Chapitre 572
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 572 : La raison pour laquelle il court
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Cinq personnes avaient été envoyées par l’État saint pour retrouver la Sainte Élue.
Le trio principal se composait du guerrier sacré Alma, de la prêtresse Shilma et de l’inquisiteur Bert.
Au combat, tout reposait sur Alma et ses deux disciples. La puissance de combat d’Alma était écrasante, cela ne faisait aucun doute.
La plus grande force martiale de l’Église était naturellement représentée par les chevaliers sacrés. On disait qu’ils avaient une puissance de combat comparable à celle des chevaliers dont parlait tout le continent.
Cela ne voulait pas dire que l’Ordre des chevaliers sacrés était faible.
Dans ses rangs, certains combattants rivalisaient avec les chevaliers par leur talent.
Et derrière eux se tenait l’Église, qui les soutenait.
Cela suffisait à faire d’un guerrier sacré de l’Église quelqu’un qu’il valait mieux bien traiter, où qu’il aille.
Tous les guerriers sacrés ne méritaient cependant pas ce statut.
Dans l’Ordre des chevaliers sacrés de l’Abondance, ceux qui n’avaient pas encore fait leurs preuves n’avaient pas de nom. On les appelait simplement le disciple de quelqu’un ou un guerrier en formation, ce qui était précisément le cas des disciples d’Alma.
S’ils n’avaient pas de nom, c’était parce qu’en entrant dans la foi, on devenait semblable à un fruit déchu ou à une feuille tombée, dépouillé de tout ce qu’on avait acquis dans le monde extérieur, et qu’on ne devait plus que se consacrer entièrement au service de dieu. Recevoir un nom, c’était donc recevoir un nom de baptême de l’Abondance. C’était la preuve que la puissance de dieu s’était posée sur la personne, et tout autant la preuve de son talent. Pour un guerrier sacré qui portait le nom d’Alma, cela signifiait qu’il pouvait se tenir parmi ceux qui le vénéraient, où qu’il aille.
Et ce même Alma avait été envoyé dans cette poursuite fastidieuse, sous prétexte qu’on pourrait avoir besoin de ses talents au combat en cas d’imprévu.
« Alors, où se trouve la Sainte Élue, à présent ? »
Alma fronça profondément les sourcils. Son air renfrogné disait clairement à quel point il était mécontent.
En vérité, il était furieux.
Il était agacé d’avoir dû se déplacer en personne pour une affaire aussi insignifiante, et tout autant qu’elle n’ait pas été réglée, les obligeant à franchir la frontière pour venir jusqu’ici.
« Vous ignoriez que l’Enfant saint possédait ce genre de talent ? »
La prêtresse, qui se tenait à environ trois pas derrière Alma et ses disciples, posa la question.
Elle s’appelait Shilma et dirigeait le monastère-forteresse. Elle n’appréciait pas particulièrement l’impatience d’Alma, mais elle était elle-même tout aussi pressée. Pour l’instant, ils partageaient donc le même sentiment.
Ils devaient capturer la Sainte Élue au plus vite.
L’homme qui devait leur répondre ressentait la même chose.
L’homme qui se tenait devant Alma, ses deux disciples et Shilma s’appelait Bert.
Il avait un visage quelconque, mais les deux autres l’écoutaient quand il parlait. Ses talents au combat n’avaient rien d’exceptionnel ; en revanche, il était passé maître dans l’art de retrouver les fugitifs.
Il regarda Alma puis Shilma, et prit la parole.
« Oui, frère Alma. Selon moi, nous pouvons la rattraper aujourd’hui. Prêtresse Shilma, après l’incident, j’ai enquêté sur ses origines et appris qu’elle avait grandi avec un Montagnard, un rôdeur indépendant. C’est lui qui l’a également entraînée. »
À ces mots, le sourcil d’Alma tressaillit.
Il avait déjà bien assez de raisons d’être mécontent ; voilà maintenant qu’un terme inconnu venait l’irriter davantage. Les deux disciples d’Alma observèrent attentivement l’expression de leur maître.
Cela faisait plusieurs jours que leur maître n’avait pas satisfait ses envies.
Quand ils rattraperaient la Sainte Élue en fuite, il ne faisait aucun doute qu’elle ne rentrerait pas avec tous ses membres intacts.
Les deux disciples connaissaient bien le penchant sadique de leur maître.
Ce qu’il préférait, apparemment, c’était que les hérétiques résistent. Plus précisément, il aimait rouer de coups ceux qui lui tenaient tête.
Un maître qui avait pour passe-temps de briser des os et de meurtrir des corps.
Bert jeta un bref regard à Alma, puis ajouta une courte explication.
« On les appelle aussi des combattants indépendants… »
Rôdeurs indépendants, ou, autrement dit, combattants indépendants : c’était ainsi que les désignaient ceux qui en savaient un peu sur le sujet.
Certains érudits, remarquant que leur espérance de vie différait de celle des humains ordinaires, les considéraient comme une espèce à part entière et les appelaient Montagnards.
La plupart des gens les appelaient simplement Montagnards ou gens des montagnes.
Ce nom venait du fait qu’ils quittaient rarement les montagnes, ou, plus précisément, leur propre territoire.
L’origine du mot était incertaine, mais on appelait communément initiés ceux qui s’adaptaient bien à la vie citadine, et étrangers ceux qui ne s’y adaptaient pas. Eux étaient des étrangers au sens le plus extrême du terme.
Quelles que soient leurs origines, leur existence même était assez singulière.
Dans un monde envahi par les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques, ils vivaient en groupes de trois ou quatre tout au plus, et parfois seuls.
Ils ne voulaient ni travail ni rien de personne.
Tout ce qu’ils désiraient, c’était continuer à vivre sur leurs terres.
« Vous voulez dire les Montagnards ? »
Shilma interrompit Bert tandis qu’il expliquait encore.
« Oui, c’est bien ça. »
Bert frotta la broche épinglée sur sa poitrine en répondant.
Sept grappes de raisin, symbole du Dieu de l’Abondance et des sept martyrs. La tenir semblait apaiser un peu son anxiété.
Si les choses tournaient mal, il ne mourrait peut-être pas, mais les dégâts seraient considérables. Cela, au moins, était certain.
« Les Montagnards ont la peau très pâle et des yeux qui ressemblent à ceux des animaux, n’est-ce pas ? »
Shilma se rappela avoir lu dans un livre que les Montagnards avaient évolué de façon convergente après avoir vécu si longtemps à l’état sauvage.
Des yeux capables de percer les ténèbres sans la moindre lumière, ou quelque chose du genre.
Shilma avait observé la Sainte Élue de près pendant des mois. Ses yeux étaient comme ceux de n’importe quel être humain.
« Elle n’a pas elle-même du sang montagnard. Il semblerait qu’une femme des montagnes ait élevé la Sainte Élue et l’ait entraînée. »
Telle était la conclusion de Bert. Ce n’était qu’une hypothèse, mais elle était proche de la vérité.
Les Montagnards étaient des spécialistes de la montagne et des maîtres du pistage.
Sur leur propre territoire, on ne pouvait jamais les attraper, et ils n’étaient pas du genre à se laisser rattraper par qui que ce soit.
On disait qu’ils étaient passés maîtres dans l’art de poser des pièges et des chausse-trappes.
C’était à cause des origines de la Sainte Élue que Bert avait changé de méthode après avoir recueilli des informations.
Lui-même était un excellent pisteur. Comme Enkrid, il ne se focalisait pas sur des points isolés, mais suivait la trajectoire empruntée par le fugitif.
Est-ce qu’elle ne fait que fuir au hasard ?
Les Montagnards parsemaient leur territoire de centaines de pièges et passaient leur vie à en mémoriser l’emplacement exact.
Pister, fuir et chasser faisait partie de leur quotidien. Il était donc évident qu’en se contentant de suivre les traces qu’elle laissait derrière elle, on échouerait.
Se contenter d’examiner les traces déjà visibles mènerait à l’échec. Sans l’ombre d’un doute.
Bert avait donc engagé des gens pour la rabattre et l’encercler, tout en prédisant ses déplacements.
Au début, il ne savait rien d’elle, mais à présent, il savait quel genre d’enfant était cette Sainte Élue.
Un monstre parmi les gens des montagnes, capable de mémoriser l’emplacement de chaque pierre d’un lieu après seulement trois jours. Voilà ce qu’était réellement la Sainte Élue.
Et si elle parvient quand même à s’échapper, après tout ça ?
La peur de l’échec ne faisait qu’accroître l’inquiétude qui lui nouait la poitrine.
Si cela arrivait, il n’y aurait rien à faire. Il devrait retourner là où l’on avait trouvé la Sainte Élue pour la première fois et reprendre les recherches, en examinant chaque indice un à un.
Mais il n’y aurait pas de place pour lui parmi les chercheurs.
Ce qui signifiait qu’il fallait la capturer ici.
Autant en finir ici, si possible.
Il n’avait aucune envie d’escalader la montagne où vivait celle qui l’avait formée, la Montagnarde.
Un Montagnard qui se battait sur ses propres terres en utilisant pièges, flèches et poison était un véritable monstre. Sans l’ombre d’un doute.
Même les fameux Rangers des Glaciers, que l’on surnommait les gardiens des glaciers, auraient bâti leur réputation en maîtrisant les techniques des Montagnards.
S’aventurer jusque-là signerait sa perte.
Ce serait un échec, et il devrait alors en informer Alma. Bert redoutait profondément les conséquences qui s’ensuivraient.
C’était pourquoi il voulait en finir ici. Non, il le devait.
Heureusement, il avait de quoi engager des gens grâce à Krona, la force de frappe était de son côté et il disposait d’assez d’informations pour prévoir les déplacements de la Sainte Élue.
Grâce à cela, il avait aussi recruté quelques chasseurs connaissant parfaitement le terrain alentour pour les guider. C’est ainsi qu’il avait amené la prêtresse Shilma et le guerrier sacré Alma.
Une fois tout en place, ils avaient traversé Pelheim et s’étaient postés près d’une forêt, au nord. Là, Shilma avait dissimulé leur présence grâce à une prière et à un sortilège sacré.
« Que le Seigneur veille sur nous et nous soustraie un instant au regard du soleil. »
Le sortilège assombrit légèrement l’ombre qui les abritait. La zone ainsi obscurcie marquait les limites du sort.
« Tant que personne n’en sortira, ils ne pourront pas nous détecter en premier. »
Shilma avait prononcé ces mots. Un voile qui existait sans pouvoir être vu.
Alma attendait, l’air profondément mécontent. Écraser les Créatures démoniaques qu’il avait rencontrées en chemin n’avait en rien apaisé sa colère.
Bert réfléchissait à l’endroit où la Sainte Élue avait pu se rendre si elle leur avait déjà échappé.
Il lui faudrait se défendre si le pire arrivait.
Il ignorait combien de temps s’était écoulé. Il se retenait même de satisfaire ses besoins.
Puis, enfin, il aperçut une silhouette au loin et poussa un soupir de soulagement.
La silhouette se rapprocha. Sa tenue devint visible : un manteau miteux qui lui tombait jusqu’aux mollets. Même sans voir son visage, aucun doute n’était possible.
La Sainte Élue.
Dieu merci.
Bert éprouva presque de la gratitude envers la Sainte Élue d’être venue par ici.
Il était sincère. Il n’aurait pas besoin de préparer d’excuses, et le soleil n’était même pas encore couché. Il mangerait donc probablement au monastère-forteresse ce soir.
Il ne pouvait penser ainsi que parce que le problème était de la poursuivre, et non de l’affronter.
« Enfant saint. »
Quand Shilma prit la parole, le voile sombre, que seule elle avait senti, sembla vaciller puis se dissoudre.
Alma, ses deux disciples et Bert prirent conscience de la présence d’une chose qui, jusqu’à l’instant précédent, obstruait l’espace devant eux sans être visible. À présent, elle avait disparu.
Ils ne la remarquèrent qu’après sa disparition ; jusque-là, ils n’avaient donc ressenti qu’un vague malaise.
Cela signifiait que le sortilège qui perturbait leurs perceptions avait été levé.
Cela signifiait aussi que Shilma avait reconnu la personne qui se tenait devant eux.
La Sainte Élue répondit ensuite, et le face-à-face commença.
Alma ne jugea pas nécessaire d’attendre. Il saisit le marteau de guerre suspendu à son côté.
Comme ses disciples l’avaient prévu, il comptait briser les deux jambes de la Sainte Élue avant de la ramener.
On disait que sa puissance divine guérissait son corps d’elle-même.
Tout ce remue-ménage à cause de quelqu’un qui ne valait guère mieux qu’une simple Grenouille.
L’affront était grave.
* * *
Enkrid saisit toute la situation d’un seul coup.
Le nord. Des poursuivants. La Sainte Élue.
Ces trois mots lui suffirent pour décider presque aussitôt de ce qu’il devait faire.
« Courir. »
Il courut sous le soleil d’automne, sans se soucier des collines ni des Créatures démoniaques.
Il aurait été préférable de trouver une piste, mais la chance n’était pas de son côté.
On disait que l’ignorance fatiguait les jambes.
Enkrid décida qu’il était tout à fait prêt à reconnaître son ignorance.
Il continua de courir jusqu’à sentir son cœur et ses entrailles brûler. La sueur commença à perler. Devenir chevalier ne l’avait pas fait sortir de l’espèce humaine ; il était donc normal de transpirer et d’être essoufflé.
La seule différence, c’était qu’il pouvait courir bien plus longtemps qu’une personne ordinaire et respirer bien plus profondément.
Parmi les chevaliers qui réglaient leur respiration grâce à la Volonté, certains pouvaient rester immergés plus d’une heure.
Enkrid n’avait pas besoin de retenir longtemps son souffle, pour l’instant. Il respirait donc librement et accélérait.
Boum.
Chaque fois que son pied quittait le sol, il y creusait un cratère, et son passage laissait des traces nettes derrière lui.
Mauvaise direction ? Mauvais chemin ? Il n’y prêtait aucune attention. Il compensait ce qui lui manquait avec ses jambes.
« Tu seras épuisé quand il faudra vraiment te battre », dit Sinar.
Il l’ignora.
Enkrid connaissait une approche plus simple et plus raisonnable.
Par exemple, où l’Ordre des chevaliers sacrés emmènerait-il la Sainte Élue après l’avoir capturée ?
Sans doute dans la ville la plus proche.
Ils ne pouvaient pas entreprendre un long voyage sans se ravitailler ; c’était donc le plus probable. L’intercepter à ce moment-là serait bien plus facile.
Mais il ne voulait pas agir ainsi. Son humeur disait non, et son instinct aussi.
Tout avait commencé quand il avait vu les traces d’un crâne de Créature démoniaque fendu et écrasé.
« Il y a quelqu’un de mauvais caractère parmi eux », avait dit Sinar.
On pouvait comprendre certaines choses rien qu’en examinant les traces laissées par un combat.
La présence d’un combattant obstiné et irascible. Et il y avait aussi un témoignage.
Deutsch avait parlé de quelqu’un qui avait l’air furieux, n’est-ce pas ?
Et il avait ajouté que les autres semblaient surveiller son humeur.
Un membre de l’Église participait à cette mission ; il avait mauvais caractère et était en colère.
Une fois la Sainte Élue capturée, quelqu’un comme lui allait-il simplement s’essuyer les mains et en rester là ?
Enkrid ne le croyait pas.
C’était pour cette seule raison qu’il courait à présent.
S’il courait un peu plus vite et reconnaissait qu’il avait la tête dure, laissant plutôt ses jambes en faire les frais, il pourrait épargner de la douleur à quelqu’un d’autre.
Surtout si cette personne était une enfant qui n’avait rien fait pour la mériter.
Les faits étaient clairs et rien ne l’empêchait d’agir en conséquence. Alors Enkrid courut.
Boum.
À cet instant, un faible bruit lui parvint de loin, droit devant.
« Là-bas. »
Sinar pointa l’index de sa main droite. Elle avait repéré le bruit, mais aussi des empreintes et des traces de mouvement.
Au-delà d’une courte étendue d’herbes jaunies, une avancée de la Chaîne de montagnes des Géants se dessinait au loin.
Le pied d’un sommet si haut qu’il accrochait les nuages.
Elle n’avait trouvé les empreintes qu’en examinant minutieusement le sol ; même alors, il s’agissait de traces qu’on aurait facilement pu ne pas remarquer.
« Il y a des traces de puissance sacrée », dit Audin, les sourcils froncés.
Enkrid n’accorda pas la moindre pensée aux sentiments d’Audin, pas pour le moment.
Il continua simplement d’avancer. C’était ce que la situation exigeait.
Boum.
Il prit appui sur le sol et partit en courant. Des mottes de terre volèrent derrière lui. Le corps d’Enkrid repoussa ses limites, avalant les distances et dévorant le temps.
Plaindre l’enfant qu’on avait capturée ne laissait aucune place à l’hésitation.
Quand il arriva, il la vit : une enfant à la jambe droite brisée, qui brandissait un couteau court.
Fchhh. La lame fendit l’air sans rien toucher, et l’homme qui s’était trouvé dans sa trajectoire recula avec un rictus.
Il vit tout.
Enkrid était arrivé si vite que le bruit de sa course avait retenti comme le tonnerre. Les cinq personnes qui se tenaient devant la Sainte Élue étaient donc déjà sur leurs gardes.
Enkrid s’arrêta, laissant dans la lumière des images rémanentes et des ombres étirées.
Bam.
Il ne se contenta pas de s’arrêter.
Il planta son pied dans le sol pour freiner, et la poussière jaillit de l’endroit où il se tenait, brouillant l’air devant lui.
À travers la poussière, deux yeux bleus se posèrent sur les cinq personnes qui lui faisaient face.
De près, il vit également que l’enfant qu’il fallait prendre en pitié tenait un poignard en prise inversée, le regard plat et sans éclat.
Elle restait calme dans une situation pareille.
Même si sa jambe était manifestement brisée, elle n’avait pas crié une seule fois. Bien sûr, Enkrid ne pouvait pas tout savoir.
Il avait simplement évalué la situation et son état, et son instinct lui avait fait saisir quelques détails.
« Qui êtes-vous ? »
L’homme au front plissé prit la parole. Ces plis semblaient venir de toute une vie passée à froncer les sourcils.
Enkrid avait conclu qu’au besoin, les poings pouvaient précéder les mots.
C’est donc ce qu’il fit.
Audin n’était même pas encore arrivé.
Le pied d’Enkrid s’enfonça dans le sol. Sa cheville et son genou fléchirent avec souplesse, puis se détendirent d’un seul mouvement.
Le geste était si fluide qu’en dépit du puissant bruit de son arrêt, son corps fusa vers l’avant, tel une hirondelle fondant sur sa proie.
Sa cible, l’homme au front plissé, réagit mal.
Rien que cela méritait d’être salué.
Mais il n’y avait rien d’autre à saluer.
Tandis que l’homme levait le bras gauche pour se protéger et faisait remonter de bas en haut le marteau de guerre qu’il tenait dans la main droite, Enkrid lui agrippa le visage de la main gauche, balaya son talon avec le pied gauche et organisa une rencontre entre l’arrière de son crâne et le sol.
Bam.
La rencontre fut un franc succès. Le craquement du crâne contre la terre en était la preuve suffisante.
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