Chapitre 540
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 540 : La fin de la guerre
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Clemen, une soldate d’infanterie légère de l’Armée permanente de la Garde-frontière, aperçut le dos d’un homme.
Il lui sembla s’élargir sans cesse, jusqu’à emplir tout son champ de vision. Puis il devint un mur qui lui barrait la route.
Un mur s’éleva devant ses yeux, comme une apparition, entre les ennemis et ses alliés.
Elle savait que ce n’était qu’une illusion, un tour de son esprit. Pourtant, Clemen reconnut le mur.
Il résistait à tous les coups et se dressait en rempart pour les siens.
Au-delà de cette muraille, née de sa vision, elle vit les ennemis qui affrontaient ses alliés tomber à genoux, un à un.
Avaient-ils vu la même chose qu’elle ?
Elle l’ignorait.
Mais elle n’avait pas besoin de le savoir.
Ce qui se passait autour d’elle, et même l’endroit exact où elle se tenait, lui paraissait sans la moindre importance.
La vision s’estompa. Il ne resta qu’un homme, debout, seul.
Clemen connaissait le surnom de celui qui était apparu de nulle part pour s’interposer entre alliés et ennemis.
Le Tueur de créatures démoniaques.
Elle connaissait aussi son nom.
Enkrid.
Et son rang.
Seigneur et général du territoire environnant, connu sous le nom de domaine de la Garde-frontière.
Il avait dit : « Ça suffit. Arrêtez. »
Et la bataille prit fin.
Le soleil était toujours suspendu dans le ciel, déversant sa lumière sur le sol. Tout autour d’elle lui apparaissait avec une netteté insoutenable.
La fin des combats s’imprima dans tous les esprits, aussi clairement que la lumière du soleil qui illuminait le monde.
C’était la fin.
« La fin de la guerre. »
Clemen murmura ces mots. Pourquoi ? Une vieille chanson, souvent entonnée par les bardes itinérants, lui revint en mémoire. Celle qui parlait du Chevalier de la Fin des Guerres.
Elle connaissait cette chanson.
On y trouvait des vers sur ceux qui pouvaient arrêter une bataille sans même tirer leur épée.
Ce qui venait de se dérouler sous ses yeux n’existait que dans les chansons des bardes.
À un moment, un frisson s’était mis à parcourir tout le corps de Clemen.
Ses poils se hérissèrent. Ses yeux ne virent plus que cet homme.
Même après la disparition de la vision, elle ne parvenait pas à détourner le regard.
Le Chevalier de la Fin des Guerres ?
Son murmure ne parvint pas à devenir des mots.
Personne autour d’elle ne prononça un son.
Même le vent semblait le contourner avec précaution. La lumière du soleil paraissait le soutenir. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était regarder.
Sans s’en rendre compte, Clemen avait quitté les rangs et s’était avancée. Puis elle trébucha et tomba.
C’était le genre d’erreur qu’elle ne commettait jamais d’ordinaire. Pourtant, elle s’affala avec un bruit sourd, se tordit la cheville et s’érafla le genou jusqu’au sang.
Elle aurait dû crier, mais elle ne ressentait aucune douleur. Le tremblement continuait de la parcourir.
Clemen sentit quelque chose bouillonner dans sa poitrine, son cœur brûler de chaleur.
À genoux, elle leva la tête. Quelle était cette sensation ?
Elle l’ignorait. Cela n’avait pas d’importance.
« En-krid ! »
Elle ne fit que crier le nom de son héros.
Et elle ne fut pas la seule.
Tous les soldats de son camp criaient le nom de l’homme qui s’était dressé devant eux.
Enkrid !
Le nom de l’homme qui avait tout arrêté sur un champ de bataille où ne restaient que mort après mort, acier et sang.
* * *
Clemen ne fut pas la seule. Dans les rangs ennemis aussi, beaucoup vécurent un moment semblable.
L’un d’eux était un commandant, l’un des rares à avoir compris en cours de route que quelque chose avait mal tourné.
Imbéciles.
Il maudit les chefs qui avaient laissé la situation en arriver là, mais le mal était déjà fait.
Même s’il désobéissait aux ordres à présent, il n’y avait plus de retour en arrière.
En observant de près l’armée bien organisée de la Garde-frontière, une certitude s’imposa à lui.
Nous allons perdre.
Et pas seulement perdre : subir une déroute écrasante. Parmi les corps qui s’amoncelleraient, sept ou huit sur dix seraient ceux de soldats d’Azpen, ses propres hommes.
Malgré tout, la flèche avait déjà été décochée. L’eau avait coulé, la feuille s’était détachée de sa branche.
La plupart des commandants et des soldats qui chargeaient les lignes ennemies comme des possédés reprirent leurs esprits.
Ou plutôt, la peur les ramena de force à la raison.
Avance et tu meurs, alors tais-toi et reprends tes esprits. C’est bien ça ?
Voilà, en gros, comment résumer ce moment en termes simples.
C’est peut-être ainsi que Rem l’aurait dit.
Quoi qu’il en soit, les commandants qui avaient d’abord compté sur une attaque de leurs propres chevaliers par l’arrière pour renverser l’issue du combat s’immobilisèrent tous.
Alors qu’ils n’avaient d’autre choix que de se battre, les forces d’Azpen virent en leur ennemi un homme digne de respect.
Ils ne le ressentaient peut-être pas sur le moment, mais, plus tard, en repensant à cette scène, ce respect s’imposerait à eux sans le moindre doute.
Cet homme s’était avancé pour leur barrer la route et empêcher qu’un sang inutile soit versé.
S’ils s’étaient battus, Azpen aurait subi une défaite catastrophique, rien de plus.
Si le massacre avait commencé, de qui le sang aurait-il couvert le champ de bataille ?
Une question qui n’exigeait aucune réponse.
« Waouh. »
Un soldat de l’avant-garde d’Azpen laissa tomber sa mâchoire et souffla ces mots.
« Hé. C’est fini. »
Un capitaine d’assaut au regard perçant le déclara sans détour. L’élan était brisé. Charger maintenant, c’était se faire anéantir sans même égratigner l’ennemi.
Même le plus stupide des commandants n’aurait pu se jeter dans la mêlée à un tel moment.
Ainsi, commandants et soldats d’Azpen regardèrent tous la même personne.
Celui qui se tenait seul et faisait barrage sur le champ de bataille.
On disait qu’un chevalier pouvait abattre mille hommes.
Alors, comment appeler celui qui se dressait seul face à une armée de plus de mille soldats ?
« Un héros vient de naître. »
Un commandant prononça ce que son instinct lui avait déjà soufflé et déposa tranquillement son arme.
La bataille était terminée, mais il restait à gérer les suites d’une capitulation.
À l’arrière, quelque part, se trouvait un homme qui avait assisté de loin aux combats sans rien faire tandis que son supérieur était tué. À présent, il était le commandant le plus haut gradé.
En voyant cet homme surgir et barrer à lui seul la route à toute une armée, quelque chose s’effondra en lui. Quel que fût le tremblement qu’il avait pu ressentir, tout disparut.
Ne pas les tuer. Les arrêter ?
C’était comme saisir les rênes d’un cheval au galop et le forcer à s’immobiliser par la seule force de ses bras.
Rien que réussir à arrêter ainsi un cheval aurait déjà été remarquable, mais normalement, si on le contraignait de la sorte, il tomberait, se briserait une patte ou se romprait le cou.
Bon sang, c’est seulement possible, ça ?
Pourtant, le cheval était indemne. Le cavalier aussi.
Vu de loin, on aurait juré qu’un seul homme avait arrêté toute une armée à lui seul.
Il vit la lumière du soleil tomber sur l’homme debout au milieu du champ de bataille et fut saisi d’effroi.
Qu’est-ce qui s’effondrait en lui ?
Son avenir. Tout ce qu’il avait réussi à bâtir jusque-là.
Il aurait mieux valu se battre et perdre.
Même si les morts s’étaient amoncelés jusqu’à former une montagne.
Il aurait pu dire qu’ils s’étaient battus jusqu’au bout, que leur commandant était tombé au combat, et qu’il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour exécuter les ordres du chevalier.
Il aurait subi des conséquences, mais pas de quoi finir au bout d’une corde.
Mais si tout s’arrêtait là, que se passerait-il ?
Si la bataille se terminait ainsi, à qui en ferait-on porter la faute ?
Même si toute la vérité éclatait, ce serait un problème. Le chevalier était en cause, bien sûr, mais lui aussi, pour avoir suivi le mouvement sans protester.
La peur l’avait simplement paralysé au point de vider son esprit.
Il se hâta de s’enfuir. Limiter les pertes et prendre la fuite lui semblait être sa seule option.
Il ne restait à son armée qu’un massacre, et rien ne garantissait qu’il survivrait à ses conséquences.
Y avait-il quoi que ce soit au monde de plus important que sa propre tête ?
Survis d’abord, tu réfléchiras après.
Pour chaque personne qui parlait de devoir et de responsabilité, il y en avait toujours une autre à l’exact opposé.
Il attrapa un cheval et s’éloigna au galop, mais à mi-chemin, il tomba nez à nez avec une unité alliée qui venait dans sa direction.
Impossible de les contourner. Il tira sur les rênes et, à cet instant, Abnair sortit de leurs rangs pour l’accueillir.
« Que s’est-il passé ? »
Le fuyard cligna des yeux. Il haletait trop fort pour répondre ; il ne faisait que le regarder en suffoquant.
Que faisait Abnair ici ?
Abnair était venu parce que le commandant avait cessé d’envoyer ses rapports habituels et qu’un pressentiment le titillait à la base de la nuque.
Même s’il avait confiance en Barnas, un malaise persistant l’avait poussé à se diriger vers le champ de bataille.
En chemin, il s’était répété que rien n’avait dû mal tourner, mais la situation avait pris un tour que personne n’avait prévu.
« Eh bien… c’est que… »
L’homme débita ses excuses. Elles ne tenaient pas la route.
Abnair observa ses yeux fuyants et comprit qu’il cachait quelque chose.
« À partir de maintenant, si tu mens en répondant à l’une de mes questions, je te coupe un poignet. »
Il ne le dit pas brutalement, ne le saisit pas au col. Il parla avec calme, d’un ton égal.
L’effet fut pourtant immédiat. Abnair était un homme qui tenait parole.
L’homme, qui avait abandonné toute son unité, le savait au moins.
« Qu’est-il arrivé à ton supérieur direct ? »
« I-il est mort. »
L’homme reprit son souffle avant de répondre, tandis qu’une sueur glacée lui coulait dans le dos.
La vérité lui échappa ensuite tout entière. Abnair écouta son récit jusqu’au bout, puis ferma les deux yeux.
Nous avons perdu.
Il n’avait pas saisi chaque détail, mais la défaite était certaine.
Sinon, pourquoi un chevalier ennemi se trouverait-il en première ligne, là où la bataille faisait rage, tandis que Barnas n’était toujours pas revenu au camp ?
Ah.
Ce n’étaient pas les Chevaliers à la Cape Rouge qui les avaient arrêtés, mais l’Armée permanente de la Garde-frontière.
Qu’est-ce que cela signifiait ?
Que la puissance militaire de l’Armée permanente de la Garde-frontière dépassait celle de tout le duché d’Azpen.
En additionnant les effectifs ou en examinant n’importe quel autre facteur, cela aurait dû être impossible.
Un chevalier.
Une force que l’on qualifiait de désastre avait été arrêtée.
Abnair leva un instant les yeux vers le ciel. Le bleu, les nuages blancs qui s’y découpaient. La lumière qui filtrait entre eux.
Le vent souffla et ses cheveux bougèrent.
Il retira son casque et hocha la tête.
« Tuez-le. »
« Pourquoi ?! »
Le commandant tenta de s’enfuir.
Quelle stupidité. Où comptait-il aller, à présent ?
Une défaite ? Pardonnable. Perdre un commandant sous la lame d’un chevalier déchaîné ? Cela aussi, c’était pardonnable.
Mais abandonner le reste de son armée et fuir seul était impardonnable.
Sans officier supérieur, un massacre pouvait se produire.
Paf !
Un soldat de l’escorte projeta sa lance en avant. L’homme pivota pour tenter de détaler, mais la pointe lui transperça le dos.
« Gakh ! »
Il bascula en avant et s’écrasa face contre terre.
Sans même jeter un regard au mort, Abnair et son escorte reprirent leur chemin.
« Avons-nous perdu ? »
demanda le capitaine de l’escorte. Au lieu de répondre, Abnair énonça ce qu’il fallait faire.
« Ramenez-en autant que possible. »
L’ennemi les laisserait-il simplement rentrer chez eux alors qu’ils battaient en retraite ?
Et quelqu’un était sorti des rangs pour mettre fin à la bataille et faire régner le silence sur tout le champ. Qu’est-ce que cela signifiait ?
Il était temps d’aller voir de ses propres yeux et de faire ce qui devait être fait.
Abnair atteignit le champ de bataille et en contempla l’ensemble.
Il vit l’homme qui avait arrêté l’ennemi à lui seul. Abnair connaissait son visage et son nom.
C’était quelqu’un qu’il avait jadis voulu faire tuer par ses soldats. Il ne pouvait pas l’avoir oublié.
Des cheveux bleus, des yeux noirs, un homme seul sous la lumière du soleil. Désormais, il était juste de l’appeler chevalier.
Abnair ne savait pas jauger directement les compétences d’un homme, mais la situation elle-même rendait la puissance de celui-ci incontestable.
« Le Tueur de créatures démoniaques. »
Les lèvres d’Abnair remuèrent. C’était son surnom le plus célèbre.
Et maintenant ?
Abnair était prêt à risquer sa propre tête pour sauver son unité.
« Vous tous, repliez-vous. »
« Nous avons commencé ensemble. Nous irons jusqu’au bout. »
Le capitaine de l’escorte refusa d’écouter. Abnair n’avait pas de temps à perdre à le convaincre. Dès que l’Armée permanente de la Garde-frontière déciderait de combattre, les siens seraient anéantis.
Et dans ses rangs se trouvait un chevalier.
Il s’apprêtait à avancer quand l’ennemi prit la parole le premier.
« Repliez-vous. Rentrez chez vous. »
« Il nous laisse simplement partir ? »
C’était incroyable. Abnair marmonna ces mots pour lui-même.
Impossible à croire. Et pourtant, c’était vrai.
Cet homme avait arrêté la bataille, imposé le silence sur tout le champ, puis fait rebrousser chemin à l’armée d’Azpen.
Nul besoin de promettre qu’ils ne les poursuivraient pas.
Sa parole suffisait à le garantir.
Puis il leur tourna le dos le premier.
Abnair regarda Enkrid s’éloigner et repensa à tout ce qu’il avait compris.
Il devina ainsi, à peu près, pourquoi Enkrid s’en allait.
Un sang inutile.
On pouvait se battre. Mesurer la victoire et la défaite. Tuer et être tué. Un champ de bataille était un lieu de ce genre, et tirer son épée pour y entrer signifiait qu’on en avait déjà conscience.
Même ainsi, s’il jugeait cela inutile, il y mettait fin.
Les paroles d’Enkrid semblaient lui parvenir sans avoir été prononcées.
En voyant cela, Abnair sentit à son tour un frisson le parcourir.
Un frisson plus intense encore que celui qu’avaient ressenti ceux qui avaient vu le mur de Volonté et de Pression.
Un homme pareil peut-il vraiment exister ?
Abnair avait rencontré beaucoup de monde.
Il n’avait pas croisé ceux qu’on appelait des héros d’une époque, mais il avait vu des rois, des chevaliers impériaux, et même des chevaliers de la grande puissance du Sud.
On disait que le roi de l’Est lointain méritait bien le nom de héros. Mais face à l’homme qui se tenait là, qu’aurait-on vu ?
Du moins, dans le domaine où Abnair pouvait se permettre de juger, tous lui étaient inaccessibles.
Il n’avait pas le droit de les évaluer.
Leurs idéaux s’élevaient haut, leurs convictions étaient inébranlables et leur Volonté dépassait en dureté tout ce qu’il avait jamais connu.
« Rentrons. »
Rentrer et répondre de cette guerre.
Le général Grenouille avait voulu mourir pour que ses soldats vivent, et pourtant, c’était elle qui était rentrée vivante.
Le commandant qui avait abandonné ses soldats et pris la fuite était mort en chemin, sous la lame d’un chevalier de son propre camp.
Le nouveau commandant, qui avait stupidement ordonné une charge générale, n’avait pensé qu’à lui-même et l’avait payé de sa vie.
Abnair avait l’intention de rentrer et d’assumer les conséquences, qu’il s’agisse d’une peine de prison à vie ou de la mort.
Voilà comment cette bataille s’achevait. La fin de la guerre qu’Azpen avait connue — ou plutôt, allait connaître.
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