Chapitre 562
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 562 : Qui est le vice-capitaine ?
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Bianca Conti affichait un mécontentement discret.
Elle était arrivée sans rendez-vous, mais s’était montrée courtoise. Elle avait attendu plusieurs jours en ville, espérant qu’on la convoque.
Et l’autre partie l’avait tout simplement ignorée, lui avait tourné le dos et avait disparu.
S’ils l’avaient au moins reçue pour lui dire qu’ils n’éprouvaient aucune sympathie pour l’Empire, elle aurait pu le comprendre. Mais là, c’était autre chose.
Disparaître sans un mot, sans même répondre par oui ou par non à sa demande de rendez-vous ?
« Je vous prie de m’excuser. Le capitaine est parti en mission. »
« Hier, on m’a dit qu’il était encore ici. »
L’homme aux grands yeux et aux cheveux bruns poussa un discret soupir, puis secoua légèrement la tête.
Le geste était parfaitement naturel. Il disait qu’il ne s’attendait pas non plus à ce que les choses tournent ainsi, qu’il était lui aussi victime des circonstances. C’était le genre de sourire qui en disait long.
Bianca Conti était une noble impériale et une marieuse qui avait eu affaire à d’innombrables personnes portant un masque en dehors des bals costumés. Pourtant, cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas rencontré quelqu’un qui dissimulait aussi parfaitement ses véritables sentiments que l’homme en face d’elle.
Sa façon de parler la poussait presque à le plaindre.
« À vrai dire, il n’est pas vraiment du genre à rendre compte de ses déplacements. Ha, rien qu’à son nom, vous pouvez sans doute deviner qu’il a un petit quelque chose qui cloche là-haut. »
Kraiss ponctua sa phrase en se tapotant la tempe d’un doigt à demi replié.
Kraiss savait qu’Enkrid ne s’attarderait jamais à flirter avec une marieuse de l’Empire et à discuter de propositions de mariage. Il ne voyait donc aucun mal à révéler ce petit détail sur le capitaine : il avait quelque chose d’un peu singulier.
Cela dit, Bianca ne laissa pas une veine apparaître sur son front. Dans n’importe quelle situation, laisser paraître ses émotions la première était une erreur de débutante.
Bianca n’avait pas conquis la haute société impériale, mais elle en avait fait partie, travaillant comme marieuse et intermédiaire. Elle savait comment se jouait ce genre de partie.
Elle ne se laisserait pas berner par ces manœuvres.
Ridicule.
Le bel homme qui s’était présenté sous le nom de Kraiss jouait son rôle à la perfection, au point qu’elle aurait pu le faire monter sur une scène impériale. Mais elle ne surveillait ni ses paroles ni ses expressions : elle observait la situation elle-même.
Il avait fait demander une rencontre, puis l’avait esquivée pendant des jours sous prétexte d’être occupé, et maintenant, il était parti en mission ?
Il l’évitait. Pourquoi ? Parce qu’elle venait de l’Empire ? Cela le mettait-il mal à l’aise ?
Si c’était le cas, elle n’aurait qu’à trouver une autre approche.
Bianca n’était venue sur ordre de personne. Elle avait simplement estimé que le sujet d’une rumeur qui s’était répandue jusqu’aux confins de l’Empire pourrait devenir l’une de ses plus belles réussites.
« Dans ce cas, je vais attendre. »
Tac.
Sa tasse de thé heurta la table en palissandre massif.
Bianca était convaincue que, pour peu qu’elle parvienne à faire asseoir en face d’elle cet homme qui avait passé sa vie entière à serrer son épée, elle saurait gagner son cœur. Cela ne prendrait pas longtemps.
Ces gens-là se consacraient à l’entraînement et aux exercices ; ils pouvaient accomplir des choses remarquables dans leur domaine. Mais ils connaissaient peu le reste, surtout le pouvoir et les avantages qu’ils pouvaient en tirer.
Aucun ours ne déteste le miel.
Aucun marchand ne déteste les pièces d’or.
Et aucun homme ne déteste les femmes.
Telle était la philosophie de Bianca.
Bien sûr, il y avait toujours des exceptions, des gens aux goûts complètement différents. Mais elle savait trop bien que la plupart ne s’écartaient guère de la logique qu’elle venait d’exposer.
Naturellement, elle connaissait aussi la Fleur Noire et la Sorcière dorée.
Mais ce qu’elle avait à proposer ne se résumait pas à un simple mariage.
« Vous pouvez rester aussi longtemps que vous le souhaitez, mais nous sommes en train d’agrandir la forteresse, alors trouver un endroit où dormir risque d’être un peu compliqué… »
Kraiss laissa sa phrase en suspens.
Ses yeux légèrement baissés exprimaient que la situation était flatteuse en théorie, mais peu commode en pratique. Cet homme était vraiment exceptionnel pour ce qui était des expressions et des gestes.
« Ne vous en faites pas. »
Bianca ne verrait aucun inconvénient à loger dans une auberge.
Kraiss observa Bianca, puis l’homme qui l’accompagnait.
Derrière lui se tenaient Nurat et Ruagarne, eux aussi venus en escorte.
L’Empire, songea-t-il.
Il n’était pas facile de savoir ce qui se passait dans l’Empire depuis cette région.
Bianca Conti, la comtesse qui était venue lui rendre visite, était affiliée à l’Empire, mais elle ne vivait ni dans la capitale impériale ni près du palais.
La Chaîne de montagnes des Géants, que l’on disait plus vaste que la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil et que l’on surnommait le mur bâti par les dieux, séparait l’Empire du Royaume.
Cette chaîne arrêtait les vents et les nuages, façonnant ainsi le climat de toute la région.
Dans les mythes, l’un des anciens dieux avait façonné ces montagnes avant de les déposer sur la terre. Depuis lors, un côté recevait la pluie tandis que l’autre demeurait sec comme un os.
Quand le vent s’élevait au-dessus de la chaîne, l’humidité aurait dû gagner l’autre versant, mais les montagnes faisaient office de mur et arrêtaient le vent comme les nuages. C’était ce phénomène naturel que décrivait le mythe.
Kraiss laissa un instant ses pensées dériver vers cette vieille légende, puis se ramena au présent.
« Alors ? »
Il posa la question sans se retourner. Il ne demandait pas si la femme qui venait de partir était une envoyée impériale ou une simple marieuse qui se donnait des airs.
« La femme ne présente aucun signe particulier d’entraînement au combat. L’homme qui l’accompagnait est un chevalier junior. »
« Même constat de mon côté. Ils étaient cinq gardes, c’est bien ça ? Je les ai tous vus, et ils se ressemblent en tout point. Pas seulement par leur niveau, mais aussi par leur qualité. »
Nurat et Ruagarne répondirent à tour de rôle.
« Leur qualité ? »
« Ils ont été formés par la même personne. Ça se voit : on dirait qu’ils s’entraînent depuis très longtemps au même style de combat. »
Kraiss s’était assez entraîné pour savoir se défendre, mais il n’avait rien d’un chevalier junior, ni de près ni de loin.
À vrai dire, quand il voyait tous les gens qui gravitaient autour d’Enkrid ces derniers temps, Kraiss était presque certain qu’un seul coup bien porté lui ferait sauter la tête.
Non pas qu’il comptait laisser les choses en arriver là, bien sûr.
Ruagarne donna son avis, puis gonfla plusieurs fois les joues en clignant des yeux.
Elle était venue à la demande de Kraiss pour escorter les visiteurs et évaluer leur niveau, mais ce qu’elle avait observé l’avait un instant fait douter : la Volonté qu’elle avait aperçue chez eux était d’une maîtrise étonnante.
Cela dit, c’était justement parce que des gens comme eux existaient qu’elle était restée ici au lieu de suivre Enkrid, qui l’intéressait tant.
« Ce n’est qu’une supposition. »
Ruagarne s’interrompit, comme pour rassembler ses idées. Un domestique avait passé la tête par la porte et attendait les ordres de Kraiss. Celui-ci leva la main pour lui faire signe de patienter.
« Mais si quelqu’un avait établi les étapes de l’éveil de la Volonté et conçu une méthode d’entraînement en conséquence… »
« Et alors ? »
Kraiss savait écouter et l’encouragea à poursuivre. Ruagarne acheva sa pensée.
« Des gens comme eux pourraient commencer à apparaître. »
L’Empire était plus qu’une grande puissance. C’était le seul endroit du continent à avoir un empereur.
Pourquoi l’Empire était-il si puissant ? Les raisons ne manquaient pas. Kraiss avait l’impression d’en avoir entrevu une.
Le simple fait qu’une personne puisse employer cinq chevaliers juniors comme gardes du corps révélait toute la profondeur de l’Empire.
Et cette femme n’avait rien d’important. Ce n’était qu’une noble venue de sa propre initiative.
Il ne s’agissait pas d’une visite officielle. Ces gardes n’étaient donc pas des chevaliers juniors affiliés à l’Empire. À qui appartenaient-ils ? Ils ne pouvaient pas être de simples mercenaires. La seule conclusion possible, c’était qu’ils faisaient partie d’une unité stationnée dans une ville impériale proche du Royaume.
Même l’Empire n’affecterait pas des hommes du calibre de chevaliers juniors à la garde d’une maison de jeu.
Grâce à cette marieuse venue de l’Empire, Kraiss avait recueilli plusieurs renseignements utiles.
De plus, l’autre partie n’avait même pas essayé de dissimuler quoi que ce soit. Elle avait laissé les gardes se montrer ouvertement, sans cacher ni leur niveau ni leur identité.
Les véritables forces militaires de l’Empire devaient être bien plus importantes encore.
Un instant, il eut la chair de poule ; les deux petites choses entre ses jambes cherchèrent à se réfugier au chaud, tandis qu’une sueur froide menaçait de lui couler le long du dos.
Kraiss expira lentement et reprit contenance.
Pas question de me laisser ébranler.
Un jour, il bâtirait une ville à la frontière entre l’Empire et le Royaume, et, du haut de ses remparts, un appareil rond resplendirait de mille feux.
Une cité du plaisir l’attendait. Il n’y avait pas de place pour la peur.
Le visiteur suivant était un marchand venu du sud.
La grande puissance méridionale, Rihinshtetten, était officiellement un pays ennemi du Royaume de Naurillia.
Kraiss trouvait que le Royaume avait un nombre vraiment impressionnant d’ennemis.
À y réfléchir, c’était logique. Tout pays désireux d’étendre son territoire et de gagner du terrain avait besoin d’un point d’appui. Or cette région était fertile, ses terres produisaient de bonnes récoltes et elle se trouvait au cœur du continent.
En y repensant, le nombre d’événements qui s’étaient produits ici était extraordinaire. Il était presque étonnant que le Royaume ne se soit pas déjà effondré.
Depuis des temps reculés, la Terre Maudite avait parfois tout submergé, et les Créatures démoniaques avaient déferlé de toutes parts. Plus récemment, le comte Molsen s’était rebellé.
La grande puissance méridionale avait franchi la frontière et déclenché des combats à plusieurs reprises, mais le Royaume n’avait pas cédé de terrain.
Le marchand du sud s’étendit longuement sur ceci et cela, mais pour résumer : si Enkrid se rendait dans la grande puissance méridionale, il pourrait épouser la princesse.
« Avez-vous déjà vu la Fleur Noire ? »
Kraiss esquiva la question et refusa indirectement, en expliquant qu’il ne tenait pas de comptes.
Enkrid était extrêmement exigeant sur le visage des femmes ; celles qui n’étaient pas plus belles qu’elle auraient bien du mal à lui plaire.
Que ce soit vrai ou non, Enkrid lui avait confié toute l’affaire. C’était donc à Kraiss d’inventer des raisons de décliner.
L’échange fut bref, à peine quelques phrases, mais il n’en provoqua pas moins une petite onde de choc.
« Alors, c’est bien un homme, hein ? »
« J’ai entendu dire qu’il était particulièrement exigeant sur le physique. »
Le marchand du sud avait la langue bien pendue et ne se privait pas de s’en servir.
À la même heure, Enkrid était allongé sur le dos, les yeux rivés au ciel. Il savourait le temps automnal et laissait ses pensées vagabonder.
* * *
Il avait fondé l’ordre, ce qui signifiait qu’il devait le remplir de membres.
Suffisait-il de dire aux gens de venir le rejoindre ?
Cela ne pouvait pas être aussi simple.
Chacun avait ses convictions, sa volonté et ses propres objectifs.
On ne pouvait pas simplement placer les gens là où on le voulait.
S’il faisait ça à quelqu’un, est-ce que cette personne accepterait ?
Pas question.
Il en allait de même pour les hommes et les femmes sous ses ordres.
À Nauril, la capitale, on avait fait toute une histoire pour savoir s’il était juste de les faire tous chevaliers.
Pourtant, aucun d’eux n’avait jamais dit qu’il souhaitait rejoindre l’ordre au départ.
Ceux qui voulaient distribuer quelque chose en faisaient tout un plat avant même que les bénéficiaires y aient réfléchi.
Cela dit, il se moquait bien de ce qu’ils pouvaient dire.
C’est cette réflexion qui poussa Enkrid à s’asseoir et à poser la question à chacun de ses subordonnés.
« Rem. Qu’est-ce que tu veux faire ? »
Avant de partir pour cette mission de récupération de la Sainte Élue, quelle qu’elle se révélerait être, il avait rencontré un par un les fous avec lesquels il avait gravi les échelons, dans le cadre d’une sorte d’entretien.
« Je vais leur donner ça et les faire courir avec. »
À une question générale avait répondu une réponse très précise.
« Qu’est-ce que c’est ? »
L’objet se trouvait juste devant lui ; Enkrid n’eut donc d’autre choix que de demander.
Rem tenait une hache d’entraînement vaguement semblable à une vraie, mais sans tranchant et avec un centre de gravité qui semblait complètement déséquilibré. À la place de la lame pendait un simple bloc de fer, et le manche était lui aussi entièrement métallique.
Enkrid la souleva. Elle n’était pas vraiment encombrante, mais elle pesait son poids.
Elle aurait pu servir à muscler les bras, mais son équilibre était bien trop chaotique pour ça.
Est-ce que courir avec ce truc ferait vraiment un bon entraînement ?
En fait, ce n’était pas une mauvaise idée.
Il repensa au mouvement de hache sans recul de Rem. Tout reposait sur sa capacité à maîtriser le poids entier de l’arme par la seule force de ses muscles.
On ne pouvait pas porter chaque coup sans recul, mais réussir à le faire une ou deux fois, comme un atout caché, pouvait sauver une vie.
Et si tous les soldats de l’unité pouvaient manier leur hache de cette façon ?
Il faudrait autant de talent que d’efforts, mais si cela fonctionnait, l’unité que Rem formait serait composée de personnes véritablement terrifiantes.
« C’est vraiment pas mal. »
Enkrid prononça ces mots en pensant à son propre entraînement, à ce que Rem essayait de faire et à ce qui pourrait en résulter.
Sa voix trahissait une admiration sincère, discrète mais réelle.
Rem prenait l’entraînement plus au sérieux qu’Enkrid ne l’aurait cru, et cette méthode profiterait à tout le monde. Il n’avait certainement pas inventé ça en un jour ou deux.
On sentait le soin qu’il y avait mis.
Enkrid pensa qu’il pourrait essayer quelque chose de semblable plus tard.
Bien sûr, si les soldats de Rem l’avaient entendu, ils auraient cessé de respecter le Chevalier du Mur de Fer pour le maudire comme un goule sans vergogne, avant de se ruer sur lui, haches levées.
Enkrid détourna son attention de l’arme d’entraînement et reprit :
« Tu ne veux vraiment rien d’autre que détruire la Terre Maudite ? »
À l’ouest se trouvait la Terre Maudite appelée Silence, et Rem voulait l’effacer.
Mais était-ce vraiment tout ?
Était-ce réellement la seule chose qu’il désirait ?
Est-ce que rejoindre l’ordre était vraiment ce que Rem voulait ?
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Rem pencha la tête. Enkrid racontait parfois des choses étranges. À vrai dire, assez souvent. Ça avait l’air d’être encore le cas.
En gros, l’ordre avait été fondé et Rem pouvait en faire partie, mais s’il désirait vraiment autre chose, il était libre de partir.
« Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Je ne suis pas le vice-capitaine ? »
Rem fronça les sourcils, se demandant ce qu’il était en train d’entendre.
Enkrid y réfléchit un instant, puis répondit :
« Il n’y a pas de vice-capitaine. »
Aucun grade sous celui de capitaine. Il fallait que ce soit ainsi.
Il ne pouvait pas créer un rang qui, au lieu de se limiter à un simple conflit, finirait par déclencher un incendie dévorant tout sur son passage.
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