Chapitre 563
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 563 : Pourquoi rester dans l’Ordre ?
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Faire de Rem le vice-capitaine ?
« Je demande l’annulation immédiate de cette nomination injustifiée. »
Voilà ce que dirait Jaxon.
« Puisque le Seigneur ne le permet pas, j’accomplirai moi-même Sa volonté. »
Audin serrerait les poings et ferait un pas en avant.
Et Ragna ?
Il commencerait à cogner avant même d’avoir dit un mot, non ?
L’idée de nommer un vice-capitaine était donc à écarter. Il la balaya complètement.
Après quelques échanges supplémentaires, Rem finit par laisser sortir ce qu’il avait sur le cœur. Il en parla comme s’il n’avait rien à cacher.
« Quand la Terre Maudite de l’ouest aura été éradiquée, tout le monde pourra vivre comme il l’entend. D’ici là, toi aussi, tu auras plus ou moins vécu comme tu le voulais. Moi, je vieillirai, je passerai mes journées à donner des tapes aux fesses de ma femme, j’en recevrai quelques-unes en retour et je regarderai mes enfants faire des choses mignonnes. »
Rem envisageait ses vieux jours avec une sérénité qui ne lui ressemblait pas du tout.
« Tu ne penses jamais que tu pourrais mourir en chemin, ou tomber raide mort ? »
Enkrid posa la question, sincèrement perplexe. À voir la façon dont Rem se battait, on ne l’aurait pas cru du genre à compter sur le lendemain.
Tout chez lui donnait cette impression.
Mais au fond, c’était différent. Rem rêvait d’avenir. Il rêvait de refermer la Terre Maudite et voulait passer du temps avec sa femme et ses enfants.
Cette pensée traversa soudain l’esprit d’Enkrid.
Même si Rem ne laissait rien paraître, il devait vouloir revoir sa femme. Il devait vouloir voir l’enfant qui était né.
Y avait-il quelque chose qu’Enkrid pouvait faire pour lui ?
Probablement. Il retourna l’idée dans son esprit et regarda Rem, qui répondit à sa question à moitié en plaisantant.
« Mourir ? Qui ça ? Moi ? Quelle idée. Je ne vais pas mourir. »
Le coin de sa bouche se releva ; son sourire rendait ses paroles parfaitement crédibles.
Il n’allait pas mourir. La confiance l’emplissait jusqu’à ras bord et prenait la forme d’une Volonté, dont la pression se faisait clairement sentir.
À y regarder de près, Rem ne recourait pas à la Volonté, mais à la Sorcellerie. Pour Enkrid, les deux se ressemblaient suffisamment.
Rem l’avait lui-même dit : Sorcellerie ou Volonté, les deux renforçaient le corps de la même manière.
« Bon. J’y vais. »
« Vas-y, alors. À quoi rimait tout ce discours ? »
Quand Rem lui annonça qu’il se rendait à la forge avec du matériel d’entraînement, Enkrid lui demanda de ne pas trop malmener Aetri.
« Est-ce que j’ai l’air du genre à compliquer la vie des gens ? »
S’il ne hochait pas la tête, Enkrid devrait fouiller en lui-même, dénicher sa conscience et la jeter. Et comme s’arracher ses propres organes signifiait une mort certaine, qu’il avait encore des choses à faire et qu’il tenait à vivre, ce n’était pas une option.
« Oui. »
Il hocha donc la tête sans hésiter.
« Je n’apprécie pas. »
Rem grommela, et Enkrid passa ensuite à Ragna.
Il lui posa une question semblable à celle qu’il avait posée à Rem.
Que voulait-il ? L’Ordre était-il vraiment l’endroit qu’il lui fallait ?
Ragna était un génie. La personne la plus douée qu’Enkrid eût jamais rencontrée.
Son talent avait éclos et Ragna avait désormais trouvé sa propre voie.
Il n’avait pas encore choisi de direction, même si la route s’étendait devant lui, mais son épée, elle, avait trouvé son chemin.
Il suffisait de l’affronter à l’entraînement pour le comprendre. Sa lame ne connaissait ni doute ni hésitation.
Alors, quand Ragna prit la parole, Enkrid l’écouta.
« Je compte suivre jusqu’au bout la voie que mon épée peut atteindre. Pour cela, il me faut un adversaire digne de moi, mais partir à sa recherche, c’est pénible. En revanche, si je reste aux côtés du capitaine, ils semblent venir d’eux-mêmes. »
Était-il sérieux ? Oui.
Ragna n’était pas du genre à mentir ou à dire des choses qu’il ne pensait pas.
« C’est pour ça que tu restes dans l’Ordre ? »
Parce que partir, c’était pénible.
Ce n’était pas particulièrement surprenant. Ragna avait toujours été ainsi.
La suite ressembla à sa conversation avec Rem. Ragna annonça qu’il voulait devenir vice-capitaine.
Il expliqua que même si Enkrid était le pilier de l’Ordre, quelqu’un devait prendre les devants et guider les autres. Puis il se lança dans un discours presque passionné, qui ne lui allait pas du tout.
Quand Enkrid lui dit que ce poste n’existait pas, Ragna ne s’irrita pas et poursuivit avec la même ardeur.
« S’il n’y a pas de vice-capitaine, je ne pourrais pas au moins être la Première Épée ? »
Il fronça les sourcils et prit un ton grave.
Première Épée, Lame d’avant-garde : il cherchait à inventer un poste qui n’avait aucun sens.
Alors qu’on lui avait dit qu’il n’était pas obligé d’intégrer l’Ordre, il réfléchissait très sérieusement au rang qu’il pourrait y occuper.
« Ce poste n’existe pas. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’il n’existe pas. »
« Je vois. »
Il fut assez facile de le faire renoncer. Ce qui était déroutant, c’était qu’un homme trop paresseux pour faire les choses correctement se passionne à ce point pour un titre.
Cela dit, il y avait une raison pour laquelle on appelait le fou un fou.
Il alla trouver Jaxon et lui posa la même question.
« C’est intéressant. Ça me suffit. »
Voilà tout ce qu’il répondit. Il y avait probablement autre chose derrière, mais Jaxon n’était pas du genre à dévoiler ce qu’il gardait en lui.
Par la suite, il se contenta de regarder Enkrid d’un air indéchiffrable.
Son regard semblait demander : pourquoi poser une telle question ?
« Chacun a ses propres désirs. Je ne peux retenir personne de force dans l’Ordre. »
Enkrid le dit simplement, sans rien dissimuler.
« Je vois. »
Jaxon esquissa un léger sourire.
Enkrid haussa simplement les épaules.
S’il avait eu le don de lire dans les pensées, il aurait surpris celles de Jaxon à cet instant et penché la tête. Après avoir dit « Je vois », Jaxon avait failli ajouter que si une seule personne finissait par partir, il pourrait lui céder toutes les armes de la Collection Carmen qu’il avait réunies jusque-là. Mais il n’en fit rien.
Il suffisait de prendre assez de recul pour que certaines choses deviennent évidentes.
Cet Ordre gravitait autour d’une seule personne, et pourtant chacun de ses membres exprimait sa propre volonté et ses propres intentions. Celui qui se trouvait au centre avait une âme si vaste qu’elle pouvait accueillir les volontés et les intentions de tous ; personne ne voulait donc partir.
Telle était la conclusion de Jaxon.
Quoi qu’il en soit, au lieu d’exprimer cette pensée, Jaxon formula presque une demande, d’un ton mesuré.
« Je n’ai pas besoin d’un poste particulier, mais si tu le souhaites, je peux devenir vice-capitaine. »
« Non. Ça n’existe pas. »
Les trois s’étaient-ils concertés ? Enkrid ne comprenait pas pourquoi ils disaient tous la même chose.
Il répéta à Jaxon qu’il n’y avait aucun poste à part celui de capitaine. Jaxon se contenta de répondre : « Oui, je vois », puis n’insista pas.
De toute façon, il n’avait pas l’air d’y tenir particulièrement.
Ou peut-être avait-il prévu qu’Enkrid lui dirait que le poste de vice-capitaine n’existait pas.
Audin et Sinar l’accompagnaient de toute façon. Il décida donc de les interroger en chemin. Ensuite, il vit Ropord et Fell, puis Ruagarne et Teresa.
Il avait aussi été question de visiteurs de l’Empire qui souhaitaient le rencontrer, mais entre ses heures d’entraînement, les autres qu’il devait voir, ses conversations de temps à autre avec Aetri et le minimum de tâches que Kraiss jugeait nécessaire d’accomplir, Enkrid était déjà bien assez occupé.
La gestion d’un vaste territoire exigeait parfois son approbation personnelle.
À cela s’ajoutaient les visites régulières de Graham, qui venait lui demander conseil, les soldats déterminés à progresser dont Enkrid supervisait l’entraînement, ainsi que le groupe appelé l’Escorte de la compagnie marchande, dont il s’occupait aussi. Il était réellement débordé.
Les visiteurs prétendant venir de l’Empire ou de la grande puissance du sud furent joyeusement ignorés.
Leur objectif était évident, de toute façon.
Comme ce vieil aveugle qui s’était présenté comme un Cultiste avant de laisser une lettre, ils avaient tous le même discours : venez dans l’Empire et nous vous donnerons ceci ; descendez dans le sud et nous vous donnerons cela.
La personne à laquelle il consacra ensuite du temps fut donc Teresa.
« Je me plais ici. »
Avait-il besoin d’en demander davantage ?
Teresa parla sans qu’il ait à insister.
« Chanter me rend heureuse. J’aime me battre. C’est en venant ici que j’ai appris que de telles choses existaient dans le monde. J’ai redécouvert les enseignements du Seigneur Père. »
Et tout cela, c’était grâce à toi.
Teresa ravala ces derniers mots. Il le comprendrait sans qu’elle le dise.
Enkrid hocha la tête.
Vu le moment, il lui sembla juste de hocher la tête et de lui tapoter l’épaule pour lui montrer qu’il avait compris.
Mais quant à ce que Teresa ressentait vraiment au fond d’elle, il n’était pas un dieu. Comment aurait-il pu le savoir ?
Il prit simplement ses paroles comme elles venaient. Après tout, elle avait vraiment l’air heureuse.
À vrai dire, parmi ceux qui se trouvaient actuellement à ses côtés, Teresa était l’une des plus épanouies. Passer du temps avec Audin, prier, chanter, se promener en ville… Tout cela. Il était évident qu’elle savourait chaque heure.
« Je suis un Berger de la Nature sauvage. Cela ne changera pas jusqu’à ma mort. Mais pour l’instant, je veux ici perfectionner le talent qui me fait défaut. »
Fell avait fini par se montrer poli, sans qu’Enkrid puisse dire exactement quand. Même ses paroles semblaient demander la permission de rester.
Ce changement d’attitude allait-il dans une mauvaise direction ?
Cela n’en avait pas l’air.
Au contraire, Fell travaillait plus dur qu’avant et s’investissait à fond dans tout ce qu’il faisait.
La façon dont Fell rivalisait avec Ropord tout en s’entendant bien avec lui n’avait pas changé.
« Oui, vas-y. »
Un simple hochement de tête était la bonne réponse.
Et si un jour Fell retournait auprès des Bergers de la Nature sauvage, Enkrid ne l’en empêcherait pas.
« C’est un honneur. »
Ropord hocha la tête sans même qu’on ait besoin de le lui demander.
« Ton unité d’origine, ce sont les Chevaliers à la Cape Rouge, n’est-ce pas ? »
« Oh, je les ai déjà quittés. »
Ce n’était pas vraiment le genre de chose à annoncer avec un grand sourire, mais Ropord n’en sourit pas moins de toutes ses dents.
Pour Ropord, Enkrid, Ragna et tous les autres étaient des gens qu’il ne pouvait s’empêcher de respecter. Et maintenant, il était avec eux. Le temps passé par Ropord dans la Garde-frontière était la période la plus intense de sa vie, plus riche que tout ce qui l’avait précédée.
Évidemment.
« Même si tu me chassais, je resterais comme écuyer. Sinon, comme simple soldat. »
« Reste dans l’Ordre, dit Enkrid. Comme chevalier junior. »
Ropord était devenu écuyer chez les Chevaliers à la Cape Rouge ; ce n’était donc pas un talent ordinaire. Enkrid trouvait un peu excessif qu’il puisse dire une chose pareille.
Vint ensuite le tour de Ruagarne.
« Le tableau ne serait-il pas plus joli avec une Grenouille ? Surtout une belle ? »
Enkrid ne savait pas vraiment ce qui rendait une Grenouille belle, mais il hocha la tête.
N’avait-elle pas dit elle-même, peu de temps auparavant, qu’elle était devenue plus jolie ?
« Alors, c’est décidé. Une belle chevalière Grenouille. Pas mal. »
Les Grenouilles avaient-elles seulement une notion de chevalerie ? Oui, mais c’était rare. Elle disait n’en avoir jamais vu de toute sa vie, même s’il en existait des traces dans certains écrits.
Après avoir interrogé tous ceux qu’il devait interroger et entendu leurs réponses, Enkrid prit une décision d’affectation plutôt radicale.
« Toi aussi, tu fais partie de l’Ordre. »
Il ne s’adressait pas à une personne, mais à un cheval.
« Hiii ! »
Œil-de-Pie se cabra, les sabots avant levés, et hennit.
Qu’est-ce qui pouvait bien lui prendre ?
Enkrid l’avait dit sur un coup de tête et s’en étonna lui-même une fois de plus.
Œil-de-Pie venait rôder dans les parages et le fixait d’un air mauvais ; c’était ce qui l’avait poussé à le dire. On aurait presque cru que le cheval attendait qu’on lui propose de rejoindre l’Ordre.
L’eau de cette source sacrée l’avait rendu plus humain qu’avant.
À le voir galoper toute la journée dans les champs, parfois en donnant un coup de sabot à une Créature démoniaque jusqu’à la tuer, parfois en la mordant, on aurait dit qu’il jouait avec ses ennemis d’une manière qui dépassait la simple intelligence. Il semblait plus vif d’esprit que la plupart des gens.
« Très bien. Tu vas rembourser le prix de cette eau de source. »
À ces mots, les deux yeux dépareillés d’Œil-de-Pie brillèrent chacun d’une lueur différente. Le cheval libéra un flot de Volonté pour exprimer son intention.
Il le ferait.
C’était comme s’il disait : tu ne seras pas déçu.
Je disais ça comme ça.
Enkrid ne comprenait pas pourquoi tout le monde s’enflammait autant.
« Tu peux m’appeler Chevalier mage Esther. »
Esther passa plus tard lui annoncer cela, et Enkrid hocha de nouveau la tête.
Œil-de-Pie était un cheval, donc c’était une autre affaire. Mais il avait interrogé Esther parce qu’elle méritait qu’on lui pose la question.
« Pourquoi restes-tu dans l’Ordre ? »
Esther était une sorcière et, à vrai dire, rien ne l’obligeait à rester.
Sauver des gens n’était pas sa priorité absolue, et la loyauté envers un pays venait encore bien après.
En réalité, rares étaient probablement ceux qui étaient restés ici par loyauté envers un pays.
« Un mage est quelqu’un qui cherche. Pour l’instant, je trouve satisfaction à te chercher, toi, et à chercher le monde. Je n’ai donc pas l’intention de partir. Si tu crains que je ne m’éclipse facilement, nous pourrions conclure un pacte ou un contrat. »
Elle avait peut-être pris la question pour un reproche.
Esther débita tout cela d’une traite, sans s’arrêter.
La mention d’un pacte et d’un contrat montrait qu’elle était sincère.
« Un contrat ? Ce n’est pas nécessaire. »
Enkrid ne pouvait pas obliger quelqu’un à rester. Il le savait bien. Comment quelqu’un pouvait-il donner le meilleur de lui-même s’il était retenu par une pression extérieure ?
Il n’avait pas besoin de garder à ses côtés quelqu’un qui restait contre son gré ; un contrat n’avait donc aucun sens.
« Très bien, alors je reste. En tant que Chevalier mage, apparemment. »
Esther dit cela et laissa échapper un petit rire étouffé, chose rare en soi, différent du sourire de Sinar.
Esther riait rarement, mais elle pouvait rire ainsi : discrètement, les épaules tremblantes, en laissant échapper un petit son. Ce rire venant d’elle était étonnamment mignon.
Quelque chose dans ce rire lui rappela un écureuil. Il faillit lui demander d’essayer de se transformer en l’un d’eux, un jour.
Il garda cette idée pour lui. Il ne voulait pas voir son expression chaleureuse se figer.
« Hum. Bon, j’y vais. »
Esther marmonna quelque chose à propos de l’allure que cela aurait, un Chevalier mage portant une fleur noire, puis s’éloigna d’un pas léger.
Ainsi, les membres de l’Ordre furent établis.
Enkrid en était le capitaine.
Sous ses ordres, Rem, Ragna, Jaxon et Audin en formaient le noyau. Dunbakel reviendrait et, si elle voulait rester, elle le pourrait. Teresa et Audin formaient un duo. Ropord avait demandé à s’entraîner sous la direction de Ragna.
Jaxon préférait travailler seul. Ruagarne et Fell étaient à la fois des membres de l’escorte et de l’Ordre, sous les ordres d’Enkrid.
C’était tout.
Nul besoin de grand-chose.
Enkrid laissa ses pensées s’apaiser en contemplant le ciel d’automne, le vent, les nuages et le soleil. Puis il regarda les deux personnes qui restaient.
Il lui restait deux personnes à interroger, et elles marchaient toutes deux à ses côtés.
Il commença par l’elfe qui avançait tranquillement près de lui, d’un pas souple et régulier.
« Vas-tu rejoindre l’Ordre ? »
Sinar le regarda. Ses yeux verts rencontrèrent directement les siens. Il était difficile de les déchiffrer, impossible de savoir ce qu’elle pensait ou ressentait. Enkrid l’avait un jour entendue parler avec Crang.
Il le savait pour l’avoir entendue ce jour-là. Contrairement aux autres, elle devait être guidée par un dessein plus profond.
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