Chapitre 533
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 533 : Le Pillage
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Le chevalier Jamal canalisa sa Volonté et fit chanter l’épée qu’il tenait de la main droite.
Hmmm !
La lame vibra de nouveau.
Enkrid observa l’épée tremblante, dont les mouvements laissaient des images rémanentes dans l’air. On aurait dit qu’elle se démultipliait soudain en dizaines, en centaines de copies. Comme les ailes d’une abeille en plein vol.
Si ce n’était pas le duché d’Azpen qui parlait, mais l’épée, alors ce bourdonnement devait être l’œuvre de Jamal.
« Encore une. »
Jamal l’annonça et frappa. Aucun bruit de pas pour pousser sur le sol, aucun sifflement de lame fendant l’air.
L’épée maniée de toutes ses forces par quelqu’un qui avait atteint le rang de chevalier échappait aux perceptions des gens ordinaires.
Sa vitesse dépassait les limites et étouffait le bruit en fonçant sur sa cible.
On appelait ce degré de maîtrise l’instant où le son meurt.
Un nom forgé par un barde itinérant, après qu’on lui eut expliqué le phénomène.
En réalité, il ne s’agissait que de manier l’épée plus vite que le son ne se propageait. Pour un observateur ordinaire, le bruit et le mouvement semblaient simplement arriver dans le désordre.
Pour ceux qui évoluaient dans cet espace où le son était censé mourir, cela ne faisait aucune différence.
Grâce à la Vision du futur, Enkrid devina l’attaque une fraction de seconde à l’avance et comprit aussitôt qu’il lui serait difficile de l’éviter.
La trajectoire était malaisée à esquiver. Non, ce coup était fait pour être bloqué.
Il ne semblait pas ouvrir la voie à une série d’attaques. Jamal comptait plutôt en finir d’un seul coup.
Esquiver, c’était céder l’initiative.
Enkrid leva son épée sur la trajectoire du coup de Jamal et mobilisa toute sa force à cet instant précis.
Dès qu’une intention prenait racine, elle devenait Volonté, se muant en une masse solide qui insufflait de la puissance dans ses deux jambes, son bas-ventre et son bras droit. Le Cœur de la Force surhumaine s’activa naturellement.
Clang !
Les deux armes se heurtèrent et l’impact explosa entre eux. Cette fois, ils ne se croisèrent pas. Chacun frappa, puis recula de deux pas.
« C’est grossier. »
Jamal avait parlé.
Enkrid se contenta d’incliner le menton.
Un geste qui signifiait que son adversaire était encore plus grossier.
Hmmm.
L’épée de Jamal continuait de chanter. Ses vibrations produisaient une onde constante, qui devenait la force insufflée dans chacun de ses coups.
Les chevaliers étaient ceux qui, grâce à la Volonté, déployaient une force dépassant leurs limites physiques. Ajoutez des vibrations à un coup d’épée de chevalier, et la lame pouvait trancher net du fer trempé.
Voilà comment fonctionnait la puissance de l’épée de Jamal.
Enkrid, lui, avait répondu par la force brute.
La Technique d’isolement avait forgé son corps et l’avait porté à un tout autre niveau ; le Cœur de la Force surhumaine avait doublé la puissance qu’il contenait. Ainsi, la force de leurs coups échangés avait été à peu près égale.
C’était pour cela que Jamal avait parlé de grossièreté. Il avait intégré une technique à son attaque, tandis que son adversaire semblait l’avoir arrêtée avec une simple masse de Volonté brute.
Était-ce une habitude inutilement dépensière, ou cet homme était-il simplement né avec une telle force ?
Il a encaissé ça à la force pure ?
Jamal le vit changer son épée de main et secouer son bras droit, comme pour en dissiper le contrecoup.
Jamal réagit aussitôt et lança une estocade.
Telle un rayon de lumière, elle fonça droit vers le cœur d’Enkrid, en complet décalage avec le ton désinvolte de Jamal.
Une lame qui tranchait, passe encore : il pouvait y répondre par la force. Mais que ferait-il face à une estocade ?
Clang, tak-ta-ta-ta-ta-ta-tang !
Enkrid intercepta l’estocade avec l’épée de sa main gauche, la dévia et en détourna la trajectoire. Mais il ne se contenta pas de la dévier. Sa lame poursuivit son mouvement, décrivit une courbe et s’enroula vers le cou de Jamal comme un collet.
Jamal raidit son tronc, tira brusquement son épée vers lui et se renversa en arrière.
Le tranchant effleura la pointe de son menton dans un léger bruit.
Le temps n’était pas même à une goutte de sang de jaillir. La lame qui l’avait frôlé descendit de haut en bas pour viser son ventre, et Jamal, presque à l’horizontale, tira plus fort encore sur son épée.
Son arme était plus longue. Au lieu d’esquiver, il pouvait donc balayer l’espace devant lui et prendre l’avantage.
La décision se prit en une fraction de seconde et s’avéra payante. Enkrid dut se jeter de côté.
Il ne pouvait pas échanger son cou contre une estocade au ventre.
L’épée de Jamal balaya l’air à l’endroit où Enkrid se trouvait à l’instant, comme si elle cherchait à accrocher quelque chose. Mais celui-ci s’était déjà décalé d’un pas et demi.
Jamal se redressa aussitôt et sourit.
« Alors, tu n’es pas seulement fort, hein ? »
Sa technique aussi était à prendre au sérieux.
Pendant un instant, Jamal envia presque le talent de cet homme.
Il suffisait d’y penser.
Depuis combien de temps était-il chevalier ?
Même si l’homme en face de lui avait atteint le rang de chevalier en survivant à ce premier échange, cela ne faisait quoi, qu’un an ou deux tout au plus.
Et pourtant, il n’était pas loin de Jamal, ni en force ni en habileté.
Cowin en ferait une tête, s’il voyait ça !
Ce gamin était ivre de son propre talent depuis l’enfance. Cette arrogance, ce plaisir qu’il prenait à ses dons, était en soi une forme de talent chez Cowin. Mais l’homme devant Jamal semblait son égal à tous égards.
Une lame raffinée. L’homme qui lui faisait face ressemblait à une épée martelée et battue d’innombrables fois, jusqu’à ce que l’acier ne conserve plus que son tranchant.
Il ne se repose pas sur son talent. Il éclaire son chemin par l’effort.
N’importe qui aurait pu se tromper ainsi. Ce n’était pas la faute de Jamal.
En réalité, Enkrid avait tout conquis à force d’efforts, sans aucun talent, mais Jamal ne pouvait pas le savoir.
Enkrid avait atteint le rang de chevalier. Qui aurait regardé l’homme qui se tenait là, aujourd’hui, et parlé d’un talent modeste ?
Erreur ou non, cela ne changeait rien. Jamal observa son adversaire et leva sa lame.
La technique vibratoire ne passe pas.
Alors, qu’est-ce que je tente ensuite ?
Jamal passa à l’étape suivante. La technique vibratoire était utile, mais ce n’était pas sa spécialité.
Contre n’importe quel adversaire, Jamal ne donnait jamais tout d’un seul coup. Il aimait dévoiler ses capacités morceau par morceau. Barnaas n’appréciait guère ce trait de caractère, mais c’était ce qui convenait le mieux aux dons particuliers de Jamal.
C’était donc là que Jamal était le meilleur.
Quoi qu’il en soit, l’étape suivante était l’Épée correcte.
Comme la brigade comptait un génie sans égal, Cowin, qui possédait la Vision du futur, Jamal avait naturellement dû s’exercer sans relâche à l’Épée correcte.
Pour toucher quelqu’un qui lisait chacun de vos mouvements, il fallait dissimuler son intention, la détourner, puis la détourner encore.
Il essaya de nouveau cette méthode.
Clang, boum, crack !
Jamal balaya largement son épée pour porter un coup descendant sur le sommet du crâne. Enkrid changea l’arme de main et riposta d’un puissant coup.
Une épée en Acier valérien aux reflets bleutés.
Jamal avait prévu de détourner le coup ou de le bloquer sans opposer trop de résistance, puis d’avancer aussitôt le pied droit et d’incliner sa lame vers le bas afin de rendre l’angle de l’attaque imprévisible. Mais Enkrid lui coupa toute possibilité de le faire d’emblée.
Non, ce n’était pas tout.
Jamal lança ensuite une estocade oblique, passa à une prise à deux mains sur la lame, près du ricasso, et se fit encore contrer sans difficulté. Enkrid lui fonça alors aussitôt dessus, front en avant, pour le frapper d’un coup de tête.
L’Épée correcte de Jamal consistait à détourner une intention, puis à la détourner encore. L’adversaire devait perdre pied en observant les coups et le jeu de jambes.
En déstabiliser l’adversaire par des techniques irrégulières : voilà ce qui en constituait le cœur.
Il fit même semblant de trancher, puis lança sa jambe pour viser le mollet d’Enkrid d’un coup de pied bas. Une technique courante dans l’escrime des mercenaires.
Même une sale astuce de ce genre devenait mortelle entre les mains d’un chevalier.
Comme à présent.
Mais Enkrid interrompit chacune de ses actions, coupant court dès la toute première étape à chaque entrée irrégulière du Jeu des nombres.
Il lit tout ?
Ou est-ce qu’il réagit à l’instinct ?
Jamal l’ignorait, mais Enkrid avait assimilé jusqu’à la moelle l’Épée correcte, l’escrime qu’Aker appelait la Toile d’Aker, grâce à son double mental prisonnier de l’épée.
À vrai dire, le Jeu des nombres que Jamal lui opposait semblait presque maladroit en comparaison.
Aker avait été un maître du Jeu des nombres, qui s’était battu avec acharnement contre des chevaliers, l’un après l’autre. Si le Jeu des nombres enseigné par le maître de l’Épée démoniaque était une épée de bois brandie par un enfant, celui d’Aker était une lame entre les mains d’un maître, qui tailladait d’un simple effleurement.
Au beau milieu du Jeu des nombres, Jamal sentit soudain la pression se renverser. Alors qu’il cherchait à embrouiller l’esprit de son adversaire par ses mouvements, Enkrid lui superposait ses intentions par la Volonté.
En un instant, Jamal vit l’épée d’Enkrid viser sa tête, sa poitrine, ses jambes, le dos de sa main, son cou, puis revenir vers son épaule.
Un aperçu du futur proche, entrevu grâce à son intuition. Et, dans le même temps, un futur impossible.
Une épée capable de taillader tout son corps d’un seul coup ?
C’était la Volonté d’Enkrid à l’œuvre.
Ce qu’Aker lui avait enseigné prenait vie.
« Tu fais des trucs bizarres. »
S’il était resté immobile, il aurait subi bien pire qu’une éraflure au menton. Jamal bondit donc en arrière.
Ce mouvement, à lui seul, prouvait toute son expérience.
Sur le moment, prendre la décision de reculer n’avait pourtant rien d’évident.
Quand on voit un avenir où l’on reçoit un coup de lame, l’instinct pousse à s’agiter pour parer ce qui vient.
Mais il suffisait de bondir en arrière pour rendre inefficaces les attaques intangibles portées par la Volonté.
Et si l’adversaire étendait sa Volonté davantage et lui donnait la forme d’un coup ? Un adversaire qui avait déjà réussi à prendre ses distances ne pourrait-il pas y parvenir une seconde fois ?
Si Jamal n’avait pas envie de le poursuivre, inutile d’aller plus loin.
Il recula, puis comprit seulement alors ce que son adversaire venait de faire.
Avec la Volonté ?
Jamal était arrivé jusque-là grâce à son talent débordant. Il avait donc aussi l’œil pour reconnaître d’un coup ce que l’autre venait de faire.
Il ne pouvait pas reproduire l’exploit d’Enkrid, mais il en saisissait le principe général.
Cela ne voulait pas dire qu’il ne se ferait plus avoir.
Retors.
Alors, que faire ?
Il aurait dû sentir une sueur froide lui couler le long du dos.
Et justement parce que la situation était exactement celle-là, Jamal sentit monter en lui une vague de plaisir.
Depuis combien de temps n’avait-il pas vécu quelque chose de pareil ?
Depuis qu’il avait pris une épée pour la première fois, rares étaient ceux qui avaient pu rivaliser avec lui.
La première fois qu’il avait vraiment senti sa vie menacée, c’était face au monstre appelé Barnaas Hurrier.
Cet homme-bête était un monstre à tous les égards.
Parmi les autres, rares étaient ceux qui lui avaient réellement donné du fil à retordre.
Et ces derniers temps, les occasions de ce genre se faisaient encore plus rares.
Les chevaliers n’étaient pas du genre à pouvoir se promener librement ; les occasions d’affronter de véritables ennemis et de combattre étaient donc peu nombreuses.
Et voilà qu’un chevalier lui faisait éprouver une telle tension.
Jamal laissa éclater au grand jour son exaltation, mais Enkrid, l’adversaire même qui la provoquait, demeurait calme.
« À partir de maintenant, je passe aux choses sérieuses. »
Jamal le dit et frappa de nouveau. Une attaque franche, sans les hésitations de l’Épée correcte.
Sa vitesse ne laissait pas le temps de réfléchir.
Rapide. Plus rapide encore.
Dès qu’Enkrid comprit que l’épée de Jamal avait bougé, il dut réagir.
L’épée qui avait imité les ailes d’un colibri abandonna ses vibrations et se consacra entièrement à la vitesse. Elle n’était rien de moins qu’un rayon de lumière.
Enkrid répondit à l’épée de Jamal. S’il ne le faisait pas, il mourrait ; évidemment qu’il réagissait.
La lame de Jamal se dressa à la verticale avant de s’abattre. Enkrid s’enroula autour et lança une estocade ; Jamal esquiva puis balaya l’horizontale de son épée.
Clang, ting, tang.
Des étincelles jaillirent sans discontinuer entre eux.
Quiconque était capable de suivre clairement le combat n’aurait pas osé désigner un favori.
Jamal semblait prendre l’avantage, puis céder du terrain, mais trouvait toujours le moyen d’allonger son épée. Estocades, coups tranchants, lames s’entrechoquant : il répondait à tout.
La trajectoire et la vitesse de ses attaques suffisaient à montrer que l’épée de Jamal était bien plus dangereuse que les Goules rencontrées dans la forêt grise.
Une épée impossible à esquiver sans avoir atteint le rang de chevalier.
Ces coups s’abattaient en vagues. Et Enkrid les interceptait tous, jusqu’au dernier.
Il s’adapta un peu à la vitesse et, au moment où il commença à mêler l’attaque à sa défense, Jamal prit la parole.
« Je vais te révéler ma spécialité. »
Jamal régula sa respiration et poursuivit.
« Mieux vaut la connaître avant de mourir que de me regarder d’un air rancunier sans rien comprendre. »
Clang !
Leurs épées se heurtèrent de nouveau et une gerbe d’étincelles éclata entre eux.
Des flammes bleues et rouges répandaient sans relâche leur lueur autour d’eux.
La chaleur repoussait les derniers rayons du soleil couchant.
Dans cette chaleur, la Volonté bouillonnante se changeait en une pression invisible qui repoussait tout ce qui l’entourait.
Les soldats qui regardaient restaient bouche bée, le regard vide.
Une pierre projetée par le choc frappa un soldat à la tête et lui arracha un cri aigu.
De l’extérieur, on aurait dit une tempête ravageant tout sur son passage.
Les spectateurs ne distinguaient même pas les mouvements des lames, ni les motifs qu’elles traçaient.
Et, depuis le cœur de cette tempête, une voix s’éleva.
« Mon épée s’appelle “Pillage”. »
L’Arme gravée de Jamal n’était ni aussi puissante que l’épée d’Aoara, ni infiniment légère comme celle d’une autre personne. Elle ressemblait plutôt à une simple épée longue.
En revanche, la Volonté insufflée dans sa lame absorbait et dispersait celle de son adversaire.
Autrement dit…
« Grâce à Pillage, je ne me fatigue jamais. »
Quand on saisissait la Volonté et dépassait le rang de chevalier, la première chose qu’on apprenait, c’était ses limites.
Jamal avait découvert et compris ces limites. Alors une idée lui était venue.
Et si je prenais simplement ce que les autres ont ?
Pourquoi cette capacité s’était-elle manifestée ? Peut-être parce que, depuis l’enfance, prendre ce qui l’entourait avait toujours été son mode de vie.
Jamal avait pris la place de son frère, puis le nom de famille de son père. Il était né bâtard, mais était désormais à la tête de sa propre maison.
À un mauvais choix près, il aurait pu finir simple voleur de grand chemin.
Un chevalier habitué à prendre. Voilà ce qu’était Jamal.
Pour entrer dans les détails, l’arme nommée Pillage avait en vérité été conçue pour disperser la Volonté. Celle qu’elle drainait ne devenait pas celle de Jamal.
La Volonté ne se transmettait pas de cette manière.
Mais il pouvait faire croire à son adversaire que c’était le cas.
L’Épée vibrante, l’Épée correcte, l’Épée rapide : tout cela n’était qu’une mise en place pour cette seule chose.
Affrontez cette épée et vous aurez l’impression qu’elle vous vole votre force. Si la Volonté de base insufflée dans un coup équivalait à un, le combattre vous obligeait à en dépenser trois pour chaque unité.
Combien de temps tiendras-tu ?
Jamal sourit avec assurance.
Et depuis quelque temps déjà, Enkrid ne l’écoutait plus.
Tout ce qu’il avait acquis dans l’esprit d’Aker, il l’avait répété pendant son entraînement jusqu’à ce que son corps le maîtrise dans le monde réel. Il ne faisait que mobiliser tout cela au combat, une fois après l’autre.
La raison ?
C’est insensé.
C’était trop amusant.
Devait-il dire que c’était la première fois qu’Enkrid éprouvait un plaisir pareil ?
Cette joie le réchauffait.
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