Chapitre 541
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 541 : Le Chevalier du Mur de Fer
= = =
« Vous devez être le seigneur. »
Graham se tourna vers l’homme qui venait de surgir de nulle part.
Un fou ?
À le voir, il n’aurait pas été surprenant qu’il bave. Gambison déchiré, fourreau cabossé, casque enfoncé sur la tête.
À première vue, ce n’était qu’un homme qui avait perdu la raison. Graham n’en saisit pas moins son épée et son bouclier et se mit en garde.
Le misérable expira lentement, cligna plusieurs fois des yeux injectés de sang, puis parla.
« Je suis occupé. Je vais en finir avec vous rapidement. »
Le ton était détaché. Pas l’intention meurtrière qui s’y cachait.
Avant même que le dernier mot ne franchisse ses lèvres, un rugissement éclata sur le front.
Ouah !
Le champ de bataille. On aurait dit qu’un nom se mêlait aux cris, mais la distance avala les mots avant qu’ils ne parviennent clairement jusqu’à eux.
Graham s’apprêtait à rassembler tous les soldats disponibles, unités de l’arrière comprises, pour former une ligne défensive complète dès que la bataille rangée éclaterait. Un combattant de plus, c’était un mort de moins dans leurs rangs, victoire ou non.
Puis cet homme avait surgi des broussailles, près du camp, et lui avait barré la route.
Il n’y avait presque aucun soldat à proximité. Affectés aux ravitaillements ou non, tous avaient les yeux rivés sur le front.
Chling.
Le fou aux yeux injectés de sang dégaina son épée et fit rouler sa tête d’un côté à l’autre, la pointe de sa lame oscillant au même rythme. Quoi qu’il eût traversé, son esprit comme son corps étaient manifestement en mauvais état. Son axe était décalé, son équilibre déformé d’une façon subtile, mais anormale.
Ses marmonnements n’arrangeaient rien.
« La tête d’un seigneur, ce serait un sacré exploit, non ? »
Qu’est-ce que c’était que ces sottises ?
Certes, il était le seigneur de Border Guard. Mais le moindre gamin des rues savait qui représentait véritablement ce territoire.
Le Tueur de créatures démoniaques. L’ami proche du roi. Enkrid.
Son propre titre n’était guère plus qu’un ornement. Bien sûr, Graham lui-même ne le voyait pas tout à fait ainsi.
Le vieux guerrier savait trop bien quelle chance c’était de se tenir aux côtés d’Enkrid et de se perfectionner en l’observant.
Il titubait, son épée à peine dégainée, et pourtant, l’homme qui barrait la route de Graham n’avait rien d’une menace ordinaire. Un simple fou n’aurait jamais pu arriver jusque-là.
Graham percevait le danger que représentait son talent. À ses côtés, Grenouille, dont l’œil pour jauger les combattants surpassait de loin celui de n’importe quel humain, le confirma d’un murmure.
Ruagarne et Kraiss l’avaient postée ici pour protéger Graham.
« C’est un chevalier. »
Trois mots. C’était suffisant.
Juste avant qu’elle ne parle, l’un des gardes avait froncé les sourcils et commencé à s’avancer. Graham l’attrapa par le bras.
« Reste en arrière. »
« Seigneur ? »
« Recule. »
Graham n’était pas un homme calculateur. Mais il n’était pas non plus du genre à détourner les yeux devant ce qui se trouvait juste sous son nez.
Le garde mourrait s’il intervenait. Il ne pouvait pas rester là à regarder ça se produire.
Mettre en danger quelqu’un dont il connaissait le nom et le visage, avec qui il avait mangé, dormi et s’était entraîné, juste pour voir s’il pouvait encaisser un coup ?
Pour Graham, tout commandant qui agirait ainsi mériterait d’avoir la gorge tranchée sur-le-champ. Il ne serait donc pas cet homme. Il repoussa le garde derrière lui.
Est-ce aujourd’hui que je vais mourir ?
Il ignorait comment un chevalier ennemi avait pu se retrouver dans un tel état, mais si cet homme était vraiment ce qu’on appelait un fléau, il serait peut-être incapable de parer ne serait-ce qu’un seul coup.
Avec un peu de chance, il en arrêterait deux ?
Malgré tout, Graham garda son épée en main.
Tout soldat qui foulait un champ de bataille devait faire sa part.
Rester là à offrir tranquillement son cou n’était pas le rôle du seigneur.
« Je suis le seigneur de Border Guard. »
Graham serra son épée et regarda droit devant lui. La lame de son adversaire disparut.
Avant même qu’il eût fini de parler. Pas le temps de pousser un cri de guerre. Seul un entraînement répétitif et sans finesse le sauva.
Graham avait observé Enkrid à un moment où il croyait avoir atteint ses limites, tant en âge qu’en talent. En le regardant, il avait compris qu’une fin n’en était pas une, mais un commencement, et depuis ce jour, il n’avait pas épargné une goutte de sueur.
C’est ce qui lui sauva la vie.
Par habitude, il lança son épée en diagonale, planta les deux jambes pour s’ancrer au sol, prit appui et tenta de dévier la lame qui s’abattait sur lui.
Cette habitude était née des entraînements contre Enkrid. Du résultat de ses efforts désespérés pour survivre à ne serait-ce qu’un coup.
En pratique, son épée partit de biais, portée par toute sa force, avant qu’une chose bien trop puissante pour être maîtrisée ne s’écrase sur elle, telle une lame de pure violence.
Clang ! Ka-ka-ka-kang !
Impossible de parler d’une déviation nette. À moitié, tout au plus.
Mais il tint bon.
Graham était seigneur, aussi portait-il une épée de qualité : une lame en Acier valérien. L’un de ses tranchants avait été meulé à moitié, comme une scie.
Même si le coup avait été dévié de moitié, sa main qui tenait l’épée semblait prête à éclater. Sa prise avait peut-être même légèrement entaillé sa paume.
Il avait tenu bon.
La chance y était peut-être pour moitié, mais le résultat restait le même. Et il s’agissait tout de même d’une Frappe du chevalier.
Bien sûr, Cowin était loin d’être dans son état normal. Le chaos de la bataille, le sang et la fuite avaient brisé quelque chose dans son esprit, ne laissant subsister qu’un seul objectif limpide.
Tuer le seigneur et s’en aller. Une idée absurde, qui ne lui attirerait que de la rancœur, mais c’était ce à quoi son esprit brisé s’était raccroché.
Il avait mis son plan à exécution. Il avait caché son Arme gravée dans le mauvais fourreau pour que personne ne la remarque, volé un gambison et l’avait enfilé, puis rampé à travers les broussailles jusqu’ici, faute de posséder le don de camouflage digne d’un conte de Jamal.
Même ainsi, il n’avait trouvé une ouverture que parce que les forces d’Azpen avaient lancé un assaut frontal, créant une brèche par laquelle il avait pu se faufiler.
Sans cela, il aurait été repéré.
« Saleté de grenouille. »
Les yeux injectés de sang de Cowin luisirent. Ils débordaient d’intentions meurtrières.
L’autre raison pour laquelle son premier coup n’avait pas tranché la gorge du seigneur s’enroulait autour de sa cheville.
Le fouet de Ruagarne avait sauvé la vie de Graham. Et Ruagarne, qui tenait ce fouet, avait tiré une conclusion en observant le coup.
De seconde zone.
C’était sans aucun doute un chevalier. Mais tous les chevaliers ne se valaient pas.
Sa technique était d’une grossièreté gênante, comparée à celle d’Enkrid, de Rem ou de Ragna.
Ce qui signifiait…
Elle pouvait le retenir.
Le retenir, rien de plus. Cette histoire ne pouvait pas bien se terminer.
Ruagarne se trouvait là pour protéger Graham parce que Kraiss avait craint qu’Azpen ne contourne leurs positions et n’envoie une force de frappe sur leur flanc. Personne n’avait imaginé qu’un chevalier viendrait seul.
Il n’était donc pas vraiment possible d’appeler à l’aide.
Cette histoire ne pouvait pas bien se terminer. Au mieux, elle tiendrait jusqu’à ce qu’elle en meure.
Est-ce que je renonce, alors ?
Elle se posa la question. Elle n’avait pas besoin d’y répondre.
Glurp.
Ruagarne gonfla les joues.
Il y a des moments où l’on n’a pas le loisir de céder à la défaite ou au désespoir. Des moments où il faut agir, tout de suite. Comme cet homme qu’elle avait observé tout ce temps. Elle resserra sa prise sur la boucle du fouet.
« Je vais tous vous tuer. »
Cowin prononça ces mots et tira sur sa jambe. Malgré tous ses efforts pour résister, Ruagarne fut entraînée vers lui.
Boum !
Elle leva au-dessus de sa tête l’Épée en boucle qu’elle tenait de la main droite et para le coup. Sa lame s’abattit sur l’arme dans un fracas.
Non pas parce qu’elle avait anticipé le coup, mais parce qu’elle l’avait deviné.
Juste après, Graham poussa un bref cri d’effort et abattit son épée à côté d’elle.
Au-delà des gardes, les soldats avaient entendu le vacarme et accouraient, mais le regard de Cowin était déjà ailleurs.
Il croyait pouvoir les tuer et s’en tirer, peu importe qui tenterait de l’arrêter.
C’était déjà la folie qui parlait.
Oui, un chevalier pouvait massacrer mille hommes à lui seul. Mais encerclé de toutes parts par des soldats et des volées de flèches, qui pouvait espérer s’en sortir vivant ?
Même les chevaliers se fatiguaient.
S’il avait été capable de raisonner aussi clairement, il ne serait jamais allé aussi loin.
Les yeux de Cowin rougirent davantage. Ses capillaires éclatèrent, les rendant cramoisis, et des larmes de sang coulèrent au coin de ses yeux. Il ressemblait moins à un homme qu’à une Bête magique ou une Créature démoniaque.
Une lame imprégnée d’intentions meurtrières fendit sauvagement l’air.
Fiiiiou !
Le chevalier, dont l’arme était la perspicacité, s’était mis à les assaillir à coups de vitesse brute et de force pure.
Dans des circonstances normales, quelqu’un aurait déjà dû être taillé en pièces. Pourtant, Graham tint bon, même lorsque son armure fut déchiquetée et que la chair de son avant-bras fut entaillée.
Il avait observé Enkrid tout ce temps et s’était entraîné sans relâche. Il avait confié à Kraiss toutes ses tâches de seigneur, et c’était ce que ce temps avait bâti.
Il avait atteint un niveau qu’on pouvait qualifier de chevalier junior.
En toute logique, un chevalier junior n’aurait pas dû pouvoir dévier ainsi des coups les uns après les autres. Ça n’aurait pas dû être possible. Pourtant, c’était ce qui se passait.
Pour trois raisons. Premièrement, la Volonté de Cowin s’était effilochée sous les coups qu’il avait ignorés pendant sa fuite. Deuxièmement, le fouet de Ruagarne lui happait sans cesse la cheville et lui faisait perdre l’équilibre. Troisièmement, Cowin n’exploitait pas sa force, mais attaquait en s’appuyant sur ce qui avait toujours été son point faible.
Il frappait avec sa force brute au lieu d’utiliser la perspicacité qui faisait sa force.
« Aaaargh ! »
Le cri de Cowin, qui avait perdu tout son sang-froid, ne portait que ténèbres et bile. Rien que de l’entendre était pénible.
La plupart des soldats autour d’eux grimaçaient.
Cela ne signifiait pas pour autant qu’ils pouvaient intervenir.
Fchht.
L’épée de Cowin fendit de nouveau l’air. Sa Volonté avait beau être endommagée, un chevalier restait un chevalier.
Ce coup aurait pu trancher la tête de Graham sans que personne n’eût rien à redire.
De plus, Graham avait déjà envoyé ses propres gardes à l’arrière pour leur éviter de mourir.
Toc !
Et pourtant, Cowin n’obtint toujours pas ce qu’il voulait.
Son épée avait bien tranché quelque chose. Mais pas le cou du seigneur.
Flap. Flap.
Le bras qu’il avait sectionné, celui de Grenouille, tomba au sol et y battit comme un poisson hors de l’eau, au milieu d’une flaque de sang qui s’élargissait.
« Combien de fois crois-tu pouvoir encore parer mes coups ? »
Cowin lâcha ces mots, une froideur sinistre au fond de la voix.
À présent, une mince lueur de calme avait refait surface en lui. Quelque chose qui ressemblait à de la lucidité.
C’était presque un vœu qu’il formait lui-même, mais si les choses avaient duré, même ces ténèbres auraient pu s’endurcir en Volonté et ouvrir une voie à Cowin.
La voie d’un chevalier fou, baignée de sang. Mais une voie tout de même.
À condition qu’il survive.
Cowin avait brisé le bouclier de Graham et lui avait cassé les doigts. Il avait pris la jambe de Ruagarne. Mais il ne les avait tués ni l’un ni l’autre.
L’important, c’était que du temps avait passé et que Cowin, dans son état dément, ne s’en était pas rendu compte.
« Eh bien, eh bien. Ce salaud a vraiment réussi à venir jusqu’ici. Qu’est-ce que tu fais là ? »
Une voix mit brusquement fin au combat. Légère, presque enjouée. Malgré tout, Cowin se jeta une dernière fois sur le seigneur, mais son corps ne répondit pas à son intention.
Quelque chose siffla dans les airs avec cette voix et traversa l’espace entre Graham et Cowin.
Cowin recula par réflexe. Graham réagit un battement trop tard et tressaillit simplement.
La chose allait plusieurs fois plus vite que la lame de Cowin un instant plus tôt.
Boum !
L’objet s’enfonça dans la terre avec un fracas de tonnerre, soulevant un nuage de poussière qui éclata puis se dispersa. En y regardant de plus près, c’était une hachette. Même Graham avait à peine réussi à la voir bouger ; pour les soldats autour d’eux, elle avait dû filer comme un éclair.
La hachette lancée frappa le sol et projeta de la terre. Quelque chose dans cette scène donnait l’impression que la lumière elle-même s’était brisée en éclats.
C’était une hache de jet, donc sa lame était un peu plus petite, mais tout son tranchant s’était enfoncé dans le sol. Une force monstrueuse.
La tête de Cowin pivota. Ses yeux s’écarquillèrent, leurs bords se déchirant. Certains des capillaires qui avaient éclaté cédèrent, et le sang lui coula sur le visage.
« Pourquoi êtes-vous ici ? »
Le dieu de la mort était revenu. Un monstre aux cheveux gris.
Derrière lui se tenait un homme aux cheveux noirs et aux yeux bleus, et, sur le côté, une silhouette aux cheveux roux, au visage impassible.
Tout près d’eux, une soldate reprenait son souffle. Elle s’appelait Finn.
Finn était revenue faire son rapport et, comprenant ce qui se passait à son arrivée, avait vite réagi en ramenant Enkrid avec elle.
Graham lui devait plus de remerciements qu’il n’aurait su en exprimer.
Dès que les réflexes de Cowin se déclenchèrent et qu’il tenta de s’enfuir, quelque chose fendit l’espace où il comptait se précipiter.
Il se tordit pour esquiver et reconnut une lame en forme de feuille. L’elfe qui la tenait, une silhouette aux cheveux d’or dont nul n’oubliait le visage après l’avoir vu, ouvrit la bouche.
« Je ne te laisserai pas fuir, misérable avorton. »
Qu’est-ce que c’était que ces paroles insensées ?
Cowin le pensa et promena son regard sur tous ceux qui l’encerclaient désormais.
« Frère, l’heure est venue d’aller retrouver les dieux. »
Ces mots venaient d’une grande silhouette semblable à un ours, debout sur le côté.
Et ils se révélèrent exacts.
« Ouah ! »
Le cri qui jaillit de Cowin tenait à moitié du hurlement, à moitié du cri de guerre, tandis qu’il cherchait une issue. Sa perspicacité, proche d’un don surnaturel, lui faisait lire l’avenir.
Après avoir entrevu tous les futurs qui s’offraient à lui, Cowin vit venir l’attaque inévitable qui allait lui ouvrir la gorge.
« Non ! »
Ce fut son dernier mot.
Crac.
La tête du chevalier Cowin se détacha de ses épaules et tournoya dans les airs.
Rem, qui avait brandi la hache, s’apprêtait à fendre la tête de Cowin lorsqu’elle toucha le sol, puis se ravisa.
À quoi bon réduire en morceaux le crâne d’un mort ?
« Putain de cinglé. »
Rem cracha par terre. D’une façon ou d’une autre, toute cette histoire lui laissait un goût amer.
Graham et Ruagarne, qui avait perdu ses membres, laissèrent enfin échapper de longs souffles tremblants.
Enkrid les aida tous deux à se relever.
« Mes membres repoussent », déclara Ruagarne. Des soldats s’étaient précipités pour rapprocher les parties sectionnées et les bander, et c’est ce qu’elle leur dit.
« Comment ça s’est passé sur le front ? » demanda Graham.
« Je les ai renvoyés chez eux. »
Enkrid avait toujours témoigné du respect à Graham, et cette réponse lui convint également.
Cela voulait dire que personne n’était mort dans cette bataille.
Enkrid le dit simplement, et certains des soldats massés autour d’eux enregistrèrent la scène : l’Escouade des Fous avait abattu sans détour et en un instant le chevalier qu’on appelait un fléau.
Peu de gens avaient assisté à la scène.
Leurs unités devaient tenir leurs positions tout en observant la retraite d’Azpen.
Mais certains avaient vu de leurs propres yeux ce qu’Enkrid avait fait.
« Mur de Fer. »
Quelqu’un le lança, et, aussitôt, le surnom le plus célèbre d’Enkrid fut remplacé. L’épithète d’Épéiste du Mur de Fer venait de naître.
« Nous sommes arrivés trop tard », dit Gros Yeux Kraiss en sortant des rangs des soldats qui observaient. À ses côtés, Esther, sous sa forme de panthère, regardait Enkrid de ses yeux bleus.
Si la Fin des Guerres d’Azpen évoquait l’effondrement et le désespoir, celle de Naurillia annonçait la naissance d’un héros.
De nombreux regards avaient suivi le champ de bataille ; les rumeurs se répandraient donc vite.
La soirée se déroula ainsi, après qu’ils eurent sauvé Graham et soigné Ruagarne, dont les membres avaient été sectionnés.
Les toasts et les réjouissances attendraient. La priorité des prochains jours serait de nettoyer les suites de la bataille. Ils devaient rester vigilants au cas où Azpen déciderait de tenter une nouvelle folie ; pas question de se laisser aller à boire pour l’instant.
Les soldats se lavèrent, mangèrent, réparèrent leur équipement et passèrent la soirée à parler de l’excitation qui les habitait encore.
Ce n’est qu’alors qu’Enkrid sentit un certain vide, qui se manifesta pleinement au cœur de la nuit.
« On l’a trouvé par chance. »
« Il s’appuyait sur son espadon comme sur une canne et se dirigeait vers Azpen ! »
Ragna, ramené par les sentinelles de l’équipe de reconnaissance en patrouille sur le périmètre.
« Ah. »
Enkrid laissa échapper un bref son de surprise.
Il avait complètement oublié Ragna.
« Ha. On a fini par me trouver, comme il faut. »
Ragna marmonna quelque chose d’incohérent, entra dans la baraque et s’effondra, les yeux révulsés.
Direction la tente médicale, naturellement.
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