Chapitre 534
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 534 : Il parcourut une route sans murs
= = =
Jamal avait décidé que le temps jouait en sa faveur. Inutile de frapper de toutes ses forces.
Son Arme gravée, Pillage, grignotait peu à peu les forces de son adversaire.
La première fois qu’on en était frappé, on changeait toujours de couleur.
On ne s’en apercevait pas tout de suite. Pillage était comme une souris rongeant un morceau de fromage, lentement et patiemment.
Puis, à un moment donné, les jambes se dérobaient tout simplement.
C’était alors que le visage se décolorait.
Voir cette expression ne procurait pas vraiment de plaisir à Jamal. Mais il était impossible de dire qu’elle lui déplaisait. Cette expression annonçait la victoire ; il était donc naturel qu’il éprouve du soulagement, une pointe de joie.
Et si l’adversaire était assez puissant pour lui glacer le sang et lui serrer le cœur, mais que l’issue demeurait malgré tout sa victoire, comment ne pas en être satisfait ?
Ça commence.
Tout en expliquant la nature de son Arme gravée, Pillage, Jamal se préparait lui aussi.
Comment aurait-il pu ne pas le faire ?
À présent que son adversaire savait que ses forces s’amenuisaient et comprenait ce qui se passait, il ne lui restait qu’une seule option.
Le tuer avant d’être à bout de forces.
Et autour de lui se tenaient non seulement Jamal, mais aussi des soldats armés d’arbalètes et une Grenouille presque aussi forte qu’un chevalier junior.
Abattre Jamal seul ne suffirait pas à mettre fin au combat. Tout ce qui pesait sur son adversaire constituait un fardeau.
Voilà pourquoi Jamal avait adopté une posture défensive.
Il tenait son épée près du corps, prêt à dégainer le glaive court à sa hanche et à le lancer dès qu’une ouverture se présenterait.
Le principe était simple.
Encaisser l’assaut furieux et ne laisser aucun répit à l’adversaire.
Une tactique pour le pousser toujours plus dans ses retranchements.
Plus il forcerait, plus vite il atteindrait les limites de sa Volonté.
Il les atteindrait bien plus tôt qu’il ne l’avait jamais fait auparavant.
C’était évident : une attaque plus féroce exigeait davantage de Volonté.
Autrement dit, expliquer ce que faisait Pillage faisait lui aussi partie de sa tactique.
Jamal avait instillé le poison de l’urgence dans l’esprit de son adversaire.
Il planta fermement les pieds, abaissa son centre de gravité et pointa son épée vers l’adversaire. Il activa même un parchemin qu’il dissimulait sous son armure.
Un parchemin magique de la taille de sa paume, qui contenait un sort capable d’arrêter un coup avant qu’il n’atteigne son armure.
Mieux valait être prudent.
Utiliser tout ce qui était à sa disposition.
Il faisait exactement ce qu’il avait appris en survivant jusque-là.
En même temps, il imagina des entraves se refermer autour des pieds de son adversaire.
Elles s’alourdiraient à chaque instant, jusqu’à ce qu’il lui soit impossible de lever le pied du sol.
Il acheva toutes ses préparations et passa à l’action, mais la réalité se révéla bien différente de ce à quoi Jamal s’attendait.
Enkrid ne pressait pas le rythme.
Son épée ne s’abattit pas plus vite qu’avant : la lame descendit droit du ciel, franche et directe. Sa vitesse était mesurée, mais une pression épaisse et tenace s’en dégageait, se resserrant comme un étau. C’était l’Épée écrasante.
À quoi pense-t-il ?
Quel genre d’homme se déplaçait avec autant de lenteur dans une situation pareille ?
Jamal activa sa Volonté et repoussa la force écrasante, puis intercepta la lame descendante avec la sienne et la dévia sans heurt.
Trrring.
Une déviation douce, qui ne fit même pas jaillir d’étincelles.
C’était là la marque d’une excellente Épée fluide.
Et c’était la dernière arme de Jamal.
Dévier sans relâche la lame de son adversaire déchaîné.
Ainsi, l’adversaire succomberait peu à peu à Pillage et, déjà rongé par l’urgence, finirait par s’effondrer.
C’était sa dernière arme et sa meilleure tactique.
N’était-ce pas justement pour cette raison que Barnas l’avait qualifié d’adversaire redoutable ?
« Pour te battre, il n’y a qu’une solution : en finir vite. Tss. »
Sans chercher à conclure rapidement, on finirait vidé de ses forces. Et l’Épée fluide de Jamal comptait parmi les meilleures, même selon les critères d’un chevalier.
En outre, il avait renforcé ses défenses par tous les moyens possibles.
Le parchemin n’était que l’un d’eux.
Au besoin, Jamal lançait des dagues et savait tourner indéfiniment autour de sa cible pour faire durer le combat.
Il était aussi rapide sur ses appuis.
Il connaissait également les tactiques des assassins.
Tout cela visait à exploiter l’impatience de son adversaire.
Mais qu’est-ce que c’était que ça ?
Qu’est-ce qui cloche chez ce type ?
Jamal conserva un visage impassible, mais intérieurement, il était déconcerté.
Malgré la situation, Enkrid ne montrait aucun empressement, ne respirait pas péniblement et ne semblait pas en difficulté.
Depuis le début, il maniait son épée d’un air absent.
La seule chose qui avait changé…
Son expression ?
Il ne souriait pas. Pourtant, aux yeux de Jamal, il avait l’air absorbé par quelque chose, comme s’il y prenait plaisir. En y regardant de plus près, il n’y avait plus de doute.
Qu’est-ce qui te rend si enthousiaste ?
Il ressemblait à un garçon tenant une vraie épée pour la première fois de sa vie. Il avait le visage de quelqu’un perdu dans un jeu, entièrement concentré.
À cette vue, l’exaltation de Jamal lui parut soudain bien dérisoire. L’issue étant déjà assurée, il s’était délecté d’une tension illusoire, tandis que son adversaire, ignorant ce qui l’attendait, vivait simplement le présent, l’instant même.
Cette impression de dérision le mit en colère. Il n’y pouvait rien.
« T’as perdu la tête ! »
Jamal cria et abattit son épée.
L’épée en acier valérien d’Enkrid heurta de nouveau Pillage.
Clang !
Le bruit de l’impact était nettement plus faible qu’auparavant. L’air ne vibra pas et aucun son de déchirement ne retentit.
À la place, la lame bleu pâle dans la main d’Enkrid serpenta comme un serpent, s’enroula autour de Pillage en un éclair, puis se planta dans l’épaule de Jamal.
Paf.
Dès qu’il sentit le coup, Jamal recula.
La blessure n’était pas profonde. La pointe avait touché le bord de son épaulière et effleuré sa chair. Mais elle avait tout de même blessé son orgueil.
Merde.
Il avait été pris à un piège psychologique. C’est ainsi que Jamal interpréta la situation.
Son adversaire avait gagné un instant d’avantage et allait foncer sans attendre. Jamal venait de lui offrir cette ouverture.
Une égratignure, rien de plus, mais cet échange l’avait clairement mis en difficulté.
Il se prépara à la pression qui s’abattait sur lui.
Jamal se trompa encore dans ses prévisions.
Enkrid ne chargea pas. Au lieu de cela, il fit tournoyer son épée dans le vide à quelques reprises, la rengaina à sa hanche, puis dégaina une autre lame, étroite et pointue comme un alêne.
D’abord le gladius, puis l’épée en acier valérien, et maintenant, en troisième, Spark, une lame forgée par les elfes.
Enkrid leva l’épée dégainée à hauteur de son visage, puis la projeta en avant.
Plus rapide que le son. Jamal mobilisa toute sa concentration.
Qu’il ait ressenti ou non cette exaltation dérisoire, lui aussi était chevalier.
Jamal leva Pillage en biais pour parer.
Au même instant, un sentiment d’étrangeté l’effleura ; il tira alors de derrière son dos une arme magique.
Une épée de garde, un large glaive court défensif, sauf que celui-ci était bien plus large que les épées de garde ordinaires.
On aurait dit qu’il tenait une poêle à frire en forme de lame.
Cela pouvait sembler ridicule, mais ceux qui le pensaient étaient des imbéciles.
Entre les mains d’un chevalier, c’était un bouclier portant un sort de protection.
Jamal comptait tenir bon et faire durer le combat.
Il avait raison.
Après avoir heurté Pillage, Spark déversa une succession implacable d’estocades et de coups tranchants.
Elle était légèrement plus rapide que l’épée rapide que Jamal avait lui-même maniée un peu plus tôt.
Les mains de Jamal s’activèrent.
Clang ! Bang bang bang !
Pour que Pillage ronge la Volonté de son adversaire et donne l’impression qu’il l’absorbait, Jamal devait dépenser la sienne le plus lentement possible.
C’était ainsi que son adversaire croirait que sa Volonté lui était dérobée.
Cela aussi faisait partie de sa tactique, mais il n’avait plus le loisir d’économiser sa Volonté tout en gardant son calme.
À la moindre erreur, son corps serait transpercé. Quand aurait-il le temps de faire semblant ?
Il ne faisait que parer, pour de bon.
Clangclangclangclangclang !
Leur combat était déjà un échange serré, ponctué d’étincelles incessantes, mais à présent, celles qui jaillissaient dans cette seule séquence donnaient l’impression qu’une tempête s’était levée.
Au centre de leur affrontement, l’air se déchirait et formait d’étranges courants qui se propageaient vers l’extérieur.
Le sol autour d’eux se creusa, les arbres éclatèrent et les rochers se fendirent.
« Reculez ! »
La Grenouille générale prit la seule décision sensée.
S’ils restaient là, ils se feraient tuer rien qu’en regardant.
Pour survivre, il fallait battre en retraite sur-le-champ.
L’idée de décocher un carreau d’arbalète ne lui traversa même pas l’esprit.
Il fallait voir quelque chose pour viser.
Tirer à l’aveugle en se fiant à la chance ?
Et si le carreau atteignait un allié dans le dos ?
À vrai dire, elle doutait que l’un ou l’autre puisse être touché, de toute façon.
Sur l’ordre de la Grenouille générale, les soldats se retirèrent tandis que les deux armes continuaient de voler et de s’entrechoquer, chacune cherchant la chair de l’autre.
Le fracas des lames s’entrechoquant se mêlait à des claquements aigus, entre lesquels retentissaient de lourds grondements.
À l’un de ces grondements, quelque chose passa au-dessus de la tête des soldats.
Un morceau d’armure.
Quel que soit l’angle sous lequel la Grenouille générale l’examinait, il ne semblait pas appartenir à l’ennemi.
* * *
Enkrid avait manié le gladius pour montrer l’Épée écrasante, utilisé avec Spark des estocades rapides et le Point focal, puis déployé diverses techniques avec l’épée en acier valérien, mêlant Pression et force brute.
Mais ce n’était pas tout.
Il essaya le geste peu orthodoxe qui consistait à saisir la lame et à manier la poignée comme une matraque, puis y mêla l’Escrime à l’épée de mercenaire du Style de Vallen.
Il varia librement sa respiration pour déstabiliser son adversaire et ajouta le Souffle feint.
Quand il haleta délibérément, les yeux de Jamal s’illuminèrent un instant.
Enkrid le remarqua, puis reprit une respiration normale.
Les yeux de Jamal s’agitèrent frénétiquement. Ils exprimaient ce que sa bouche ne pouvait dire ; ses mains et ses pieds étaient trop occupés pour parler.
Ce salaud… ?
Enkrid montra ensuite le Style des trois épées, issu de l’Escrime à l’épée de mercenaire du Style de Vallen.
Il feinta avec Spark en main, puis lâcha soudain la lame et lança une dague sifflante. Jamal tressaillit et tordit son corps comme un ver sous un pied.
Enkrid lança une deuxième dague sifflante en direction de la hanche de Jamal.
La technique de lancer de couteau à courte portée qu’il avait apprise de Jaxon entra en action.
Fiiou !
Dans un sifflement aigu, alors que la dague allait se planter dans sa hanche, une lueur jaillit près de sa ceinture et la lame fut repoussée.
Le sort de protection contenu dans le parchemin avait fait son œuvre.
Enkrid l’ignorait. Il n’avait pas besoin de le savoir.
Il profitait simplement de l’instant.
En outre, il recourut à l’Estocade de l’ombre et au dégainé à deux épées.
Clang, crac !
Jamal para le dégainé à deux épées et s’aperçut qu’Enkrid tenait désormais une épée dans chaque main.
La technique à deux lames de l’Escrime à l’épée de mercenaire du Style de Vallen.
Les deux épées se mouvaient selon des rythmes et des tempos différents.
L’épée en acier valérien dans la main droite s’abattait selon le Style de l’épée lourde, tandis que Spark, dans sa main gauche, fusait en une estocade rapide.
Jamal retint son souffle et para à maintes reprises avec la lame qu’il avait tirée pour s’en servir comme d’un bouclier de fortune.
Je recule.
Jamal le comprit.
Et Enkrid continuait à prendre plaisir au combat.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Tout se déroule comme prévu.
Son bras tendu, ses techniques maîtrisées, la perspicacité née de la Technique sensorielle : tout fonctionnait.
L’adversaire ne pouvait que s’affairer à se défendre, et même ses réactions restaient dans les prévisions d’Enkrid.
Aucune raison de ralentir ses mains ou ses pieds. Tout se déroulait comme il l’avait voulu.
Il n’avait jamais connu cela.
Dans le monde de l’escrime d’Enkrid, tomber, être renversé et se débattre pour se relever constituait la norme.
Se faire malmener et battre, puis continuer malgré tout à avancer, voilà l’escrime qu’Enkrid avait apprise, celle qu’il avait travaillée. C’était ainsi qu’il avait toujours progressé.
Se forcer à avancer, quoi qu’il arrive.
Mais cette fois, c’était différent.
Tout ce qu’il avait appris et travaillé lui venait avec aisance, et chacun de ses gestes s’exécutait exactement comme il l’avait prévu.
Pour la première fois de sa vie, Enkrid avançait sur une route où aucun mur ne lui barrait le passage.
Il avançait sur une route sans ronces.
Il avançait sur une route sans soleil brûlant au-dessus de lui.
Il avançait sur une route sans vent mordant qui le transperçait.
Comment aurait-il pu ne pas être heureux ?
Jamal n’était pas un technicien exceptionnel pour un chevalier. C’était un adversaire aux connaissances étendues, mais peu approfondies : un partenaire d’entraînement idéal.
Libérer ce qu’il avait appris, mettre en pratique ce qu’il avait travaillé. Enkrid était ravi et s’abandonnait entièrement à l’instant présent.
En commençant par ce qu’il avait appris dans le monde mental façonné par Aker, puis en remontant tout ce qu’il avait perfectionné, chacune de ses techniques laissa une marque sur le corps de Jamal.
Là où Jamal ne parvenait pas à parer, des morceaux d’armure se fendaient et se détachaient.
Des éclats fusaient vers l’extérieur sous la pression qu’ils engendraient au centre de la tempête.
Le tranchant de la lame qui lui servait de bouclier s’ébrécha et Pillage se fissura.
C’était la preuve que la détermination du chevalier nommé Jamal commençait à vaciller.
« Espèce de monstre, pourquoi tu ne t’épuises pas ? »
Pour Jamal, c’était quelque chose qu’il n’avait jamais rencontré de sa vie. Sa voix débordait de rancœur.
Une Volonté qui ne s’épuise jamais ?
N’était-ce pas là quelque chose qui n’existait que dans les légendes ?
L’adversaire qui lui faisait face incarnait cette légende de son propre corps.
Jamal avait librement utilisé sa Volonté. Pillage la lui avait arrachée. Et pourtant, elle ne s’était pas épuisée. Cet homme était toujours le même qu’au début.
Non. Il avait l’air encore plus enthousiaste.
Jamal sentit la fin approcher.
Enkrid la vit lui aussi.
Leur perspicacité leur montrait le même avenir ; rien n’allait donc changer.
Enkrid avait déjà terminé sa technique à deux lames et rangé ses épées. Il ne tenait plus que Spark.
Jamal abandonna l’épée de garde brisée et saisit Pillage à deux mains.
Enkrid avança le pied gauche et lança hardiment son corps dans la trajectoire de la lame de son adversaire.
Son pied gauche et son pied droit se séparèrent, l’un en avant, l’autre en arrière, puis se croisèrent en le propulsant vers l’avant. On aurait dit une flèche unique décochée en plein vol.
Le Pas de la flèche, une réinvention du fente de base de l’escrime.
Juste avant que Pillage ne fende l’air en un coup descendant, là où se trouvait la tête d’Enkrid, l’épée de ce dernier atteignit la gorge de Jamal.
Boum.
Écartant l’os et la chair, la pointe de Spark trancha une partie des vertèbres cervicales et ressortit à l’arrière du cou.
La lame rouge sang de Spark se retira aussi vite qu’elle était entrée.
Foump. L’épée de Jamal retomba sans force du haut des airs et s’écrasa tout droit au sol.
Enkrid avait déjà achevé son estocade et s’était décalé sur le côté.
Il avait esquivé l’épée de Jamal sans difficulté.
Il resta là à regarder le corps de celui qui avait été le chevalier Jamal basculer en avant et tomber.
Le corps pencha lentement, puis heurta le sol dans un bruit sourd. Aucun des témoins ne dit un mot.
S’agissait-il d’une différence de niveau écrasante ? Il serait plus juste de dire que Jamal était simplement tombé sur un adversaire qui lui convenait mal.
Mais qui, parmi les spectateurs, pouvait le savoir ?
À leurs yeux, la présence d’Enkrid s’abattait sur les lieux et les écrasait.
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