Chapitre 535
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 535 : Si ça semble faisable, faites-le
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« …… Tout le monde, repliez-vous ! »
Le général Grenouille arracha ces mots à travers la Pression, au prix d’un effort considérable.
Le chevalier Jamal était mort. Les troupes restantes pouvaient-elles tuer ce monstre ?
La raison pour laquelle les chevaliers étaient qualifiés de calamités s’était gravée dans les entrailles du général Grenouille, jusque dans cette chose, à l’intérieur de son armure du Cœur, qui se débattait comme une bête enragée.
« Pourquoi ? Tu veux continuer ? »
Enkrid retint la Pression qu’il avait libérée sans même s’en rendre compte en parlant. Il s’était laissé emporter par l’excitation du combat.
Devant lui, Grenouille se tenait raide, l’arme levée et fermement agrippée.
Elle frapperait si on la provoquait. Mais elle n’avait pas l’air sur le point de le faire.
C’est ce que lui indiquaient ses sens, aiguisés au-delà des cinq habituels : le Sixième Sens et son instinct brut parlaient d’une même voix.
Enkrid avait pris du plaisir à ce combat. Il pensait avoir un peu progressé grâce à Jamal. Et, à cet instant, cette joie était immense.
Son combat contre le chevalier Jamal avait été un duel, et son issue ne faisait aucun doute. Inutile de tuer tous les autres.
Qu’un chevalier soit capable de tuer mille hommes à lui seul ne signifiait pas qu’il devait traquer les soldats un par un pour les massacrer.
Ça, ce n’était pas un chevalier. Juste quelqu’un qui s’enivrait de sang.
« Le chevalier buveur de sang va venir t’emporter. »
C’était le genre de chose que les parents racontaient aux enfants désobéissants. Comme lorsqu’ils menaçaient de les faire emporter par une Bête magique ou traîner au loin par une Goule.
Aker avait mentionné un jour, en passant, que des chevaliers buveurs de sang avaient réellement existé.
Il y avait eu des fous qui se vautraient dans le sang, le carnage et le plaisir de tuer.
« Les géants ont une chair bien ferme et satisfaisante quand on les découpe, les humains sont tendres et agréables, et les Grenouilles sont coriaces, alors c’est amusant. »
C’était, paraît-il, ce que l’un d’eux avait déclaré.
Enkrid n’avait aucune intention de devenir comme ça. S’agissait-il d’un combat dicté par la nécessité, ou de sang versé pour le plaisir ? La nuance comptait.
Il laissa Grenouille derrière lui, en sueur à force de tension, rengaina son épée et ramassa celle de Jamal.
Il récupéra la lance de jet qu’il avait posée au bord de la clairière en arrivant.
Pas mal.
Son entraînement avec Aker lui avait permis de manier la Volonté plus aisément qu’avant.
Le Pillage n’avait pas pu faire son œuvre.
Jamal avait toutes les raisons de se sentir floué.
La Volonté d’Enkrid était aussi abondante que celle d’Ousque, qu’on comptait parmi les légendes. Un lac intarissable, un puits qui ne cessait jamais de se remplir.
Essayer d’en grignoter une parcelle avec le Pillage et espérer l’emporter, c’était de la folie.
Bien sûr, si Jamal avait su qui était Enkrid, il ne se serait jamais battu de cette façon. Il aurait changé de tactique et cherché une ouverture pour porter une seule frappe nette.
La défaite de l’ennemi était-elle due à un manque de renseignements ?
Enkrid se mit machinalement à analyser le combat.
« Si tu deviens plus fort et plus rapide, ne devrais-tu pas aussi apprendre à mieux tirer parti de tes capacités ? »
C’étaient les paroles de Ruagarne.
Rem et Ragna n’étaient pas ses seuls partenaires d’entraînement.
Il y avait eu un instant où, malgré la supériorité écrasante d’Enkrid en force et en vue, Ruagarne l’avait piqué au ventre.
Était-ce parce que son Jeu des nombres était si affiné ? Ou bien Enkrid avait-il baissé sa garde parce que Ruagarne n’était pas un chevalier ?
Ni l’un ni l’autre.
Ruagarne savait se battre. Il savait tirer parti de ses atouts. Les corps des Grenouilles se régénéraient. Il pouvait donc sacrifier un bras si nécessaire, et il avait montré à Enkrid la façon de combattre des Grenouilles.
Donner l’os pour prendre la chair.
Ce n’était pas un coup mortel. Même en étant généreux, on pouvait à peine parler d’une égratignure.
Mais le coup avait porté. C’était ça, l’important.
Qu’est-ce qu’un combat efficace ?
Réfléchir. Se servir du terrain. Revenir à ce qu’est vraiment un combat : l’art de la tactique individuelle.
Enkrid n’avait pas cessé d’apprendre sous prétexte qu’il était devenu chevalier.
Cette fois ne faisait pas exception.
Il pensait que ce qui lui traversait l’esprit ressemblait aux tactiques à l’échelle de l’unité que cette troupe venait de lui opposer.
C’était probablement la stratégie de Grenouille.
Une résolution qui consistait à sacrifier l’os, à sacrifier la chair, mais à tout donner pour arracher ne serait-ce qu’un ongle à l’ennemi.
« Tu peux partir, maintenant. »
Enkrid s’adressa à Grenouille, qui le surveillait toujours, le regard chargé de méfiance.
« …… Je peux simplement partir ? »
« Tu as une raison de mourir ici ? »
Sinon, autant qu’elle s’en aille.
Grenouille plissa les yeux, soupçonneuse, puis recula. La question de savoir si elle pouvait vraiment partir se lisait en toutes lettres sur son visage.
Enkrid la laissa s’en aller.
Tuer une Grenouille ici ne changerait rien à l’issue du combat.
Si tout cela faisait partie du plan échafaudé par Kraiss, mieux valait laisser en vie ceux qui avaient encore toute leur tête.
Le plan prévoyait aussi que Crang se joigne à eux. À bien y réfléchir, Kraiss, ce type aux Grands Yeux, était étrange. Il était anxieux, mais il avait quand même pris les devants pour organiser la suite. De ce point de vue, tuer cette Grenouille était-il vraiment la bonne décision ?
Il n’en avait pas envie.
Il avait aussi apprécié qu’elle renvoie tous ses subordonnés et se tienne seule face à lui. À la voir maintenant, elle ne lui semblait pas du genre à se battre jusqu’à la mort.
Alors il la laissa partir.
C’était pour moitié une décision instinctive, pour moitié la conviction que cela aiderait le plan de Kraiss.
À vrai dire, la véritable raison était probablement celle-ci : une fois qu’elle avait renvoyé tout le monde et s’était retrouvée seule, il n’avait tout simplement plus eu envie de la tuer.
Azpen avait déjà subi un coup sévère avec la mort d’un chevalier. Laisser une Grenouille s’en aller ne la pousserait pas à rallier soudain une armée pour revenir à la charge. Dans ces circonstances, une guerre frontale ne serait qu’un sacrifice dépourvu de sens.
La fenêtre d’action était étroite, mais l’instinct avait guidé sa décision.
Si Kraiss avait été là, juste à côté, Enkrid n’aurait rien pu répondre si Kraiss lui avait lancé : « Tu n’en fais pas qu’à ta tête, par hasard ? »
Grenouille lui avait donné un coup de pied dans les côtes, un jour, mais Enkrid l’avait complètement oublié.
Il n’avait donc aucune rancune non plus.
Enkrid rassembla ses armes et se mit en route pour rejoindre les autres membres de son unité.
Mais quelqu’un l’avait devancé.
Un homme à l’air sombre, aux cheveux roux-brun, sortit de l’ombre, à un coin de la clairière. Aux yeux de Rem, il était fourbe et sinistre, mais, d’un point de vue purement esthétique, on pouvait tout à fait le qualifier de bel homme.
« C’est fini ? »
demanda l’homme.
« De mon côté, oui. »
« Hum. »
La réplique suivante aurait dû porter sur le fait d’aller voir Rem ou Ragna, mais Jaxon ne dit rien de plus. Il essuya le sang de sa lame courte et la nettoya.
Enkrid lança à Jaxon une proposition qui lui convenait.
« Allons voir à quel point Rem et Ragna se font rosser. »
« D’accord. »
En chemin, Enkrid apprit quel ennemi s’en était pris à Jaxon.
« Des elfes lunaires ? »
« Des spécialistes des embuscades. L’unité des Rangers n’a aucune perte. »
Alors qu’ils poursuivaient leur route, Finn et l’unité des Rangers vinrent à leur rencontre.
« On a eu chaud », dit Finn.
Son regard ne cessait de revenir vers Jaxon.
Le combat qu’il avait livré était encore tout frais dans son esprit.
Les elfes lunaires excellaient à vous planter une lame dans le dos sans un bruit. En plus, peu importe l’entraînement qu’ils avaient suivi, ils étaient agiles même pour des elfes.
Quand ces épéistes elfes rapides s’étaient rués sur eux, Jaxon avait tout bonnement disparu un instant.
« Quoi ?! »
Elle avait poussé un cri de surprise, croyant qu’elle devrait tenir la ligne toute seule.
Puis, en un instant, trois ou quatre elfes s’étaient écroulés.
« Hiss ! »
L’un des elfes avait réagi et balayé l’air d’une lame en croissant de lune vers l’endroit où ils étaient tombés, mais il n’y avait déjà plus personne.
À partir de là, Jaxon était devenu un porteur de mort qui se glissait d’une ombre à l’autre.
La lame courte qu’il tenait tranchait des gorges, transperçait des poumons, fendait des cœurs et ouvrait des cuisses, le tout à un rythme régulier.
Le sang giclait, mais aucun éclat d’os ne volait. Il n’y avait que le sang, qui ne cessait de jaillir.
Sa lame ne se coinçait jamais dans les armures de bois que portaient les elfes. Inutile de les frapper là. Il suffisait de repérer les interstices et d’y enfoncer sa lame.
Le seul petit problème, c’était que ses cibles étaient des elfes assez agiles pour bondir dans les arbres comme des oiseaux de la forêt. Mais ce n’était vraiment qu’un tout petit problème.
Finn avait vu des chevaliers novices se battre et possédait déjà une certaine expérience, mais elle n’avait jamais rien vu de pareil.
Devait-elle trouver ça impressionnant ?
Elle n’en savait rien.
Les ennemis s’effondraient et mouraient les uns après les autres.
Finn et l’unité des Rangers n’avaient fait que reculer et regarder.
À un moment donné, celui qui semblait être le commandant des elfes avait reçu une lame de jet en plein front et était tombé en arrière. L’endroit où il était tombé devint son tombeau, comme il se devait.
Un porteur de mort qui disparaissait sans un bruit, puis réapparaissait pour frapper de nouveau.
Aussi intrépide que soit une troupe d’elfes, elle ne pouvait rien contre ça.
Surtout après avoir perdu leur commandant. Le combat prit fin plus tôt que prévu. Les elfes se dispersèrent et disparurent.
Et l’homme réapparut.
Pour être honnête, Finn avait eu un peu peur.
Devait-elle être soulagée qu’il soit un allié ? Il avait l’air de pouvoir lui trancher la gorge sans prévenir.
Cet homme dangereux n’avait rien de rassurant.
« On y va », dit-il en reprenant aussitôt sa route.
« Il est bien de notre côté, hein ? » demanda un soldat derrière elle.
Finn hocha la tête. Ce n’est qu’alors qu’elle se rendit compte qu’elle et tous les membres de l’unité des Rangers avaient reculé de plusieurs pas sans même s’en apercevoir.
Pourquoi avait-elle ressenti de la peur plutôt que du soulagement en voyant des ennemis mourir ? En partie à cause de la force écrasante dont Jaxon avait fait preuve, mais aussi parce que ses coups ne semblaient rien exprimer. Aucune émotion.
Son maniement de l’épée avait quelque chose de sec et de vide, comme s’il disait : je dois le faire, alors je le fais.
C’était ça qui avait effrayé Finn.
« Ah, euh… »
Elle repassait la scène précédente dans sa tête et cherchait maintenant comment commencer.
Enkrid donna négligemment un petit coup de coude à Jaxon.
« Tu as aussi du sang ici. »
« …… Qu’est-ce que c’était ? »
Jaxon plissa les yeux et se retourna. Question légitime. Enkrid s’était servi des sens aiguisés qui vibraient encore après son combat contre le chevalier Jamal pour passer sous le nez de Jaxon et lui donner un petit coup de coude dans les côtes.
C’était un peu comme brouiller un signal. À force d’y superposer des parasites et des interférences, on finissait par étouffer le véritable message qu’on voulait transmettre.
Plus précisément, juste avant de le toucher, il avait dirigé son intention vers la gorge et feinté un balayage des jambes, histoire de détourner son attention.
Bien sûr, Jaxon aurait pu bloquer le coup s’il l’avait voulu. Il l’avait laissé passer en toute connaissance de cause.
C’était donc une sorte de plaisanterie sous forme de reproche, les deux hommes sachant parfaitement ce que l’autre avait fait.
« Ta bien-aimée, en ville, ne va pas détester que tu sentes le sang ? »
« Contrairement à certaines personnes, je me lave régulièrement. »
« Certaines personnes risquent d’avoir une tombe qui les attend à l’est. »
« Cette homme-bête n’est pas du genre à mourir si facilement. »
« Tu as plus d’estime pour Dunbakel que je ne le pensais. »
« Il faut être quelqu’un de spécial pour s’en sortir en vivant sous le joug d’un sauvage. »
Son respect pour Dunbakel venait-il du fait qu’elle avait survécu sous les ordres de Rem ?
Cela voulait-il dire que tous ceux qui vivaient sous les ordres de Rem auraient dû mourir ?
Enkrid écarta cette pensée inutile et regarda Finn.
C’était une Ranger qui avait pratiquement vécu dans la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil en prévision de cette bataille. Elle devait mieux connaître les chemins que lui.
Alors pourquoi restait-elle plantée là ?
Finn était tiraillée.
Voir un homme capable de devenir la mort incarnée pour quiconque échanger des plaisanteries futiles lui faisait cet effet. Et cela empirait en sachant que c’était Enkrid qui l’avait envoyé ici.
Avec un tel atout au combat, aurait-il vraiment dû le charger de protéger Finn et l’unité des Rangers ? N’aurait-il pas mieux valu l’employer ailleurs ?
Aux côtés d’Enkrid, par exemple.
Une issue favorable ne rendait pas tout bon pour autant.
La guerre exigeait des sacrifices. Finn le savait au plus profond d’elle-même. Elle avait cru que son tour était venu, cette fois.
Était-elle heureuse d’être en vie ? Oui, mais elle était surtout partagée entre la peur, la joie et le soulagement.
Ce mélange lui fit ouvrir la bouche.
« Pourquoi l’avez-vous fait ? »
Tout s’était noué en elle et la question lui avait échappé avant qu’elle puisse se retenir.
« Quoi donc ? »
« C’est comme envoyer cent fantassins tuer une seule Goule. Personne ne mobilise un ordre de chevalerie pour affronter une unique Bête magique. »
Ailleurs sur le champ de bataille, d’autres allaient devoir combattre en position défavorable pour qu’ici, ils puissent sauver leur peau.
C’était ce que Finn voulait dire.
Elle avait raison. En temps normal, les choses se passaient ainsi.
Kraiss avait dit qu’il n’existait pas de champ de bataille sans sacrifice.
Oui, il l’avait dit.
Enkrid réfléchit à plusieurs choses, puis répondit sans détour. Il ne l’avait même pas dit à Kraiss.
« Parce que ça m’a semblé faisable. »
« …… Pardon ? »
« Je pensais qu’on pouvait gagner sans perdre une seule personne de notre côté. »
Quiconque ne le connaissait pas aurait été en droit de rejeter ces paroles comme de la pure folie.
Mais Enkrid revenait d’un combat où il avait tué un chevalier. Finn l’ignorait, mais elle avait vu les traces du combat et observé Jaxon à l’œuvre.
Alors…
« Vous pouviez vraiment y arriver ? »
demanda Finn, à moitié hébétée.
« Oui. »
Pas une confiance en son omnipotence, mais de l’assurance.
Pas de l’inconscience, mais un combat calculé.
Après s’être entraîné avec Aker, Enkrid avait poussé Rem et Ragna dans leurs retranchements.
« Barbare. Si tu restes les bras croisés, tu vas te faire distancer. »
« Moi ? Par qui ? Par le capitaine ? »
« Non. »
« Alors par qui ? »
« L’épée de Ragna s’est alourdie. »
« …… Bon sang, ramasse ton épée et relève-toi. Bien joué, tu m’as provoqué comme il faut. »
C’est ce qu’il avait dit à Rem.
Puis, à Ragna : « Tu peux perdre le fil, Ragna. Mais je ne crois pas que j’aurais plaisir à te regarder pleurer après que Rem t’aura battu à plate couture. »
« Qui est-ce qui bat qui, exactement ? »
Enkrid avait parlé de Rem, mais Ragna n’avait pas compris.
À la place, la légère mollesse qui subsistait dans son attitude s’aiguisa, comme une lame affûtée.
« Tu veux te battre ? »
« Bloque correctement. Tu risques de te faire mal. »
Il n’était pas bien difficile de les motiver. D’habitude, Enkrid avait toujours vu leur ardeur monter d’elle-même autour de lui, rien qu’à s’entraîner. Mais cette fois, il les avait délibérément poussés.
Pourquoi ?
« Bats-toi davantage. Entraîne-toi davantage. »
C’était le conseil d’Aker.
De tous ces combats contre lui, de ces échanges incessants, quelque chose avait émergé.
Ce n’était pas Aker qui le lui avait préparé. Enkrid l’avait acquis par lui-même.
La première chose, c’était la manière de manier la Volonté.
L’astuce pour pousser doucement un énorme rocher qui ne bougerait pas, même si on le poussait de toutes ses forces ; pour recueillir entre ses paumes l’eau qui jaillissait sans fin.
La force brute ne suffisait pas.
Il fallait vraiment un certain savoir-faire.
Le genre de savoir-faire nécessaire pour faire rouler une pierre avec un levier, ou incliner ses paumes pour recueillir l’eau qui coule. C’était ce genre de chose.
Puisqu’il était probablement le seul à posséder une Volonté comme la sienne, il n’avait de toute façon personne à qui l’apprendre.
Enkrid le savait instinctivement.
C’était là-dessus qu’il devait se concentrer.
Alors il l’avait fait.
C’est ainsi qu’il avait appris à manier la Volonté.
L’autre chose, c’était l’expérience acquise en affrontant un chevalier en duel.
Aker lui avait conseillé d’affronter davantage de chevaliers, non pas en élève, mais d’égal à égal, les yeux dans les yeux.
« Un combat contre quelqu’un de ton niveau vaut mieux que d’abattre cent adversaires plus faibles. »
Enkrid avait suivi ce conseil. Il l’avait senti dans sa chair.
Jusqu’à son départ pour la guerre contre Azpen, Enkrid avait pratiqué les Arts martiaux valériens avec Audin, l’Épée de mercenaire du Style de Vallen à lui seul, s’était entraîné contre Rem et Ragna, et avait joué avec Jaxon à un jeu qu’ils appelaient « attrape-queue », mais qui ressemblait plutôt à une tentative de planter une lame courte dans le dos de l’autre.
C’était de là que venait son assurance. C’est ainsi qu’il avait évalué les forces de son camp.
Ça semblait pouvoir marcher.
Il y aurait des moments où ses alliés devraient servir de base à un sacrifice, mais peut-être pas cette fois.
Surtout, ils étaient tous remarquablement doués pour se tirer d’affaire quand les choses tournaient mal.
Rem risquerait-il sa vie pour tuer le chevalier d’Azpen et mourir avec lui ?
Aucune chance.
Tenir ici, frapper là. Ça semblait faisable, alors il le ferait.
S’ils n’y arrivaient pas, ils parleraient sacrifice à ce moment-là.
« Quel plan choisit-on ? »
« Le premier. »
C’est ce qu’il avait répondu à Kraiss.
Il avait regardé Kraiss marmonner que gérer quelqu’un qui voulait mener une guerre sans sacrifice allait le rendre fou, mais qu’y pouvait-il ?
Des mots ne suffisaient pas à inspirer confiance dans une telle entreprise. Seuls les actes pouvaient le prouver.
Enkrid prouvait en ce moment même qu’il tenait parole et qu’il était sincère.
La volonté de faire de cette guerre une guerre où personne ne mourrait. Une volonté inébranlable depuis le tout début, une lumière pure et brillante, qui pouvait sembler absurde à certains.
Mais ceux qui suivaient Enkrid, ceux qui l’avaient observé, croyaient en lui sans même y réfléchir.
Voilà ce qui en avait résulté.
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