister ici et maintenant.
Il avait posé la question au cas où le Batelier se serait mêlé de tout ça, mais, après l’avoir fait, il se dit que ce n’était sans doute pas possible de toute façon.
Et, à vrai dire, ce n’était pas ce qui importait.
Le Batelier lui avait dit que seuls les épreuves et les tourments l’attendaient, que tel était déjà son destin.
Qu’il deviendrait immortel et revivrait cette journée sans fin.
Que des obstacles ne cesseraient de se dresser devant lui.
Enkrid ne s’en souciait sincèrement pas le moins du monde.
La vie comportait des épreuves et des tourments dès le départ, et quel que soit l’obstacle, il le surmonterait. C’était tout. Comme à présent.
Un homme se faisant appeler prophète ou chevalier sacré était apparu.
Que le Batelier l’ait attiré ici, qu’il soit vraiment venu à la suite d’une révélation divine ou qu’il s’agisse d’une simple coïncidence, peu importait. Son cœur battait.
Fort.
Un seul échange avait suffi pour le sentir.
Cette audace féroce et ce corps puissant.
Un style de combat complètement différent de celui d’Audin.
Les deux barres de fer dans les mains du prophète attirèrent le regard d’Enkrid.
Cling.
Il rapprocha les deux barres et les croisa.
Sinar leva Naidhl et la pointa vers son adversaire.
« Le guerrier sacré Alma signale que cet homme est un hérétique et un fugitif ! »
Alma pointa Audin du doigt. Celui-ci jeta un regard indifférent à côté de lui. Il n’y avait évidemment personne. Il pencha la tête et se désigna du doigt.
« Moi ? »
Il joua la comédie avec autant d’aisance qu’Enkrid lui-même.
Il avait appris deux ou trois choses au fil des ans.
Un talent d’acteur admirable.
Assez doué pour entrer dans n’importe quel monastère, prendre une marionnette et assurer seul tout le spectacle, sans la moindre difficulté, avec cinq marionnettes ou plus.
Un abbé honnête qui s’occupait d’orphelins, en le voyant, aurait pensé exactement cela.
Pour Alma, qui avait lancé tout ça et assistait maintenant à la scène, cela ne fit que renforcer son envie de jurer.
« Évidemment, toi ! Qui d’autre ? »
Alma rugit, incapable de se retenir. Heureusement pour lui, il n’ajouta pas d’insulte.
Alma bouillait de rage.
Comme un volcan sur le point d’entrer en éruption, brûlant d’une blancheur incandescente.
Sa poitrine semblait en feu.
Une fureur intense montait en lui.
Depuis tout à l’heure, on l’avait poussé, frappé du pied et roué de coups, dépouillant sa dignité morceau par morceau ; puis la menace d’Enkrid de les tuer tous l’avait réduit au silence sans qu’il oppose la moindre résistance.
Quoi ? Et ensuite, le silence. C’était tout ce qu’il avait réussi à dire.
La honte, à laquelle s’ajoutait l’orgueil blessé, ne faisait qu’aiguiser sa colère.
Il était naturellement furieux de voir à quel point tout avait mal tourné.
Et c’était à cet instant qu’il avait entendu Bert lui parler d’Audin.
Un hérétique. Un fugitif. Un criminel.
Le regard du prophète Overdier passa d’Enkrid à Audin, puis à la Sainte Élue étendue au sol.
« Hum. »
Overdier émit un bref son sec. Son visage ne laissait rien paraître.
Enkrid observa la petite comédie, puis se déplaça discrètement. Le soleil venait de disparaître sous l’horizon ; en faisant quelques pas de côté, il se plaça de façon à ce que la lumière mourante qui descendait le long de la Chaîne de montagnes des Géants frappe les yeux de son adversaire.
Que ce soit à cause de la Chaîne de montagnes des Géants ou d’autre chose, le coucher de soleil de ce jour tirait davantage sur le violet que sur l’orange : un mauve teinté de rose.
Même si la lumière lui frappait les yeux, Overdier ne changea pas de position. Son regard suivit simplement Enkrid dans ses déplacements.
« Je ne vous tuerai pas. Vous n’êtes pas responsable de tout ça. »
Overdier prononça ces mots.
Ah oui ?
Enkrid lui répondit avec sa lame.
Il prit appui sur un pied, fondit sur lui en une seule charge et abattit violemment son épée sur le sommet du crâne d’Overdier.
Un coup rapide et puissant, comme s’il imitait Ragna.
Clang !
Une détonation tonitruante retentit.
La barre de fer avait rencontré la lame. Voilà ce qui avait produit ce bruit.
Sinar ne se mêla pas au combat.
C’était un duel. Ce n’était pas ainsi qu’on gagnait, en venant poignarder quelqu’un dans le dos. Cela allait à l’encontre de l’honneur et de la conviction.
Il y avait des principes auxquels il fallait rester fidèle. Et Enkrid n’aurait pas toléré qu’on s’interpose.
Pour cette raison, Enkrid combattit seul.
Et il perdit.
Pas au point d’y laisser la vie, toutefois.
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