Chapitre 558
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 558 : Le festival et l’invité
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Boum-badoum.
L’organe qui pompait tranquillement le sang dans son corps se manifesta soudain.
Son cœur battit. Il cogna deux fois, comme pour annoncer sa présence.
À vrai dire, il y avait une chose que Kraiss estimait davantage que ses rêves, davantage que sa vie, davantage que le simple fait de vivre.
C’était une sorte de préparation pour l’avenir, supposait-il. Quelque chose de concret, de visible, qu’on pouvait tenir entre ses mains et qui avait une réelle valeur.
Autrement dit, des kronas.
À ses yeux, l’avenir, la valeur, le rêve, la vie elle-même : tout finissait par revenir aux kronas.
S’il ouvrait un salon et amassait des pièces d’or par tas entiers, qu’en ferait-il ?
Il n’en avait aucune idée. Il voulait simplement vivre en faisant ce qui lui plaisait.
Car même sans savoir ce qu’il voulait, avoir les poches pleines d’or lui suffisait.
C’était ainsi que Kraiss imaginait son avenir.
En ce moment même, Enkrid lui murmurait cet avenir et ce rêve à l’oreille.
« Si ça marche, tu gagneras une quantité phénoménale de kronas. »
À cet instant, Kraiss vit une montagne de pièces d’or apparaître devant ses yeux. Une hallucination. Il n’avait rien pris, et pourtant elle était bien là.
« Construire la ville des plaisirs dont tu parlais, à la frontière entre l’Empire et la grande puissance du Sud, ce ne serait pas une mauvaise idée non plus. »
Le regard de Kraiss se brouilla. Son esprit s’était déjà envolé vers un avenir lointain.
Il avait récemment appris qu’Ann avait essayé de mettre au point un remède, échoué et créé à la place une drogue qui brillait dans le noir.
Ils s’en servaient pour construire des phares à eau luminescente afin d’éclairer la Garde-frontière la nuit. Mais s’ils continuaient dans cette voie et développaient encore le produit ?
Quelques alchimistes avaient rejoint Ann depuis, des gens qui faisaient au moins un peu de recherche. Ce n’était donc pas impossible.
Il suffirait de construire une immense sphère au centre de la ville et de la remplir d’eau luminescente.
Puis de la hisser bien haut, en plein cœur de la ville, pour en faire le symbole de la cité des salons ?
Une guilde de bâtisseurs était justement spécialisée dans ce genre de travaux. Le projet était tout à fait réalisable.
Dans son rêve éveillé, Kraiss gravit les hauts remparts érigés sur la frontière sud.
« Regardez ça. Là-bas, c’est la ville des plaisirs. »
Il tendit la main pour la présenter aux dizaines de nobles qui le suivaient.
Tous tournèrent les yeux vers l’endroit qu’il désignait. Même en pleine nuit, une ville lumineuse leur apparut. Une ville des plaisirs au sens propre du terme. Une ville qui brillait de l’intérieur.
La simple idée lui fit courir un frisson des orteils jusqu’à la racine des cheveux.
Non, ça ne peut pas s’arrêter là. Il faut que ça continue de tourner.
Construire un mécanisme et le faire tourner dans les deux sens. Pourrait-il pivoter tout seul ? Était-il possible de créer un moteur magique ?
« Regardez ! Là-bas, c’est la ville lumineuse, Salon de Cité ! »
La ville ne se contentait pas de briller. Elle diffusait sa lumière tout autour d’elle.
Il avait lancé ce nom à la va-vite, le premier qui lui était venu à l’esprit, mais il sonnait bien.
Kraiss ne s’en rendait pas compte, mais dès qu’il avait décidé de renoncer, son esprit avait cessé de réfléchir en profondeur.
Il avait tout bonnement arrêté de se servir de sa tête.
Voilà pourquoi chaque problème lui avait paru insurmontable. S’il les voyait comme des murs infranchissables, c’était parce qu’il avait perdu sa motivation et que son cœur était ailleurs.
À présent, ce même esprit s’amollissait et tournoyait comme un morceau de pain rassis qui se dissolvait dans une soupe brûlante.
Enkrid vit le regard de Kraiss changer brusquement.
Il se brouilla, puis retrouva son éclat.
Pourquoi est-ce qu’il fait toujours ça ?
Il n’en avait aucune idée. Et comme il n’avait pas spécialement envie de le savoir, il continua simplement à faire ce qu’il faisait : l’encourager.
C’était ce que Kraiss avait voulu faire depuis le début.
Kraiss l’avait oublié quelque temps, mais Enkrid, lui, ne l’avait pas oublié.
Une grande ville de salons, les kronas qu’il en tirerait, la montagne d’or qu’il amasserait.
Kraiss avait dit qu’il aimait les salons et l’or. Voilà pourquoi Enkrid lui avait parlé ainsi.
Et maintenant qu’il y repensait, Enkrid se demandait ce que ses hommes — ou ceux qu’il pouvait désormais appeler ses chevaliers — cherchaient vraiment.
La raison pour laquelle chacun d’eux était là.
Il en avait une vague idée, mais ne leur avait jamais posé la question. Jusqu’ici, cela n’avait pas été nécessaire.
Mais les choses avaient un peu changé. Ils étaient devenus un ordre de chevalerie, et il les y avait entraînés.
Est-ce que tout le monde devait le suivre aveuglément sous prétexte qu’il avait un objectif, Rem et tous les autres ?
Officiellement, ils portaient le nom d’un ordre de chevalerie, mais il n’était jamais allé voir chacun pour lui annoncer clairement qu’il en faisait partie.
Rem, au moins, avait dit qu’il mettrait sa hache au service de l’éradication de la Terre Maudite. Mais les autres ?
Cette idée lui était venue en écoutant Kraiss parler.
Il devrait aller les interroger un par un. Il lui faudrait aussi définir précisément la taille et la forme de l’ordre de chevalerie.
Jusque-là, Kraiss s’était occupé de toutes les affaires de l’ordre. Mais pendant que celui-ci s’était égaré dans ses rêveries, Enkrid y avait pensé le premier, cette fois.
« Tu es malade ? »
À voir ses yeux rouler ainsi, il avait peut-être de la fièvre. C’était pour cela qu’Enkrid le lui demanda.
« Non. »
Le regard de Kraiss, qui s’était vidé de toute expression et couleur comme celui d’un poisson mort, avait retrouvé son éclat. Il devait donc aller bien.
Et peut-être parce qu’il avait aperçu Enkrid plongé dans ses pensées, Kraiss se mit à parler librement.
« Tu t’inquiètes de partager cette frontière incertaine avec Azpen, même si c’est plus ou moins un arrangement provisoire. Et des factions qui se forment dans la ville, ainsi que de tous les autres problèmes qui te donnent des maux de tête. »
Enfin, pas tellement, en réalité.
À vrai dire, la réponse honnête était qu’il n’y avait pas prêté grande attention.
Si un problème éclatait, il s’en occuperait. Mais pour l’instant, puisqu’il ne pouvait pas simplement tous les abattre ou les assommer, ne valait-il pas mieux laisser les choses en l’état ?
Enkrid était assez perspicace pour repérer les problèmes, mais au fond, sa méthode se résumait à ceci : quand ça suppure, on incise et on retire l’abcès.
En réalité, cette façon de gérer les choses ne convenait plus à la taille qu’avait prise le territoire. Beaucoup se sentaient frustrés, même si leur mécontentement n’allait pas jusqu’à la rancœur ouverte.
La ville, elle-même, tournait bien. La nourriture ne manquait pas, les kronas rentraient régulièrement, et pourtant, la situation était celle-là.
On n’y pouvait rien. Même quand tout allait bien, tout ne pouvait pas aller bien en même temps.
Alors, que faire dans une situation pareille ?
Jusqu’à un instant plus tôt, Kraiss n’avait pas eu de réponse. Mais à présent, il en avait une.
« J’ai une idée. »
Sans même qu’il s’en rende compte, la seule chose qui tournait encore dans la tête de Kraiss était ce mécanisme rotatif.
Il déversait des pièces d’or en temps réel.
Renoncer ? Prendre des risques ? Ne fallait-il pas accepter tout cela avant d’espérer obtenir des résultats ?
Le commandant juste devant lui avait fait exactement cela, non ?
Kraiss mit de côté ses hésitations. Se ressaisir ne suffisait pas, alors il décida de tout oublier.
« Cette année, nous avons de grandes réserves de nourriture. Je vais m’en servir. »
Après avoir défriché Greenfield, il avait fait aménager la route sûre, agrandi les terres cultivées alentour et encouragé l’élevage ainsi que la chasse.
Même la formation des Rangers comprenait un cours consacré à la chasse aux Bêtes magiques et au gibier sauvage.
En outre, la Garde-frontière avait encore renforcé son rôle de ville marchande.
Récemment, l’arrivée de la compagnie commerciale Enri, venue de l’ouest, avait également ouvert la voie au commerce avec les régions occidentales.
Tout cela rapportait des vivres.
Présentée ainsi, la Garde-frontière semblait déjà prospère. Le problème, c’était que rien de tout cela n’appartenait à Kraiss en propre.
Il ne pouvait pas tout emporter et s’enfuir, et il n’en avait pas envie.
Kraiss était comme les autres : en observant Enkrid, il avait appris ce que signifiait avancer droit et sans détour.
Il irait de l’avant et bâtirait une ville lumineuse.
Kraiss avait pris sa décision.
« Ouais, d’accord. »
« Bien, alors. »
Kraiss fit demi-tour et s’en alla.
« Qu’est-ce que c’était que ça ? Pourquoi il est venu ? »
Rem sortit de la salle d’eau et frotta ses cheveux avec un linge sec pour en chasser l’eau.
« Aucune idée. »
Enkrid répondit honnêtement.
« Il a dit qu’il était occupé, non ? »
« Apparemment. »
Enkrid classa l’incident parmi les choses étranges qui arrivaient parfois. Le lendemain matin, il apprit que Kraiss avait réussi à convaincre Abnair, le stratège qu’il avait fait venir en partie comme prisonnier.
Lorsqu’il lui posa la question plus tard, Kraiss répondit :
« Je vais le faire travailler. »
Enkrid lui demanda comment il pouvait faire confiance à quelqu’un comme Abnair. Kraiss répliqua :
« Je ne lui fais pas confiance. À vrai dire, je ne fais confiance à aucun d’eux. En revanche, je veille à ce que chacun ignore ce que font les autres. »
Il ajouta qu’il limitait les tâches d’Abnair aux questions concernant Azpen.
« Il aura largement de quoi s’occuper avec le commerce et la stabilisation des relations, sans toucher au financement militaire ni aux affaires de l’armée. »
Voilà ce que Kraiss avait déclaré. Et, comme il l’avait annoncé, Abnair se consacra entièrement à sa tâche.
Un jour, Enkrid passa lui rendre visite. Pourtant, c’était lui qui avait fait venir Abnair, et il n’avait jamais pris la peine de vérifier comment il allait. Il le trouva le visage enfoui dans son bureau, sans jamais relever la tête.
Il ne dormait pas. Il était enseveli sous les documents.
« Qui est là ? Posez ce que vous avez apporté sur la pile, là-bas. »
Enkrid estima qu’il était venu pour rien, referma la porte sans un mot et s’en alla.
Quoi qu’il en soit, Abnair s’occupait du commerce avec Azpen et de diverses autres affaires. Kraiss pouvait donc respirer un peu plus librement et, grâce au temps ainsi libéré, il organisa un jour férié pour la ville.
Cela pouvait sembler sortir de nulle part, mais c’était précisément ce dont la ville avait le plus besoin en ce moment.
Pourquoi ? Les gens avaient besoin d’un exutoire.
La Garde-frontière avait combattu Azpen et l’avait emporté, mais, au fil du temps, les deux pays étaient devenus voisins et partageaient une frontière.
Beaucoup n’acceptaient pas cette situation.
Certains avaient perdu des membres de leur famille ou des proches à cause d’Azpen.
Ils n’étaient pas si nombreux, à vrai dire. Les batailles rangées contre Azpen avaient été rares.
Il y avait tout de même des gens qui avaient des griefs, et une tension malaisante flottait dans l’air.
De l’autre côté de la frontière, Azpen se trouvait dans la même situation.
Le duché avait subi le pire.
Azpen avait tenté de résoudre le problème en déplaçant des habitants qui n’avaient jamais vécu près de la frontière vers des régions limitrophes : une réinstallation de population à l’intérieur du duché.
C’était manifestement l’œuvre d’Abnair.
C’était la raison pour laquelle une vaste migration intérieure avait eu lieu dans le duché.
Dans une telle situation, il fallait quelque chose pour rapprocher les gens.
Ce quelque chose, c’était un jour férié. Un festival.
Kraiss y ajouta quelques idées.
« On pourrait l’appeler le Jour de la fondation de l’ordre de chevalerie. Ou le Jour de la défense de la Garde-frontière ? »
Enkrid n’avait de préférence ni pour l’un ni pour l’autre, mais puisque tout le monde n’avait pas encore accepté de rejoindre l’ordre, il trouvait le second nom préférable.
C’est ainsi que naquit le Jour de la défense de la Garde-frontière, et le festival fut organisé.
Trois jours d’affilée à manger et à boire, avec un tournoi martial le dernier jour.
Les épreuves préliminaires se déroulèrent dans chaque unité, puis le tournoi principal eut lieu dans la ville de Greenfield.
Tous ceux qui le souhaitaient pouvaient s’inscrire, quelle que fût leur unité, ce qui suscita un grand enthousiasme.
L’ordre de chevalerie se contenta de regarder, mais ses hommes participèrent.
Le vainqueur recevait une bourse pleine de pièces d’or et, s’il le désirait, une honorable libération du service.
À cette annonce, les hommes de l’unité de Rem s’enflammèrent. Ils se donnèrent tant à fond pendant leurs éliminatoires que celui qui se qualifia pour le tournoi principal dut boiter jusqu’à l’arène.
« Tu pourras te battre, mon frère ? » demanda Audin en le regardant.
Son adversaire était un guerrier qu’Audin et Teresa avaient personnellement entraîné.
« Une seule jambe me suffit. »
Rem ricana, mais la victoire revint à un membre de l’Infanterie sacrée d’Audin.
« Graaah ! Je suis un ours ! »
Son cri de victoire était un peu étrange, mais enfin.
« Tu veux que je t’apprenne un chant de guerre des Grenouilles ? » demanda Ruagarne en l’entendant.
Audin déclina.
« Je chante déjà très bien, merci, ma sœur Grenouille. »
Depuis qu’elle avait entièrement recouvré la santé, Ruagarne avait parcouru la chaîne de montagnes comme une Grenouille enragée. Mais, ces derniers temps, elle restait tout près d’Enkrid.
« Ensuite… Oh, Clemen la Déchue ? »
À présent, « Clemen la Déchue » était pratiquement devenu un nom propre.
Elle s’avança, une courte épée de bois à la main. Son adversaire appartenait à l’unité d’infanterie d’escrime, dont Ragna était le capitaine et Ropord le vice-capitaine.
Quelqu’un avait vraiment baptisé tout ça comme bon lui semblait.
Enkrid se fit cette réflexion en observant le combat.
Il le pensait toujours : quel que fût le niveau de compétence, on avait toujours quelque chose à apprendre.
C’est pourquoi, à partir du tournoi principal, Enkrid assista à tous les combats de très bonne humeur.
Le combat fut à sens unique. Clemen ne maniait pas bien l’épée. Elle, elle savait se battre.
Elle entrelaça les lames, se rua sur son adversaire, lui faucha une jambe et lui porta un coup de Lame à une main à la gorge. Son jeu de jambes et sa façon d’utiliser sa force étaient irréprochables.
« Elle est douée. » Ruagarne hocha la tête.
Clemen la Déchue avait suivi Ruagarne et appris quelques techniques auprès d’elle. Depuis, elle avait cherché à s’entraîner auprès de tous ceux qu’elle pouvait, sans faire de distinction entre la Grenouille et les autres. Elle s’était entraînée comme une forcenée, et c’est ainsi qu’elle en était arrivée là.
Il n’avait même pas besoin d’avoir l’œil affûté. Enkrid sentait dans ses mouvements comme un courant de volonté.
C’était une sorte d’instinct. On pouvait aussi appeler cela de la perspicacité.
De même qu’il voyait l’avenir au combat, il voyait dans les mouvements de Clemen la trace de quelqu’un qui avançait.
« Elle deviendra chevalière junior. »
Comme dans tous les ordres de chevalerie, il fallait passer par le rang d’écuyer avant celui de chevalier junior. Autrement dit, Clemen avait désormais atteint le rang d’écuyer.
Elle avait commencé comme simple soldate. C’était le fruit de son talent et de ses efforts.
« J’annoncerai que la victoire ouvrira aussi les portes de l’ordre de chevalerie. »
Kraiss avait entendu la conversation depuis l’arrière et ajouta une autre récompense au tournoi martial.
Enkrid acquiesça.
Pourquoi cela poserait-il problème ?
Bien sûr, aucun soldat sensé n’aurait voulu rejoindre l’ordre de chevalerie.
Tous pouvaient voir à quel point Enkrid s’entraînait, avec bien plus d’acharnement et de férocité qu’eux.
De loin, il avait l’air d’un héros glorieux et respectable, mais de près, ce n’était qu’un fou. Un maniaque de l’entraînement.
Les Chevaliers fous ne portaient pas ce nom pour rien.
Même la famille Hurier était venue d’Azpen pour participer au tournoi martial.
L’enthousiasme était à son comble, et le vainqueur venait de l’unité qu’Enkrid commandait en personne.
« Graaaah ! »
Le vainqueur rugit vers le ciel. Pendant un instant, on aurait dit qu’il avait du sang de géant dans les veines.
C’était une soldate aux cheveux tressés en une unique natte qui lui descendait dans le dos. Elle s’appelait Clemen la Déchue.
Elle voulait devenir écuyère de l’ordre de chevalerie. Elle le devint.
Le festival de trois jours prit ainsi fin.
Après le festival, les projets d’aménagement de la ville de la Garde-frontière s’accélérèrent comme un carrosse lancé au galop.
Cela rappelait l’époque où Enkrid partait et retrouvait, à son retour, un nouveau mur construit en son absence. Une fois le festival terminé, le plan d’urbanisme fut réorganisé.
Le terrain situé juste à l’intérieur des nouveaux murs est et ouest, sécurisé plus tôt, fut aménagé en voie circulaire extérieure. L’intérieur fut divisé entre un quartier des auberges et un quartier commercial.
Les artisans furent regroupés avec les artisans, les marchands avec les marchands.
Tout cela était l’œuvre de Kraiss.
Ce fut à peu près à ce moment-là.
Enkrid s’entraînait, rencontrait Aetri et parcourait la ville pour diverses courses. Alors qu’il rentrait à la caserne, il entendit une voix.
« Le festival était si merveilleux que je n’ai pas pu en détacher les yeux. »
Le vieil homme aveugle aux cheveux blancs marmonnait des absurdités devant la caserne.
Il était aveugle, et pourtant il n’avait pas pu en détacher les yeux. Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ?
Une plaisanterie digne d’un jeu de mots elfique.
L’après-midi d’automne était limpide.
Enkrid observa le vieil homme et, sans savoir pourquoi, allait porter la main à sa poignée quand il se passa quelque chose.
« Garde tes distances. »
La voix de Jaxon retentit derrière lui. Jaxon s’approchait et lui avait fait un discret signe, si bien qu’Enkrid ne sursauta pas.
Leurs heures de retour avaient dû coïncider par hasard.
« Pourquoi ? »
« Ce vieil homme est bizarre. »
Dans la bouche de Jaxon, ces mots avaient quelque chose d’étrange.
Si quelque chose était dangereux, c’était dangereux. Si c’était agaçant, c’était agaçant. Bizarre était un tout autre mot.
On aurait dit une chose qu’Enkrid n’avait jamais entendu Jaxon dire.
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