Chapitre 557
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 557 : Ils se battent si bien que ça en devient exaspérant
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Le centre-ville était toujours aussi agité, mais dans le quartier où Enkrid s’était aventuré, il n’y avait qu’une poignée de passants.
Le contraste était saisissant, mais Enkrid en profitait pleinement.
Un papillon aux ailes d’un rouge éclatant passa en voletant près de lui.
Juste à côté de l’endroit où il était passé, un long parterre de fleurs bordait le chemin.
On avait planté des parterres comme celui-ci dans toute la ville, et les fleurs jaunes et orange attirèrent son regard.
Elles étaient magnifiques.
L’Or sacré, la fleur de la Sainte Mère. Elle n’avait aucun véritable pouvoir sacré ; seule sa signification l’était.
Une fleur bénie par Dieu pour célébrer la beauté présente sur terre, ou quelque chose du genre.
C’est pourquoi l’Or sacré ne symbolisait pas seulement la Sainte Mère. Il évoquait aussi une Sainte Élue ou un Saint Homme, des êtres nés divins grâce à la bénédiction directe de Dieu.
Quelques érables se dressaient devant les parterres. Des feuilles rouges jonchaient le sol.
La rue était agréable à parcourir. Une route récemment aménagée aux abords de la ville, sans boutique ni commerce à l’horizon.
À la place, çà et là, des guildes de bâtisseurs et des artisans s’affairaient à élever des bâtiments.
Même cela semblait faire partie du paysage.
Qu’est-ce que la paix, sinon savourer le bonheur au fil d’une journée ordinaire ?
L’atmosphère était assez poétique pour lui inspirer cette pensée.
Une route bien construite, d’une ampleur qu’on voyait rarement dans une ville agricole.
Enkrid poursuivit son chemin et arriva à destination.
Clang. Clang. Clang.
Le martèlement régulier du métal sous le marteau. Une forge.
Il dut se baisser légèrement pour franchir la basse entrée. Une fois à l’intérieur, il découvrit d’un seul coup d’œil toute la pièce.
L’air brûlant repoussa la brise fraîche qui tentait de le suivre.
L’endroit était plus vaste qu’avant, mais rien d’autre n’avait vraiment changé.
La cendre grise et la suie noire, le fourneau ardent entre les deux, un soufflet. Et, au milieu de tout cela, une silhouette qui semblait faire partie du décor.
« Aetri. »
Enkrid le salua, et Aetri lui répondit.
« Tu es venu. »
Aetri était assis devant le fourneau. Il tourna simplement la tête et croisa le regard d’Enkrid.
« Comment ça avance ? »
Après la bataille contre Azpen, Enkrid avait récupéré toutes les armes portées par les chevaliers ennemis. Il les avait triées et n’avait gardé que les Armes gravées.
Il s’agissait naturellement d’armes forgées à partir de métaux rares et affinées grâce à diverses techniques. Elles avaient clairement de la valeur, et Enkrid les avait toutes confiées à Aetri.
Pour ses recherches et ses expériences.
« Je ne suis pas encore capable de forger une Arme gravée. Pas pour le moment. »
Aetri le dit sans préambule. Son ton était ferme.
« Ce n’est pas grave. »
Enkrid avait l’intention de confier son arme à un homme qui avait un rêve. La décision était déjà prise, et il n’avait pas l’intention d’en changer.
D’une certaine façon, Enkrid s’obstinait avec une persévérance presque exaspérante.
Tous ceux qui l’entouraient le savaient déjà.
Il suffisait de demander à Sinar pour obtenir la même réponse.
« Alors, tu pourrais me dire ce que tu as compris, Enkrid ? »
Aetri le lui demanda. C’était lui qui en avait fait la requête.
Il voulait savoir ce qu’Enkrid avait appris au combat : comment il appliquait sa Volonté, quel état d’esprit l’animait et quels changements s’étaient produits au fil du temps.
Il l’écoutait, jetant parfois un coup d’œil aux paumes d’Enkrid, parfois l’interrogeant sur ses habitudes à l’épée.
À force de parler, Enkrid se rendit naturellement compte que le forgeron en face de lui possédait lui aussi de solides capacités martiales. Ses questions et ses réponses n’avaient rien d’ordinaire.
« Tu sais manier l’épée, n’est-ce pas ? »
« Je me débrouille un peu avec toutes sortes d’armes. J’ai appris parce que c’est nécessaire pour les fabriquer et les tester. »
« Tu t’entraînes seul ? »
« Non, juste autant qu’il le faut. »
Aetri avait du talent. Il avait simplement choisi de l’employer ainsi, car ce qu’il cherchait ne pouvait se trouver que dans la chaleur du feu et du fer.
Une Arme gravée portait ce nom parce que la Volonté y était gravée.
Un processus comme celui-ci était donc peut-être nécessaire.
Est-ce pareil pour tout le monde ?
Enkrid se posa brièvement la question, mais ne la formula pas à voix haute.
Ce n’était pas ce qui comptait ici.
Peu importait comment les autres s’y étaient pris ou comment on avait procédé jusque-là : Aetri avait trouvé sa propre voie, et il avait dit qu’il la suivrait avec Enkrid. Cela suffisait.
Et si ça échouait ?
Il n’aurait qu’à l’assumer, lui aussi.
La décision était prise, le chemin déjà entamé, et il ne regrettait rien. Tout ce qu’il avait à montrer ici, c’était sa confiance.
« Tu me fais confiance ? »
Aetri le demanda à mi-conversation, comme s’il avait lu dans ses pensées.
« Je ne sais pas. »
Enkrid répondit honnêtement.
Aucun des deux ne sourit. Ils continuèrent simplement ce qu’ils étaient en train de faire.
Aetri resta calme. C’était peut-être un moment qu’il avait discrètement espéré et attendu, mais rien ne transparaissait.
Même chose pour Enkrid.
« Vas-y, alors. »
À ces mots, Aetri recula sa chaise en la faisant racler le sol et se redressa.
Il prit la posture de quelqu’un prêt à écouter attentivement. Il savait accorder toute son attention à une chose.
Ou alors, il se concentre simplement sur les éléments dont il a besoin.
C’était sans doute plus proche de la vérité.
« J’ai appris beaucoup de choses. »
Enkrid poursuivit, presque comme s’il bavardait. Grenouille le sculpteur était arrivé à un moment donné et s’était installé non loin d’eux.
Naturellement, puisqu’il n’avait pas renoncé à son rêve, il continuait de s’exercer.
Aetri hochait parfois la tête tandis qu’Enkrid parlait.
Il ne comprenait pas tout, mais, pour des notions aussi abstraites, une idée générale suffisait.
Aetri lui demanda plusieurs fois de préciser et vérifia chaque point en le comparant à ce qu’il avait lui-même appris et pratiqué.
En fondant les Armes gravées et en les martelant, lui aussi avait fini par comprendre certaines choses.
Puis Grenouille se joignit à la conversation.
Enkrid ne l’avait ni prévu ni anticipé, mais il apprécia ce moment.
Aucun d’eux n’avait pris l’épée au sérieux, mais tous trois s’étaient appliqués chaque jour au lieu de laisser le temps filer en vain.
En les écoutant, Enkrid se surprit à comprendre et à apprendre des choses auxquelles il ne s’attendait pas.
Tous trois parlèrent jusqu’à ce que le soleil se couche et que la lune se lève. Quand Enkrid se prépara enfin à partir, tard dans la nuit,
« Prends ça. Tu devrais cesser d’utiliser ce gladius. »
Enkrid ne demanda pas pourquoi. Il fit simplement ce qu’Aetri lui disait. Le forgeron appela son apprenti, qui apporta une épée courte. Sa lame était convenablement épaisse et légèrement plus courte que le gladius.
Enkrid la prit et en testa l’équilibre. Elle lui sembla assez lourde.
« J’y ai mêlé le fer le plus dur. »
Aetri l’observa en parlant.
« J’en ferai bon usage. »
Kraiss avait déjà dû s’occuper du prix et du paiement. Après avoir entendu parler du rêve d’Aetri, Enkrid lui avait demandé de soutenir le forgeron.
Enkrid sortit.
Une lune brillante était suspendue dans un ciel sans le moindre nuage.
Il contempla l’astre rond et plein, puis repassa dans sa tête leur conversation et les événements de la journée.
Aucune illumination fulgurante ne traversa son esprit.
Est-ce que je me pousse chaque jour à donner le meilleur de moi-même par pure obsession ?
Une pensée passagère, rien de plus.
Puis il recommença la même journée.
Il parcourut la ville et vit ceci ou cela, mais rien n’avait changé. Comme avant, comme maintenant, il se contentait de manier son épée.
Après sa rencontre avec Aetri, il en apprit davantage sur les Armes gravées, se remit à fond à l’entraînement et, entre deux séances, signa les documents nécessaires et reçut une lettre.
Une lettre d’Anu, le roi de l’Est, qu’il n’avait pas reçu depuis un bon moment.
À sa lecture, il vit que la nouvelle avait apparemment traversé tout l’Est.
— Chevalier du Mur de Fer ? C’est toi ? Qu’est-ce que tu fabriques ? Raconte-moi tout par écrit et envoie-moi ça, ça m’intrigue. Au fait, celui que tu m’as envoyé est toujours vivant. Mais il ne devrait plus l’être longtemps. Et les Chevaliers fous ? Joli nom. Ils sont tous dingues, de toute façon.
Eh bien, ce n’était pas faux.
Si l’on exceptait Enkrid, on pouvait sans mal qualifier tous les autres de dingues.
Les rumeurs suffisaient à s’en convaincre.
La lettre dégageait une légère odeur de sang et l’écriture était bâclée, précipitée. On aurait dit des mots griffonnés à la hâte entre deux combats.
Enkrid lui répondit.
Il ne voyait pas de raison d’écrire longuement ; sa réponse fut donc très courte.
— C’est arrivé comme ça, d’une manière ou d’une autre. Dunbakel n’est pas le genre de femme-bête à mourir facilement.
Il envoya la lettre, puis reprit son quotidien à manier l’épée.
Dans un coin du terrain d’entraînement, Rem essuyait soigneusement la lame de sa hache quand il demanda :
« Pourquoi les avoir appelés les Chevaliers fous, au juste ? »
Enkrid ne croyait pas toutes les rumeurs qu’il entendait. Mais il ne pensait pas que ses hommes fussent normaux. C’était ce qu’il s’était répondu intérieurement en lisant la lettre d’Anu.
À la question de Rem, Ragna, Jaxon, Audin, Teresa, Ropord et même Fell se penchèrent pour écouter.
Même Ruagarne tourna ses grands yeux vers Enkrid et ouvrit la bouche. Un gargouillis sceptique lui monta dans la gorge : même la curiosité propre aux Grenouilles avait été piquée.
Ruagarne gonfla les joues.
« Oui, je me posais la question, moi aussi. »
Enkrid y réfléchit un instant. Était-il convenable de traiter un fou de fou en pleine face ?
Probablement pas.
Il n’arriva donc pas à se montrer tout à fait honnête.
« Parce qu’ils se battent si bien que ça en devient exaspérant. »
Ses paroles manquaient un peu de conviction. Mais leur sens était clair et passa sans difficulté.
Rem les accepta et hocha la tête.
« Ça se tient. »
Comme l’avait dit Crang, tout le monde acquiesça, Enkrid compris.
Parce que ça sonnait juste.
Ensuite, Enkrid mania son épée jusqu’au coucher du soleil, médita, fit circuler sa Volonté et essaya diverses choses. Puis Kraiss vint le trouver.
Il avait l’air d’avoir beaucoup à dire. C’est ainsi qu’Enkrid le perçut.
Les traces d’inquiétude et de tourment intérieur se lisaient clairement sur le visage de Kraiss.
* * *
Kraiss estima qu’il se trouvait à la croisée des chemins.
Bon, réfléchissons.
Deux voies s’offraient à lui. Continuer à vivre comme il le faisait, ou tout plaquer et disparaître dans un coin de l’Empire.
Que signifiait continuer ?
Vivre en sachant qu’un jour, je pourrais avaler du poison et mourir, ou me prendre une flèche et y passer.
Et tout plaquer pour s’enfuir ?
Me cacher quelque part et finir mes jours tranquillement.
À vrai dire, la seconde option ne l’attirait pas particulièrement non plus. Mais les risques étaient moindres. Nurat le suivrait-elle ? Non.
Autrement dit, il devrait tout abandonner derrière lui et partir.
C’est la bonne décision.
En échange, ses chances de mourir chuteraient brutalement. Plus de casse-tête comme ceux qu’il affrontait à présent. Ça lui irait. Vouloir vivre à toute allure et briller de mille feux, c’était le choix d’un fou.
La vie était faite pour durer, être confortable et se savourer avec modération.
Trouver un coin dans une ville, y ouvrir un salon et mener une existence paisible.
Kraiss était différent des autres. Il le savait mieux que quiconque.
Je suis parfaitement sain d’esprit.
Le nom de Chevaliers fous ne lui convenait pas du tout. C’était aussi une partie du problème.
Abandonne.
Kraiss entrevoyait dans une certaine mesure ce qui attendait le continent.
Le feu et le fer, le sang, la frontière entre la vie et la mort, les Créatures démoniaques et les Bêtes magiques. Rien que l’angoisse finirait par le rendre fou.
Devoir calculer ses chances de survie au milieu de tout ça et trouver une issue à chaque fois ?
Je ferais peut-être mieux d’attendre que Ragna ait fait le tour du continent.
Un monde noyé dans le sang approchait. C’était inévitable. Malgré tout, il ne pouvait plus retourner voir Enkrid pour lui proposer de lever le pied, de prendre du recul et de se contenter de vivre tranquillement chacun de son côté. Il était trop tard pour ça.
Y a-t-il une place pour quelqu’un comme moi, ici ?
Il y en aurait une. Les choses qui auraient besoin de lui seraient innombrables.
Mais cela revenait à se lier d’amitié avec la mort tout autant.
Au bout du compte, il finirait peut-être par prendre la main d’un ami et traverser le fleuve vers un monde lointain.
Une résolution ferme prit forme dans son cœur.
On disait que le capitaine avait bâti un mur avec sa Volonté.
Kraiss fit naître en lui cette même force de volonté.
Il n’avait même pas réussi à en parler d’abord à Nurat. Il avait passé des jours à retourner la question dans sa tête et, dès que sa décision s’était formée, il était allé trouver Enkrid.
« Capitaine Enkrid. »
Le crépuscule se délitait ; l’orange débordait des montagnes et s’effaçait dans l’obscurité.
Dans les ténèbres d’un bleu profond, le soleil livrait une ultime et vaine bataille, semant des traces de lumière dans le ciel et teignant presque la nuit en bleu.
Au milieu de cette pénombre, une paire d’yeux bleus, clairs et droits, le fixa droit devant elle.
Leur propriétaire ne plierait pas sa volonté, quoi qu’il arrive.
Kraiss plongea son regard dans celui du capitaine et sut que sa résolution n’avait pas vacillé.
Je n’ai pas ma place sur ce plateau.
Le continent allait brûler. La guerre contre Azpen était le moindre de ses problèmes. Jusqu’ici, il était parvenu tant bien que mal à placer ses pièces, mais il ne pourrait pas suivre la suite.
Kraiss était venu jusqu’ici parce qu’il avait atteint ses limites.
Les luttes entre factions dans la ville ces derniers jours, les dissensions internes, tous les autres problèmes qui s’accumulaient sans fin : tout cela avait dépassé ce qu’il pouvait gérer.
Il ne le regrettait pas. Ses capacités s’arrêtaient tout simplement là.
Enfin, peut-être un peu.
Il était curieux de savoir jusqu’où irait Enkrid.
Mais Kraiss accordait plus d’importance à son propre rêve, à sa vie et à sa survie.
Rien ne passait avant ça.
Je n’irai pas plus loin.
Enkrid était devenu chevalier. Le fruit d’une persévérance qui ne s’était jamais interrompue ni détournée. L’avoir vu parvenir jusque-là suffisait à Kraiss ; il ne ressentait aucun attachement persistant.
« Quelque chose te tracasse ? »
demanda Enkrid. Kraiss secoua la tête.
« Je ne crois pas que ça me tracasse encore, à vrai dire. »
La décision était déjà prise.
Son regard était terne et sa voix sans relief. Il n’avait pas particulièrement bonne mine.
Enkrid avait remarqué ces derniers temps que le travail s’accumulait sur Kraiss à une vitesse écrasante.
Une partie de ces tâches lui incombait à lui, Enkrid, tandis que d’autres problèmes ne pouvaient être résolus par son intervention.
Dans un moment pareil, peut-être fallait-il simplement lui remonter le moral.
« Sur le chemin du retour, j’ai entendu Crang parler de ses ambitions. »
Des ambitions ?
Kraiss n’était pas particulièrement curieux, mais puisque le sujet était lancé, il se dit qu’il l’écouterait avant de donner son avis.
« L’Empire, les grandes puissances… tout ça faisait partie des projets de Crang. »
La Terre Maudite, l’Empire, les grandes puissances, les Cultistes.
L’ampleur était gigantesque. Écrasante.
Voilà. Je n’ai pas ma place ici.
Sa résolution ne vacilla pas.
« Ce qui veut dire qu’il y a aussi de la place pour ouvrir des salons dans l’Empire et sur les terres des grandes puissances. »
Enkrid le dit, et Kraiss sentit la terre trembler.
Son corps ne bougea pas. Son cœur, si.
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