Chapitre 554
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 554 : C’était un aveu
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Rem sillonnait la salle de banquet comme un chien de berger, tandis qu’à l’autre bout, Audin s’était posté en chasseur à l’affût et semait des rumeurs. Enkrid n’avait que faire de tout cela.
Trop de gens le cherchaient.
La foule se pressait tout autour de lui. Ils étaient vraiment nombreux.
L’Épée qui bloque les vagues semblait être la technique idéale en pareille occasion.
Les gens déferlaient véritablement sur lui comme des vagues.
Enkrid reçut les salutations d’un nombre incalculable de nobles. Il reconnut vaguement quelques visages, mais la grande majorité lui était totalement inconnue.
Il y avait là un personnage intéressant.
L’homme qui avait manigancé dans le dos d’un marchand lorsqu’Enkrid était arrivé pour la première fois dans la capitale s’avança vers lui.
« Je ne recommencerai jamais. »
Si Enkrid se souvenait bien, il dirigeait plusieurs petites sociétés commerciales.
C’était un noble sans terres à administrer, installé dans la capitale et dépourvu de fonction particulière au palais. Il lui arrivait toutefois de représenter une partie lors de procès, ce qui lui avait valu une modeste réputation.
Il suffisait de parcourir la capitale pour en trouver partout.
Certains appartenaient à des familles ruinées, déchues de tout, mais continuaient de s’incruster aux banquets des autres nobles. D’autres frôlaient l’escroquerie et exploitaient le peu de statut qu’il leur restait.
Crang ne pouvait pas tous les arrêter jusqu’au dernier, mais il gérait la situation en laissant une certaine place à l’autorégulation. L’idée était que chaque noble trouve de lui-même comment se montrer digne de son rang.
J’ai entendu dire qu’il rachetait même discrètement des titres à la famille royale.
Il comptait acquérir les titres de nobles déchus qui s’étaient engagés dans des voies malhonnêtes.
Les déposséder de force aurait fait du bruit ; des pièces d’or et d’argent réglaient donc l’affaire.
Cette méthode rappela Kraiss à Enkrid. Il avait posé la question, et Crang lui avait répondu qu’il tenait cette idée d’un conseil.
« Grands Yeux ne disait pas que les problèmes qu’on peut résoudre avec des Krona sont les plus faciles ? »
C’était Crang, qui avait dit cela en riant.
« Je suis d’accord. »
Enkrid avait acquiescé.
Ils en avaient parlé lors d’un de leurs voyages entre Azpen et la capitale.
On avait beau posséder tout l’or du monde, l’argent ne pouvait pas toujours pousser quelqu’un à rengainer une lame déjà posée sur votre gorge. C’était précisément pour cela que les problèmes qu’on pouvait régler avec des Krona étaient les plus faciles.
Kraiss le répétait sans cesse.
Ce noble, qui dirigeait ses sociétés commerciales, n’était pas assez corrompu pour qu’on lui retire son titre. Il fallait lui reconnaître un véritable talent pour les affaires.
Et si ses méthodes étaient mauvaises, ses intentions n’avaient rien de pourri.
Le palais de Crang manquait toujours de ressources ; il avait donc réellement besoin des Krona que ces nobles lui versaient.
« Si je vous reprends à faire ça, je vous coupe l’un de vos quatre membres », dit Enkrid sans y mettre beaucoup de poids.
Le noble qui dirigeait les sociétés commerciales blêmit complètement.
Il était saisissant, ce visage vidé de son sang.
« Quatre ? »
demanda le noble.
« Un bras ou une jambe. L’un des quatre. »
« Ah. Ces quatre-là. »
« Exactement. Ces quatre-là. »
Sans se soucier de la dignité nobiliaire ni de quoi que ce soit d’autre, Enkrid se contenta de dire ce qu’il fallait. L’homme recula. Ses jambes tremblaient, mais au moins, il ne s’effondra pas.
Le noble devant lui n’était pas un monstre ; le qualifier de grand méchant aurait été excessif.
L’affaire ne méritait pas qu’on s’y attarde.
Il y avait dans le monde des seigneurs qui tuaient quiconque mettait le pied sur leurs terres et s’emparaient de toutes ses possessions. À côté de cela, ce n’était rien.
Depuis la mort du comte Molsen, au moins, Naurillia n’en comptait plus de cette espèce.
La rumeur disait qu’au-delà même des frontières de la grande puissance du sud, on trouvait quantité de seigneurs impossibles à distinguer des bandits.
Au fil de ses années comme mercenaire et guide, Enkrid en avait rencontré plus d’un.
À côté de ces gens-là, escroquer quelques colporteurs de passage paraissait presque mignon.
Mais s’il recommençait, il devrait vraiment se séparer d’un de ses membres.
Enkrid l’avait dit lui-même et, même si ce n’était pas tout à fait un serment, il tenait parole. Toujours.
La place d’Enkrid se libérait, un autre noble s’avançait et le manège recommençait. Pour l’heure, son travail consistait à rester là et à échanger quelques mots avec chacun d’eux. Alors il s’exécutait.
C’était ennuyeux, mais pas pénible. Il n’avait aucune raison de se fatiguer, ni physiquement ni mentalement. On l’avait déjà retenu toute une nuit dans une salle de banquet comme un bibelot pour noble dame. C’était mieux que ça.
Bien mieux.
Même si manier l’épée du matin au soir aurait été plus reposant pour ses nerfs.
« Je suis tombée amoureuse de vous ! » lançaient de temps à autre quelques nobles dames audacieuses au cours de la soirée.
« Je le regrette, mais ce n’est pas réciproque », répondait-il chaque fois, avant de les éconduire.
Kin Bysar, qui se considérait comme la plus belle femme de la capitale, se tenait à ses côtés. Rien que cela suffisait à décourager la plupart des dames de tenter leur chance.
« La célèbre Kin Bysar, la plus belle femme du royaume, fait honneur à son nom ce soir. »
« … Ne dites pas ce genre de choses. »
Il ne se souvenait même plus depuis quand il était devenu si facile de parler avec Kin.
Et pourtant, tout cela lui semblait naturel : leurs conversations, leur façon de se mouvoir l’un autour de l’autre.
D’après ce qu’elle lui avait raconté, Kin avait récemment installé un atelier dans la Garde-frontière et s’était entièrement consacrée au travail. Apparemment, plusieurs jeunes nobles de la capitale s’étaient mis à faire sans cesse le trajet jusqu’à la Garde-frontière à cause d’elle.
Puis ils avaient aperçu Esther et Sinar.
« Voilà donc à quoi ressemble une beauté céleste. Un ange est descendu parmi nous. »
C’était ainsi que les surnoms de Fleur Noire et de Sorcière dorée s’étaient répandus jusqu’à la capitale.
Kin ne cherchait pas spécialement à entendre ce genre de propos, mais les hommes qui se rendaient à la Garde-frontière pour elle en disaient souvent de pareils.
« Kin est la plus belle femme de la capitale. Les plus belles femmes du royaume sont la Fleur Noire et la Sorcière dorée. »
Kin s’en moquait bien, mais il était tout de même agaçant d’entendre ça. Et celui qui le disait, tout en restant pratiquement collé à ces deux-là, n’était autre qu’Enkrid, ce qui rendait les choses encore pires.
Ainsi passait ce moment interminable. Au cours d’une brève pause, Enkrid aperçut Rem, qui s’intégrait à la salle de banquet mieux qu’il ne l’aurait cru.
« Vous savez quoi ? À la Garde-frontière, il y a un matou sauvage qui perd la tête devant chaque femme qu’il rencontre, qu’elle soit humaine ou homme-bête. »
La façon aisée et experte dont il leva sa coupe avant de se lancer dans son histoire montrait bien que ce n’était pas sa première fois.
Son objectif était évident, mais au moins, il ne brisait le cou de personne au banquet, ce qui était déjà rassurant.
De toute façon, dans la situation actuelle, il aurait été étrange que quelqu’un cherche querelle à Enkrid ou à ses compagnons.
Le regard d’Enkrid glissa naturellement vers Audin. Dans un coin, il adressait un doux sourire à quelqu’un et expliquait qu’il n’était pas un homme-bête ours et qu’il n’avait pas pour passe-temps de déchiqueter les gens.
Ensuite, il parla d’un type lugubre, semblable à un matou sauvage, qui servait à la Garde-frontière, puis du plus jeune membre de l’unité, un fou furieux, avant d’évoquer sa propre grossièreté, qu’il regrettait.
Enkrid lisait vite les gens, et ni Rem ni Audin ne dissimulait ses intentions. Il voyait clairement ce qu’ils manigançaient.
Pour le moment, du moins, ils semblaient parfaitement unis dans leur dessein.
Était-ce agréable à voir ?
Quoi qu’il en soit, l’ambiance du banquet n’était pas mauvaise.
Crang lui avait dit qu’il passait les nobles au crible pour repérer les gens de valeur. Au passage, il avait mis le doigt exactement sur les raisons de la chute d’Azpen.
« Un environnement où tout le monde est obligé de s’appuyer sur la religion, et deux grandes maisons en mesure de tenir le roi en échec. Rien ne peut s’y faire librement. »
« Et toi, tu es différent ? »
La famille royale de Naurillia était depuis longtemps sous l’influence du Dieu des Balances et de l’État sacré.
Séparer la politique de la religion pouvait être le but d’un roi, mais la tâche serait extrêmement difficile.
Un seul faux pas suffirait à déclencher une guerre de religion au nom même de cette séparation.
Crang avait dit qu’il ne rêvait même pas de séparer l’Église et l’État, puis il avait ajouté :
« C’est vrai. Moi, je suis différent. »
À la question de savoir en quoi, il avait donné une réponse frappante.
« J’ai à mes côtés un ami et un chevalier qui partagent mes convictions. »
Il pouvait dire ce genre de choses sans la moindre gêne. Et il n’avait pas tort.
Enkrid était devenu chevalier, et Crang partageait le même objectif que lui.
Crang, qui se tenait à côté de lui et échangeait quelques mots avec les invités, s’adressa à la salle.
« Ne le tourmentez pas trop. À ce rythme, il finira par tressaillir rien qu’en entendant le mot “banquet”. »
Sur ces mots, un jeune noble élégamment vêtu, à peu près du même âge qu’Andrew, s’avança. Il déclara avec force flatteries que le roi était sage et grand, puis demanda : « Votre Majesté, quelles sont vos intentions pour la suite ? »
À Nauril, il y avait apparemment trois factions : celle des nouveaux nobles, un groupe qui semblait soutenir les nobles mais prêtait discrètement allégeance à la couronne, et la faction ouvertement royaliste.
En réalité, ils étaient tous du côté de Crang, mais, en apparence, il les maintenait séparés.
Il y avait diverses raisons à cela, mais Enkrid ne s’intéressait pas aux intrigues politiques et n’avait pas écouté attentivement.
Quoi qu’il en soit, un membre de la faction des nouveaux nobles avait pris la parole. Crang posa sa coupe sur la table avec un claquement sec.
C’était une réception debout : pas de chaises, tout le monde restait sur ses pieds.
Au milieu de la foule, Crang attira l’attention des nobles alentour d’un geste et d’un changement de respiration.
Il fallait appeler cela un don naturel : le pouvoir d’attirer les regards.
Après avoir tendu l’atmosphère, Crang prit la parole.
« Pour le moment… »
Pour le moment ? Enkrid se surprit à tourner la tête vers lui.
Rem et Audin, qui bavardaient, remarquèrent le calme relatif autour d’eux et regardèrent eux aussi dans sa direction.
Le sang royal avait attiré le regard de presque tous les invités. Crang sourit et ouvrit la bouche.
« Mon objectif est de bien manger et de bien vivre. »
Après toute cette mise en scène, ces mots tombèrent étrangement, mais les plus perspicaces comprirent aussitôt.
L’heure était venue de renforcer leurs acquis de l’intérieur.
Tandis qu’ils mangeaient et buvaient, un groupe entra dans la salle de banquet. Ils portaient de longues robes ornées d’épais motifs de grappes de raisin brodés sur toute leur surface. À première vue, c’étaient des prêtres du Dieu de l’Abondance.
Dès leur entrée, Audin s’éclipsa sans un bruit sur le balcon. Son mouvement était si fluide qu’on ne l’aurait pas remarqué même s’il était passé juste à côté de soi.
Enkrid le vit prendre tant de précautions, mais ne dit rien et reporta son attention sur les nouveaux venus.
Après avoir échangé de brèves salutations avec les personnes proches, l’un des prêtres se détacha du groupe et s’approcha d’Enkrid. On voyait au premier coup d’œil qu’il s’agissait d’un prêtre de haut rang.
Ses vêtements, son maintien, son aura : tout le confirmait.
Son visage arborait un sourire bienveillant. Les profondes rides qui s’étiraient de son nez à sa bouche, ainsi que les plis au coin de ses yeux, lui donnaient cet air-là. Pourtant, quelque chose semblait fabriqué.
« Que la douce pluie et les chauds rayons du soleil vous accompagnent, et apportent l’abondance à votre corps comme à votre âme. »
Audin lui aurait répondu comme il convenait, avec les mots appropriés, mais il n’était pas là ; on n’y pouvait rien.
« Que l’abondance et la paix soient avec vous », répondit simplement Enkrid.
Maintenant qu’il y pensait, quand Audin croisait en ville des gens qui se prétendaient prêtres alors qu’ils n’étaient que des imposteurs, il intervenait personnellement pour leur briser les os. Mais quand un véritable prêtre se présentait, il s’éclipsait toujours discrètement.
Pourquoi ? Enkrid n’avait jamais cherché à le savoir, alors, naturellement, il l’ignorait.
« Enkrid de la Garde-frontière. »
« Qui, dans ce royaume, ne connaîtrait pas ce nom ? »
Le prêtre prononça ces mots avec le même sourire. Enkrid n’aimait pas tellement ce visage. Il n’allait pas cracher sur un prêtre souriant pour autant, mais il nota la chose et passa à autre chose.
Ce qu’il remarqua, en revanche, ce furent les longues cicatrices sur l’avant-bras découvert, clairement laissées par une lame, ainsi que la démarche de l’homme. Ce n’était pas un prêtre ordinaire.
Les signes d’un entraînement rigoureux étaient indéniables.
« Que la chaleur de l’abondance repose sur le héros. »
Le prêtre de haut rang lui accorda cette bénédiction, exprima son admiration pour tout ce qu’Enkrid avait accompli, puis prit congé. Les prêtres qui le suivaient repartirent derrière lui.
Le banquet se prolongea tard dans la nuit et s’acheva sans incident.
Le lendemain, une étrange rumeur commença à circuler. Elle concernait un fugitif et un hérétique.
L’histoire parlait d’un prêtre qui avait trahi le dieu qu’il servait, abandonné l’homme qui avait été pour lui comme un père, puis pris la fuite.
À certains égards, un hérétique était encore plus persécuté qu’un Cultiste.
Il ne fut pas difficile de remonter jusqu’à l’origine de la rumeur.
L’hérétique aurait acquis, par une foi corrompue, la force d’un ours et le corps qui allait avec.
Quelqu’un avait manifestement décidé de répandre cette histoire délibérément.
Enkrid se souciait peu de savoir si les rumeurs se propageaient ou non. Il prit donc la route du retour vers la Garde-frontière.
« N’y prêtez pas attention. Ce ne sont que des ragots sans fondement », lui dit le capitaine des gardes, venu en personne lui faire ses adieux. Cet homme le servait avec une dévotion presque fanatique.
Ils s’étaient déjà tous dit au revoir au banquet ; nul besoin de revoir quiconque avant de partir.
Le capitaine saisit les rênes et reprit : « Ce marchand ne tentera plus jamais un coup pareil. »
« Quoi, vous l’avez tué ? » lança Rem derrière eux.
Le capitaine sourit sans répondre.
Il n’était pas nécessaire de poser la question : même si l’homme n’était pas mort, on l’avait fait souffrir au point qu’il aurait préféré l’être.
« Écartez-vous ! Le Chevalier du Mur de Fer des Chevaliers fous passe ! »
Il n’était pas nécessaire de crier si fort, mais le capitaine le fit, et la route se dégagea.
Tous ceux qui se trouvaient dehors dans la capitale regardèrent Enkrid partir.
Tueur de créatures démoniaques. Chevalier du Mur de Fer.
Le héros incomparable de Naurillia.
En faisant abstraction des frictions avec certains milieux nobles, pour les gens ordinaires du royaume, Enkrid était bien plus qu’un héros.
« Que les bénédictions accompagnent votre voyage. »
Une personne le dit, puis tout le monde s’y mit.
Les gens coiffés de bonnets ou de chapeaux de paille les retirèrent et inclinèrent la tête.
Il était entré dans la capitale sans bruit, mais, derrière lui, la plupart des habitants le regardaient partir.
Aucune rumeur ne pouvait lui parvenir par-dessus tout cela.
La route du retour. Les sabots frappaient le sol à un rythme régulier, tandis que le soleil d’automne de l’après-midi enveloppait tout le groupe. Ils venaient de dépasser les abords de la ville. C’est alors qu’Audin s’adressa à Enkrid.
« Cet hérétique, c’est moi. »
C’était un aveu.
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