Chapitre 548
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 548 : Oncle
= = =
Kraiss devait vivre comme si le travail lui collait constamment aux basques. Il savait que cela durerait encore quelque temps et avait une vague idée de ce qui l’attendait.
Par exemple :
Combien de temps vais-je encore devoir supporter Azpen ? Six mois tout au plus, peut-être ?
S’ils laissaient les choses en l’état, ils pourraient passer des années dans cette indifférence réciproque un peu gênante, mais les moyens d’apaiser les tensions étaient déjà en marche.
Tout ne se passerait peut-être pas comme prévu. Et alors ? Tant que personne ne finissait mort, il suffisait d’aller de l’avant et de voir ce qui arriverait.
Les inconnues, c’étaient une invasion venue d’un autre pays ou la frontière de la Terre Maudite qui cédait.
Ça, je ne peux pas le maîtriser.
La frontière de la Terre Maudite était un problème auquel il ne pouvait rien, même en s’en rongeant les sangs. Il le mit donc de côté. Quant à une invasion étrangère, Crang avait déjà pris les devants.
Difficile de savoir jusqu’où irait le coup de Crang, mais les autres nations observeraient la situation et attendraient un moment.
Naurillia et Azpen s’étaient serré la main au lieu de mettre le continent entier à feu et à sang.
Une guerre ? Non, on s’est réconciliés.
Voilà, en substance, ce que la situation actuelle signifiait pour le reste du continent.
La cession de la frontière avait précisément cette portée.
Et la Garde-frontière avait, de surcroît, démontré sa puissance.
Ceux qui devaient être au courant avaient probablement compris que les chevaliers d’Azpen avaient entièrement disparu, et savaient ce que cela impliquait.
Ça prouve que la Garde-frontière dispose d’une force de ce calibre.
Autrement dit, personne ne viendrait chercher querelle sans avoir d’abord soigneusement évalué leur puissance.
C’était comme si les Chevaliers à la Cape Rouge de Naurillia avaient doublé du jour au lendemain.
Même ceux qui s’attendaient à voir leurs forces croître auraient été surpris.
Tandis que les chansons sur l’Épéiste du Mur de Fer et le Chevalier se répandaient, les plus avisés avaient sûrement évalué la véritable puissance de la Garde-frontière.
Rem et Ragna sont bien trop perspicaces et imprévisibles pour qu’on puisse les cacher.
Il pouvait considérer que l’information avait déjà circulé.
Et maintenant, deux nations qui s’étaient affrontées avaient tendu la main l’une à l’autre, aussi maladroitement que ce fût.
Cela signifiait que la force de la Garde-frontière, équivalente à un ordre de chevalerie, alliée à celle d’Azpen, pouvait constituer une puissance redoutable.
Autrement dit, pour le moment, ni la grande puissance du sud ni l’Empire ne se précipiteraient sur eux simplement parce que cet arrangement leur déplaisait. À tout le moins, ils attendraient d’avoir étudié de bien plus près les rouages de la Garde-frontière.
Quoi d’autre ?
En laissant de côté les agissements des Cultistes, trop imprévisibles pour être pris en compte, on pouvait dire qu’ils s’étaient acheté un bref répit.
En plus, aucune bande d’épéistes, de bandits ou de compagnies de mercenaires ne viendra se battre pour rien en ce moment.
Quand un pays était faible et sans défense, il était courant de se faire pressurer même par une compagnie de mercenaires réputée. Un petit pays qui avait jadis existé au sud-est avait été entièrement englouti par une compagnie de mercenaires. Quant à la cité marchande du sud, qui s’était proclamée État indépendant, elle avait été saignée à blanc à plusieurs reprises par les compagnies de mercenaires, qui lui extorquaient des Krona. Sans la moindre armée, elle avait fini par dresser ces compagnies les unes contre les autres, puis par éliminer les survivants avec ses propres mercenaires. L’incident de la lame de la cité marchande, comme on l’avait baptisé, était si célèbre que peu de gens n’en avaient jamais entendu parler.
Si ses souvenirs étaient bons, les compagnies de mercenaires de cette cité marchande s’appelaient l’Or, l’Argent et le Bronze.
Les mercenaires de l’Or, les mercenaires de l’Argent, les mercenaires du Bronze. Des noms d’une originalité sidérante.
De plus, on disait que les dirigeants de la cité marchande avaient des liens avec la plus grande guilde d’assassins du continent, et que la compagnie de mercenaires appelée la Lame de la Compagnie marchande semait parfois le trouble dans d’autres villes.
Cette cité marchande aurait-elle une raison de nous déclarer ennemis ?
Pour parler comme les gens, la cité marchande était une force coriace et obstinée qui ne reculait devant personne.
Cela méritait réflexion.
Elle se moquait de traiter avec l’Empire, le sud ou Naurillia. Seul le commerce comptait à ses yeux, rien d’autre.
Leona, la dirigeante de la Compagnie marchande Rockfreed, lui avait raconté qu’on lui avait proposé un mariage au moment où elle se démenait pour reprendre l’entreprise et commençait à peine à trouver ses marques.
« Au moins, ce n’était pas un vieux crapaud pervers de cinquante ans, alors j’imagine que je pouvais déjà m’estimer heureuse. Mais ça ne voulait pas dire que j’allais leur céder ma compagnie en guise de dot. »
Les intentions de la cité marchande étaient évidentes.
Elle voulait s’approprier, par le mariage, le réseau et la mobilité de Rockfreed.
L’expérience acquise en parcourant le continent n’était pas facile à reproduire. Rockfreed avait même noué des relations commerciales avec la Guilde du Cuir Noir et les Rangers des Glaciers.
Bien sûr qu’ils en avaient convoité les avantages. En apprenant que la compagnie avait changé de mains, ils avaient probablement flairé l’occasion rêvée.
Si la Compagnie marchande Rockfreed avait rejoint la cité marchande, elle se serait développée bien plus facilement qu’en restant indépendante.
Mais à partir de là, difficile de dire si Leona aurait encore été la véritable propriétaire de la Compagnie marchande Rockfreed.
C’était toujours ainsi quand on montait une boutique avec l’argent de quelqu’un d’autre. On vous le prêtait avec le sourire, puis on revenait réclamer son dû et, si vous ne pouviez pas payer, vous ne pouviez rien dire quand on prétendait posséder la moitié de la boutique.
Si Leona avait été seulement un peu moins avisée, elle aurait pu tomber dans le panneau. Mais elle était perspicace et savait exactement ce qu’elle voulait.
Leona voulait posséder la compagnie en son nom propre.
« Il y a un nombre absurde de choses à faire. »
Kraiss s’interrompit au milieu de ses pensées et but une gorgée de thé.
Il l’avait reçu en cadeau de la famille royale, accompagné d’une lettre de Marcus.
La lettre le remerciait pour toute la considération dont il avait fait preuve.
Tant que je ne suis pas en mauvais termes avec la famille royale, autant rester en bons termes avec elle.
En sirotant le thé que Marcus avait choisi lui-même, il sentit le brouillard qui encombrait son esprit fatigué se dissiper un peu.
C’était donc pour ça que les gens dépensaient autant pour du thé de qualité.
Quand il finirait par ouvrir un salon, devrait-il en réserver un coin à des thés de ce genre ?
Un salon ne pouvait pas se contenter d’être un endroit où manger, boire et se divertir, sans quoi il perdrait tout intérêt. Il fallait que ce soit un lieu où se tenaient des conversations importantes et où se nouaient des relations.
Pour l’heure, les banquets et les fêtes des nobles remplissaient cette fonction, mais en voyant la Cafétéria s’implanter dans la ville, il se dit qu’un salon pourrait très bien les remplacer.
Pour l’instant, les gens voyaient encore le salon comme un lieu de rassemblement pour les jeunes nobles mariées à de vieux messieurs, ou pour des hommes uniquement guidés par le désir.
Mais tout dépendait de la façon dont on le gérait.
J’espère qu’il n’y a pas de problème à la cour royale.
« Ne t’inquiète pas. Je viens avec toi. »
Les derniers mots de Rem, avant leur départ, avaient laissé une douleur sourde dans la poitrine de Kraiss.
Les nobles réunis au palais royal accepteraient-ils tranquillement le commandant ?
Il devait bien y en avoir qui maugréaient contre le pouvoir accordé à la Garde-frontière.
Enfin, c’était au commandant de s’en charger.
Il s’en sortirait très bien.
Rem était une source d’inquiétude, mais c’était aussi quelqu’un qu’Enkrid était le seul à pouvoir vraiment tenir en laisse.
« J’ai envie d’ouvrir un salon et de disparaître du monde. »
Ce n’était pas pour rien que les vieux récits abritaient toujours quelque part un sage ermite.
On travaillait jusqu’à frôler l’effondrement, puis, à un moment, on lâchait tout pour partir respirer l’air de la montagne et de la forêt. Voilà à quoi ça se résumait.
Si l’on n’avait pas de chance, on finissait dans l’estomac d’une Créature démoniaque. Mais si l’on détestait son travail à ce point, il fallait apprendre la magie ou trouver un autre moyen de disparaître.
Bien sûr, Kraiss n’avait absolument pas l’intention de faire quoi que ce soit de tout cela.
Ce qu’il détestait, c’était les responsabilités, pas les plaisirs que la ville avait à offrir.
Comme le travail l’accablait à ce point, ses pensées dérivèrent même vers cet homme du nom d’Abnair.
Avoir quelqu’un d’aussi brillant pour l’aider lui faciliterait tellement la tâche.
Cela dit, faire venir Abnair maintenant lui semblait inquiétant.
Il demanderait peut-être son avis à Enkrid à son retour.
Sur cette pensée, Kraiss vida sa tasse d’un trait.
Il était temps de se remettre au travail.
Il devait répartir les forces façonnées par l’entraînement dans les formations qui leur convenaient, veiller à l’entretien de leurs armes et de leurs armures et, au milieu de tout ça, débusquer ceux qui se faufilaient en ville pour des raisons futiles.
Il ne pouvait pas tout faire lui-même. Il avait donc placé des gens ici et là pour s’en charger, mais malgré cela, il manquait toujours de bras.
Kraiss se demanda à nouveau, avec une pointe de doute renouvelée, si c’était vraiment là qu’il devait être, puis chassa cette pensée. Même si un reste de doute persistait, qu’y pouvait-il ?
Pour l’instant, le travail l’enterrait vivant.
* * *
Le soleil avait tapé fort à leur départ, mais, à un moment, le ciel s’était couvert de gris.
Le gris au-dessus d’eux rappelait la couleur des cheveux de Rem.
La pluie semblait imminente.
« On dirait qu’il va pleuvoir. Hmm, ça va tomber d’une minute à l’autre. On ferait mieux de trouver un abri. »
Rem leva les yeux vers le ciel en parlant. Il avait toujours su prévoir les changements de temps.
« Comment tu fais ? »
Pouvait-on seulement qualifier leur voyage d’ennuyeux ?
La route sûre ne reliait pas encore Nauril à la Garde-frontière sur toute sa longueur, mais celles qui menaient aux grandes villes avaient été correctement aménagées.
On avait enfoncé des pierres dans le sol pour construire la chaussée.
Et tous les demi-jours de marche, on avait érigé un poste de surveillance de trois étages.
Ces tours étaient percées de meurtrières, pratiques pour s’abriter à l’intérieur et tirer sur les Créatures démoniaques ou les Bêtes magiques qui attaquaient.
Elles seraient relativement vulnérables aux griffons, aux Harpies ou aux vouivres, mais de grandes balistes avaient été installées à leur sommet précisément pour cela.
Il avait entendu dire qu’il fallait longtemps pour rassembler la fourrure de Bêtes magiques nécessaire à la fabrication d’une seule baliste, et que des femmes avaient coupé et vendu leurs cheveux pour financer le projet.
Après avoir construit le cadre, on avait dû utiliser du tendon de fer et diverses sortes de fourrure pour fabriquer la corde.
À l’époque, pas mal de gens avaient gagné une somme honnête en vendant leurs cheveux, disait-on.
Quoi qu’il en soit, grâce à cette route sûre, on apercevait à peine un bandit, et encore moins une Créature démoniaque.
Bref, la route était sûre et paisible. Plusieurs caravanes marchandes l’empruntaient aussi pour aller commercer.
Tous les gardes qu’elles engageaient étaient des soldats et, pour la plupart, des réguliers de la Garde-frontière.
Cela suffisait à montrer l’influence de la Garde-frontière sur la sécurité de toute la région.
Le trajet était moins ennuyeux que sûr, mais pour Enkrid, Rem et Audin, on pouvait tout de même parler d’une promenade tranquille.
Tous trois chevauchaient, et Rem tira sur les rênes pour changer de direction tout en répondant à la question posée plus tôt.
« Le savoir ne te permettra pas de faire pareil. »
« Pourquoi ? »
« Eh bien, tu poses beaucoup de questions. J’ai passé toute ma vie dans l’ouest. Un natif de l’ouest qui s’adonne à la sorcellerie devient sensible aux variations des odeurs. C’est donc une sorte d’instinct qui vient d’une longue vie dans un climat sec. »
« Je vois. »
Ce serait difficile à apprendre.
Enkrid y songea tout en lançant son cheval à la suite de Rem.
Il avait entendu dire que le palefrenier avait eu bien du mal à trouver une monture convenant à Audin.
Il fallait dire que le cheval devait être sacrément grand.
Il aurait aimé emmener Œil Unique, mais le cheval ne laissait facilement monter personne d’autre qu’Enkrid. Aussi intelligent qu’un humain, Œil Unique portait quelqu’un ou allait chercher un Ragna égaré en cas de véritable urgence, mais il refusait de prêter son dos pour une simple promenade et ne montrait aucune envie de les accompagner.
Esther était pareille.
« J’ai trop de choses à faire. »
L’enseignement et le perfectionnement de ses sorts l’occupaient.
Revenue à sa forme humaine après une longue absence, Esther s’occupait aussi des soldats qui étaient ses élèves ou ses subordonnés, et elle semblait y prendre un réel plaisir.
« Gardez les yeux baissés. Laissez-les traîner et je vous les arrache. »
Voilà comment elle saluait son unité, même si, avant qu’elle ait fini de parler, tous les soldats avaient déjà les yeux discrètement baissés.
Quoi qu’il se fût passé avant, ils obéissaient tous au doigt et à l’œil.
Chacun se promenait avec un orbe de cristal gros comme un poing, qu’il polissait sans cesse en lui murmurant des paroles. Pour quiconque ne les connaissait pas, ils auraient eu l’air d’une autre bande de fous.
« On fait une pause pour se reposer et croiser le fer un peu, grand frère ? »
La voix d’Audin tira Enkrid de ses pensées vagabondes.
« D’accord. »
Enkrid acquiesça.
« Je m’y mets aussi. »
Rem intervint.
Un vrai combat entre eux ne prendrait fin qu’une fois que quelqu’un serait blessé. Il s’agirait donc davantage de se dégourdir que de livrer un véritable duel, mais cela suffirait déjà à écarquiller les yeux d’un étranger.
Leur voyage suivait toujours le même schéma.
Quand la pluie menaçait, ils cherchaient la ville ou la grotte la plus proche pour s’abriter.
« Kraaaugh ! »
Si une Bête magique se trouvait par hasard dans la grotte, tous trois passaient à l’action sans qu’il soit besoin de le leur demander.
Audin réduisait une créature en miettes à coups de poing, ou Rem lui fendait le crâne de sa hache. Peu de Créatures démoniaques ou de Bêtes magiques pouvaient résister à l’un ou à l’autre. Si de telles choses étaient courantes, le pays tout entier serait déjà devenu une Terre Maudite.
Ils regardaient passer les caravanes et les voyageurs, croisaient de nouveau le fer, reprenaient la route et échangeaient des plaisanteries sans importance.
C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent soudain devant Nauril.
D’ordinaire, les responsables d’un grand domaine qui se rendaient dans la capitale arrivaient avec une foule de serviteurs. Le comte Molsen et les autres nobles qui les avaient précédés étaient toujours venus avec de vastes suites, mais Enkrid n’était accompagné que de trois personnes.
Inutile d’arriver en nombre.
Ils n’étaient que trois, certes, mais deux d’entre eux étaient des chevaliers.
Qui oserait s’en prendre à eux ?
Personne, évidemment. Mais la plupart des gens ne connaissaient pas le visage d’Enkrid.
C’était parfaitement normal. On ne pouvait reconnaître quelqu’un, aussi célèbre fût-il, que si l’on avait déjà vu son visage.
Le capitaine de la porte, qui gardait les remparts de la ville, faisait exception. Il avait déjà vu Enkrid une fois, pendant la guerre civile dans la capitale.
Devant les remparts, où les allées et venues étaient plus nombreuses qu’ils ne l’auraient cru, Enkrid prit tranquillement sa place dans la file et entra. Le capitaine de la porte, qui surveillait le flot des passants, le reconnut dès qu’il s’avança.
« Hein ? Hein ? Attendez, attendez, attendez ! »
Le capitaine leva un doigt vers Enkrid, puis ne parvint plus à prononcer un mot. Il bafouilla un instant avant de réussir enfin à en articuler un.
« Le Tueur de démons ! »
Dans la capitale, ce surnom semblait encore le plus connu.
La carrure massive d’Audin avait déjà attiré les regards alentour.
Tous ceux qui entendirent le capitaine de la porte se retournèrent vers Enkrid.
Toutes les têtes des gens qui se tenaient à proximité pivotèrent vers lui d’un seul mouvement.
« C’est lui ? »
« Oui, c’est lui. Hé. »
« Ah, c’est donc lui ? »
« Lui ? »
« Le seigneur de la Garde-frontière ? »
« Celui qu’on dit ami du roi ? »
« Le Tueur de démons. »
« … Pourquoi est-il aussi beau ? »
Les murmures fusèrent de toutes parts. Des dizaines de regards se posèrent sur lui, mais Enkrid resta calme.
Il avait déjà vécu ce genre de scène avant de devenir célèbre. Aux banquets des nobles, entre autres.
« Enkrid de la Garde-frontière. J’ai reçu une convocation du palais royal. Puis-je entrer ? »
Il n’était pas nécessaire de sortir un jeton pour prouver son identité.
« Bien sûr, monseigneur. »
Le capitaine de la porte prit lui-même les rênes et les guida à l’intérieur.
Enkrid était déjà venu ici et s’était battu dans les rues de la ville. Il connaissait donc à peu près les environs.
Ce qui avait changé depuis, c’était le nombre d’enfants qui couraient partout en faisant du bruit, et le bidonville près des remparts, qui avait un peu rétréci.
Depuis qu’il était devenu roi, Crang n’était pas resté les bras croisés.
Ils venaient de franchir la porte et Enkrid allait congédier le capitaine lorsque celui-ci prit la parole, son visage barbu tourné vers lui.
« Je vous respecte. »
Le capitaine de la porte connaissait par cœur la chanson sur Enkrid.
Il était né et avait grandi dans la capitale, et aimait son pays.
Pour quelqu’un comme lui, le héros qui avait protégé sa nation, sa ville et sa famille était presque un dieu.
À ses yeux, Enkrid était un objet de foi.
La Garde-frontière comptait elle aussi pas mal de gens de ce genre. Enkrid lui adressa donc un signe de tête approprié, et c’est alors qu’il le remarqua.
Pour cette deuxième visite dans la capitale, le soleil était doux et l’air frais. Les premiers souffles de l’automne.
Il respirait l’odeur qui s’élevait de la rangée d’écuries d’un côté et la puanteur âcre de la ruelle de l’autre, quand un peu d’agitation se fit entendre devant eux.
« Ne nous cherchez pas d’ennuis, s’il vous plaît. Nous ne faisons que passer. »
« Hmph. Je n’ai fait qu’une offre raisonnable. »
Enkrid ne s’était pas attendu à croiser l’un ou l’autre ici, mais les deux visages lui étaient familiers.
« Hein ? »
Certains du groupe connaissaient aussi Rem. Ce fut donc lui qui prit la parole le premier.
« Les Jumeaux ? Qu’est-ce que vous faites tous les deux si loin de chez vous ? »
D’un côté se trouvaient les Jumeaux de l’ouest et Enri, qui avait troqué sa vie de chasseur contre celle de marchand.
Il avait les cheveux courts, la barbe soigneusement taillée et le visage propre et net.
Ce n’était pas Rem qui connaissait l’autre homme, mais Enkrid.
Un marchand. Comment s’appelait-il déjà ? Malten, voilà.
L’homme qui l’avait réprimandé à la Garde-frontière, alors que ce grand marchand se tenait juste là.
Qu’est-ce qu’il avait dit, déjà ? Un truc du genre : si j’étais ami avec la dirigeante de la Compagnie marchande Rockfreed, alors lui, il était l’oncle du général Enkrid ?
« Oncle ? »
Enkrid l’interpella avec un sourire chaleureux.
Malten le regarda un instant, puis pencha la tête sur le côté.
On aurait dit que son visage ne lui disait rien, pas encore.
Quelle mémoire lamentablement peu fiable. Comment pouvait-on oublier le visage de son propre neveu ?
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>