Chapitre 543
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 543 : Promenade nocturne et rencontre
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Enkrid savait qu’il avait tendance à prendre des risques audacieux. L’homme masqué qui se tenait devant lui ne faisait pas exception.
« Alors ? Qu’en penses-tu ? »
L’homme portait un masque. Il s’appelait Kediathart Randiers Nauril.
C’était le roi du pays qu’Enkrid servait.
« Tu as vraiment besoin d’un carrosse noir, de te faufiler en pleine nuit et, en plus, de porter un masque ? »
« Ça donne une autre ambiance. Tu vois ce que je veux dire ? »
Crang baissa son masque en parlant.
Pour arriver jusqu’ici, il avait fallu franchir plusieurs étapes, mais la principale raison était tout simplement la volonté de Crang.
Pour raconter comment les choses s’étaient déroulées : le cours et l’issue de la guerre avaient été rapportés à Nauril, et la première chose qu’on avait annoncée au roi était qu’il n’y avait eu aucune victime.
« Comment est-ce possible ? »
Certains, en particulier ceux qui en voulaient discrètement à Enkrid, ricanèrent. Même avant que les rumeurs sur le Mur de Fer qui avait arrêté une armée à lui seul ne commencent à se répandre, c’était tout bonnement incompréhensible.
« Pourquoi ne pas simplement dire que quatre soldats de la Garde-frontière sont devenus chevaliers, ont fondé un nouvel ordre et lancé l’attaque ? Au moins, ça aurait du sens. »
L’un d’eux avait sans le savoir mis le doigt sur la vérité, mais, quoi qu’il en soit, ils ne faisaient que bavarder entre eux.
Peu après, le palais dépêcha une délégation : un groupe modeste d’une dizaine de personnes, parmi lesquelles se trouvait Andrew Gardner.
« J’étais censé rejoindre l’unité de renforts si une bataille rangée éclatait. Alors pourquoi est-ce déjà terminé ? »
Son regard exprimait des sentiments mêlés : la joie, la confusion et l’incrédulité.
En chemin, il avait entendu le nom d’Enkrid se répandre dans la région, accompagné de l’épithète « Mur de Fer ».
Avant même cela, Enkrid jouissait d’une solide réputation à la Garde-frontière. Les dames qui se targuaient de leur beauté avaient toutes jeté leur dévolu sur lui, la plupart des compagnies marchandes avaient cherché à nouer des liens avec lui, et quelques épéistes errants avaient fini sous ses ordres.
Mais, cette fois, les rumeurs étaient d’une tout autre ampleur.
Si Enkrid annonçait : « Dès demain, je serai roi », les gens afflueraient à ses côtés.
À présent, il pouvait se proclamer duc, revendiquer la couronne ou à peu près n’importe quoi : on le croirait.
Le plus frappant, dans toutes ces rumeurs, c’était ceci :
Il avait arrêté une armée à lui seul ?
Pas en les tuant tous, mais simplement en les foudroyant du regard, et ils s’étaient arrêtés ?
Certains racontaient qu’un mur s’était dressé dans son dos pour leur barrer la route. D’autres affirmaient qu’il avait tracé une ligne au sol avec son épée, puis qu’une lumière avait jailli de la fissure pour former un mur éclatant qui avait stoppé les forces ennemies.
Les rumeurs se déforment toujours à mesure qu’elles circulent ; bientôt, on racontait donc qu’une armée d’anges flamboyants était descendue des cieux pour barrer la route à l’armée d’Azpen.
L’ange avait agité la main, et un homme s’était envolé tout droit dans le ciel ?
Évidemment, c’était absurde. Mais il y avait une part de vérité là-dessous.
Le fait qu’il avait arrêté une armée à lui seul.
« C’est vrai ? »
Andrew avait voulu tout laisser tomber et accourir sur-le-champ, mais il devait d’abord s’occuper de l’unité venue avec lui. Entretenir et loger une armée coûtait cher, et il ne pouvait pas faire porter cette dépense à la Garde-frontière. Impossible de débarquer dans une ville qui avait déjà englouti des couronnes pour se préparer à la guerre et de réclamer le gîte et le couvert.
S’ils étaient venus en renfort, le ravitaillement aurait été tout naturel. Mais les combats étaient déjà terminés.
Et la bourse d’Andrew ne suffirait pas à payer le séjour de ses soldats en ville.
Il avait donc réglé les affaires de l’unité et l’avait renvoyée. Pendant qu’il s’en occupait, le palais lui avait officiellement demandé de rejoindre la délégation. Comme il se trouvait déjà dans les environs et qu’il connaissait Enkrid, l’invitation allait de soi. Andrew serait venu de toute façon ; cette demande ne faisait que rendre sa présence officielle.
« Oui. »
Lorsqu’Andrew lui demanda si c’était vrai, Enkrid acquiesça simplement. Les pupilles d’Andrew s’agitèrent dans tous les sens.
« Comment ? »
« Il faut bâtir une forêt d’essence », répondit Sinar, qui les avait accompagnés, mais ses explications ne pouvaient naturellement pas l’éclairer.
« Dans un mois, le roi souhaiterait que vous quittiez la Garde-frontière pour vous rendre dans la capitale, où vous serez récompensé pour vos services. »
L’un des envoyés prononça ces mots avec circonspection, et Enkrid acquiesça. La mission de la délégation aurait dû s’arrêter là. Pourtant, l’un de ses membres vint chercher Enkrid au beau milieu de la nuit. Andrew se trouvait naturellement à ses côtés.
Et, dans la journée, Enkrid et quelques hommes de son escouade avaient déjà deviné qui était vraiment l’un des envoyés.
« Tu as perdu la tête ? »
Enkrid n’eut d’autre choix que de poser la question au visiteur avec le plus grand sérieux.
Ils échangèrent diverses paroles, mais l’essentiel se résumait à ceci :
« Je n’ai pas perdu la tête. Personne ne le saura. Et le célèbre Épéiste du Mur de Fer, un chevalier, se tient juste à côté de moi ; quel danger pourrais-je courir ? Azpen doit être en train de se démener pour ouvrir toutes les portes diplomatiques et réparer les dégâts. Je parierais cinq pièces d’argent qu’ils croulent aussi sous les problèmes à régler à l’intérieur de leurs frontières. »
« C’est une mise plutôt modeste pour un roi. »
« Le trésor est à sec. Je suis venu en personne, entre autres, pour vous demander quelques couronnes. »
À côté d’eux, Andrew regarda autour de lui, incrédule. Même selon son propre jugement, la situation était insensée.
Quel roi feignait d’être malade pour se rendre jusqu’à un ancien champ de bataille ?
Et ce n’était même pas tout.
Quand Enkrid entendit le plan qui suivait, il lui sembla que celui-ci pourrait se révéler plus téméraire encore que l’épisode du Mur de Fer.
Bien entendu, personne ne devait savoir qu’un roi s’était déplacé jusque-là.
Ce n’est pas normal.
Dans une pareille situation, que pouvait faire une personne normale ? Cesser de réfléchir.
Grâce à ses liens avec Enkrid, Andrew était devenu l’un des cinq hommes chargés de protéger le roi et mis dans la confidence.
Les seuls à savoir que Crang se trouvait ici étaient le duc d’Okto, qui avait tenté de le retenir jusqu’à s’évanouir de vertige, le marquis Baisar, commandant de la garde personnelle du roi, et Marcus Bysar.
En temps normal, c’est le commandant de la garde qui aurait dû occuper ce poste.
« Si toi aussi, tu disparais, autant annoncer que je ne suis pas au palais. À la place, je veux que tu veilles sur les choses sans que personne le sache. »
Crang l’avait convaincu, et c’était pourquoi Andrew se trouvait ici à la place du commandant de la garde. Il chassa donc ses pensées et se concentra sur la tâche qu’on lui avait confiée.
Dans la journée, il avait enfin pu croiser le fer avec Enkrid après tout ce temps, et il avait été sincèrement surpris et heureux d’apprendre qu’il était devenu chevalier. À présent, il devait remplir son devoir de noble et d’homme comptant parmi les plus proches du roi.
Crang était venu pour deux raisons.
D’abord, négocier la fin de la guerre avec Azpen.
Ensuite, leur demander personnellement d’augmenter les impôts.
« Après tout ce qu’ils ont donné, je ne peux pas réclamer publiquement des couronnes à la Garde-frontière. »
À la place, il leur demandait d’augmenter leurs propres impôts et de lui envoyer les fonds.
« Malgré tout, Votre Majesté, votre venue en personne me paraît inutile. »
Kraiss était également présent, bien sûr, pour s’occuper des affaires officielles.
C’était Kraiss, debout derrière Enkrid, qui venait de parler.
« Si je viens en personne, peut-être seras-tu tellement touché par ce geste que tu en pleureras. »
« Mes émotions se sont desséchées depuis longtemps. »
« Alors, tu es du genre sable ? »
Une nouvelle mode déferlait sur le continent : on classait les personnalités selon leur tempérament. Certains étaient très sensibles, doux comme la terre, et on les décrivait comme un riche terreau humide. À l’opposé, ceux qui ne juraient que par la logique et n’éprouvaient guère d’émotions étaient qualifiés de sable.
« Oui. Du sable très pur, c’est moi. »
Kraiss ne céda pas, mais, au bout du compte, il accepta d’envoyer les impôts.
Si Enkrid ne comptait pas revendiquer la couronne ici, ni avaler soudainement Azpen pour le soumettre à son autorité, il importait de rester en bons termes avec Nauril.
La guerre civile avait perturbé les routes commerciales de tout Nauril et, avec une série d’autres problèmes, vidé les caisses du royaume. Lui venir en aide à présent était donc la bonne décision.
Il n’avait simplement pas envie de le faire gratuitement.
« Votre Majesté, vous connaissez le salon ? »
Kraiss mêla ses intérêts personnels aux affaires publiques. Il expliqua l’objectif du salon et son utilité, puis demanda au roi d’y faire un tour une fois qu’il l’aurait lancé.
« Quand tu veux. »
Crang sourit avec aménité. S’il suffisait de se donner un peu de mal pour remplir les caisses du royaume, il n’y avait rien qu’il ne ferait pas.
Il irait même jusqu’à se déshabiller et danser, s’il le fallait.
« Alors, vous allez à Azpen ? Vous comptez lancer une nouvelle guerre à grande échelle ? »
Rem le Barbare avait rejoint le groupe, guidé par son flair habituel, et posa la question sans détour. Crang lui répondit sans laisser paraître la moindre inquiétude, pas même l’ombre d’une moustache de fourmi.
« Non. »
« Alors, quoi ? »
Enkrid prit la parole.
« Je leur ai dit de se montrer. »
« Qui ça ? »
« Le roi d’Azpen. »
« Et il va vraiment venir juste parce que tu le lui as demandé ? »
« Et s’il ne vient pas ? »
Crang répondit par une question, le sourire aux lèvres.
Sa décision ne paraissait pas le fruit d’un calcul très poussé, mais, dans les faits, même si le roi d’Azpen refusait la demande de Crang, cela ne manquerait pas de créer d’autres problèmes.
Avant tout, on pouvait se demander à quoi rimait toute cette affaire. Crang savait que sa démarche pouvait sembler douteuse.
Mais il accordait plus d’importance aux résultats qu’à la manière d’y parvenir. Avant de passer à l’action, il avait pesé les conséquences de ce qui s’était déjà produit.
Écraser Azpen au grand jour ? Y marcher avec une armée, incendier des villes, piller ?
Il le pouvait, mais ne le ferait pas.
Pour cela, la Garde-frontière devrait prendre les devants, et le risque d’embraser tout le continent était trop grand.
Même sans tenir compte de cela, anéantir un pays n’avait rien de facile.
Prendre des otages et en faire un État vassal ?
Les habitants d’Azpen étaient bien trop fiers. Ils ne se soumettraient pas facilement.
Des rébellions éclateraient partout.
Certains nobles prendraient le parti de Nauril, d’autres non.
Une gouvernance stable serait hors de portée.
Le problème, c’était que Naurillia n’avait tout simplement pas les moyens de faire face à tout cela pour l’instant.
Les soumettre par la seule force était à leur portée.
En temps normal, cela ne l’aurait pas été, mais l’existence d’Enkrid et de l’Escouade des Fous avait rendu la chose possible.
Pour autant, soumettre complètement Azpen était une tout autre affaire.
Si Nauril s’y était préparée, tenter d’absorber un pays voisin en aurait valu la peine. Mais, aux yeux de Crang, ce n’était pas une bonne idée ; le moment était venu de rechercher la stabilité.
Le meilleur scénario serait que le roi d’Azpen règle lui-même la question.
Que les choses prennent exactement la direction souhaitée par Crang. Mais, pour cela, il fallait qu’ils se rencontrent au moins une fois.
Que la rencontre se termine par des menaces ou par des négociations.
En se déplaçant en personne, il comptait donc trouver discrètement un arrangement avec Azpen, dans les coulisses.
En politique, quoi de mieux que de jouer les ignorants en public tout en tirant les ficelles dans l’ombre ? Rien.
Il avait donc envoyé un émissaire à Azpen pour proposer une rencontre secrète.
Et si Azpen lui tendait un piège ? Ce serait une catastrophe. Pour Azpen, pas pour Crang.
Si Crang changeait ne serait-ce qu’un peu d’avis, Azpen pourrait être rayé de la carte.
Le danger d’y aller en personne était bien réel, évidemment, mais si l’opération était possible, c’était la meilleure option. Telle était la conclusion de Crang.
Si les choses tournaient mal, il n’aurait qu’à tuer le roi et à s’éclipser.
Il ne prendrait pas de vies sans raison. Mais un roi était responsable du simple fait qu’il occupait le trône. Cette couronne impliquait des obligations. Ce trône entraînait des responsabilités.
Un dicton répandu au sujet des rois.
Ainsi, le roi d’Azpen, puisqu’il avait pris place sur ce trône, n’aurait aucun droit de se plaindre s’il devait mourir pour cela.
La défaite, la mort des chevaliers, tout cela remontait au roi, tout en haut de la hiérarchie.
C’était l’opinion personnelle de Crang, mais chacun ne vit-il pas selon ses convictions ?
Crang ne faisait pas exception.
Quoi qu’il arrive, si le roi d’Azpen mourait, le pays sombrerait dans la guerre civile. Même si les deux grandes maisons de Hurier et d’Ekins s’alliaient pour installer un roi fantoche sur le trône, le chaos régnerait tout de même.
S’il restait une possibilité de discuter, rien de tout cela n’arriverait.
La rencontre était secrète, mais il s’y rendrait sous son propre nom, et le poids de sa parole ne pouvait pas être ignoré.
Quoi qu’il en soit, voilà ce que Crang cherchait à faire.
Une décision audacieuse. De l’aplomb. Une rencontre en face à face avec le roi d’Azpen.
Ce qu’il pouvait en tirer n’avait rien de négligeable.
Dans l’idéal, s’ils parvenaient vraiment à s’entendre, tant mieux.
Si Azpen sombrait dans la guerre civile et que les plus obtus décidaient, par désespoir, de s’en prendre à Nauril, cela signifierait la guerre, avec des pertes inévitables de leur côté.
C’était évident, mais si cela arrivait, ils se battraient. Le sang coulerait. Seulement, pas aujourd’hui, et certainement pas à cause des derniers soubresauts désespérés d’un pays déjà en train de s’effondrer.
Crang ne dévoila pas tous les calculs qu’il avait faits.
Enkrid ne devait de toute façon pas s’y intéresser beaucoup.
Il énonça donc son intention simplement, sans détour.
« Je veux voir la tête de ce salaud qui n’arrête pas de chercher la bagarre. »
C’était une raison bien directe pour négocier la fin de la guerre, mais Enkrid donna son accord.
Il savait bien que Crang n’agissait jamais sans réfléchir.
C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent à trois fauves.
Sinar, Jaxon et Enkrid.
Jaxon et Sinar étaient là pour déjouer toute tentative d’assassinat ou de trahison.
Et Enkrid, héros de la bataille.
La demande venait en partie du roi d’Azpen lui-même.
« Si celui qui a arrêté l’armée à la fin de la bataille m’accompagne, je me présenterai. »
Voilà, en gros, le message qui leur était parvenu.
Andrew Gardner les accompagnerait en qualité de cocher.
Inutile que Rem ou qui que ce soit d’autre se joigne à eux.
Du côté d’Azpen, ils ne seraient que cinq, le roi compris.
Le principe de l’opération était simple.
Y aller en secret. Se rencontrer en secret.
« Très bien, alors. »
Après avoir roulé quelque temps, le groupe passa à l’ouest de Cross Guard et poursuivit sa route un peu plus loin.
Ils longèrent les vestiges du campement d’une armée, tuèrent quelques Créatures démoniaques et Bêtes magiques dans les ténèbres de la nuit, puis, après un long trajet, aperçurent une lumière au loin. Le lieu de rendez-vous.
Même Enkrid se demanda quel genre d’homme était le roi d’Azpen.
À quel point fallait-il aimer la guerre pour venir provoquer l’ennemi avec une telle obstination ?
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