Chapitre 57
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 57 : Le voir m’a donné envie de l’avoir
La question était tombée à brûle-pourpoint.
Non pas que Jaxon se laissât jamais déconcerter. Son visage demeurait aussi sévère que toujours. Il marqua une brève pause, prêt à répondre, puis se ravisa. Il semblait réfléchir.
Enkrid se tenait là, les bras ballants, attendant tranquillement que Jaxon parle. Le presser n’accélérerait rien. Sa réflexion fut brève.
Bientôt, le souffle de Jaxon forma un nuage blanc dans l’air.
« La Dague sifflante, autrefois appelée “dague silencieuse” à cause de sa vitesse, doit son nom au fait qu’elle file aussi vite qu’un simple murmure. Elle va si vite que l’œil humain peine à la suivre. C’est pourquoi il est difficile de la parer. La plupart des gens meurent sans même savoir ce qui les a frappés. Voilà la nature de la Dague sifflante. »
« Et si tu devais l’affronter ? »
Y avait-il un moyen d’éviter l’assassin ?
Pour l’instant, cela ne semblait pas possible. L’assassin avait tout minutieusement préparé. Il s’était servi d’espions parmi les alliés et avait organisé son meurtre dans les moindres détails.
Du moins, c’était ainsi qu’Enkrid voyait les choses. Les membres entravés par des chaînes, il devait se laisser traîner où son ravisseur le voulait. Il était temps de trouver une issue.
« Et si tu devais absolument l’affronter ? »
Jaxon inclina légèrement la tête. La question devait lui paraître étrange.
« Oui, si je n’avais pas le choix. »
Enkrid insista. Jaxon plongea son regard dans le sien. Enkrid ne détourna pas les yeux. Leurs regards se heurtèrent, l’un bleu, l’autre brun rougeâtre.
Les yeux de Jaxon semblaient lui demander :
« Pourquoi tu veux savoir ça ? »
Enkrid n’en tint pas compte.
Le principe de Jaxon était simple : il vendait les renseignements nécessaires en échange d’autre chose. Ce n’était pas le genre à demander « pourquoi ». Son expression se durcit lorsqu’il répondit :
« Ces renseignements ne seront pas bon marché. »
« Tant mieux s’ils coûtent cher. »
Il le pensait. Le « aujourd’hui » de ce jour ne serait pas le dernier. Quand le matin reviendrait, les renseignements de Jaxon perdraient considérablement de leur valeur. Du moins pour Enkrid, ils deviendraient des choses qu’il connaissait déjà.
Jaxon prit un air contrarié, comme si la situation le tracassait. Enkrid n’en tint pas davantage compte. Ce qui pressait, ce n’étaient pas les sentiments de Jaxon.
« Tu dois voir le mouvement de la main avant d’entendre le bruit. Tout dépend du mouvement de la main. »
Jaxon lui expliqua brièvement comment s’y prendre. Ne pas se laisser tromper par le bruit. Si on l’entendait, c’était déjà trop tard. Il fallait se concentrer sur les mouvements de l’adversaire.
« Ne le quitte jamais des yeux, surtout si c’est un assassin de haut vol qui sait lancer ses dagues sans être vu. »
La principale caractéristique de la Dague sifflante, c’était sa lame fine.
On l’affûtait encore et encore afin qu’elle puisse transpercer même les cuirasses d’acier les plus résistantes. Entre les mains d’un lanceur exceptionnel, elle pouvait effectivement percer une plaque d’acier. Jaxon ajouta que les lanceurs expérimentés superposaient parfois plusieurs lames fines.
Jaxon expliqua deux façons principales de lancer une dague.
La première consistait à balancer largement le bras pour donner plus de puissance au lancer. La seconde, à lancer sans laisser voir le geste.
« Tu m’as déjà vu lancer une dague, pas vrai ? »
Enkrid avait autrefois consacré beaucoup de temps à s’entraîner au lancer de dagues.
« Oui. On aurait dit que tu lançais une pierre. »
Jaxon balaya son talent d’une seule remarque. Il sous-entendait qu’Enkrid ferait mieux de lancer une pierre plutôt qu’une dague. Une pierre aurait au moins un peu d’impact, tandis que sa dague ne toucherait même pas sa cible.
« Dur. »
Enkrid était d’ordinaire indifférent à ce genre de choses, mais les paroles de Jaxon étaient assez acérées pour transpercer son détachement. Pas au point de lui poignarder le cœur, mais il avait tout de même l’impression qu’une lame s’était fichée dans son bras.
« Apprends-moi. Comme il faut. »
Enkrid le dit avec une pointe d’irritation.
« Alors apprends. J’ajouterai ça à la liste des transactions. »
« Hein ? »
« Ça ne te plaît pas ? »
Ce n’était pas le cas. Pour quelqu’un comme Enkrid, toujours avide d’apprendre, cette offre était une oasis dans le désert. Toujours assoiffé, il hocha vite la tête.
« Non, ça me plaît. »
« Commence par apprendre à la tenir. »
La patrouille approchait, alors la leçon fut brève. Une demi-heure tout au plus. Pourtant, en si peu de temps, Enkrid découvrit Jaxon sous un nouveau jour.
« Pour que ça serve à quelque chose, il faut s’entraîner. »
Tenir et lancer des lames fines, tenir et lancer des hachettes, tenir et lancer de lourdes dagues. Chaque arme avait sa propre prise et sa propre technique de lancer. Il y avait toujours quelque chose à apprendre.
Alors qu’Enkrid s’apprêtait à partir en patrouille, Jaxon prit la parole. Sa voix était douce, mais ferme.
« Ne te mets pas dans une situation où tu devrais les affronter. C’est la première chose à faire. »
Jaxon avait été un peu piquant tout du long, mais ses derniers mots étaient empreints d’inquiétude. Enkrid se demanda ce qu’il avait bien pu faire pour mériter tout ça.
« Ils sont gentils sans raison. »
Il n’avait pas de relation amoureuse avec eux et n’avait pas encore noué d’amitié profonde. Pourtant, Jaxon, Rem et Ragna le traitaient comme un enfant laissé au bord de l’eau.
« Ou peut-être pas. »
Ils n’essayaient jamais de le suivre sur le champ de bataille ou lors de ses autres missions ; il n’était donc pas exactement un enfant laissé au bord de l’eau. Une pensée inutile.
« D’accord. »
En réalité, il n’avait aucune intention de faire ça. On ne pouvait pas éviter ce qu’on voulait éviter.
« T’es de service comme chef d’escouade ? Maintenant que t’es un soldat de haut rang ? Bon sang, félicitations. »
C’était Jack. Bon était bien sûr avec lui.
« Allons-y. »
Il plongea une fois de plus dans le flot de cette journée. L’air glacial le pénétrait jusqu’aux os, mais il portait une couche de vêtements supplémentaire, presque comme une armure. Les habits épais et les exercices d’Audin lui réchauffaient le corps.
Le froid lui semblait plus supportable.
« Je ne peux pas te le vendre à ce prix-là ! »
La même scène se répétait sur le marché d’aujourd’hui. Enkrid prit les cris du marchand pour signal. C’était à peu près l’heure.
Lorsque la voix réprobatrice du marchand de cuir retentit, le demi-elfe en haillons apparut. Au même instant, Jack et Bon se placèrent de part et d’autre de lui.
Enkrid n’avait pas l’intention de gâcher une seule journée. Il avait encore un plan pour aujourd’hui.
Il faucha Jack du pied gauche.
« Ouf. »
À sa gauche, Jack s’effondra en avant. Dès qu’il tomba, Enkrid dégaina l’épée qu’il portait à droite. C’était une épée de garde, une arme à la lame large et épaisse qui pouvait aussi servir de bouclier.
Fsching, boum.
« T’es dingue ! »
Bon s’exclama, stupéfait. On pouvait le comprendre : Enkrid venait de trancher la gorge de Jack avec sa large épée.
« Glo… »
Jack n’eut pas le temps de pousser son dernier cri. La gorge tranchée, il s’effondra en se tenant le cou, le sang se répandant sur le sol. La vue de Jack à terre fit hurler les passants.
« Aaaaah ! »
« Argh ! »
Les marchands alentour reculèrent. Personne ne voulait se faire tuer par accident. Bon eut un mouvement de recul. Enkrid ne lui laissa pas le temps de bouger. La large lame s’abattit de nouveau. Un coup descendant visait la clavicule de Bon.
Clang !
« Espèce d’enfoiré ! »
Bon para le coup avec sa propre dague. C’était une arme fine, faite pour transpercer. Il comptait probablement s’en servir pour poignarder Enkrid au flanc si les choses tournaient mal. Enkrid appuya de tout son poids et le repoussa, forçant Bon à reculer.
Il gagna du temps, protégea son cœur avec la large lame et pivota. Tout cela ne prit que quelques respirations. Sans préparation, on aurait eu tout juste le temps de rester bouche bée et de se figer.
« Jusque-là. »
Le plan avait fonctionné. Le regard d’Enkrid croisa celui de l’assassin.
L’assassin repoussa sa capuche. Son apparence avait quelque chose de singulièrement déplaisant. Ses yeux brillaient de curiosité et d’excitation.
Et tout recommença.
« Pas le bruit, la main. »
Il fit abstraction de ses oreilles et concentra tous ses sens sur sa vue. Il anticipa le prochain mouvement à partir de ce qu’il voyait. C’était une technique que Jaxon lui avait enseignée.
Thac !
Enkrid s’attendait à ce que l’assassin vise son cœur. Sinon, sa tête. Sa concentration porta ses fruits : il vit la lame se changer en éclair.
Mais il ne parvint pas à voir où elle allait frapper.
Alors, il protégea son cœur et tourna la tête. La Dague sifflante lancée par l’assassin frappa son avant-bras droit.
Une douleur brûlante lui déchira l’avant-bras et ses doigts perdirent toute leur force. C’était une blessure fatale, impossible à soigner sans guérison divine.
« Merde. »
Un rire sans joie lui échappa.
Une attaque inattendue. Il avait protégé son cœur, alors l’assassin avait visé son bras. Au lieu de chercher à traverser le bouclier, il avait ciblé celui qui le portait. Une tout autre façon de voir les choses.
« Ce n’est pas un assassin amateur. »
Le fait, déjà établi, s’imprima de nouveau dans son esprit.
Fiuuu.
Le deuxième sifflement retentit et la dague lui transperça le cœur. Ce salaud avait donc une dent contre lui ?
On aurait dit qu’il n’était satisfait qu’après avoir planté une dague dans le cœur d’Enkrid.
« Hum… »
Il cracha du sang. Celui-ci jaillit à flots et, à genoux, il prit appui sur son bras gauche. Une ombre se dressa au-dessus de lui.
« Intéressant, ce type. L’amoureux tenace ne… »
« …rate jamais sa proie. »
Enkrid rassembla ses dernières forces pour achever la phrase de l’assassin. Il leva les yeux vers le demi-elfe, qui affichait une expression déconcertée. La bouche entrouverte, incapable de poursuivre, il fit trembler ses lèvres avant de lâcher un seul mot, comme une question.
« Toi ? »
Surpris ? Tu peux l’être.
C’était un type qui agissait toujours comme s’il avait tout prévu. Enkrid voulait voir son expression se fissurer.
Il en fut satisfait.
« À la prochaine. »
L’assassin ne s’en souviendrait pas, mais Enkrid, lui, se souviendrait de cette journée. Il lui annonçait qu’ils se reverraient à la prochaine répétition.
Les paroles d’Enkrid déconcertèrent l’assassin.
« Un piège ? »
Le demi-elfe jeta un regard autour de lui.
Engager un assassin de haut vol pour tuer un simple soldat était effectivement excessif. Un piège aurait expliqué les choses. À entendre Enkrid laisser entendre qu’il pourrait survivre à leur rencontre, l’assassin se mit à soupçonner qu’il y avait anguille sous roche.
Bien sûr, il se trompait complètement.
Il n’y avait aucun piège.
La tête d’Enkrid bascula en avant dans un bruit sourd. Une autre journée s’acheva.
Le passeur reparut et se moqua de lui en riant.
« Ce salaud n’a donc rien de mieux à faire ? » pensa Enkrid en affrontant une nouvelle fois cette journée.
« Brr, il gèle. »
Dès le matin, on entendit Rem se plaindre.
« Bouge un peu pour te réchauffer. Ça aide. »
Enkrid devança le conseil d’Audin et se leva pour s’étirer. Un corps échauffé valait sans conteste mieux qu’un corps raidi par le froid. C’était certain. De ce point de vue, les exercices d’Audin étaient indéniablement bénéfiques.
Tandis qu’il s’étirait, Audin s’approcha et lui demanda :
« Où as-tu appris ça ? »
De toi, mais il ne pouvait pas le lui dire franchement.
« D’un moine de passage. »
Audin lui avait expliqué que les exercices qu’il enseignait venaient d’un temple. Autrement dit, c’était l’une des méthodes d’entraînement des moines qui pratiquaient le combat à mains nues dans le cadre de leur discipline.
« Tu as bien appris. »
Audin se joignit à lui pour s’étirer.
« Quand il fait froid, le mieux, c’est de se blottir sous une couverture. Tu ne pourrais pas trouver du cuir chauffant ou quelque chose comme ça ? Maintenant que tu es chef d’escouade, tu devrais t’occuper du froid dans l’escouade. »
Rem râla, et Enkrid échangea quelques plaisanteries avec lui. Peu après, Jaxon revint.
« Il faut qu’on parle. »
Enkrid emmena aussitôt Jaxon dehors.
« Hé, tu vas où sans moi ? »
Rem continua de grommeler derrière eux.
« Je veux apprendre à manier la Dague sifflante. »
Une chose qu’Enkrid avait apprise en répétant cette journée : mieux valait demander directement ce dont il avait besoin que perdre du temps à convaincre les autres.
« Où as-tu entendu parler de ça ? »
« On finit par entendre des choses par-ci par-là. Je veux apprendre. »
« Et le prix ? »
« Ce que tu veux. Je peux même te signer un chèque en blanc. »
Les grandes maisons de commerce émettaient des billets à ordre, et la plus célèbre histoire à ce sujet concernait Rengadis, la plus grande maison de commerce du continent.
Le chef de Rengadis avait un fils qui, par goût de l’aventure, avait rejoint un groupe de chasseurs de monstres. Quand sa famille l’avait appris, elle était partie à sa recherche, mais il était déjà en danger. Les chevaliers impériaux, qui passaient par là, l’avaient sauvé.
En signe de gratitude, la famille Rengadis avait remis aux chevaliers impériaux un chèque en blanc, promettant de payer n’importe quelle somme dans la limite de ses moyens. L’histoire était devenue si célèbre que l’expression « chèque en blanc » était entrée dans le langage courant pour désigner tout ce qu’on pouvait donner, sauf sa propre vie.
Jaxon fronça les sourcils.
« Tu ne devrais pas faire de telles promesses à la légère. »
« J’ai vraiment envie d’apprendre. »
Enkrid était sérieux. Il voulait acquérir, apprendre la technique de la Dague sifflante de l’assassin demi-elfe. Son désir brûlait en lui. En voyant le feu dans ses yeux, Jaxon hocha la tête.
Dans ces yeux, il vit une flamme qui détruirait et consumerait tout ce qu’elle toucherait : une flamme nommée désir.
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