Chapitre 568
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 568 : Combien ont-ils dit qu’ils paieraient ?
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Quand l’étrange bascule dans l’inexplicable, il y a généralement une raison à cela.
La Sainte Élue a-t-elle de l’aide ?
Non.
Il ne restait donc qu’une seule explication. La Sainte Élue, fugitive, en fuite ou peu importe comment on l’appelait, parvenait à échapper seule à ses poursuivants.
Mais était-ce seulement possible ? C’était une enfant, non ?
On disait que les Saints Hommes et les Saintes Élues manifestaient leurs pouvoirs dès leur petite enfance. Audin le lui avait appris, il pouvait donc s’y fier.
Enkrid essaya de se représenter une enfant. Pour une raison ou une autre, l’image qui lui vint fut celle d’Ann petite, telle qu’il l’avait vue récemment.
Quand il imaginait quelqu’un traqué, courant pour sauver sa vie, il avait du mal à associer à cette scène l’un de ses compagnons habituels. Esther, Sinar, Teresa… toutes dégageaient une telle robustesse que l’idée en devenait absurde.
Ann, en revanche, il était facile de l’imaginer poursuivie. C’était tout simplement l’image qui lui venait à l’esprit sans qu’il y réfléchisse.
Quoi qu’il en soit, une enfant se trouvait quelque part. Elle n’était probablement pas rousse, mais c’était une gamine dont les cheveux voltigeaient tandis qu’elle courait pour semer ses poursuivants ?
C’était une goule qui racontait n’importe quoi.
Et pourtant, un fait demeurait, évident et incontestable : quelqu’un avait échappé aux meilleurs traqueurs du continent.
Si ce n’était pas inexplicable, qu’est-ce que c’était ?
Serait-elle mage ?
Non, ça ne collait pas non plus. C’était une Sainte Élue, pas une mage.
Il n’aboutissait qu’à une seule conclusion : cette enfant possédait un talent exceptionnel, suffisamment rare pour expliquer la situation qu’ils s’efforçaient maintenant d’éclaircir.
Il y avait peu de chances que cette supposition soit fausse. Rien d’autre ne l’expliquait.
Seule.
Enkrid passa en revue les trois méthodes habituelles d’une personne traquée, en se fondant sur ce qu’il savait.
Si des gens, éparpillés à travers le continent, sont prêts à te cacher, c’est possible.
Avec des alliés ou des refuges dans chaque ville traversée, on pouvait semer ses poursuivants pendant longtemps. La deuxième possibilité, c’était de maîtriser l’art du déguisement.
Mais les gens envoyés par l’État saint ne passeraient pas à côté d’un détail pareil.
Ces deux premières méthodes étaient-elles donc envisageables ? À peine.
À moins que tous ces traqueurs ne soient du genre à perdre une partie d’échecs contre une goule, ils étaient capables de réfléchir. Et à quoi penseraient-ils ?
Enquêter sur la famille, les amis, les amants et les connaissances de la cible constituait la base de toute chasse à l’homme.
Un déguisement ? Il suffisait de se cacher un peu le visage ?
Se barbouiller les joues de boue et mettre un peu de teinture, et voilà qu’on devenait quelqu’un d’autre ?
D’accord, admettons qu’on ait un vrai talent pour dissimuler son apparence. Mais même la personne la plus douée pouvait-elle passer toute sa vie à se cacher ainsi ?
Il finirait toujours par arriver un moment où il faudrait prouver qui l’on était. Ou quelqu’un finirait par relever une faille dans l’histoire qu’on racontait. Quelqu’un se méfierait.
Se cacher dans un village de montagne où les Créatures démoniaques ne se montraient jamais ?
Où trouver un endroit pareil ?
Même si un tel village existait, moins il comptait d’habitants, plus il était difficile d’y garder un secret. Dans une petite communauté où tout le village était au courant de la dispute d’un couple dès le lendemain matin, cacher quelqu’un n’avait rien de facile.
On finissait donc par vivre en ville, où l’on vérifiait les identités plus scrupuleusement qu’on ne le croyait, même avec de faux papiers.
Rien ne reste secret éternellement.
Et passer sa vie à se méfier de tous ceux qui vous entouraient, ce n’était pas vraiment vivre.
En outre, quiconque avait pratiqué la chasse aux primes un certain temps ne cessait jamais de surveiller les étrangers qui débarquaient en ville sans explication. Les guildes d’information et les guildes de chasseurs de primes existaient précisément pour ça.
À la Garde-frontière, c’était pareil. Le jour, l’armée régulière assurait le maintien de l’ordre et surveillait la population ; la nuit, la guilde de Gielpin prenait le relais.
Dans chaque ville, des gens faisaient le même travail. De nouvelles guildes commençaient déjà à s’implanter à la Garde-frontière.
Restait à se cacher dans les taudis, mais les traqueurs le savaient. Dès qu’une piste s’arrêtait, les taudis étaient le premier endroit où ils se rendaient. Ce n’était pas pour rien qu’ils débarquaient dans chaque ville pour scruter les quartiers misérables.
Cela dit, aller à l’auberge pour se nourrir et dormir ?
C’était à peu près comme demander aux dieux de vous livrer pieds et poings liés.
Disparaître complètement dans une ville ordinaire était donc impossible. Se soustraire aux regards des gens était tout simplement la chose la plus difficile au monde.
Bien sûr, certains y étaient parvenus, avaient disparu sans laisser de trace et n’avaient jamais été retrouvés. Mais ils étaient rares. À vrai dire, Enkrid se disait que la plupart s’étaient probablement terrés dans un taudis et avaient discrètement rejoint les dieux sans que personne s’en aperçoive, tandis qu’une foule de gens n’attendaient qu’un tintement de pièce pour leur vider les poches.
Ne restait donc que la troisième solution, la seule vraiment envisageable et la plus raisonnable des trois.
S’arrêter en ville le moins souvent possible. Se reposer et dormir à l’extérieur des remparts.
On évitait les gens et on affrontait plutôt les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques. On voyageait par les sentiers empruntés par les animaux, à travers les montagnes, les forêts et les plaines, plutôt que sur les routes commerciales tracées par les caravanes marchandes. Mais cette méthode avait elle aussi ses inconvénients.
Même le meilleur combattant du monde devait dormir et manger.
Alors, comment se nourrir ? Où dormir ?
La force brute ne suffisait pas pour devenir un bon fugitif.
À la rigueur, avec les capacités martiales d’un chevalier junior, du genre à être reconnu comme tel par un ordre de chevalerie, c’était déjà plus plausible. Mais même dans ce cas, échapper longtemps à l’emprise de l’État saint semblait peu probable.
Alors, qu’est-ce qui pouvait vraiment marcher ?
Devenir un Ranger chevronné. Ou un chasseur chevronné.
Si l’on déposait quelqu’un n’importe où sur le continent et qu’on lui demandait quel métier lui donnerait les meilleures chances de survie, la réponse ne faisait aucun doute : Ranger ou chasseur.
Ils savaient dormir dans les arbres. Ils savaient dépecer une Bête magique pour en tirer de la viande.
Le goût n’entrait pas vraiment en ligne de compte.
Le raisonnement d’Enkrid l’avait mené jusque-là.
« Un chasseur-né ? Ça peut exister, ce genre de personne ? »
Il posa la question en marchant. Il ne se pressait pas. Quand on suivait une chasse à distance, la patience était de mise : il fallait attendre que les choses mûrissent avant de poursuivre.
Le soleil d’automne était agréable, mais il avait été trop absorbé par ses pensées pour en profiter. Il en allait de même pour tout ce qui bordait la route derrière eux.
Ils gravissaient une faible pente. Sinar leva la main pour se protéger du soleil et répondit : « Quelqu’un comme ça ne peut pas exister. »
C’était Sinar qui parlait, une elfe ayant bâti et dirigé de A à Z une unité de Rangers.
Enkrid était d’accord avec elle.
Un chasseur devait apprendre à connaître le terrain et les habitudes des Créatures démoniaques, puis développer ce savoir par l’expérience. Sans apprentissage ni entraînement, la chasse n’était qu’un rêve impossible.
Voilà qui rendait toute cette histoire étrange.
Cela dit, le mystère s’éclaircirait une fois qu’ils auraient retrouvé la fille. Il leur suffirait de l’interroger et ils obtiendraient une réponse. Pour l’instant, ils n’avaient d’autre choix que de poursuivre leurs recherches.
Enkrid avait échafaudé une sorte de plan. C’était justement pour cette raison qu’il avait finalement décliné la proposition de Doitchi Fullman.
« Je peux vous fournir des soldats qui connaissent le terrain. Ça ne prendra pas longtemps. Je peux vous détacher une escouade. »
« Non, je pense que nous nous en sortirons sans eux. »
Il avait poliment décliné l’offre de Deutsch.
Il avait sa propre idée de la manière de procéder, et Deutsch en avait déjà fait bien assez en démantelant cette fraternité qui opérait en ville et en lui transmettant ce qu’il savait.
Plus de vingt groupes, à ce qu’il avait compris : des chasseurs de primes, des mercenaires, des guides, des gens réputés pour retrouver les autres… tous s’étaient mis en mouvement.
Enkrid ignorait vers quelle direction partir, à l’est d’ici. Il s’était tout de même lancé.
Ce n’était pas de la chance aveugle. Il l’avait fait exprès.
À l’époque où il avait été guide, puis plus tard chasseur de primes, il avait connu les deux côtés d’une traque : celui du fuyard et celui du poursuivant. Quelles étaient ses chances, à l’époque ?
Moins d’une sur deux. Il avait l’œil pour trouver son chemin, mais n’était pas un traqueur expert.
Ça aurait été un peu plus facile si Rem était là.
S’il avait été avec eux, le barbare aux cheveux gris qui méprisait les nobles aurait pu faire appel à son instinct de chasseur. Rem savait suivre et retrouver les gens.
Si Dunbakel avait été là, son flair et son instinct leur auraient été d’une aide précieuse.
Sinar était utile, bien sûr. Mais elle n’était pas chez elle, sur les terres où elle avait grandi.
Plus exactement, Rem et Dunbakel pouvaient chasser n’importe où. Une elfe, non, pas de la même façon.
Elle était capable de suivre une piste à courte distance, mais prendre le terrain en compte pour traquer quelqu’un, c’était autre chose.
Était-ce un problème ? Non, pas vraiment.
Le chasseur de primes qu’il avait été et l’homme qu’il était devenu n’étaient pas les mêmes.
Enkrid savait que ses aptitudes naturelles de guide étaient ordinaires, rien dont il puisse se vanter. À la place, il avait désormais des jambes capables de parcourir le terrain toute la nuit sans se fatiguer.
Jambes puissantes.
Quand on manquait quelque chose en regardant de trop près, il suffisait d’élargir son champ de vision.
Audin et Sinar n’étaient pas du genre à s’épuiser après une demi-journée de reconnaissance des environs.
Et parcourir cette zone avant de s’enfoncer dans la forêt à l’est ne leur prendrait pas plus d’une demi-journée.
À la Garde-frontière, il avait déjà passé beaucoup de temps à courir à travers la chaîne de montagnes de Pen-Hanil pour vérifier jusqu’où ses jambes pouvaient le porter.
Ruagarne lui avait dit un jour que bien connaître ses propres capacités était la meilleure tactique qui soit.
Enkrid s’était entraîné en suivant exactement ce principe, et cela portait maintenant ses fruits.
Il découpait le terrain visible en secteurs et estimait le temps qu’il lui faudrait pour atteindre chacun d’eux en courant. Cela lui venait naturellement, à force de l’avoir fait tant de fois par lui-même.
Il ne se promenait pas au hasard non plus.
Il avait appris que plus de vingt spécialistes avaient été envoyés sur cette affaire. Ils formaient autant de jalons, de panneaux indiquant la direction à suivre.
Mieux encore, ils n’étaient pas les proies. Ils n’avaient donc pas cherché à dissimuler leurs traces.
Même maintenant, alors qu’ils trottaient légèrement vers la forêt de l’est, ils apercevaient déjà des restes épars et mutilés de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques.
Devant eux, de grands arbres aux feuilles dentelées et hérissées de pointes leur barraient la vue. Des effluves de sang flottaient par endroits. Sur un côté, un monstre avait été projeté contre un rocher avec assez de force pour le pulvériser. Parmi les restes éparpillés devant le rocher gisait la tête tranchée d’un chien à face humaine, couverte de marques qui ressemblaient à des brûlures, imprimées encore et encore avec une précision méthodique.
« Ce sont les traces d’un Ordre des chevaliers sacrés. »
Audin s’arrêta près des restes d’une Créature démoniaque et le déclara. Il s’agenouilla et examina quelques cadavres.
« On dirait que quelqu’un de particulièrement vicieux est dans le lot », ajouta Sinar.
Tuer restait tuer, mais là, on avait pris le temps de faire souffrir. Ce n’était pas tant une rancune contre les Créatures démoniaques que le fait d’avoir affaire à quelqu’un qui aimait faire mal.
Enkrid hocha la tête et croisa le regard de Sinar.
« Je vois que vous avez besoin de mon aide », dit-elle d’un ton parfaitement neutre. « Fort bien. Je vais donc intervenir pour surmonter les difficultés de mon fiancé. »
Sur ces mots, elle fit exactement ce qu’elle venait d’annoncer et se tourna vers les marques laissées par le combat.
Son expérience lui permettrait de mieux comprendre la scène qu’il ne le pouvait seul.
Enkrid ne restait pas non plus les bras croisés. Il examinait les empreintes et les branches cassées, lisant les traces.
Certains des poursuivants avaient avancé vite. On distinguait nettement les signes de leur passage forcé à travers les branches encore vivantes, de leur progression à coups de brèche.
Pas mal.
La coupe des branches lui indiquait qu’ils n’avaient pas affaire à des amateurs. Une seule entaille nette, plutôt que plusieurs coups maladroits.
Cela dit, c’était un peu en dessous de ce qu’on aurait attendu d’un Ordre des chevaliers sacrés. Les surfaces de coupe étaient quelque peu irrégulières.
Sinar examina le sol, s’en approcha pour le sentir, puis releva la tête. Enkrid la regarda.
« Dans quelle direction ? »
« Par là. On n’est plus très loin. »
Elle répondit aussitôt. Ils achevèrent leur échange et repartirent, Audin sur leurs talons.
À partir de là, même si Doitchi Fullman s’était déplacé en personne, il n’aurait pas pu suivre leur allure ni leurs mouvements. Impossible d’emmener des soldats connaissant la région à travers un terrain pareil, à cette vitesse.
Pour couvrir toute la zone en une demi-journée, il fallait avancer exactement de cette façon.
Enkrid trancha quelques branches avec l’épée courte qu’Aetri lui avait prêtée et poursuivit sa route.
La poignée épousait sa main comme celle d’une bonne épée devait le faire. La lame semblait prolonger son bras plutôt que d’être un objet distinct. Une arme remarquable.
Aetri lui avait dit de s’en servir pour le moment, mais cette arme avait été conçue pour s’ajuster parfaitement à une seule personne.
Une épée qui se logeait dans la main dès qu’on la prenait.
Elle est agréable à manier.
Tandis qu’il le pensait, il reporta son attention sur les alentours et crut entendre des voix, très loin devant.
Quand Sinar avait dit qu’ils n’étaient plus très loin, elle voulait dire qu’ils étaient assez proches pour entendre du bruit.
Elle avait vu juste.
Ils étaient encore trop loin pour distinguer les mots.
« Accélérons. »
Enkrid prit appui au sol et s’élança. Il avançait par petites foulées légères, les genoux fléchis, repérait les pierres acérées et les irrégularités du terrain, puis se posait sans heurt au-delà.
Ses pieds ne soulevaient pas de poussière, mais son corps progressait sans relâche. Une ombre sombre, suivie d’une image floue, qui, vue d’en haut, aurait ressemblé à un long serpent se faufilant entre les arbres.
Ceux qui les avaient précédés avaient déjà ouvert le chemin, ce qui leur facilitait la tâche.
Audin suivait. Avec une carrure pareille, il aurait dû accrocher des branches à hauteur de tête à chaque pas, mais il courait le torse à moitié replié et s’en sortait très bien.
Quant à Sinar, nul besoin de commentaire.
Une fois dans la forêt, elle courait comme un poisson dans l’eau, prenant appui sur le sol à chaque foulée. Quand un obstacle lui barrait la route, elle grimpait droit le long d’un arbre à moitié renversé sans perdre son rythme.
Un talent qui vous faisait penser : oui, c’est bien une elfe.
Aucun des trois ne forçait, mais ils allaient plus vite que le moindre écureuil.
Trois gros écureuils arrivèrent presque aussitôt à l’endroit d’où venait le bruit.
Devant eux, deux hommes et une femme apparurent, ouvrant un passage devant eux.
Le premier groupe de poursuivants.
Ils n’avaient pas avancé en silence, alors tous trois se retournèrent en même temps. La méfiance des inconnus devant l’apparition soudaine du groupe d’Enkrid était évidente.
Enkrid les regarda et décida de satisfaire une petite curiosité.
« Combien proposent-ils ? »
Il voulait savoir ce que l’État saint avait mis sur la table pour faire accourir autant de traqueurs autoproclamés en si peu de temps. Une question sans importance qui lui était venue en chemin.
Il était curieux de connaître les habitudes de dépense d’un ordre religieux réputé pingre.
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