Chapitre 536
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 536 : Quel est le rêve de Barnaas ?
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Barnaas Hurrier ne s’était jamais prétendu le plus grand ni le plus fort du continent.
Mais il n’aurait jamais cru tomber sous les coups d’un chevalier dont il ignorait même le nom.
Comment est-ce possible ?
Il gisait à terre. Son adversaire avait planté la pointe de son épée à deux mains dans le sol et le dévisageait.
La lourde lame noire avait perdu plus de la moitié de sa longueur, et il ne restait qu’un côté de la garde.
Tout avait été tranché par l’Épée vibrante de Barnaas.
Comme Jamal avait étudié l’Épée correcte après avoir observé Cowin, avant de la perfectionner à sa manière, l’Épée vibrante de Barnaas avait elle aussi une origine.
L’Épée vibrante était la spécialité de Barnaas.
Il avait ceci de singulier qu’il n’avait jamais créé d’Arme gravée. Il s’était servi de ses propres griffes comme armes jusqu’à ce que Chypre les lui brise ; c’est seulement alors qu’il avait fait fabriquer la Griffe. Il s’était mis tardivement aux Armes gravées.
Malgré tout, il croyait avoir progressé depuis.
Le principe de la vibration, c’était le tremblement.
L’oscillation amplifiait la force. Canaliser sa Volonté dans la Griffe était plus difficile que dans ses propres griffes, mais en contrepartie, il pouvait y déverser plus de Volonté que jamais.
Pour imprégner ses propres griffes et sa chair de vibrations, il devait aussi recourir au Corps d’acier, ce qui revenait à gaspiller autant de Volonté en défense.
Sans le Corps d’acier, il pouvait désormais insuffler à son arme plus de Volonté que ses griffes ne l’avaient jamais permis ; en puissance brute, il était donc plus fort.
Autrement dit, la version actuelle de lui-même se battait mieux que l’ancienne.
À vrai dire, l’arme n’était qu’un prétexte. Après sa défaite contre Chypre, l’humiliation l’avait poussé à aiguiser ses crocs et à s’entraîner sans relâche. C’était sans doute là la véritable raison.
Quoi qu’il en soit, sa technique avait encore franchi un palier.
Je pensais que j’aurais vraiment eu mes chances contre Chypre si nous nous étions affrontés de nouveau.
Barnaas sentit ses forces l’abandonner tandis que les muscles se contractaient autour du moignon de son bras gauche sectionné.
Il avait aussi perdu une jambe, pas seulement un bras.
Une entaille au-dessus de l’orbite gauche l’empêchait de voir de cet œil.
L’œil lui-même est-il touché ?
S’il survivait, vivre avec un seul œil ne lui poserait aucun problème. Il pouvait l’accepter.
À condition de survivre.
Le problème, c’était que rien ne lui garantissait qu’il s’en sortirait.
« Quel monstre. »
Barnaas repassa le combat dans son esprit.
« Toutes les unités, chargez ! »
À ces mots du lieutenant sous ses ordres, cinquante piquiers du Corps d’acier resserrèrent les rangs et firent pression. Au même instant, Barnaas chargea lui-même.
Crac.
Se transformer en homme-bête allait de soi.
Il n’était pas comme Dunbakel, née avec une constitution particulière et ressemblant véritablement à un lion. Pourtant, ses crocs s’étaient aiguisés, ses oreilles s’étaient dressées et ses poils s’étaient hérissés sur tout son corps, raides comme des fils de fer.
Le sang des hommes-bêtes bouillonnait en lui, éveillant son instinct de chasseur.
Barnaas s’appuyait sur cet instinct, mais ne se laissait pas entraîner par lui.
Il n’avait donc pas été le premier à charger.
Il avait plutôt laissé l’un des piquiers du Corps d’acier porter une estocade profonde.
Il avait bondi de gauche à droite pour laisser des images rémanentes et attirer l’attention sur lui, puis avait cédé la première attaque à son propre soldat.
C’était une belle estocade. Ni féroce ni particulièrement rapide, mais la pointe d’une lance portée par un véritable poids physique.
On aurait pu dire qu’il suffisait d’esquiver, mais dès qu’on esquivait, une ouverture se créait.
Barnaas pouvait en profiter sans effort. Mieux encore, il pouvait y plonger sa lame et tout déchirer.
Pourtant, même face à la pointe de lance qui fonçait sur lui, l’homme à l’épée à deux mains ne quittait pas Barnaas des yeux.
Barnaas sprinta de gauche à droite, laissant derrière lui image rémanente après image rémanente, mais ce regard ne le perdit pas une seule fois.
Quel œil.
La pensée et le geste se produisirent dans le même instant.
Dans cette fraction de seconde, l’épée à deux mains de l’homme s’anima.
Le bruit de l’air fendu disparut avant même d’avoir pu être perçu. La ligne noire décrivit un court arc, comme le mouvement d’un poignard plutôt que celui d’une épée à deux mains, et frappa la pointe de lance, qui éclata.
Clang.
La lame frappa la tête de la lance, pas la hampe. La pointe vola en éclats métalliques qui se dispersèrent et retombèrent sur le côté.
« Ngh ! »
Le gant de cuir épais du piquier se déchira, et la paume qu’il protégeait s’ouvrit, projetant du sang.
Avant que ces gouttes ne touchent le sol, Barnaas abandonna son déplacement latéral et bondit en avant.
Il planta le pied gauche pour freiner un instant, puis fonça tout droit.
Son corps sembla se brouiller et s’étirer sur les côtés, une illusion née de cet arrêt brusque. Sans les capacités physiques d’un homme-bête, personne n’aurait pu imiter ce mouvement.
Son adversaire n’interrompit pas le mouvement de l’épée qui venait de briser la pointe de lance. Le coup poursuivit sa course vers le bas.
Comme si la pointe de lance s’était simplement trouvée sur la trajectoire de l’épée, le coup ne marqua pas la moindre hésitation.
Magnifique.
N’importe qui pouvait dévier la pointe d’une lance qui approchait tout en gardant un œil sur un ennemi en train de charger.
Un chevalier pouvait faire mieux encore : esquiver, tout en gardant l’ennemi à l’œil et en l’interceptant dans le même mouvement. Mais cet adversaire allait plus loin.
Il se sert du rebond de son coup sur la pointe ?
Il avait exploité le rebond de son épée contre la lance pour accélérer sa descente. Lorsque Barnaas évalua la vitesse de la lame qui arrivait, il en eut confirmation.
« Ha ! »
Le mouvement était plus réjouissant que prévu ; Barnaas poussa un cri.
Screeech.
Les griffes de Barnaas tremblèrent et balayèrent l’épée à deux mains noire.
Clac, clang, clang, clang.
L’épée à deux mains fut déviée de force et projetée sur le côté.
L’onde vibratoire née de l’oscillation ébranlait la prise de l’adversaire et propageait ses effets jusque dans les groupes musculaires du corps. Cette fois encore, il en fut ainsi.
Et tous ceux qui encaissaient un tel coup reculaient invariablement, cherchant à retrouver leurs appuis, à rétablir leur équilibre ébranlé.
Mais ce tueur dément se contenta de rabattre son épée, qu’il fût ébranlé ou non, déséquilibré ou non.
« Huf. »
Barnaas observa son visage, les lèvres pincées, le souffle expulsé.
Clang.
Un nouveau choc. Barnaas recula, et une pointe de lance occupa l’espace qu’il venait de libérer.
La tactique de rotation qu’il avait préparée avec le lieutenant.
Bien sûr, chaque mouvement dépendait encore du rythme de Barnaas.
Comment de simples soldats auraient-ils pu s’immiscer dans un combat à mort entre chevaliers ?
Mais la spécialité de Barnaas, c’était la vibration, et un chevalier qui avait encaissé un tel coup ne pouvait plus bouger avec sa vitesse ni sa force habituelles.
« À force d’en prendre, les organes de quelqu’un finiraient par se décrocher. »
L’elfe fit cette remarque en observant la scène, sans faire le moindre geste pour protéger le tueur dément.
Au contraire, elle se déplaça vers l’arrière des piquiers du Corps d’acier qui brandissaient leurs lances.
Elle sait réfléchir.
Ils auraient été plus en sécurité en restant ensemble, mais ils s’étaient séparés. Barnaas se précipita vers l’elfe.
Trois ou quatre échanges, tout au plus, et il pourrait l’abattre.
« Elle est à moi. »
Le blond dément s’interposa. Une pointe de lance de son propre camp avait effleuré sa joue et fait couler le sang, mais il n’y prêta aucune attention et chargea Barnaas par-derrière.
« Tu ne manques pas d’audace. »
Barnaas fronça les sourcils. Le corps de l’homme devait encore trembler sous l’effet des vibrations. Qu’est-ce qu’il croyait faire ?
Clang.
Le troisième choc.
L’instant d’après, Barnaas sentit quelque chose d’étrange. Au lieu de se propager pour secouer les organes et le cerveau de son ennemi, l’onde semblait rencontrer un tremblement similaire et s’annuler.
« Je crois avoir compris l’essentiel. »
Qu’est-ce qu’il raconte, ce type ?
Barnaas fronça davantage les sourcils.
Jamal, dont la spécialité était de voler les techniques, avait eu besoin de quatre mois rien que pour comprendre une partie de l’Épée vibrante.
À partir de là, le combat s’éloigna considérablement du scénario prévu par Barnaas.
L’homme à l’épée à deux mains lui faisait face, tandis que la femme qui semblait être une chevalière elfe se mit à danser parmi les piquiers du Corps d’acier.
Clac, clac.
Le lieutenant commandait ses hommes avec brio.
Il élargit la formation pour faire face à l’épée à deux mains, puis la resserra en une ligne compacte.
Pourtant, les soldats mouraient, fauchés un à un, comme il était inévitable.
L’elfe ne cherchait pas à tuer tout le monde d’un coup. Elle frappait quand elle le décidait et retenait ses coups le reste du temps, rien de plus.
Et malgré cela, les pertes s’accumulaient.
Le plan initial prévoyait que Barnaas s’occupe des deux adversaires pendant que les piquiers du Corps d’acier feraient pression.
Au début, tout semblait se dérouler comme prévu, mais dès que l’homme à l’épée à deux mains encaissa ses griffes sans céder de terrain, tout changea.
Ces deux-là savent se battre avec méthode.
Barnaas ne se laissa pas déstabiliser. Les ennemis étaient des chevaliers, eux aussi. Ce genre de chose était dans leurs cordes.
Contrer la vibration en trois échanges était remarquable, mais que pouvait-il y faire maintenant ? C’était déjà arrivé.
Et jamais un combat ne se déroulait comme on l’avait prévu.
Il avait assez d’expérience pour ne pas se laisser déconcerter par un événement pareil.
Et il avait les moyens de gagner, même dans cette situation.
Un génie qui comprend comment résister aux vibrations après trois coups ?
Voyons donc comment ils vont se débrouiller avec ça.
Le combat venait à peine de commencer lorsque l’elfe transperça le crâne du troisième piquier du Corps d’acier.
Barnaas dévoila une technique secrète un peu plus tôt qu’il ne l’aurait voulu.
Hmmm.
Les lames de la Griffe tremblèrent comme les ailes d’un colibri, puis les vibrations cessèrent net. Le son s’éteignit avec elles.
Ragna tenait son épée en biais et observait les pointes de la Griffe ennemie. À ses yeux, les vibrations des lames semblables à des griffes semblaient s’être tout simplement arrêtées. C’était l’apogée de l’Épée vibrante.
Un tremblement invisible même à l’œil d’un chevalier, et la force tranchante qui en découlait.
Un tremblement semblable parcourut le corps entier de Barnaas, qui sembla disparaître.
Les vibrations firent trembler son corps et lui permirent de se déplacer plus vite et de frapper plus fort qu’avant.
La Griffe s’abattit au-dessus de la tête de Ragna.
Ragna plia à moitié le genou gauche et la reçut avec son épée.
La Griffe et l’épée à deux mains s’entrechoquèrent. Pour un œil ordinaire, l’instant s’était découpé en une infinité de fractions, mais pour eux, ce fut une rencontre à laquelle ils avaient tous deux consenti.
Grâce à leur perspicacité, l’un avait choisi de trancher et l’autre de parer. On pouvait bien dire qu’ils s’étaient entendus.
Deux morceaux de fer se rencontrèrent.
Le fer heurta le fer, et un grondement profond déchira l’air, comme du cuir qu’on fend.
Ragna vit le milieu de sa lame se déchirer. La Griffe avait traversé l’acier ; ses lames en forme de griffes de bête tremblaient et produisaient une force tranchante sans égale. Un prodige né d’une fréquence vibratoire précise.
À cet instant, Barnaas était certain de sa victoire.
Et Ragna, au même instant, comprit ce qu’il pouvait faire.
Son talent, qui l’avait mené jusqu’à devenir chevalier et dont la toute-puissance était le fondement, réagit avec plus d’acuité que jamais.
Ce n’était pas Barnaas qui avait éveillé son talent.
Ragna savait qu’il finirait par vaincre l’homme-bête tremblant devant lui, même sans prendre de risques.
C’était donc le choc que lui avait infligé ce monstre nommé Enkrid, avant le début de la guerre.
Il avait vu la masse de Volonté concentrée dans le corps d’un homme au talent modeste, qui avait tout construit par le seul effort.
Elle était trop imposante pour s’épuiser, quels que soient les efforts déployés.
Que faudrait-il pour le battre ?
C’était la première fois de sa vie que Ragna se creusait vraiment la tête sur une question.
Une Volonté immense ne s’épuise pas. Si on y ajoute la technique et qu’on s’engage dans une guerre d’usure…
Je perds.
Le talent de Ragna avait déjà entrevu cette issue.
Qu’il perfectionne sa technique pendant dix ans ou vingt ans, le résultat serait le même.
S’en tenir à une défense absolue et tenir bon, c’était l’avantage d’Enkrid. Il ne pouvait pas continuer ainsi.
« C’est là ta limite ? C’est ce que tu as décidé ? »
Il y a longtemps, quand il avait pris une épée pour la première fois, quelqu’un lui avait dit ces mots.
« Alors ton esprit a déjà décidé jusqu’où va ton potentiel. Eh bien, c’est là qu’il s’arrêtera. »
Le jeune Ragna avait vu le chemin qui s’étendait devant lui et la destination au bout.
Une route tracée d’avance. Quelque chose d’immuable.
Et puis, une fois encore.
Un choc comme de l’eau glacée jetée sur un esprit engourdi. Et parce qu’un homme nommé Enkrid existait, Ragna puisait désormais dans son talent et le mettait à profit.
C’était le parcours d’un homme qui avait oublié le mot « limite ».
Vibration. Tremblement.
La force destructrice qui en naissait.
Des griffes capables de tout trancher.
Ce qui rendait cela possible, c’était la vibration.
Qu’est-ce qui faisait trembler une épée ?
La Volonté. Et comment faire bouger la Volonté ?
En tâtonnant jusqu’à ce que le geste devienne instinctif.
Ragna mit sa Volonté en mouvement et créa un tremblement.
Tremble.
Le mettre en mouvement par la volonté, voilà ce qu’était la Volonté.
L’épée à deux mains à moitié brisée, animée par la volonté de Ragna, émit un grondement sourd et résonnant.
« Qu’est-ce que tu fais, là ? »
Après cela, Barnaas ressentit un vide, et s’en voulut d’avoir été arrogant.
Je croyais être au centre de la force qui guiderait ce continent.
Il s’était vu comme l’étincelle initiale, celle qui ne mettrait pas fin au chaos, mais embraserait le continent.
Un chevalier appelé à guider le changement : Barnaas Hurrier.
C’était ce qu’il avait cru.
S’était-il trompé ?
Barnaas avait voulu fonder une chevalerie reposant sur un concept inédit, qui formerait et ferait grandir de nouveaux chevaliers.
Il avait cru que cela bouleverserait l’équilibre du continent.
Cette ambition avait été brisée avant même sa rencontre avec Chypre.
Mais allait-il baisser les bras sans lutter, comme ça ?
Barnaas donna tout ce qu’il avait.
Face à l’homme qui copiait sa technique sous ses yeux, il lui jeta la terre qu’il avait gardée en réserve, lui cracha au visage et le mordit.
La lame du blond dément ne reproduisait pas parfaitement ses vibrations.
Mais elle suffisait à leur résister.
Sans Arme gravée, et tu réussis quand même à faire ça ?
Il avait malgré tout réussi à briser une jambe de son adversaire et à lui démolir une épaule. L’un des yeux de l’homme était devenu aussi rouge que le sien, et trois doigts de sa main gauche étaient cassés.
Le reste de l’épée à deux mains ne pourrait plus jamais servir.
Mais son adversaire avait survécu. Et Barnaas, lui, allait mourir.
« Seigneur Barnaas ! »
Il entendit le lieutenant survivant l’appeler, tandis qu’il gisait au sol.
Barnaas resta immobile et leva les yeux vers le ciel.
Il se trouvait dans une clairière. À travers l’ouverture entre les arbres, le ciel semblait haut et bleu.
Une brigade de plus de dix chevaliers n’était pas qu’un rêve.
Cela avait été si proche de la réalité qu’il aurait pu la toucher du doigt.
Il aurait pu briser l’idée que les chevaliers étaient forcément peu nombreux.
Une chevalerie née d’une nouvelle structure, qui dépasserait toutes celles qui l’avaient précédée.
Dix chevaliers combattant comme un seul dans des affrontements collectifs.
Voilà quel était son rêve.
Un rêve qui allait maintenant s’éteindre dans la poitrine d’un homme-bête.
« J’ai bien appris. »
Le tueur prononça ces mots.
La Déesse de la Fortune avait-elle favorisé l’autre camp ?
Ou bien avait-il eu tort de croire qu’il se trouvait à l’avant-garde du changement ?
« Quel est ton nom ? »
« Ragna. »
« C’est tout ? »
Le blond dément contempla un instant l’homme-bête, puis acheva :
« Ragna Zaun. »
« La famille Zaun ? »
« Tu la connais ? »
« J’en ai seulement entendu parler. »
Barnaas ne dit rien de plus. Il ferma les yeux, le visage toujours tourné vers le ciel.
Sa dernière pensée fut que ce n’était pas si mal d’entendre un nom presque légendaire prononcé par son adversaire avant de mourir.
Il aurait pu avoir des regrets, mais à y réfléchir, ce qu’il avait appelé un rêve n’avait peut-être jamais été quelque chose qu’il désirait vraiment.
Si j’y avais vraiment tenu, n’aurais-je pas transmis quelque chose à quelqu’un ?
Mais il ne l’avait pas fait.
Il avait voulu accomplir cela de ses propres mains. Tout le reste n’aurait eu aucun sens, voilà ce qu’il avait pensé.
Ce n’était donc pas un rêve. C’était de la convoitise.
Une prise de conscience survenue juste avant la mort.
Pour cette raison, il n’avait pas besoin de mourir les yeux grands ouverts.
Barnaas expira une dernière fois, les yeux clos.
« Nous mourrons ici. »
Le lieutenant confirma la mort de Barnaas et hésita un instant, puis décida de ce qu’il devait faire. Il ordonna aux cinquante piquiers du Corps d’acier de charger.
À son avis, le chevalier qui paraissait à moitié mort pouvait encore être tué si les circonstances s’y prêtaient.
Si leur camp avait perdu Barnaas, l’ennemi leur devait un chevalier. C’était le seul calcul qui comptait.
Même si tout le monde devait mourir dans cette tentative, il fallait le faire.
« Je me dis parfois que vous me sous-estimez beaucoup trop. »
L’elfe s’avança devant eux et prit la parole.
Le lieutenant gardait les yeux fixés au-delà d’elle, sur ce qui se trouvait derrière.
Une seule estocade bien placée suffirait à achever ce chevalier.
Mais celui qui leur barrait la route était lui aussi un chevalier, tout comme Ragna.
Sinar parla sans la moindre trace de sourire et leva la lame qui ressemblait à une feuille.
Elle aurait préféré leur laisser une chance de faire demi-tour plutôt que de tuer sans raison, mais si l’ennemi refusait, elle n’avait plus qu’un choix.
La Lame-feuille fusa et frappa la gorge d’un piquier du Corps d’acier, à trois pas d’elle.
Clang, clang, clang.
La cotte de mailles enroulée autour de son cou fut tranchée, et une ligne rouge apparut au-dessus.
« Putain. Et maintenant, quoi ? »
L’un des soldats marmonna d’une voix effrayée.
« C’est une lame faite d’essence. »
Sinar leur fournit volontiers l’explication.
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