Chapitre 531
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 531 : Tous les chevaliers ne se valent pas
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« Tuer ou ne pas tuer, voilà mon problème. »
L’homme hésita un instant, puis reprit de la même voix que tout à l’heure.
Le chevalier d’Azpen avait d’épais cheveux bleu marine bouclés, un nez à l’arête haute et des yeux enfoncés sous des arcades sourcilières saillantes. Dans l’ensemble, son visage était plutôt agréable à regarder.
Pas aussi beau qu’Enkrid ou Kraiss, mais plutôt agréable.
Qu’importe son apparence, Rem avait décidé de se payer la tête de cet idiot.
« Hein ? Qu’est-ce que t’as dit ? Pas facile d’entendre quand ça vient de quelqu’un qui s’est tapé une Goule. »
« Se taper » était une expression qu’on employait pour parler d’animaux qui s’accouplaient.
Les Goules n’ayant pas d’organes reproducteurs, l’acte était physiquement impossible. Et même si elles en avaient, personne au monde ne ferait ça avec une Goule. L’insulte allait donc bien plus loin que de demander si la mère de l’homme était une Goule.
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Tu as des goûts intéressants. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Hein ? Tu m’entends pas ? T’as les oreilles bouchées ? T’as. Sauté. Une. Goule. »
Rem épela gentiment les mots, une syllabe à la fois. L’homme resta planté là, à les écouter jusqu’au bout, trop abasourdi pour l’interrompre.
Qu’est-ce que ce barbare fou venait de dire, au juste ?
Les mots avaient atteint son oreille, puis son esprit, en un rien de temps.
Le chevalier était fier de son apparence. Il estimait que son regard mélancolique et son talent pour réciter des poèmes étaient ses traits les plus remarquables.
Tout cela n’était que vanité superficielle.
Aux paroles de Rem, une veine saillit sur le front du chevalier du corps des chevaliers royaux d’Azpen, qui rêvait qu’on le surnomme le chevalier récitant des poèmes. Comme il ne portait pas de casque, elle était parfaitement visible, épaisse et bien marquée ; on s’étonnait presque qu’elle n’eût pas éclaté dans un bruit sec.
« Ne te laisse pas atteindre par les paroles d’un fou », lança derrière lui l’homme aux yeux rouges.
« Eeeeh, il s’est tapé une Goule. Si, si ! »
Rem se comportait comme un gamin. Il tira la langue et racontait tout ce qui lui passait par la tête. Le chevalier d’Azpen savait que c’était puéril. Il savait aussi qu’il aurait dû faire semblant de ne pas entendre. Le problème, c’était que l’homme qui le raillait avait une présence difficile à ignorer, tout en étant manifestement à l’aise — vraiment à l’aise.
Il était entouré d’assassins du Marais de Monterre et ne paraissait nullement tendu, même avec un chevalier juste devant lui. Il s’était même curé le nez au beau milieu de la scène.
Rien chez lui — ni ses paroles, ni son attitude, ni son visage — n’était agréable.
« Ça fait du bien, hein ? »
Rem lui adressa un sourire en coin. Le chevalier aux cheveux bleu marine qui s’était avancé décida alors de lui ouvrir la bouche de ses propres mains.
« Tu as une bouche infecte, barbare. »
Quelqu’un l’avait-il déjà méprisé à ce point ?
Peut-être l’avait-on regardé de haut, mais on ne s’était certainement jamais moqué de lui aussi ouvertement.
Cette raillerie avait réveillé le démon qui sommeillait en lui. C’est ce que l’homme se dit.
Le nouvel homme devenu chevalier d’Azpen n’avait pas particulièrement forgé son esprit.
Et pour cause : de toute sa vie, personne ne l’avait jamais dépassé ni laissé derrière.
Il était né avec du talent, l’avait cultivé par le travail et avait toujours été protégé par son milieu.
Le génie de la famille Ekins. Il s’appelait Cowin Ekins.
Il posa la main sur son épée. Dans un tintement, la lame capta la lumière ambiante et se dévoila.
Cowin avait donné à son épée le nom de « Destin ».
Plus précisément : « Un destin déjà décidé ».
« Toi, barbare. Toi qui n’as ni rythme ni romantisme. Je vais te prendre la vie. »
Né génie et doué de Vision du futur depuis l’enfance, Cowin avait toujours vu venir la trajectoire des attaques adverses et prédit leur prochain mouvement.
C’est ainsi qu’il en était venu à porter Destin, l’épée qui décidait du sort de ses adversaires.
Il avait remporté tous les combats à mort auxquels il avait participé ; il avait donc une confiance absolue en son épée et en son talent.
Cowin reprit comme s’il récitait un poème. Rem se curait l’oreille d’un doigt et lui répliqua :
« Ouais, ouais, vas-y, espèce de taré qui aime se taper des Goules. »
« … Je t’avais dit de ne pas lui répondre », dit derrière lui l’homme aux yeux rouges.
Dans la joute verbale, Rem avait remporté une victoire éclatante.
La veine du front de Cowin s’épaissit. La pointe de son épée se leva et la Pression qui s’en dégageait déferla sur Rem. Celui-ci roula des épaules et l’ignora. Deux pas derrière Cowin, l’homme aux yeux rouges planta la pointe de sa botte dans la terre et donna un coup de pied vers l’avant.
Dans un bruit sourd, une motte de terre vola vers Rem.
Rem rentra le menton et leva les deux bras pour se protéger de la terre.
Tous ces mouvements s’enchaînèrent en un souffle, en un instant. Dans l’intervalle, un assassin du Marais de Monterre tira avec une sarbacane. Ils avaient coordonné leur attaque.
Le bruit de la terre projetée, la Pression qui lui tiraillait les nerfs : pendant ce bref instant, une aiguille presque silencieuse fila vers lui. Rem balaya nonchalamment l’air de sa main gauche levée.
Deux mouvements du poignet, de haut en bas, trop rapides pour qu’un homme ordinaire puisse les suivre.
Fouff.
Le geste souleva un courant d’air ; l’aiguille dévia de sa trajectoire et retomba.
Au même instant, un filet lesté lui tomba sur la tête dans un bruissement, tandis qu’une lame jaillissait entre ses jambes.
L’assassin du Marais de Monterre vit une ouverture chez sa cible.
Naturellement, Rem l’avait laissée exprès.
Rem resta immobile un instant, puis sourit et leva la hache qu’il avait dégainée sans que personne s’en aperçoive.
Aux yeux de Cowin Ekins, chacun de ses mouvements s’imprima dans son esprit, lentement, dans ses moindres détails.
Boum.
La hache bougea.
Crac, crac, crac, crac, crac.
La hache continua de bouger sans s’arrêter et révéla exactement à quoi elle servait.
À chaque coup, des lignes se traçaient dans les airs.
On aurait dit quelqu’un écrasant des fruits d’un poing maladroit. Il n’avait même pas utilisé correctement le tranchant de la hache : il l’avait simplement brandie selon les besoins du moment, et voilà le résultat.
Le crâne des sept assassins qui chargeaient se fendit, éclata et fut broyé. Le filet se déchira en six morceaux dans les airs, qui s’éparpillèrent.
Tout cela se produisit le temps d’une expiration.
« … Je prie pour que ta volonté repose en moi. »
L’homme aux yeux rouges avait observé les mouvements de Rem. Il se mit à réciter une incantation. Descente divine. Une autre âme entra dans son corps.
Habité par la volonté d’un autre être, l’homme aux yeux rouges trembla de la tête aux pieds, ferma les yeux et se mit à baver.
Quand il les rouvrit, le changement de présence révéla ce qu’il était devenu.
Même parmi les Créatures démoniaques, certaines sont considérées comme nobles. Il s’agissait d’une sorcellerie interdite qui accueillait l’âme d’un Seigneur démoniaque.
Ainsi, il atteignit un rang supérieur à celui de chevalier, par une méthode plus raffinée que celle du comte Molsen.
Rem acheva de faucher le groupe d’assassins, posa sa main gauche contre un arbre et prit la parole.
« Grands Yeux était vraiment inquiet à l’idée de monter toute cette mise en scène. Je me demandais pourquoi. Tu sais pourquoi ? Parce que de là où je suis, ce combat a l’air facile. »
Pendant qu’il parlait, trois autres assassins ennemis se ruèrent sur lui en empruntant exactement la même ouverture qu’avant.
Une pluie d’aiguilles et de fléchettes tomba d’en haut. Du sable empoisonné se répandit dans l’air.
Rem prit appui au sol et changea de position.
L’arbre contre lequel il s’était appuyé avait été tranché net sans que personne s’en aperçoive ; il penchait à présent sur le côté.
Les assassins dissimulés près de l’arbre — ou à l’intérieur — se dispersèrent dans toutes les directions, comme des fourmis prises sous une averse.
Rem les balaya du regard, fit sauter une pierre posée à ses pieds et la frappa du plat de sa hache.
Clang.
Il maintint la force de son mouvement, puis ajouta une impulsion au moment où la pierre toucha le plat de la hache. Elle fila plus vite qu’une flèche au lieu d’éclater, traversa les airs et fit sauter le sommet du crâne d’un assassin.
Crac.
Le sang et la cervelle giclèrent dans toutes les directions et éclaboussèrent le sol.
La hache sur l’épaule, Rem continua de parler comme si de rien n’était.
« Et puis, votre commandant ne veut pas que ses alliés se sacrifient ? Alors, ne vous sacrifiez pas. Pourquoi tout ce blabla ? Frappez tous ceux qui vous foncent dessus jusqu’à ce qu’ils soient morts. C’est tout. Bande d’abrutis. »
Ce n’était pas une raillerie puérile, mais une remarque brutale. Les deux chevaliers d’Azpen échangèrent un bref regard et s’écartèrent.
Leurs styles de combat différaient.
Mais Destin, l’épée de Cowin Ekins, voyait l’avenir. Grâce à elle, Cowin savait comment coordonner ses mouvements avec ceux d’un autre chevalier.
Même s’il détestait personnellement devoir le faire.
Rem regarda les deux hommes prendre position devant lui et derrière lui.
Le corps de l’homme aux yeux rouges se dissipa en une brume rouge, puis se reforma.
Il avait accueilli la volonté d’un vampire, un Seigneur démoniaque suceur de sang comptant parmi les plus puissants. Il pouvait donc se servir d’une partie de sa sorcellerie.
Que cela ait de l’importance ou non, Rem marmonna pour lui-même, sa hache toujours posée sur l’épaule :
« T’es de bonne humeur, aujourd’hui ? »
Il ne s’adressait pas à l’ennemi.
Il posait la question parce que sa hache lui avait transmis une sensation. Elle venait de lui dire qu’elle était de bonne humeur et voulait jouer.
Les assassins autour de lui reformèrent leur formation et l’encerclèrent de nouveau.
Rem s’était battu contre Jaxon. Le Marais de Monterre ne lui inspirait aucune crainte.
Et les deux hommes devant lui non plus.
De parfaits idiots.
Comme Barnaas Hurrier le disait toujours, tous les chevaliers ne se valaient pas.
« Vous avez déjà joué contre quelqu’un dont la Volonté ne s’épuise jamais ? »
Quand Fell, poussé à bout par les provocations, s’était mis à délirer sur l’air qui était différent et avait poussé la folie encore plus loin, Jaxon avait lui aussi reçu une sorte de choc en observant Enkrid.
Rem aussi.
Un chevalier n’était pas le bout du chemin.
Enkrid l’avait montré par ses actes et par son corps, et le message avait frappé Rem tout aussi vivement.
« Tu sais que je me tue à l’entraînement à cause de ce type, hein ? Tu le sais ? »
Rem lâcha ces mots et baissa la main gauche. L’heure était venue d’engager le vrai combat, celui qu’il n’avait jamais montré à ses compagnons.
Rem passa la main le long de sa taille et, bientôt, le bout de ses doigts gauches se referma sur une lanière de cuir rugueuse.
Au bout de cette lanière pendait une poche de cuir de la taille d’une paume, juste assez grande pour y loger quelque chose. C’était une fronde.
La lanière était faite de tendon de Bête magique tigre torsadé et enveloppé dans du cuir d’Homme-ours. Il l’avait fabriquée lui-même.
Quand Kraiss l’avait vu démonter une armure d’écailles de Drake entière pour en réutiliser le cuir et fabriquer la poche, il s’était frappé le front.
« Tu te rends compte de combien ça vaut ? »
« Je devrais ? »
« Non. Continue donc à ne pas le savoir. »
Kraiss n’avait jamais eu l’intention de convaincre Rem. Il l’avait dit parce qu’il ne pouvait pas passer outre, pas avec un objet d’une telle valeur. C’était tout.
Même si on le rouait de coups et qu’on menaçait sa vie, Kraiss n’aurait pas pu retenir ces paroles.
C’était un peu comme Enkrid, incapable de dormir s’il passait une seule journée sans s’entraîner.
Pour fabriquer cette fronde, Rem avait parcouru les berges des rivières, ramassant des dizaines de pierres lisses et rondes, puis les avait polies. Il s’était aussi rendu chez le forgeron pour lui demander de couler des balles de fer de forme semblable.
La fronde pendait jusqu’au-delà de ses pieds. Sa lanière était longue, bien trop longue selon les normes habituelles, mais elle convenait à Rem.
La hache dans la main droite, la fronde dans la gauche.
Voilà la forme de combat ultime de Rem. La même que lorsqu’il avait tué le guerrier cannibale, il y a longtemps.
« Bon. Ça fait vraiment une éternité que je n’ai pas fait ça. Estime-toi honoré. Espèce de salaud qui aime les Goules. »
Rem réussit à décocher une dernière pique.
Cowin n’y réagit plus.
Il avait décidé de se dépouiller de toute vanité superficielle. Il était un chevalier d’Azpen, un homme qui avait prouvé sa valeur en survivant jusqu’ici.
Son instinct lui souffla :
la bête aux cheveux gris devant lui était plus dangereuse que quiconque il avait affronté jusque-là.
Cela ne dura qu’un instant, mais, à cet instant, Cowin vit son adversaire plus imposant que son propre maître, Barnaas Hurrier.
« Absurde. »
Il rejeta aussitôt cette idée. Laisser l’ennemi prendre place en soi, c’était déjà perdre avant même le début du combat.
Un chevalier devait aiguiser la lame de sa volonté intérieure.
Je gagnerai.
Cowin se raffermit et raviva sa combativité par sa seule détermination.
De l’autre côté, l’homme aux yeux rouges analysa la situation avec encore plus de froideur et conclut que le moment était effectivement venu de rassembler sa volonté.
Il le fit aussitôt, aiguisant sa volonté d’un seul coup.
Il était devenu chevalier grâce à une sorcellerie qui consistait à accueillir une volonté en lui.
Ce n’était pas une méthode conventionnelle, mais elle n’était pas mauvaise pour autant.
Barnaas Hurrier l’avait bien reconnu.
« Hum ? C’est une technique fascinante. Alors, les gens te critiquent pour ça ? Et alors ? Tu n’as qu’à garder la tête haute. De toute façon, tu finiras par affronter tout ce qui se dressera sur ta route. Ce n’est qu’une différence de méthode. »
Le plus grand chevalier qu’Azpen eût jamais produit avait reconnu sa valeur.
Pour Barnaas.
L’homme aux yeux rouges raffermit sa résolution pour celui en qui il croyait.
Rem.
Fouff. Fouff. Fouff.
Il se mit à faire tournoyer la fronde. Presque aussitôt, un disque se forma au-dessus de sa tête.
Fiiiiiiiiii.
Le son seul suffisait à dominer l’air alentour.
Sans attendre, Rem tendit le bras gauche et prouva que le bruit de la fronde n’était pas une vaine menace.
Crac.
Si la pierre frappée par la hache avait fait éclater le crâne d’un assassin, projetant du sang et de la cervelle sur le sol, le sang et la cervelle de ce crâne fracassé éclaboussèrent le tronc d’un grand arbre à côté, comme une tomate mûre lancée avec force contre du bois.
L’assassin mort et l’arbre étaient séparés de plus de dix pas.
Fff, fouff fouff, fiii.
Après avoir lancé une pierre, la fronde reprit sa rotation.
« Bon. Au suivant. »
À peine son premier projectile parti, Rem avait déjà commencé à faire tourner la fronde pour en lancer un deuxième. Cowin perçut soudain la présence d’un projectile qui dépassait son Acuité visuelle dynamique, et Destin s’activa.
L’œil qui entrevoit l’avenir.
Jugeant qu’il serait touché s’il restait immobile, Cowin fendit l’air de son épée.
Ses pieds quittèrent le sol, son corps s’élança et son épée s’abattit verticalement. Au moment où la lame atteignait le dos de Rem, une hache apparut et la dévia dans un choc métallique retentissant.
Dans l’intervalle, l’homme aux yeux rouges plongea d’en haut et tenta d’enfoncer droit dans sa cible les dix ongles rouges qui avaient jailli du bout de ses doigts.
La hache de Rem avait déjà dévié l’épée de Cowin ; elle repoussa aussi les dix ongles.
Srrrrrrt.
Des étincelles jaillirent et une vague de chaleur flamboya un instant.
Fouuum.
Rem fit tournoyer sa hache et fouetta l’air en biais avec la fronde, libérant la deuxième pierre avant même qu’elle ait atteint sa vitesse de rotation maximale.
Ping, crac.
Un autre assassin mourut.
Le rythme de l’attaque était irrégulier. Le groupe d’assassins se figea peut-être un instant, mais alors… « Foncez tous en même temps ! Ceux qui épargnent leur vie subiront un châtiment bien pire ! »
Au cri de l’homme aux yeux rouges, les assassins bougèrent de nouveau.
Rem ne se sentait toujours pas menacé.
Il avait deux chevaliers pour adversaires, mais…
Ces deux-là sont bien plus faciles à gérer que cet enfoiré incapable de s’orienter ou que cette chatte sauvage.
C’était encore mieux que de s’entraîner avec Enkrid.
C’était là le sentiment sincère de Rem.
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