Chapitre 570
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSAIT ÉTERNELLEMENT
Chapitre 570 : Laisser échapper sa proie n’est pas la fin
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« Laissez des traces qui mènent dans la forêt. »
Ainsi, il pourrait y attirer la plupart de ceux qui les poursuivaient.
Les forêts ne se prêtaient pas aux recherches. Ratisser les lieux leur prendrait du temps.
En les attirant là-bas et en les obligeant à suivre les traces, il pourrait gagner au moins une demi-journée, peut-être davantage.
C’était l’idée.
Les attirer dans les bois, tandis que la Sainte Élue emprunterait une autre route pour s’en éloigner.
En somme, rien de bien compliqué.
C’était tout de même remarquable, cette façon qu’elle avait de se servir de sa tête. À moins que quelqu’un ne lui ait inculqué tout ça à coups d’entraînement impitoyable.
Ce qui le ramenait à la même question.
Pourquoi l’Ordre des chevaliers sacrés était-il venu en personne ?
D’après le peu qu’il avait appris, les poursuivants de l’État saint étaient les membres de l’Ordre des chevaliers sacrés. Une partie de leurs forces armées s’était mobilisée pour l’affaire.
Pourquoi ?
Pour traquer une gamine. Pourquoi envoyer des guerriers sacrés qui avaient fait leurs preuves au combat ?
Leur présence aurait également obligé le royaume à en être officiellement informé.
Il tourna la question dans son esprit jusqu’à aboutir à une conclusion.
Ce que la Sainte Élue n’avait pas prévu, c’était qu’un homme puisse traverser la forêt d’une traite, Manticore ou pas, et ressortir de l’autre côté sans une égratignure.
C’était exactement ce qu’Enkrid avait fait : il avait longé la forêt par l’extérieur d’un seul trait. C’était ainsi qu’il était arrivé à cette conclusion.
L’ignorance vous faisait payer de vos jambes, mais celles qui souffraient vous rapportaient quelque chose en retour.
Il avait compris les intentions de la fugitive.
S’il avait suivi chaque indice lentement et méthodiquement, il ne s’en serait jamais aperçu.
Le groupe de poursuivants se trouvait dans la forêt à l’est de Pelheim. La piste de la cible s’interrompait près de la lisière, en s’infléchissant naturellement vers l’intérieur.
Voilà. Il avait traversé la zone et recueilli des informations. Et l’Ordre des chevaliers sacrés, dans tout ça ?
Avaient-ils envisagé cette possibilité aussi ?
C’était possible.
Ils connaissaient cette Sainte Élue. C’étaient eux qui la poursuivaient depuis tout ce temps. Elle avait déjà dû les berner, probablement plus d’une fois.
Les membres de l’Ordre des chevaliers sacrés n’étaient pas des Goules. Après avoir pris un coup, on se préparait au suivant.
À quoi pouvait ressembler leur préparation ?
Alors c’était pour ça qu’ils avaient gonflé les effectifs.
Il ne s’agissait pas seulement de jeter un filet plus large en offrant des Kronas. Ces chasseurs de primes servaient d’appât. Un appât pour pousser la Sainte Élue à réagir.
Malgré tout, leur pingrerie sautait aux yeux, même dans cette affaire. C’en était presque drôle.
« D’habitude, on reçoit la moitié de la somme d’avance, mais cette fois, ils ne nous ont donné qu’un dixième. Le prêtre a tout de même juré sur son dieu, alors on l’a cru et on s’est mis en route. »
Voilà comment les choses s’étaient passées.
Ils savaient déjà que ces chasseurs échoueraient, alors ils avaient joué ainsi. Une avance presque dérisoire, puis le nom de leur dieu en guise de garantie.
Pourris ne suffisait pas à les décrire. Ils avaient donné le nom de leur dieu en garantie d’une façon franchement originale.
Quelle bande.
Pendant que les chasseurs de primes et les autres se mettaient en mouvement, l’Ordre des chevaliers sacrés suivrait séparément la piste de la fille, dans une autre direction.
Vu de loin, le plan était limpide. Une chasse méthodique. Comme lorsqu’on envoie des chiens dans chaque terrier pour pousser un lapin vers le piège.
« On s’est fait avoir, dit Enkrid.
Personne n’était parfait. Ce genre de chose arrivait.
Les chances de réussir une poursuite n’avaient jamais dépassé une sur deux, et elles ne l’avaient toujours pas. Devenir chevalier n’y changeait rien. Il ne s’était pas entraîné sans relâche pour devenir un grand pisteur.
Était-il trop tard ? Peut-être. Mais ce n’était pas une raison pour s’arrêter.
Cela avait toujours été ainsi. Se faire rattraper n’était pas la fin, pas plus que perdre une piste.
Une chance sur deux, cela signifiait que la moitié du temps, ça marchait. Enkrid s’était retrouvé du mauvais côté plus souvent qu’il ne pouvait le compter.
Mais quand les choses finissaient par tourner en sa faveur, c’était parce qu’il n’avait jamais abandonné.
« Retournez en ville. Restez à ma hauteur. »
Sur ces mots, il partit en courant.
Boum.
Le sol se déchira sous son impulsion en poussant quelque chose qui ressemblait à un cri. Les Jambes puissantes le propulsèrent en avant : il ne gardait ni souffle ni force en réserve.
Une Goule se dressa sur son chemin. Enkrid ne dégaina pas son épée. Il la dépassa comme un éclair et lui brisa la nuque.
D’excellents Arts martiaux valériens.
Ses deux mains saisirent le cou de la Goule. Les vertèbres cervicales craquèrent et se détachèrent ; un morceau de colonne vertébrale se montra brièvement au grand jour, puis la Goule s’effondra.
Ensuite, il trancha tout ce qui croisait sa route, Créatures démoniaques, Bêtes magiques ou autre, et poursuivit sa course.
Il atteignit la ville.
Enkrid inspira profondément, la poitrine gonflée.
« Deu-tsch ! »
La même voix chargée de Volonté qui avait jadis appelé Audin retentit dans toute la ville.
« Aaah ! »
Un enfant qui nourrissait un âne non loin de là sursauta et tomba à la renverse.
Un ouvrier de la guilde du bâtiment de l’auberge enfonça son marteau droit dans sa propre main et poussa un cri.
« Aïe ! »
L’onde de choc de ce cri. Enkrid ignora tout ce qui se passait autour de lui et continua de courir en appelant l’homme. Celui-ci finit bientôt par apparaître.
Pieds nus, comme d’habitude.
« Quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui se passe ? »
Deutsch, stupéfait, vit les yeux bleus d’Enkrid briller tout près de son visage.
« Vous savez où se trouve l’Ordre des chevaliers sacrés ? »
Il le savait, comme il s’avéra.
Après le départ d’Enkrid, Deutsch avait continué à recueillir des informations partout où il le pouvait.
« Oui. On les a aperçus quelque part au nord. »
Ils n’étaient pas doués pour se cacher, alors retrouver leur piste n’avait pas été bien difficile.
Mais ce n’était pas tout. Au nord ? Où, au nord ?
Enkrid décida une nouvelle fois d’aller droit au but.
Ses jambes compenseraient le manque d’informations.
« Courons. »
Enkrid fit trembler la ville d’un nouveau cri tonitruant, puis repartit au pas de course.
« Content de vous revoir, frère ! » lança derrière lui une voix : celle d’un grand homme réputé être un Homme-bête ours.
« Fort bien. Au nom de ma fiancée, je vous remercie », dit un elfe qui suivait de près, en faisant une remarque pour le moins singulière.
Tous trois disparurent aussi vite qu’ils étaient arrivés, repartant dans la même direction.
On aurait vraiment dit qu’ils avaient surgi de nulle part avant de repartir aussitôt.
Deutsch resta un instant planté là, avec l’impression d’avoir vu des fantômes.
Cet Enkrid, chaque fois qu’il débarquait, lui montrait quelque chose d’imprévisible.
Deutsch poussa un long soupir et retourna dans le manoir. Peu après, un autre visiteur se présenta.
« Pourriez-vous me dire où sont partis les membres de l’ordre ? »
Un homme aux yeux tombants qui lui donnaient l’air doux. La quarantaine bien entamée, voire la cinquantaine, il était équipé, entre autres, d’une cuirasse à plates. Il suffisait de jeter un œil à son équipement pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un homme ordinaire.
Le plus frappant chez lui, c’étaient ses yeux. Des pupilles argentées.
Et, à bien y regarder, il paraissait plus âgé que son apparence ne le laissait penser. Ce n’était qu’une impression, mais elle était nette.
« Si cela vous met dans l’embarras, vous n’êtes pas obligé de me répondre. Mais je vous le demande tout de même. Il ne vous arrivera rien. Mon frère. »
Deutsch ne pouvait pas se permettre de refuser maladroitement.
L’atmosphère, l’allure, le ton… tout indiquait que le pouvoir de cet homme était loin d’être ordinaire.
Mais devait-il parler uniquement pour se protéger ?
Non, mais il pouvait tout de même répondre. Quelle que soit l’intention de cet homme, il pourrait dire quelque chose, puis intervenir lui-même pour gérer les conséquences.
Deutsch, qui avait compté se retirer à mesure que la situation s’embrouillait et se compliquait, prit sa décision.
« Venez avec moi. »
Il interviendrait lui-même si les choses tournaient mal.
L’homme aux yeux argentés lui adressa un large sourire.
« Je vous en suis reconnaissant. »
* * *
La première chose que tint la fille qui devint Sainte Élue fut un arc, et la première chose qu’elle fabriqua fut un piège.
Une pierre calée contre la terre, un petit bâton glissé dessous, une fine bande de cuir posée par-dessus et un caillou placé sur le cuir, qui tombait avec un petit bruit sourd quand on le touchait. Ce piège pouvait à peine attraper une souris. Mais c’était son jouet et c’était son jeu.
Voilà quelle avait été l’enfance de la Sainte Élue.
Devenue fugitive, elle avait décidé de semer ici ceux qui la poursuivaient.
Pelheim.
Elle répéta machinalement le nom de la ville, observa les environs et calcula la meilleure option. En laissant des traces près de la lisière est de la forêt, elle pourrait semer la plupart de ses poursuivants.
Elle le savait par expérience.
Ils baisseront leur garde, non ?
Elle pouvait faire croire qu’elle était acculée et forcée de fuir. Donner cette impression. Mais quoi qu’en pensent ses poursuivants, la Sainte Élue n’avait aucune intention de s’enfoncer dans la forêt.
Même si elle n’avait pas grandi dans cette région, elle savait bien à quel point une forêt était dangereuse pour quelqu’un.
Un chien à visage humain ou une ou deux Goules, à la rigueur. Mais la forêt elle-même ?
En terrain découvert, le regard portait loin. La vue naturellement perçante dont elle était née réduisait les dangers des champs ouverts.
Mais pas dans une forêt. Peu importaient la finesse de ses sens ou son aptitude à rester à moitié éveillée tout en dormant à moitié.
La mort y semblait trop proche.
Elle le sentait au fond d’elle-même.
On meurt.
On entre dans une forêt sans préparation, on meurt. On gravit une montagne sans préparation, on meurt.
Son grand-père le lui avait appris. Son expérience le lui avait confirmé.
Alors elle n’entrerait pas dans la forêt.
Mais elle pouvait leur faire croire qu’elle l’avait fait.
C’était pour ça qu’elle avait pris trois risques presque mortels à préparer tout ça.
Elle avait tracé un itinéraire qu’aucune personne ordinaire n’aurait osé emprunter, puis l’avait suivi pour donner exactement cette impression.
Tandis que cette pensée lui traversait l’esprit, la jeune fille connue sous le nom de Sainte Élue leva la main et toucha l’une de ses oreilles.
Elle se dressait en pointe, mais pas jusqu’au bout. Bien plus émoussée que celle d’une elfe, elle restait toutefois plus effilée que celle d’une personne ordinaire. Cela ne laissait aucun doute.
C’était une demi-elfe.
La Sainte Élue observa le terrain et prit sa décision.
Je vais couper par ici.
Si elle disparaissait trop facilement dès le début, comme si elle s’était envolée dans le ciel ou enfoncée dans le sol, ses poursuivants se méfieraient.
Elle devait les pousser à penser dans une seule direction.
Laisser des empreintes ici.
Elle traça délibérément des empreintes qui s’enfonçaient dans la forêt.
Pour faire croire à une fuite paniquée, elle pouvait aussi casser quelques branches.
Après avoir laissé juste assez d’indices, la Sainte Élue noua autour de sa taille une corde dont l’extrémité était lestée d’une pierre oblongue et émoussée.
Frouit.
Elle fit tournoyer la pierre et la lança vers une branche au-dessus d’elle. La corde, tissée dans un tissu résistant, s’enroula plusieurs fois autour de la branche sous le poids de la pierre et s’y accrocha.
Elle prit appui contre le tronc, se hissa à l’horizontale, puis bondit jusqu’à la branche la plus proche et passa de là à la suivante. Un chemin dans les arbres.
En se déplaçant dans la canopée, elle pourrait tromper quiconque chercherait des empreintes au sol, en contrebas.
Elle contournerait la lisière de la forêt, sans y entrer, puis en ressortirait.
Et pour ça ?
Il lui faudrait grimper aux arbres comme un écureuil volant.
Elle en était capable. Alors elle le fit.
Elle devrait rester sur ses gardes en permanence, à l’affût du moindre monstre volant, Créature démoniaque ou Bête magique. Si elle entendait battre des ailes ou sentait une créature anormale entrer dans son périmètre, elle devrait détaler aussitôt.
Là encore, elle risquait sa vie. Mais les chances de tomber sur ce genre de danger n’étaient pas très élevées.
Les Esprits maléfiques et leurs semblables n’apparaissaient pas dans les marches baignées de soleil, et les Harpies comme les grandes Créatures démoniaques volantes avaient tendance à éviter les fourrés denses des forêts.
La plus grande menace, ici, serait une Bête magique comme un hibou. Mais c’était le milieu de la journée, et les chances de croiser une créature nocturne étaient faibles.
C’était pour cela qu’elle avait choisi ce moment de la journée.
Tout avait été calculé, tout avait été mis en place, et voilà où elle en était.
Pas mal.
Ce que son grand-père lui avait enseigné, ainsi que ce qu’elle avait appris par sa propre expérience, l’avait menée jusque-là.
Évidemment, rien de tout cela n’avait été facile.
S’échapper de l’État saint n’aurait jamais été facile.
Pour en arriver là, elle avait dû faire appel à la conscience de quelqu’un, et quelqu’un d’autre avait dû se mettre en danger pour elle.
Il y avait eu un prêtre qui avait pris soin d’elle comme une nourrice, puis, pour finir, un moine qui avait rendu sa fuite possible.
Ils seront traités d’hérétiques et tués.
Au début, elle ne savait rien, mais elle avait reçu plus de huit mois d’enseignement destiné à faire d’elle une Sainte Élue.
Seiki en savait désormais assez.
Elle savait, par exemple, ce que cet ordre abject comptait faire d’elle.
Pourquoi est-ce si important que je fabrique de l’eau bénite, des potions ou je ne sais quoi ?
On lui avait dit que ces leçons servaient à prouver sa divinité, mais cela commençait à ressembler à du lavage de cerveau. Elle dissimulait ses soupçons et affichait un visage calme.
Elle n’avait pas eu le choix.
La Sainte Élue chassa pour l’instant cette pensée de son esprit.
Elle devait se concentrer.
Pour finir d’effacer ses traces sur le chemin des arbres, elle saisit une branche et s’arc-bouta, les pieds appuyés contre le tronc.
Il était peu probable que quelqu’un la suive jusque-là, mais on ne savait jamais.
« Hoo. »
Seiki régla sa respiration, plia les genoux, puis s’élança.
Son corps quitta le tronc dans un bruit sourd et, un instant, elle resta suspendue dans les airs comme un écureuil volant qui se laissait porter.
Son corps s’aligna à l’horizontale, parallèle au sol.
Elle n’avait pas d’ailes, alors elle tomba, bien sûr. Quand le sol remonta à sa rencontre, elle rentra l’épaule et effectua une roulade avant de se relever.
Elle atterrit proprement. Pas une égratignure.
Son poignet lui faisait un peu mal, mais ça passerait vite.
Elle détacha la corde de l’arbre, la noua autour de sa taille et repartit.
Il lui fallait maintenant revenir près de la ville et la contourner par l’extérieur.
En chemin, Seiki se mit à repenser à la façon dont tout avait commencé.
Ce jour-là, ç’avait été un sacré gâchis.
Elle ne s’en était pas rendu compte sur le moment, mais, avec le recul, c’était bien ce qui s’était passé. À présent, elle se disait que si elle avait mieux géré cette journée, peut-être ne serait-elle pas en train de fuir.
Encore que, difficile à dire.
L’ordre n’aurait pas renoncé si facilement à une Sainte Élue.
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