Chapitre 547
TRADUCTIONS À L’ESSAI
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSAIT ÉTERNELLEMENT
Chapitre 547 : La chute de Clemen
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Parmi les nobles des contrées lointaines, à peu près aussi éloignées que Nauril, certains ne croyaient pas tout à fait à la réputation d’Enkrid.
À vrai dire, ils ne la remettaient pas vraiment en doute. Ils se disaient plutôt que les récits devaient comporter une bonne part d’exagération.
En écoutant les ménestrels itinérants chanter la Chanson du Mur de Fer, celle d’un chevalier qui avait tenu seul face à mille hommes, ils avaient du mal à y croire.
Il avait traîné son épée calcinée sur le sol, et un mur de flammes s’était dressé devant lui.
Certains avaient rédigé des récits plus détaillés et fidèles de ce qu’Enkrid avait réellement accompli. Mais les histoires se répandaient mieux lorsqu’on les exagérait, lorsqu’elles défiaient toute logique.
Il leur fallait ce qu’on appelait communément une touche de fantaisie.
À une époque où assister à une pendaison publique comptait parmi les divertissements, une histoire pareille offrait une évasion vraiment palpitante. Dans la foule lointaine, certains y croyaient à moitié, d’autres encore moins. Seuls les naïfs étaient convaincus qu’Enkrid avait réellement brandi une épée de feu. Mais, au sein de la Garde-frontière, sa réputation ne cessait de grandir.
Les soldats s’étaient rendus eux-mêmes sur ce champ de bataille. Leurs familles se trouvaient ici aussi.
Tous, sans exception, ne tarissaient pas d’éloges sur Enkrid.
On aurait dit qu’ils avaient assisté de leurs propres yeux à la naissance d’un héros.
Abattre mille hommes à soi seul faisait de vous un monstre. Tenir face à mille hommes, au point que le sol ruisselle de sueur plutôt que de sang, et mettre fin à la bataille ainsi, c’était tout autre chose.
Pas une seule personne présente n’avait manqué de scander son nom.
« Quand je serai grand, je deviendrai le Chevalier du Mur de Fer ! »
Dans les rues, on voyait partout des enfants crier ce genre de choses.
Dans ces conditions, comment les soldats auraient-ils pu voir Enkrid autrement que comme un homme extraordinaire ?
Le simple fait de se tenir près de lui aurait dû être un honneur.
Et voilà que ce héros disait vouloir participer à leur entraînement.
Un chevalier, qui portait le titre de Mur de Fer et détenait une autorité absolue sur tout un territoire, allait courir avec les troupes. Même ceux qu’on surnommait l’Escouade des Fous seraient de la partie.
Tous les soldats étaient tendus d’excitation.
Quelques-uns s’étaient entraînés aux côtés d’Enkrid autrefois, mais même eux oublièrent un instant quel homme il avait été.
Ceux qui grinçaient des dents rien qu’en entendant le nom d’Audin ne s’attendaient pas à ce qu’Enkrid pousse les hommes avec la même férocité.
Une grande réputation a tôt fait de rendre aveugle.
Personne ne vit donc venir ce qui se produisit ensuite.
Clemen, de son côté, était une soldate qui s’était engagée après le départ d’Enkrid pour l’ouest.
Elle s’était foulé la cheville toute seule, sans même qu’une bataille d’envergure ait lieu. Ce n’était pas quelque chose dont elle avait particulièrement honte.
À l’époque, l’excitation avait été telle qu’elle n’avait rien vu d’autre que le dos d’Enkrid, le mur et l’ennemi immobilisé.
Et les choses en étaient restées là, jusqu’à ce que le grand chevalier vienne la voir et lui dise :
« J’ai entendu dire qu’une soldate s’était blessée en tombant toute seule. »
« Oui ? Ah, je suis Clemen, de l’infanterie ! »
« Oh, c’est elle ? Celle qui s’est écorché le genou en tombant dans une bataille où personne d’autre n’a été blessé ? »
« J’avais entendu dire qu’elle s’était foulé la cheville. »
Rem avait parlé, et Jaxon s’était empressé d’ajouter son grain de sel. Ce qu’Audin ajouta ensuite avec un sourire fut d’un tout autre genre.
« Vous vous êtes blessée en tombant, dites-vous ? Ma sœur, vous avez quelque chose à la cheville ? »
« Ça tient debout, ça ? »
Un homme du nom de Fell avait lancé sa propre remarque, puis Ropord avait ajouté qu’il ne pouvait pas prendre son parti, tout en la regardant droit dans les yeux. La tête de Clemen se mit à tourner.
Qu’est-ce que c’était que ça ? Ils lui reprochaient de tomber toute seule ? Pourtant, personne n’avait jamais rien dit jusque-là.
Enkrid enchaîna avec le plus grand naturel :
« Ça veut dire que tu manques d’endurance. À partir d’aujourd’hui, on court en montagne. »
Les soldats autour de lui changèrent de couleur. Les vétérans se remémorèrent le passé.
À bien y réfléchir, ce salaud d’Enkrid avait toujours été obsédé par l’entraînement.
Il était impitoyable envers lui-même, mais aussi envers tous ceux qui l’entouraient.
Et voilà comment le parcours de jogging, qui aurait dû traverser le terrain d’exercice ou les champs juste derrière la ville, fut déplacé vers la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil.
Bien sûr, ils n’allaient pas traverser la chaîne de part en part. Mais s’enfoncer dans une montagne couverte à moitié de Créatures démoniaques et à moitié d’arbres sous prétexte de s’entraîner, ça relevait tout de même de la folie.
L’armée de la Garde-frontière ne massacrait-elle pas les Créatures démoniaques dans ces montagnes avec tant d’acharnement qu’elles avaient fini par s’allier et former une Colonie ?
C’était bel et bien arrivé.
Il n’était pas rare que des meutes de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques forment des Colonies dans la chaîne de montagnes. Les groupes qu’Enkrid avait chassés lors de ses patrouilles étaient de cette espèce.
« Personne ne court ? Vous avez tous des problèmes de cheville comme Clemen ? »
À peine Enkrid eut-il prononcé ces mots que tous se mirent à courir.
C’était une course où le repos était bon pour les chiens : il fallait continuer jusqu’à frôler la mort, avec des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques qui apparaissaient en prime sur le trajet.
« Ne vous arrêtez pas. Si vous vous arrêtez, vous êtes morts. »
Les combattants de niveau chevaleresque se chargèrent de ces extras. Ils ne les combattirent pas. Ils s’en chargèrent.
« Laissez-nous vous envoyer auprès du Seigneur ! »
Les poings d’Audin déployaient une force destructrice que personne n’osait défier. Et même sans cela, quiconque avait connu la guerre aurait compris qu’il valait mieux éviter de s’en prendre à ces gens-là.
Certains soldats pensèrent qu’observer un chevalier combattre de près leur serait instructif, mais cette idée ne leur resta pas longtemps en tête.
Ils étaient partis courir avant le lever du soleil et rentraient en admirant le coucher du soleil. Plus d’un commençait à se demander si cette méthode était vraiment la bonne.
Clemen, surtout, était épuisée à tous points de vue.
Tantôt Enkrid criait :
« Vous voulez tous tomber comme Clemen ? »
Tantôt, juste au moment où elle commençait à oublier, cet homme d’Audin ouvrait la bouche, claironnant comme une cloche :
« Voulez-vous vous blesser comme sœur Clemen ? Je me ferai un plaisir de vous séparer temporairement la cheville. Frère, dites-le-moi, et j’obtempère. »
Ropord, qui avait autrefois été instructeur, ne comptait pas rester en retrait.
« On peut se blesser sans combattre, mais évitons de nous blesser par manque d’endurance ! Clemen, cours ! »
Le dernier était l’homme qu’on appelait Fell, et Clemen détestait ce salaud plus que tous les autres.
« Pourquoi, à votre avis, cette Clemen est-elle tombée ? Selon moi, elle manque de talent. »
Il l’avait dit sans la moindre trace de sourire, et elle avait sincèrement envie de le tuer.
« Aucun talent pour la course. Ou plutôt, aucun talent pour se tenir debout. Si tu as des lacunes, tu fais des efforts. Des effoooorts. »
Clemen tint bon.
Bien sûr, il ne s’agissait pas de s’acharner sur une seule soldate. Elle ne servait que de déclencheur, de prétexte pour les pousser plus loin, leur faire courir davantage.
La plupart des commandants l’avaient compris, et traitaient Clemen avec bienveillance. En coulisses, Ropord leur avait discrètement recommandé de le faire.
Ropord savait prendre soin des membres de son unité à sa manière. Il s’y était pris maladroitement au début, mais le temps passé dans l’Escouade des Fous lui avait rendu ce genre de gestes naturel.
Si personne d’autre ne veillait sur eux, quelqu’un devait bien s’en charger.
Audin, c’était une chose, mais les autres étaient du genre à épuiser les hommes jusqu’à les faire tomber.
Il ne s’agissait d’ailleurs pas seulement de faire des exercices. Il restait du temps avant leur départ pour le palais royal. L’entraînement individuel avait son importance, mais ils avaient aussi clairement l’intention d’améliorer les capacités de toute l’unité.
Kraiss avait dit que le moyen le plus rapide d’améliorer une force militaire était le suivant :
« La répartition par rôle. Diviser l’unité selon les spécialités. C’est déjà en cours, mais repérer les soldats aux aptitudes exceptionnelles demande pas mal de travail. Les mettre à part, former une unité autour d’eux, les aider à bien fonctionner ensemble, tout cela demande des efforts. »
Parmi les soldats se trouvaient beaucoup de gens dont les capacités dépassaient toutes les normes ordinaires.
La renommée de la Garde-frontière s’était étendue à tout le continent, et, dans les environs, sa réputation avait déjà dépassé le stade de la célébrité : elle s’apprêtait à percer les cieux.
Même les prêtres corrompus qui tentaient de s’installer ici constataient que la religion ne prenait pas facilement racine. Au sein de la Garde-frontière, Enkrid était à lui seul une religion.
Cela signifiait que les prêtres qui brandissaient une foi sincère comme une arme pouvaient s’y maintenir, tandis que ceux qui cherchaient à en tirer des bénéfices secondaires n’y arrivaient pas.
À mesure que la réputation de la Garde-frontière grandissait, les gens y affluaient naturellement. Et, tout comme les prêtres, les épéistes étaient triés sur le volet.
Beaucoup venaient attirés par les salaires élevés, mais survivre avec sa seule solde était une autre affaire, quand l’intensité de l’entraînement de l’armée permanente de la Garde-frontière avait dépassé la brutalité pour atteindre le stade du « c’est l’enfer, ici ».
Forcément, toutes sortes de gens s’y rassemblaient.
Sans même compter Teresa, les soldats au sang de géant étaient nombreux. On apercevait aussi quelques Grenouilles, ainsi que des elfes, des nains et un bon nombre de gens-bêtes.
Enkrid estimait qu’on ne pouvait pas juger les capacités de quelqu’un en le regardant simplement. En gros, certaines personnes dégageaient une impression particulière, mais pour la définir avec précision, il fallait examiner leur endurance, leur maniement de l’épée, leur posture et même leur attitude.
C’était ce qu’il faisait à présent.
Les pousser dans leurs retranchements, les faire courir, observer leur attitude.
Pour être honnête, il y avait aussi un petit plaisir à taquiner la soldate blessée.
Si elle s’était découragée, il aurait arrêté. Mais elle serrait les dents et tenait bon.
Chaque fois que son nom revenait, quelques soldats grimaçaient.
Les plus colériques et les plus agressifs avaient décidé que l’entraînement actuel était la faute de Clemen.
Rem en repéra quelques-uns.
« Toi. Sors du rang. Va rejoindre le groupe, là-bas. »
Enkrid avait demandé aux membres de son escouade de repérer les soldats qui attiraient leur attention, ceux qui leur inspiraient quelque chose, et de les entraîner à part. Rem suivait ses propres critères : il choisissait les fortes têtes, ceux qu’il avait envie de cogner, ceux qui auraient encore de l’aplomb après s’être fait rouer de coups.
C’était une préférence personnelle. Il était plus à l’aise quand il enseignait à coups de poing.
Audin, lui, sélectionnait les dévots, ceux qui invoquaient le Père et le Seigneur même en courant.
On pouvait surmonter une mauvaise condition physique avec de l’entraînement, mais il ne pouvait imposer la foi à personne.
Tous deux s’intéressaient naturellement aux bases, mais leur approche différait.
Teresa en mit également quelques-uns à part. Elle ne choisissait que ceux qui avaient sa carrure.
Des soldats au sang de géant, nés avec une force extraordinaire, ou simplement de grande taille par nature. Des soldats qui, dans leur région natale, avaient grandi en étant considérés comme des champions.
Ropord, lui, ne regardait que la technique.
En courant et en affrontant des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques, chacun laissait transparaître ses habitudes. Quand on était épuisé, ce qui était le plus profondément ancré dans son corps ressortait en premier.
Fell n’était pas à l’aise avec l’entraînement collectif. C’était un berger, pas un soldat. Il refusa donc de prendre une escouade sous ses ordres, et Enkrid ne le força pas.
À quoi bon imposer quelque chose à quelqu’un qui n’en avait pas envie ?
Cette façon de voir les choses n’avait pas changé depuis qu’Enkrid était devenu chef de l’Escouade des Fous, et elle n’avait pas changé depuis.
C’était peut-être pour cela que ceux qui l’entouraient le regardaient naturellement avec admiration.
Rem, Ragna, Jaxon, Audin : ils savaient tous quel homme désespéré et sans espoir Enkrid avait été à ses débuts. Ils l’avaient vu depuis le tout premier jour.
Enkrid avait-il changé ?
Certaines choses avaient changé, bien sûr, mais le fond restait le même. Même à présent, après être devenu chevalier, après la guerre contre Azpen, après que son niveau eut presque rejoint le leur.
Jaxon estima qu’il avait déjà assez à faire avec ses propres subordonnés et se retira. Sinar s’était toujours occupée de l’équipe de reconnaissance ; en faire son escouade personnelle allait donc de soi.
Le détail le plus étonnant de toute cette affaire concernait une personne qui n’était pas là : Esther avait déjà constitué sa propre unité. Elle avait repéré quelques soldats doués pour la magie et les avait formés elle-même. Kraiss avait pris les devants et les avait baptisés l’infanterie magique. Pour une raison ou une autre, Esther les entraînait avec un réel sérieux, et leur nombre avait apparemment atteint près de vingt.
« Courez. »
Enkrid lança l’ordre tout en passant plusieurs soldats en revue.
Ceux qui serraient les dents, refusant de laisser paraître le moindre signe de difficulté.
Il faisait abstraction de toute compétence ou de tout talent. Seule l’attitude l’intéressait.
Chacun avait ses propres critères.
Un jour. Deux jours. Trois. Quatre.
Certains soldats de l’armée permanente de la Garde-frontière abandonnèrent la marche.
On n’y pouvait rien.
« C’est de la folie. »
Pourquoi endurer un entraînement pareil ?
Ce qui était surprenant, c’était qu’aucun des soldats choisis par les membres de l’Escouade des Fous pour intégrer leur unité personnelle ne renonça.
Peut-être avaient-ils tous un véritable don pour repérer les gens.
Enfin, ceux que Rem avait pris sous son aile ne pouvaient pas renoncer, même s’ils l’avaient voulu. Mais c’était une autre histoire.
« À partir d’aujourd’hui, vous êtes l’escouade de la Hache. Tout le monde prend une hache. »
Rem commença ainsi, sans perdre de temps.
« Pourquoi des haches ? Bon sang, j’ai manié la lance toute ma vie. »
« Un type qui se bat comme un pied ose me répondre ? »
Rem était brusque et exigeant. Mais il leur montrait les choses par la pratique. Une hache était une arme courte, plus courte qu’une épée et bien plus qu’une lance.
En revanche, à la distance qu’il préférait, sa puissance destructrice n’avait rien à voir.
Les types que Rem avait recrutés avaient tous un sale caractère, sans exception, et ces salauds avaient tendance à foncer droit devant eux, peu importe l’arme qu’ils tenaient.
Alors, s’ils allaient de toute façon se jeter dans le tas de toutes leurs forces en tenant une lance, qui pliait sous la pression, pourquoi garder la lance ?
Rem n’était pas du genre à expliquer les choses avec autant de gentillesse.
Il les frappait.
« Contentez-vous de faire ce que je dis. »
Quelqu’un essayait de s’enfuir ? Rem n’allait pas laisser passer ça.
« Si tu t’enfuis, je te tue. »
Il l’avait dit avec une véritable intention meurtrière, et tout le monde se tut.
De toute façon, ils n’avaient aucune raison de se plaindre d’un entraînement difficile.
À vrai dire, la plupart d’entre eux approuvaient en secret les méthodes de Rem.
Dès qu’ils prirent la hache et firent ce qu’on leur demandait, leurs capacités progressèrent.
« Hé, ça vous dirait d’apprendre un peu de sorcellerie, vous aussi ? »
Rem se montra un peu trop gourmand, cette fois.
S’il leur apprenait quelques tours de sorcellerie, ils pourraient peut-être devenir de bons soldats.
Le problème, c’était qu’aucun d’eux n’était comme Enkrid.
Les gens qui se lançaient à corps perdu dans quelque chose sans se soucier de réussir ou non, jusqu’à tomber d’épuisement, étaient plutôt rares.
« Il suffit de faire comme ça, non ? Pourquoi ça ne marche pas ? »
Rem n’avait pas non plus de grand talent pour enseigner.
Dans l’ensemble, Kraiss aurait aimé avoir davantage de gens capables autour de lui.
Ropord s’en sort bien.
Les autres étaient plus proches du tourment que de l’entraînement.
Le plus efficace d’entre eux était Ropord.
Pourtant, vu de l’extérieur, il leur imposait tout de même un entraînement excessivement dur. Certains soldats grommelaient qu’ils ne se battaient même pas en ce moment et se demandaient pourquoi ils devaient s’épuiser ainsi. Comme s’il l’avait prévu, Kraiss les dirigea vers la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil.
« Il y a un terrain d’entraînement grandeur nature juste derrière nous. Pourquoi ne pas en profiter ? »
Il n’y avait aucune raison de s’en priver.
Il avait été occupé par les négociations du traité après la guerre contre Azpen, mais Kraiss savait trop bien qu’on n’obtenait rien de bon sans préparation. L’entraînement militaire, surtout.
Tout l’équipement du monde ne servait à rien si le moral était trop faible, ou si les jambes lâchaient et qu’on tombait comme Clemen.
Les exercices et l’entraînement de base étaient une chose, mais, quand venait le vrai combat, la victoire ou la défaite dépendait de la préparation de l’unité et des capacités de chaque soldat.
À ce stade, Clemen était devenue un véritable nom commun.
« Si vous traînez, vous serez le prochain Clemen à tomber ! »
Ce genre de remarque commença à fuser.
Et Clemen, les dents serrées, continua de tenir bon et fut choisie pour intégrer l’escorte personnelle d’Enkrid.
« Ha. Quand j’aurai été promue, je leur mettrai tous la raclée de leur vie. »
Elle était devenue une femme déterminée, qui ne manquait pas de mordant.
Un mois passa en un clin d’œil.
Pour être honnête, ils n’avaient fait que s’entraîner.
Après la fin de la guerre, ils avaient connu quelques jours de fête, mais cela avait été très bref.
« Occupe-toi de tout pendant mon absence. »
Avant de partir, Enkrid confia son escorte personnelle à Fell. Pendant l’entraînement, Fell avait naturellement pris le rôle de lieutenant ; cela semblait donc tout indiqué.
D’une façon ou d’une autre, l’heure était venue de se rendre au palais royal.
« Bon voyage. »
Graham et Kraiss les ayant accompagnés pour leur départ, Enkrid, Rem et Audin prirent la route ensemble.
Ragna était blessé et restait à l’arrière. Jaxon secoua la tête : il n’avait aucune intention de les accompagner.
Ces derniers temps, Sinar semblait entièrement absorbée par l’entraînement de son unité, et nul ne savait ce qui pouvait bien passer par la tête d’Esther.
Tous trois prirent la direction du palais royal.
L’atmosphère du voyage n’avait rien à voir avec celle du précédent séjour d’Enkrid dans la capitale.
C’était grâce à la route sûre que Crang et Kraiss avaient construite depuis.
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