Chapitre 539
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 539 : Le chevalier qui abat mille hommes
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« Pauvre minable. Va crever dans un coin. Reviens tout seul, même si tu dois ramper. »
Ils s’étaient rassemblés comme s’ils s’étaient donné rendez-vous, et Rem acculait Ragna à coups de langue plutôt qu’à coups de hache.
« Kh-hgh. »
Ragna s’apprêtait à répondre, mais toussa, leva la main et lui retourna l’insulte en lui adressant un doigt d’honneur, selon la plus vieille tradition du continent. Rem hocha la tête, comme s’il avait pris sa décision.
« Capitaine, c’est le moment. Tranchez-lui la tête. Ça devrait se faire sans trop de mal. »
Il mima le geste de se trancher le cou avec une Lame à une main.
Pris au pied de la lettre, on aurait presque cru qu’Enkrid et Rem s’étaient mis d’accord à l’avance pour tuer Ragna à tout prix.
À peine Rem était-il arrivé qu’il s’était mis à insulter Ragna sans même demander ce qui s’était passé. Enkrid lui demanda donc comment les choses s’étaient déroulées de son côté. Rem répondit qu’il avait laissé l’un des deux chevaliers s’échapper. En entendant cela, Jaxon ricana, en veillant à ce que son souffle sifflant soit assez fort pour que tout le monde l’entende. Son intention moqueuse ne faisait aucun doute. Enkrid aurait parié au moins un doigt, sinon un poignet.
« Tuons celui-là aussi. »
Rem exhortait Enkrid à les tuer tous, mais personne n’allait l’écouter, évidemment.
« Finn, va faire ton rapport. Nous allons rejoindre le gros des troupes d’ici. »
« Oui, monsieur ! »
Finn n’avait écouté que d’une oreille ce qu’ils racontaient et avait oublié toutes ses questions sur la nature troublante de Jaxon et la situation présente.
Pourquoi ? Parce que les gens devant elle étaient en train d’écrire une légende sous ses yeux.
C’était peut-être le genre d’instant où une légende voyait le jour.
Elle avait déjà entendu parler de Barnaas Hurrier, un chevalier, et on lui disait que Ragna l’avait abattu tout seul.
Chypre, en Naurillia. Barnaas, en Azpen. Même vingt ans plus tôt, parler de la puissance militaire de l’un ou l’autre royaume sans mentionner ces deux noms n’avait aucun sens.
Quand Finn était partie en mission de reconnaissance, elle savait que le chevalier Barnaas pourrait apparaître sur le champ de bataille où ils étaient stationnés. Cela ne voulait pas dire qu’elle avait cru la défaite inévitable.
Si la chance nous sourit et qu’au moins deux de ces chevaliers fous lui tombent dessus ensemble, nous aurons peut-être une chance.
C’était le genre de pensée qu’elle s’était permise, car elle n’avait pas l’œil pour jauger la puissance d’un chevalier au combat. Mais on lui disait que Ragna avait abattu Barnaas tout seul. Il était gravement blessé, mais les leurs l’avaient emporté.
La preuve se trouvait juste là, sous les yeux de Finn : un cadavre.
Même sans l’emblème des Chevaliers du Roi d’Azpen gravé sur l’équipement qui enveloppait le corps, la terre creusée de cratères et le sol imbibé de sang suffisaient à lui faire comprendre qu’un combat brutal et féroce avait eu lieu.
Un monstre.
L’homme qu’on appelait Ragna était un monstre. Jaxon aussi. Tous, jusqu’au dernier.
« Je peux encore me battre. »
Et, en plus de ça, ils étaient tous cinglés. Il n’y avait qu’à voir ce qu’il disait, là, maintenant.
« Viens te battre, barbare. »
Il avait craché du sang, les organes touchés, et c’étaient les deux seules phrases qu’il avait réussi à prononcer.
« Tss. Je t’ai épargné, petite merde. »
Était-ce une chance que Rem, tout aussi dérangé, n’ait pas brandi sa hache ?
Ou était-ce parce qu’Enkrid s’était discrètement placé entre eux ?
Abattre Barnaas tout seul était déjà remarquable, mais il n’était pas le seul qu’Azpen avait envoyé. Il y avait aussi un homme qui avait massacré presque jusqu’au dernier membre de la compagnie de guerriers elfes. Rem, lui aussi, avait affronté deux chevaliers. Quant à Enkrid, qui les commandait tous, il avait également abattu un chevalier.
Ces gens-là plaisantaient librement, mais ne mentaient jamais ouvertement.
Tout ce qu’ils disaient avec tant de désinvolture était vrai.
Finn entendit l’ordre d’Enkrid et partit devant.
Ils avaient tout tenté pour éviter une bataille générale, mais, pour mettre véritablement fin aux combats, la présence de ces gens serait nécessaire. Finn repoussa donc sa fatigue au fond de son esprit et pressa le pas autant qu’elle le put.
Une fois Finn et ses soldats partis, Enkrid indiqua la route qui traversait la chaîne de montagnes et déclara : « Nous rejoignons le gros des troupes. »
* * *
Enkrid suggéra de prendre un chemin un peu plus ardu pour rejoindre le gros des troupes. Il n’avait pas d’autre raison. Si on lui avait demandé pourquoi, c’était la seule réponse qu’il aurait pu donner : l’idée lui était venue d’instinct.
Rentrer vite, d’accord, mais descendre tout droit en traversant la chaîne de montagnes par le chemin le plus court ?
« Il a besoin de soins. »
C’était Sinar qui avait parlé. Elle n’avait pas besoin de préciser de qui il s’agissait.
Rem et Jaxon jetèrent tous deux un regard dans la même direction.
« Un fardeau », marmonna Jaxon.
« Et si on l’enterrait, puis qu’on revenait le déterrer demain ? »
Rem reprit l’idée à son compte.
Dans ce genre de moments, on aurait dit qu’ils étaient étonnamment sur la même longueur d’onde.
À quoi ressembleraient-ils, s’ils unissaient vraiment leurs forces au combat ? Rem se battait avec un instinct impitoyable, tandis que Jaxon avait le talent de combler les lacunes à l’intuition. D’une certaine façon, ils pourraient même se compléter.
« Voilà encore ton regard plein d’idées suspectes. »
« Un regard déplaisant », ajouta l’autre.
Tous deux, vifs d’esprit, répondirent en même temps.
Enkrid reporta son attention sur Ragna, qui déclara : « Un peu de salive et ça ira. »
Son genou, son épaule et ses organes étaient plus ou moins endommagés. Il avait aussi un œil blessé.
Si de telles blessures pouvaient guérir avec un peu de salive, la divinité ne valait rien dans ce monde. Les guérisseurs pourraient jeter leurs livres dès maintenant et se promener en crachant sur les gens.
« Grimpe sur mon dos. »
Enkrid s’accroupit devant Ragna et le lui ordonna.
« Tu dois vraiment le faire ? »
Sinar les observa et posa la question. Elle ne voyait pas d’urgence particulière.
« Ça ne coûte rien de rentrer plus vite », répondit Enkrid d’un ton neutre.
« Tu dois vraiment le faire ? »
« Tu dois absolument le faire ? »
Rem et Jaxon ajoutèrent chacun un mot, puis claquèrent la langue en regardant Ragna, blessé.
Tss.
« Je comprends maintenant que le chemin de la justice, pour la paix du continent, serait de vous abattre tous les deux et d’enterrer mon épée ici. »
Ragna le dit, furieux, mais il n’était pas vraiment en état de s’en prendre à eux physiquement.
« Allez, grimpe. »
Qu’aurait-il pu faire ?
Enkrid était du genre à insister jusqu’à ce que les choses se fassent.
Sinar souleva Ragna, le hissa sur le dos d’Enkrid, et celui-ci l’emporta en descendant la montagne.
On disait la chaîne de montagnes de Pen-Hanil dangereuse, mais pas pour ces gens-là.
« Celui qui s’est échappé ? »
demanda Enkrid tandis qu’ils descendaient.
« Hff. »
Jaxon expira par réflexe. Rem lui lança un regard, puis répondit :
« Eh bien, il a dû se ratatiner comme il faut et filer en douce retrouver le gros des troupes, non ? »
Enkrid ne demanda pas ce qui, précisément, s’était ratatiné, mais il entendit Sinar murmurer derrière lui : « Ses couilles, à mon avis. »
C’était une variante de plaisanterie elfique, lancée juste assez fort pour être entendue, tout en guettant sa réaction. Elle avait voulu le prendre au dépourvu, mais Enkrid ne réagit pas.
Il avait simplement entendu un son qui lui avait semblé étrange. S’il l’avait perçu avant l’elfe, c’était pour une seule raison : il avait activé sa Volonté d’instinct et affûté son ouïe.
« Jaxon. »
« J’y vais déjà. »
Le grondement de la terre qui roulait à travers la chaîne de montagnes, le tremblement de l’air, les cris lointains des combattants.
Il avait entendu tout cela, et Jaxon s’élança.
Sa silhouette se faufila entre les arbres et disparut.
Ils avaient presque fini de traverser la chaîne de montagnes en ligne droite.
Rem expira par le nez et dit : « Je vais dégager le chemin. »
Une odeur de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques flottait dans les environs. Rem s’écarta et se mit à manier sa hache.
Paf, boum, crac !
Les bruits d’os et de muscles déchirés, fendus et broyés résonnèrent aux oreilles d’Enkrid.
Sinar s’arrêta au milieu de sa course et plissa les yeux.
Le soleil déclinait vers l’ouest. Le coucher de soleil n’était pas encore visible, mais l’astre descendant étirait déjà de longues ombres sur le sol.
Lorsqu’ils sortirent de la chaîne de montagnes, la situation se dévoila à leurs yeux.
Ouuaaah !
Les soldats ennemis chargeaient.
Sinar voyait clairement ce qui allait se produire.
Le sang s’amasserait, puis coulerait. Sur ce champ de bataille où des milliers d’hommes mourraient, il creuserait un ruisseau, puis deviendrait une rivière.
Une fois la charge lancée, il fallait de la folie pour mener bataille.
Azpen comblait précisément l’effondrement du moral par ce moyen.
« Iяa-ho ! »
À la tête de la charge se trouvait une unité d’assaut d’hommes-bêtes, intégrée au-delà de la frontière nord d’Azpen dans le cadre de sa politique d’assimilation des peuples.
Du côté allié, personne ne s’élança à leur rencontre.
Malgré tout, la rencontre des deux forces était inéluctable, aussi inévitable que le cours du temps lui-même, que le jour succédant à la nuit : une de ces lois immuables.
Enkrid déposa Ragna.
« Tu es au pied de la montagne. Il n’y a pas de Créatures démoniaques ici, alors reste là. »
« Tu auras besoin de mon épée. »
« Non. Ne bouge pas. Je reviendrai te chercher. »
Enkrid répondit, puis regarda droit devant lui.
Pourquoi l’ennemi chargeait-il soudain de front ?
Il l’ignorait. Il n’avait pas besoin de le savoir.
Personne ne lui avait donné d’ordre et aucune réponse n’avait été décidée à l’avance, mais Enkrid savait ce qu’il devait faire.
« Sinar ! »
Il cria et s’élança depuis la pente, dévalant par bonds rapides, chacun plus vif que le précédent.
Boum ! Boum !
Il ne retint pas ses forces : partout où ses pieds se posaient, la terre se déchirait et projetait des gerbes de terre et de pierres.
Une charge brutale, intrépide, qui le faisait paraître, aux yeux de quiconque le regardait, comme un monstre fonçant à toute allure, bien au-delà des limites humaines.
Sinar suivit juste derrière lui, agile et rapide. Rem les rejoignit à son tour, après avoir rapidement fracassé quelques crânes de Créatures démoniaques et de Bêtes magiques en chemin.
« Jaxon ! »
« Trop lent ! »
Enkrid l’appela et Jaxon lui répondit. Il n’avait prononcé que son nom, mais Jaxon avait compris ce qu’il voulait dire.
Il répondait à la question : pouvait-il tenir la position ?
Tout en courant, Enkrid se posa une question. Dans le bref intervalle entre le moment où son pied gauche quittait le sol et celui où il le retrouvait, le sang lui monta à la tête et ses pensées s’accélérèrent.
Y a-t-il un moyen d’arrêter une armée en pleine charge ?
À effectifs égaux, oui. Avec moins d’hommes, peut-être, selon leur entraînement.
Mais toutes ces options impliquaient la mort d’un nombre incalculable de personnes.
Quel autre moyen reste-t-il ?
Et si on les écrasait par une force démesurée ?
Un chevalier est un monstre capable d’abattre mille hommes à lui seul. Et s’il y en avait trois au lieu d’un ?
Cela pourrait les dissuader.
Ce plan ne lui était pas venu après mûre réflexion.
Enkrid ne voyait que les gens qui allaient mourir pour rien.
Ce combat n’était qu’un massacre, dépouillé de tout honneur, de tout prestige et de toute gloire.
Seul le chant de l’acier les accueillerait et, au bout du compte, ils se noieraient dans la Rivière Noire.
Ceux qui vénéraient la mort auraient peut-être accueilli un tel carnage avec joie.
Mais pas Enkrid.
On tuait et on mourait pour déterminer qui l’emportait et qui perdait. Or, ici, il ne s’agissait que de morts dénuées de sens.
La guerre était déjà terminée.
Alors, peu importe où tout cela avait commencé, il y mettrait fin.
Sa Volonté devint conviction, sa conviction devint force, et cette force embrasa son corps. Enkrid sentit sa Volonté bouillonner en lui.
« Audin ! »
Il cria, mais la Volonté qui enflait en lui n’éclata pas au son de sa voix. Dans le chaos ambiant, Audin aurait du mal à reconnaître la voix d’Enkrid.
Enkrid inspira de nouveau. Puis il insuffla sa conviction dans la Volonté qui montait en lui et cria.
Résonne. Parviens à toutes les oreilles.
« Au-din ! »
Ce qui manquait en adresse, il pouvait le compenser par le volume. Enkrid déversa toute sa Volonté débordante.
On aurait dit que le tonnerre lui-même portait ce nom.
Il lança ces trois syllabes et celui qui les portait déboula de côté.
« Oui, mon frère ! Audin est là ! »
« Retenez-les ! »
Le regard d’Enkrid accrocha ce qui ressemblait à des points de lumière incandescents. Ils brillaient en plusieurs endroits du champ de bataille.
Ils ne brillaient pas vraiment. C’était son instinct, répondant à la Volonté bouillonnante, qui lui montrait quelque chose. Quoi ? Les points qu’il fallait tenir.
Le premier : l’extrémité droite du champ de bataille, l’espace entre les deux endroits où les armées allaient se rencontrer. Enkrid désigna cet endroit.
« Teresa, aide-le ! »
À ces mots, Audin et Teresa partirent tenir cette position.
Que feraient-ils, et comment ?
Il leur fallait une force écrasante.
Audin réprima l’envie d’éveiller sa divinité, serra le poing et le projeta en avant.
Boum !
Personne qui se tenait là ne pouvait détourner le regard d’un tel spectacle. La force brute envoya deux hommes voler dans les airs.
Il aurait pu les écraser s’il avait voulu les tuer, mais il les avait délibérément projetés au loin pour attirer les regards.
Audin répondait ainsi à l’intention d’Enkrid. Teresa, à ses côtés, fit de même. Elle brandit son bouclier.
D’un large balayage, elle envoya les soldats ennemis voler les uns après les autres.
Les hommes s’envolaient comme des cailloux.
Si personne ne les arrêtait, les deux armées se seraient heurtées dans une mêlée avant même qu’on ait eu le temps de compter jusqu’à cent.
« Rem ! »
« J’entends très bien ! »
« Là-bas ! »
Enkrid désigna un autre point, dans le prolongement de la ligne qui partait de la position d’Audin.
Ils devaient déployer une force destructrice si écrasante que l’ennemi en resterait cloué sur place.
« D’accord, je vois ce que tu veux faire. »
Sinar, qui avait l’œil vif, comprit avant les autres et courut prendre la position qu’il fallait, à l’autre extrémité du champ de bataille, à l’opposé de Rem, pour ancrer le flanc.
Une fois en place, Sinar lança : « Vous n’irez pas plus loin. Je vais vous faire ratatiner. »
Même à présent, elle plaisantait, mais c’était sa façon de montrer qu’elle avait encore de la marge. Elle n’était pas épuisée jusqu’à l’os et, puisque Ragna s’était chargé d’affronter Barnaas, elle avait encore des réserves.
« Jaxon, Ropord, Fell ! Là-bas ! »
Jaxon seul n’était pas le mieux placé pour contenir une grande armée. Enkrid envoya donc deux autres hommes tenir la ligne avec lui.
Malgré tout, une brèche béante subsistait sur le reste du front, une brèche qu’Enkrid était seul à voir.
Une brèche par laquelle le sang coulerait à flots si personne ne la comblait.
Tout en courant et en criant, Enkrid prit une profonde inspiration, la retint puis la relâcha pour apaiser ses poumons, avant de s’arrêter.
Les alliés derrière lui. Les ennemis devant.
La moitié de ceux qui couraient vers lui semblaient perplexes. L’autre moitié fonçait tête baissée.
C’était le moment de leur montrer ce qu’était un chevalier.
Son plan avait consisté à partir de la position d’Audin, à faire tenir leur position à ceux qui pouvaient chacun abattre mille hommes, à tailler dans les rangs ennemis et à stopper la charge.
C’était le moyen de mettre fin au combat en faisant le moins de victimes possible.
C’était le plan, jusqu’à l’instant.
Qu’est-ce qui arrête net quelqu’un ?
Ses pensées continuaient de défiler et les points lumineux de clignoter devant ses yeux. Enkrid distingua clairement ce qu’il pouvait faire de ce qu’il ne pouvait pas faire.
Une chose qu’il avait jugée impossible, il estima désormais qu’il pouvait vraiment l’accomplir.
La Volonté qui débordait en lui lui donnait le sentiment d’être tout-puissant.
Ce n’est pas la violence qui arrête les gens. C’est la peur.
S’il leur fallait de la peur, alors il leur en donnerait.
Comme s’il brisait un barrage pour laisser l’eau se déverser, Enkrid libéra sa Volonté. À première vue, le geste semblait inconsidéré, dépourvu de but. Une Volonté débordante. Prenant appui sur elle, il dressa un mur derrière lui. Dans le même temps, il leva son épée et traça une longue ligne dans la terre.
Krrrrrrk !
Une longue entaille marqua le sol, dans le sillage de sa lame.
Franchissez cette ligne, et vous mourrez.
Il insuffla sa conviction dans cette marque. La ligne tracée sur le sol était une déclaration d’intention.
Laissant déferler toute sa Volonté, il érigea derrière lui un mur de Pression.
Même de jeunes chevaliers pouvaient traverser la Pression d’Enkrid s’ils essayaient.
Elle ne pouvait donc pas, à elle seule, devenir un point profondément ancré.
Mais elle pouvait devenir une vaste surface.
La Volonté et la Pression, à l’unisson.
Enkrid s’était heurté maintes fois à des murs lui barrant la route. C’était pour cela qu’il pouvait faire sentir aux gens devant lui quelque chose qui ressemblait à ce même mur, à cette même Pression.
Et tout le monde n’était pas capable de faire comme Enkrid et de forcer le passage, simplement parce qu’un mur se dressait devant soi.
La folie se dissipa.
Les pas ralentirent. Les mains retombèrent.
Un mur ? Il y a un mur ?
Si on charge, on meurt.
Il ne faut pas franchir cette ligne.
Le mur informe qu’Enkrid avait créé s’étendit, large et uniforme, répandant la peur chez l’ennemi.
Quant à ceux qui avaient réussi à traverser la Pression et poursuivaient leur avancée, l’Escouade des Fous les submergea.
« Pas un pas de plus. »
Enkrid prononça ces mots, et une scène digne d’un tableau se déploya sous leurs yeux.
La charge ennemie s’arrêta.
« Ah. »
Par peur ou parce qu’ils avaient vu autre chose, les soldats en première ligne s’effondrèrent, tombant lourdement assis là où ils se tenaient.
Pas un ou deux. Des dizaines, puis des centaines, s’écroulèrent à genoux ou s’affalèrent au sol.
Le soleil couchant rassembla ses dernières lueurs et les fit tomber sur Enkrid.
La lumière jaillissait de la silhouette de l’homme qui se tenait seul, l’épée levée.
En réalité, le soleil éclairait simplement un homme isolé des autres, mais tous les regards du champ de bataille étant braqués sur lui, le spectacle tenait du miracle.
Il y avait toujours eu des chevaliers capables d’abattre mille hommes à eux seuls. Mais aucun chevalier n’avait jamais pu en arrêter mille à lui seul. Jusqu’à aujourd’hui.
« Assez. »
Enkrid prononça le dernier mot.
La guerre était terminée.
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