Chapitre 576
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 576 : Tu seras traqué toute ta vie
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Audin écouta Enkrid lancer ces mots tout en fendant l’air de son épée.
En termes d’escrime, c’était une attaque sans la moindre hésitation.
Après avoir parlé, Enkrid fit encore quelques moulinets dans le vide.
Son corps avait cessé de lui obéir en plein combat ; il vérifiait donc son état.
C’était Audin lui-même qui le lui avait appris.
Quoi qu’il arrive, vérifie toujours que ton corps fonctionne correctement.
Combattre sans connaître son propre état, c’était de la folie, lui avait-il dit.
Il allait de soi qu’il fallait être en pleine forme en permanence.
Bien manger, bien dormir, bien combattre, s’entraîner dur et connaître précisément les limites de son corps.
Enkrid avait appliqué tous ces principes jusqu’ici.
« Tu es mon meilleur élève. »
Audin se le dit à lui-même et releva la tête. Il était temps de parler.
De dire qu’il retournerait dans l’Ordre et accepterait sa punition, qu’il offrirait le reste de sa vie en guise de prix à payer.
Qu’ils devaient cesser de se battre.
Qu’ils devaient laisser partir la Sainte Élue. N’était-ce pas possible ?
Il prendrait tout à sa charge.
« Je vous offre le reste de mes jours. »
Audin le murmura en lui-même et leva les yeux. Son regard se posa sur le guerrier sacré qui rayonnait d’une lumière divine.
Cet homme se tenait à l’endroit qu’Audin avait autrefois voulu atteindre.
Il lui suffisait de contempler sa divinité pour le savoir. La lumière sacrée était d’un blanc pur et limpide. Ce n’était pas celle d’un homme déchu.
Quand Dieu veillait sur eux, la lumière sacrée d’un prêtre corrompu s’assombrissait. C’était précisément pour cela que tant de prêtres étaient incapables d’user de la véritable divinité.
Et c’était ainsi qu’un Saint Homme en haillons pouvait exister.
Un homme avait reçu ce nom parce qu’il soignait les gens vêtu de guenilles.
Un véritable Saint Homme, qui portait le sanctuaire de Dieu dans son cœur et parcourait le continent.
L’Ordre l’avait surnommé le Saint Homme abandonné.
Audin avait voulu rencontrer le Saint Homme en haillons. En fait, il le connaissait personnellement.
Il était apparemment devenu un sacré roublard, puisqu’il avait réussi à dissimuler son identité malgré les poursuites de l’Ordre.
Des pensées sans importance. De simples souvenirs qui lui revinrent tandis qu’il repensait un instant à son passé.
Alors qu’Audin affermissait sa résolution, Overdier posa de nouveau sa question.
« Qui dit ça ? »
« J’ai entendu dire qu’ils savaient, mais qu’ils faisaient semblant du contraire. »
Enkrid répondit sans manquer un temps. Il avait cessé de manier son épée et faisait maintenant lentement tourner une cheville.
Il n’avait toujours aucune intention d’abandonner. Sa posture à elle seule le disait.
« Tu peux le prouver ? »
demanda Overdier. Il parlait par phrases courtes, en maîtrisant ses émotions. Sa voix avait quelque chose d’un peu étrange, comme s’il s’efforçait délibérément de garder le même ton.
« Hum. Probablement ? »
Enkrid pencha la tête.
« Tu calomnies l’Ordre sur la foi d’une supposition ? »
Sur ce ton un peu acerbe et désagréable, Overdier s’interrompit au milieu de sa phrase et leva un doigt. Tenant toujours son bâton, il désigna Audin et demanda : « Guerrier sacré Alma, réponds. Cet homme est-il un hérétique ? »
Alma jeta des regards nerveux autour d’elle, puis donna un léger coup de coude à Bert. L’inquisiteur Bert répondit à sa place.
« Prophète Overdier, cet homme s’appelle Audin Pumray. Il est accusé d’avoir provoqué la mort d’un homme du rang de mon père, ainsi que d’avoir abandonné ses fonctions d’inquisiteur. Autrefois réputé pour son talent exceptionnel et censé avoir reçu la faveur de Dieu, il a même trahi le prêtre qui l’a élevé. »
« Et pourquoi ne l’a-t-on pas arrêté plus tôt ? »
« On n’a découvert sa position que récemment. Il est apparu dans la capitale du Royaume de Naurillia, où se trouvait par hasard un prêtre qui a reconnu le visage de l’hérétique. »
Bert choisissait chacun de ses mots avec un soin désespéré.
En apparence, le travail d’un inquisiteur consistait à traquer les gens et à les battre à mort, mais, au fond, son véritable rôle était d’établir une logique implacable.
Même avec tout le pouvoir dont disposait l’Ordre, il ne pouvait totalement ignorer le regard extérieur lorsqu’il s’agissait de désigner un hérétique et de le punir.
Naturellement, le bûcher ou l’emprisonnement n’intervenaient qu’une fois que la majorité jugeait la décision justifiée.
Bien sûr, rien de tout cela ne s’appliquait aux démunis.
Un jour, un prêtre au cœur tordu, qui avait entrevu le talent et la divinité d’Audin, l’avait précisément poussé dans cette voie : un rôle conçu pour opprimer les faibles et les traquer jusqu’à la mort.
La haine de l’archevêque avait également joué un rôle, puisque Audin avait tué son enfant.
Finalement, Audin avait quitté l’Ordre, incapable de le supporter plus longtemps.
C’était la vérité, mais personne ici ne pouvait la contester.
« Je vois. »
Ce fut tout. Overdier leva de nouveau son bâton. Enkrid brandit son épée pour lui faire face.
Le combat entre eux ne s’était jamais interrompu, quels que fussent les mots échangés.
Dans un sifflement, le bâton fila comme un trait de lumière.
Un éclair blanc fendit le crépuscule violet, et une lame bleue se dressa pour le rencontrer.
Clang, clang-clang-clang-clang !
Chevalier contre chevalier. L’onde de choc qui naquit du choc entre l’épée et le bâton fit frémir l’air.
Une marée invisible de force déferla dans toutes les directions, repoussant le vent et semblant même refouler la lumière.
Des étincelles jaillirent entre eux, ainsi que du sang.
Crépitement.
Enkrid le ressentit de nouveau. Ses yeux et ses sens avaient réagi, son instinct l’avait perçu, mais son bras avait bougé un temps trop tard.
Non, il avait bougé comme il le voulait, avec un léger retard seulement. Son lobe d’oreille fut entaillé.
Une entaille au lobe ne justifiait pas de reculer. Il ignora la blessure et leva de nouveau son épée en garde.
Si ses muscles, ses ligaments et ses tendons étaient raides et grinçaient, le ralentissant face à son adversaire, il lui fallait réduire l’amplitude de ses mouvements.
Il le fit.
La Toile d’Aker, Rem, Ragna, Jaxon, Audin.
Il puisa dans tout ce qu’il avait appris auprès d’eux, réduisit ses gestes et rendit chacun d’eux plus ramassé.
Dans le même temps, il activa sans cesse le Refus, repoussant hors de son corps la divinité qui s’y était infiltrée.
Il lui fallait simplement du temps, car cela ne se produisait pas instantanément.
Pendant ce temps, le bâton d’Overdier s’abattait sans relâche, frappant, fendant l’air, martelant.
Et à chaque échange, Enkrid voyait d’innombrables visions.
Pas des visions du passé. Des instants à venir.
C’était la spécialité d’Overdier. Il tissait des images dans l’esprit de son adversaire à l’aide d’une Volonté façonnée par la divinité, laissant une seule personne entrevoir ses intentions.
Ce qui rendait la technique véritablement terrifiante, c’était qu’elle faisait de l’instinct même de l’adversaire un outil à son service.
Enkrid avait l’œil vif, bien plus que la plupart des gens.
L’instinct qu’il avait aiguisé grâce à la Toile d’Aker lui semblait maintenant être une entrave.
Il vit une telle vision, à l’instant même, dans l’espace entre son épée et le bâton d’Overdier : sa propre cuisse touchée.
Et la scène se réalisa exactement comme il l’avait vue.
Clang ! Boum !
Overdier dévia l’épée et donna un coup de pied dans la cuisse d’Enkrid. Sa jambe se tendit sans que son axe ne bouge ; le coup manquait de poids, mais il était rapide.
Enkrid encaissa, faute de pouvoir l’éviter.
Si cela se répétait, la plupart des gens auraient vite perdu espoir.
On aurait l’impression que chaque phase du combat était entièrement dictée par la volonté d’Overdier.
C’était précisément pour cela qu’on l’appelait le Prophète.
Mais Enkrid n’était pas comme la plupart des gens.
S’il avait été du genre à parler de désespoir ou de capitulation pour si peu, il se serait depuis longtemps installé dans cette vie immortelle, prisonnier d’une seule journée tandis que le Passeur chantait sans fin.
Une éternité où l’on ne vous accordait qu’un seul jour.
« Hmph. »
Une vive douleur irradia de l’endroit où il avait été frappé.
Le coup n’avait pas été puissant, mais il avait suffi à laisser la divinité s’infiltrer.
Malgré tout, Enkrid ne recula pas.
« Ha ! »
Il poussa plutôt un cri bref et abattit son épée, concentrant sa Volonté.
Il pivota sur la cheville pour accélérer la lame. La trajectoire se courba dans sa descente, puis la lame accéléra davantage à mi-chemin. Une double accélération, l’une des spécialités de Ragna.
Clang ! Crac !
Overdier encaissa de toute sa force.
Une fissure traversa le milieu de l’épée en Acier valérien. Pas de quoi la briser sur-le-champ.
Aetri avait déjà travaillé l’épée qu’il tenait.
Ce n’était pas une Arme gravée, mais la volonté qui l’habitait était vive. Elle ne se briserait pas facilement.
Telle était la conviction d’Enkrid, et cette même volonté imprégna naturellement la lame. Il frappa de nouveau.
Overdier comprit que l’autre homme n’était pas près de céder.
Il n’avait donc aucune solution facile.
Il avait lui-même affirmé qu’il ne le tuerait pas, et il tiendrait parole.
La parole d’un chevalier devait avoir ce poids-là.
Mais plutôt que de le tuer…
Il jugea nécessaire de lui briser un bras ou une jambe.
« Voyons combien de temps tu tiendras. »
« Il n’y a pas besoin de tenir. »
Overdier prononça ces mots, et la voix du Passeur se superposa à la sienne pour les répéter.
Il le savait. Il n’avait pas besoin d’endurer cela.
Mais se contenter de faire le nécessaire ne le mènerait jamais là où il voulait aller.
Pour obtenir ce qu’il voulait, et pour cette seule chose.
Enkrid choisit de continuer un combat qui n’avait aucun sens pour les autres.
Il avait parcouru le continent, vu et rencontré bien des gens, vécu bien des choses, et avait fini par comprendre quelque chose.
« Devenir chevalier ne suffit pas. Ce ne peut pas être tout. »
Être chevalier ne pouvait pas être une fin en soi.
Il avait donc décidé qu’il en serait autrement. Devenir chevalier serait un commencement, pas une ligne d’arrivée.
« Un chevalier ? C’est vraiment hilarant. »
Parmi ceux qui se moquaient ainsi de lui, il n’avait même pas pu dire que ce n’était qu’un début.
Et pourtant, il s’était élevé au-dessus de ce qu’ils avaient tourné en ridicule.
Il vivrait donc selon ses convictions.
« Quelle tête de mule. »
La voix du Passeur se mêla au bruit du bâton d’Overdier qui s’abattait sur son épaule.
Enkrid se tordit en appliquant la technique qu’Audin lui avait enseignée, la bonne manière d’encaisser un coup.
Il contracta le tronc, pivota la taille et modifia l’angle de son épaule. Une méthode qui permettait de détourner et de disperser le point d’impact.
Crac !
Le son indiquait clairement qu’un os avait mal encaissé, même si rien ne s’était brisé.
Il balança son épée et tint bon, brûlant la douleur dans la chaleur qui l’envahissait.
Enkrid recommença.
Le bâton d’Overdier continuait de s’abattre sur son corps.
À plusieurs reprises, Enkrid tint bon en ne s’aidant que de son épée en Acier valérien ; puis, à un moment, il pivota et dégaina Spark pour la projeter en avant, dans une estocade. Le coup caché de la main gauche qu’il avait gardé en réserve.
« Oui ! »
s’écria Sinar en regardant le mouvement d’Enkrid.
Mais avant même que le mot ait quitté ses lèvres, Overdier bloqua Spark avec son bâton. Spark glissa le long du bâton incliné ; les deux armes s’entrechoquèrent dans un tintement aigu et projetèrent des étincelles. Puis ils reprirent leur échange, encore et encore.
La lame effleura la joue et le bras d’Overdier. Du sang jaillit.
Cela signifiait que l’épée brandie par Enkrid avait traversé l’armure divine.
En partie parce que les défenses d’Overdier s’étaient affaiblies.
Overdier fixa son adversaire, dont les yeux brûlaient désormais d’une flamme bleue et qui ne se contentait plus de tenir bon.
Il ignorait ce que l’autre homme avait en tête. Il savait seulement qu’il ne pouvait pas se permettre d’ignorer celui qui se tenait devant lui.
La divinité insufflée dans son Arme gravée, le bâton, se fit plus lourde.
Leurs forces s’entrechoquèrent, et l’on aurait dit qu’une tempête hurlait dans toutes les directions.
À travers le flou des armes qui se croisaient, Audin, qui observait depuis le côté, sentit son cœur se déchirer en deux.
« Pourquoi tiens-tu bon ? Pour quoi faire ? »
Pourquoi ? Pour quelle raison ?
Audin en ressentait la douleur. C’était comme si Dieu Père le réprimandait directement. Si c’était là sa punition, pensa-t-il, il l’accepterait volontiers et la supporterait.
Mais c’était différent. C’était trop dur à regarder les yeux ouverts.
Il avait la tête qui tournait, et ses entrailles semblaient trembler.
Et pourtant, il continuait de regarder.
Une question jaillit : qu’est-ce qui empêchait cet homme de reculer ? La question lui vint et, avec elle, Audin comprit. Il connaissait déjà la réponse.
N’était-ce pas précisément pour cela qu’il avait décidé d’avancer lui-même ?
Alors pourquoi restait-il planté là, hésitant, à se contenter de regarder le combat ?
« Arrêtez. »
Audin le murmura. Aucun des deux ne l’écouta. Ou plutôt, aucun des deux ne pouvait l’entendre.
Au même instant, Enkrid reçut à la poitrine un coup qu’il n’avait pas réussi à parer ; un bruit sinistre retentit.
Pourtant, le bâton d’Overdier ne s’arrêta pas.
Et Enkrid non plus.
Boum !
La divinité et la Volonté s’affrontèrent et, dans un coup de tonnerre, le corps d’Enkrid roula en arrière.
La cape, les vêtements et l’armure de cuir qui l’enveloppaient furent déchirés comme des guenilles, révélant même la couche intérieure qui se trouvait dessous.
L’épée qu’il tenait à la main n’avait, on ne savait comment, toujours pas cassé.
Audin ressentit une douleur qui dépassait le chagrin : une douleur physique, dans son propre corps.
Une vision, une douleur ressentie par l’esprit, avait pris la forme d’une souffrance dans la chair.
Ce dernier coup : si son entraînement habituel avait faibli ne serait-ce qu’un peu, il aurait pu lui faire éclater le cœur et le tuer sur-le-champ. Ou le laisser infirme.
« Tu tiens encore debout ? »
La voix d’Overdier retentit de nouveau.
Enkrid s’était déjà relevé après sa roulade. Il s’était servi de l’élan pour se remettre d’aplomb avant même qu’elle ne s’achève.
Du sang coulait de son front, d’une entaille apparue à un moment ou à un autre.
Overdier reprit la parole.
« J’ai dit que je ne te tuerais pas. Mais je vais te prendre une jambe. »
Jusqu’ici, le ton du prophète Overdier avait eu quelque chose de subtil, d’irritant et d’anormal qui l’avait dérangé. À présent, cela ne le gênait plus du tout. Il n’avait plus d’attention à perdre là-dessus.
Sans même avoir besoin d’un grand instinct, Audin comprit qu’Enkrid était acculé. Il ne mourrait pas. Mais il perdrait une jambe ou un bras.
« Sinar, sur ce côté. »
Au beau milieu du combat, Enkrid parla. Avait-il donc encore observé les alentours ?
Derrière Audin, Alma s’était approchée à pas feutrés.
Une intention meurtrière éclatante brûlait dans les yeux de l’homme qui tenait le marteau.
Une intention meurtrière féroce parvint à Audin de cette direction. Le regard de quelqu’un qui avait sombré.
Sinar s’interposa devant lui et leva son épée-feuille. Un geste qui signifiait : approche et je te tranche.
Le visage d’Audin se déforma pour la première fois depuis le jour où Enkrid avait fait irruption dans les baraquements en tant que chef d’escouade et où ils s’étaient rencontrés.
Même lorsqu’il avait décidé de quitter l’Ordre, son expression ne s’était pas brisée ainsi ; mais, à cet instant, il ne pouvait pas cacher ce qu’il ressentait.
« Ne fais rien. Laisse-le mourir. Comme tu l’as fait pour moi. »
La vision de Fildin s’exprima. Audin regardait le combat à travers ses yeux brouillés.
Même après cela, Enkrid continua d’encaisser les coups.
Crac, boum, clang !
Parfois, il parait. Puis il encaissait un autre coup.
Malgré tout, Enkrid n’avait pas cédé un seul pas.
Pourquoi ? Comment ?
S’il reculait, Overdier ne le poursuivrait pas.
« Arrête. Abandonne-moi et va-t’en, grand frère capitaine. »
Audin le dit, mais personne ne l’écoutait. Non, il semblait qu’Enkrid l’ait tout de même entendu.
Il essuya le sang qui lui coulait dans les yeux. Overdier semblait lui aussi reprendre son souffle et cessa un instant de manier son bâton.
Son visage portait même une trace de fatigue.
La voix d’Enkrid était basse et calme, mais assez claire pour que tout le monde l’entende.
« Je n’accepte pas qu’un autre décide de mon avenir. Et si je sais que ce qu’une autre personne m’impose est injuste, je ne détournerai pas les yeux sous prétexte que je manque de force. »
En exprimant sa conviction de chevalier, il affaiblirait sa Volonté s’il ne la respectait pas.
Enkrid venait de l’affirmer, non seulement par ses actes, mais aussi par ses paroles.
Il ne reculerait pas.
« Ah. »
Audin comprit pleinement ce qu’Enkrid venait de dire.
Overdier s’exprimait par la force.
Ne te mêle pas des affaires de l’Ordre.
Ne t’avise plus jamais d’intervenir après ça.
Et Enkrid ne l’accepterait jamais.
Les mots d’Enkrid, qui s’ajoutaient à son épée et à ses actes, s’enfoncèrent dans la poitrine d’Audin.
Une volonté absolument sienne, et pourtant lumineuse comme le soleil.
À cet instant, au-dessus du crépuscule violet, il sembla que la lumière sacrée donnée par Dieu descendait sur lui.
Une vision qu’Audin seul pouvait voir.
« Arrête. »
Fildin parla. Le visage de la vision était plus net que jamais. Le maître du cauchemar s’exprimait plus clairement que jamais auparavant.
Audin détourna un instant le regard de l’enfant pitoyable, celui qu’il n’avait pas pu sauver. Puis il contempla le dos d’un homme.
Le dos de quelqu’un qui vivait entièrement selon sa propre volonté.
Pour Audin, cet instant ressemblait à un cycle de salut et de punition, de mort et de vie, qui se répétait encore et encore.
Mourir et revenir.
Revenir et mourir.
Pas si différent que de revivre sans cesse la même journée.
Si Overdier était une punition, Enkrid était le salut.
Les mains d’Audin tremblèrent. Puis, le tremblement cessa.
Ce qu’Enkrid faisait à cet instant, c’était entraver les agissements de l’Ordre.
Les tuer tous ici pour les réduire au silence ne passerait pas non plus ; il finirait donc forcément par devenir l’ennemi de l’Ordre.
Ne pas céder à la volonté d’Overdier : voilà ce que cela signifiait.
Audin regarda le sol couvert de sang et ouvrit la bouche.
Sa voix était grave et profonde, rien à voir avec le murmure qu’il avait laissé échapper tout à l’heure.
« Tu seras traqué le reste de ta vie. »
Voilà ce que signifiait devenir l’ennemi de l’Ordre.
La réponse d’Enkrid arriva au milieu du fracas.
Clang, boum-crac. Ce bruit était sa réponse.
Et alors ? Voilà ce qu’il semblait dire.
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