Chapitre 526
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 526 : Grand frère, petit frère et grande sœur
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Pour commencer, le capitaine d’assaut d’Azpen déploya une ruse après l’autre, à commencer par du sable empoisonné.
Des fléchettes enduites de poison. Des poignards de lancer. Des chausse-trappes semées au sol avec un savoir-faire consommé.
Les chausse-trappes de fer hérissées de pointes roulèrent sous les pieds de Fell au moment où il allait poser le pied.
Il les évita en atterrissant sur la pointe des pieds plutôt que sur la plante.
En esquivant tout — le sable empoisonné, les fléchettes, les poignards, les chausse-trappes —, Fell perdit l’équilibre. À peine son pied toucha-t-il le sol que son corps pencha légèrement vers la gauche.
Je le tiens !
Le capitaine d’assaut attendait précisément cet instant. Il dégaina son épée courte et en pointa la lame vers Fell.
Une attaque. Un seul coup, mais il avait de quoi le porter même contre un adversaire du niveau d’un chevalier junior.
Une épée magique gravée d’un sort. L’inscription du pommeau explosa, arrachant à la garde la lame longue comme un avant-bras, qui fendit l’air dans un cri.
Boum !
Le son claqua comme le tonnerre.
Alors que le corps de Fell allait recevoir un nouvel ornement, il se coucha à l’horizontale et décolla du sol.
Si Jaxon avait été là, il aurait remarqué que le léger bruit du pied de Fell quittant le sol avait précédé d’une fraction de seconde le grondement qui suivit le lancement de la lame. Mais personne sur place n’avait l’ouïe aussi fine.
Fchhh !
La lame propulsée par le sort effleura le flanc de Fell sans toucher sa peau, déchira seulement son gambison brun clair, puis le dépassa.
À la place de ses organes, des couches de coton et de rembourrage s’éparpillèrent au sol.
Par une étrange coïncidence, les touffes de coton et de bourre tombées recouvrirent les entrailles du chevalier junior d’Azpen mort au cours des combats précédents.
De ternes flocons gris devinrent un linceul pour les morts.
Tac.
Fell atterrit, se redressa et leva son épée devant ses yeux.
Avait-il feint de perdre l’équilibre depuis le début ?
Voyant son ultime ruse échouer, le capitaine d’assaut comprit que l’homme en face de lui était bien plus fort.
Pourquoi cette idée lui était-elle venue avec une telle évidence ?
Je n’aurais pas pu esquiver ça.
Que ce fût par réflexe ou par calcul, l’autre avait réussi quelque chose dont lui était tout bonnement incapable.
Bien sûr, dans un combat à mort, le talent n’était qu’un facteur parmi d’autres. Ce n’était pas tout.
Le capitaine d’assaut fléchit davantage les jambes et saisit la hache accrochée à sa hanche.
« Haa… »
Fell poussa un soupir en levant les yeux vers le ciel.
Il ne regardait pas le capitaine d’assaut. Un regard vers le ciel, un autre vers le sol, puis un soupir.
« Haa… »
Le capitaine d’assaut avait prévu de contre-attaquer dès que son adversaire se ruerait sur lui. Mais celui-ci poussa un long soupir et prononça quelques mots qui le laissèrent pétrifié.
« Tu sais quoi ? »
Savoir quoi ?
« Je comprends tout, je l’accepte, et pourtant, briser la coquille de celui que j’étais n’est pas aussi agréable que je l’imaginais. »
En parlant, Fell laissa de nouveau son regard dériver vers le ciel.
En chemin, il avait décidé de la manière dont il vivrait désormais. Né dans les plaines, élevé comme berger, pourquoi se tenait-il ici ?
Pourquoi avait-il pris les armes ?
Il avait cherché les réponses à ce genre de questions.
Pour avancer.
Il avait observé le dos de quelqu’un qui avançait avec autre chose que de l’obstination : une force brute, silencieuse.
On dit que si l’on fixe l’abîme, l’abîme finit par nous regarder en retour.
Fell avait observé Enkrid, et il était arrivé jusqu’ici après avoir traversé la frustration et le désespoir.
Il avait un temps cru que son seul talent lui permettrait de rattraper son retard rapidement.
« Il y a tant de choses en ce monde. Et parfois, nous sommes confrontés à des choses que nous n’aurions jamais pu imaginer. »
Il n’y avait pas de clair de lune, le soleil tapait fort et l’aube était encore loin ; pourtant, il arrivait parfois de s’enivrer sans rien de tout cela.
Il avait trouvé sa réponse, et pourtant Fell se perdait dans ce qu’il ressentait. Il soupira encore.
À présent, il lui faudrait abandonner celui qu’il avait été et accueillir celui qu’il serait demain.
Il avait pris sa décision, mais il savait sans avoir besoin d’y réfléchir que le chemin ne serait pas facile.
« … Tu as mangé quelque chose qui ne passait pas ? »
Le capitaine d’assaut d’Azpen marmonna en reculant discrètement le pied arrière. L’homme avait l’air complètement cinglé.
À ces mots, Fell baissa les yeux et regarda le capitaine d’assaut.
Parce que ce que l’homme venait de dire avait fait mouche.
« On dirait bien. »
Il acquiesça donc.
« Quoi ? »
« Hmm. L’air. J’ai dû avaler le mauvais. »
« Qu’est-ce que tu racontes, bordel ? »
Le capitaine d’assaut ressentit une véritable peur, qui n’avait rien à voir avec une lame.
Il aurait préféré qu’on lui enfonce une épée dans le corps. Pourquoi un combattant aussi redoutable débitait-il pareilles absurdités ?
Fell songea à Enkrid et à ce qui le différenciait vraiment, à ce qui le distinguait de tout le reste ici.
L’atmosphère était différente.
Comment ça ? Il y avait quelque chose autour d’Enkrid, comme une aura portée par l’air lui-même.
Qu’est-ce qui avait changé cette aura ? L’air.
« Ah… »
Un petit son échappa à Fell lorsque la révélation le frappa.
« … Arrête tes conneries. Je ne vais pas mourir sous les coups d’un cinglé ! »
Le capitaine d’assaut d’Azpen lança la hache qu’il tenait.
Fell esquiva et la rattrapa. C’était une arme qu’il utilisait depuis des années.
Dans le même temps, il retourna la question dans sa tête.
L’air était-il vraiment différent ? La révélation s’estompa presque aussi vite qu’elle était venue. Ce n’était sans doute pas ça.
Quoi qu’il en soit, son adversaire abandonna tout en plein combat et fila comme si le feu lui brûlait les fesses.
L’homme courut vers son cheval, lança à peu près dans la direction de Fell l’arme de rechange posée sur la selle, puis s’enfuit.
Clac clac clac clac !
Les sabots martelèrent le sol, et un nuage de poussière s’éleva, masquant la vue.
Fell n’avait pas l’intention de le poursuivre. Il n’avait même pas dégainé son épée.
Les soldats qui se faisaient face de part et d’autre de la ligne avaient eux aussi assisté à la scène.
« Il n’a même pas dégainé ? »
Deux soldats, l’un de la Garde-frontière, l’autre d’Azpen, postés en tête de leurs lignes respectives, prononcèrent exactement les mêmes mots, sans une syllabe de différence. Bien sûr, aucun n’entendit l’autre.
Après avoir mis en fuite le capitaine d’assaut d’Azpen, Fell regagna les rangs et Kraiss accourut de l’arrière.
« Le laisser filer nous arrange, en fait, mais c’était volontaire ? »
« C’est juste comme ça que ça a tourné. »
Le regard creux et abattu que Fell affichait jusque-là avait disparu. Il avait laissé derrière lui son ancienne coquille et en était ressorti transformé. Avec elle, la lueur malicieuse dans ses yeux, la même que lorsqu’il avait affronté Enkrid pour la première fois, était revenue. Son regard était clair, franc et lumineux.
La malice de ce regard lui délia la langue.
« Ropord, si tu sors et que tu meurs, tu m’appelleras grand frère jusqu’à la fin de tes jours. »
« Je préfère mourir sur le champ de bataille. »
Il s’adressait à son rival, celui qu’il avait fini par détester avec cette affection qu’on éprouve pour quelqu’un qu’on connaît trop bien. Son rival s’avança, armes en main.
Le troisième des quatre.
« Celui qui veut sortir, qu’il sorte ! C’est… euh, c’est Ropord, de l’Escouade des Fous ! »
En observant la scène, Kraiss sentit quelque chose s’apaiser un peu dans sa poitrine.
Abnair avait bien compris l’intention derrière ce qu’ils faisaient. Mais c’était aussi une mesure désespérée, destinée à calmer sa propre inquiétude.
Deux voies s’offraient à Kraiss.
La première était relativement sûre, avec moins de menaces et d’imprévus, mais exigeait d’accepter des pertes.
La seconde comportait de sérieux risques. Si les choses tournaient mal, ils pourraient tous finir dans la tombe. C’était ainsi que Kraiss voyait la situation.
Et pourtant, il avait choisi la seconde.
Commandant, est-ce que ça ira ?
Il posa la question en silence. Ce n’était pas à lui qu’était revenu le choix.
S’il n’en avait tenu qu’à lui, il aurait emprunté une troisième voie.
Livrer la ville sans combattre, s’exiler et abandonner ceux qui mourraient en résistant. Sauver les siens et prendre la fuite.
Enfin. Ce n’était que des paroles.
Nurat l’avait bien compris : Kraiss n’avait plus nulle part où se replier.
Il connaissait trop de visages. Pouvait-il les abandonner tous ? Il n’arrivait pas à répondre si facilement.
Avant le départ d’Enkrid, Kraiss lui avait exposé les deux options et posé une question à son commandant.
« Est-ce que je peux me montrer égoïste ? »
C’était ce que Kraiss avait demandé.
« Quand ne l’as-tu pas été ? »
Enkrid avait répondu.
Dans une situation où sourire n’avait aucun sens, Kraiss avait souri et dit :
« Je ne m’attendais pas à entendre ça de vous, commandant, mais dans ce cas, ramenez-les tous vivants. »
Enkrid avait souri, de son sourire décontracté, insouciant, puis lui avait répondu d’un regard malicieux :
« Oui, chef ! »
Le tout accompagné d’un salut militaire à moitié plaisant.
Kraiss croyait en son commandant, et c’était pour cela qu’il avait laissé Audin, Teresa, Ropord et Fell ici.
Sans cela, il aurait choisi la première option. Il les aurait tous envoyés sur la route que l’ennemi allait emprunter.
Non, pas seulement eux. Il aurait aussi engagé toutes les unités de rangers qui lui restaient, épuisé l’ennemi et commencé le combat de cette manière.
C’aurait été la meilleure option.
Sans doute aussi celle qu’aurait choisie l’ennemi.
Tandis que Kraiss y repensait, Ropord, à la limite de son champ de vision, était en train de terrasser son adversaire.
« C’est moi le grand frère ! »
Ropord rugit en remportant la victoire.
« Espèce de taré, ce n’est pas parce que j’ai perdu que tu deviens mon petit frère ! »
Fell cria depuis les rangs alliés.
Kraiss se demanda ce qui clochait chez ces cinglés.
Après Ropord, ce fut au tour de Teresa.
« Mes frères et mes sœurs, c’est à mon tour. »
Chez ceux qui descendaient des Géants, l’envie de combattre coulait dans le sang. Teresa la contenait grâce à sa foi, mais lorsqu’une occasion comme celle-ci se présentait, il lui était encore difficile d’y résister.
Par-dessus tout, Enkrid l’avait beaucoup galvanisée ces derniers temps, si bien que se retenir était d’autant plus difficile.
Quand une guerrière aussi imposante qu’Audin s’avança, les rangs d’Azpen s’agitèrent.
N’avaient-ils donc plus personne à envoyer ?
Si.
S’ils continuaient à essuyer des pertes pareilles, le moral ne ferait pas que baisser. On aurait l’impression qu’ils avaient déjà perdu avant même le début de la véritable bataille.
Azpen envoya donc un chevalier junior.
Un combattant qu’ils avaient gardé en réserve, leur véritable atout au cas où la bataille tournerait mal.
Bien plus doué que celui qu’Audin avait affronté.
« Une mercenaire ? Liée par contrat ? Dommage. On dirait que tu as du sang de Géante. Oui, tu ferais mieux de mourir ici. »
À Azpen, celui-ci avait gagné le surnom d’« Emul le Sentenceur ».
Il condamnait ses adversaires à leur sort. Ce n’était pas quelque chose qu’il faisait à chaque fois. Son surnom venait justement du fait qu’il ne le faisait que lorsque l’issue ne faisait aucun doute.
Audin avait combattu en premier, Teresa en quatrième.
Sur les quatre combats, le quatrième fut le deuxième plus court, juste après celui d’Audin.
Teresa encaissa l’épée d’Emul avec son corps et l’attaqua de son bouclier.
Elle utilisa la technique de déviation des lames qu’elle avait apprise auprès d’Audin, mais les coups d’Emul étaient si tranchants que son sang à elle aussi jaillit.
La chair fut entaillée. La lame n’avait pas atteint l’os, mais il était exagéré de parler d’une blessure légère.
Pourtant, Teresa ne s’arrêta pas.
Des gouttes écarlates volèrent dans l’air. Trois échanges s’écoulèrent ; seule Teresa saignait, mais ce sang lui avait permis de placer un puissant coup de bouclier.
Emul eut le réflexe de poser le pied sur le bouclier pour bondir en arrière. Il lui fallait mettre de la distance entre eux.
Il ne voulait pas se battre à cette distance.
Alors qu’Emul sautait en arrière pour s’échapper, Teresa lâcha son bouclier.
Elle ne l’avait pas attaché à son bras depuis le début : elle le tenait simplement à la main, ce qui rendait cette manœuvre possible.
Qu’elle ait combattu en tenant à elle seule ce lourd bouclier était déjà assez étrange ; difficile, donc, de prévoir ce qu’elle allait en faire.
Naturellement, Emul ne l’avait pas anticipé.
« Argh ! »
Le bouclier, qu’il avait voulu utiliser comme tremplin, offrit soudain bien moins de résistance que prévu. La force qu’il avait accumulée dans ses jambes ne suffit pas. Il ne parvint qu’à reculer de deux pas. Teresa le suivit, le visage impassible.
Un instant, leurs corps semblèrent se confondre dans les airs. Puis retentit un bruit de torsion et de craquement. Tout le monde ne l’entendit pas.
« Combattez ! Gagnez ! »
Les soldats, qui acclamaient et criaient, couvrirent le bruit.
Du côté d’Azpen, le vacarme était assourdissant. Teresa avait semblé être en mauvaise posture, alors ils redoublèrent de cris.
En revanche, les soldats réguliers de la Garde-frontière gardèrent leur discipline jusque dans leurs encouragements.
Clac, clac, clac !
Ils scandaient leur cri au rythme des mouvements du drapeau.
« Frères et sœurs ours ! »
« Teresa ! »
« Géante ! »
« Teresa ! »
Si Teresa les avait entendus, elle aurait sans doute éclaté de rire et demandé quel frère ou quelle sœur avait inventé ce slogan. Mais au beau milieu d’un combat, impossible de rejoindre les rangs alliés.
À bout portant, Teresa employa une technique des Arts martiaux valériens : l’extraction cervicale.
Entre ses mains, une technique qui exigeait une force naturelle prit vie.
Ce n’était pas une manœuvre compliquée. Saisir la tête d’une main, abaisser l’épaule opposée de l’autre et tirer. Rien de plus.
Emul ne se laissa pas faire. Dès qu’elle lui saisit la tête, il lança son épée vers la gorge de Teresa.
Elle ne tourna que le cou pour esquiver, mais cette fois, le sang coula à flots.
En échange,
elle récolta une vertèbre cervicale qui pendait mollement.
Après tout ce temps, voir son propre sang couler, en sentir la chaleur, sentir le champ de bataille autour d’elle… tout cela l’emplissait d’ardeur.
Portée par cette ardeur, elle libéra sa nature de Géante, qu’elle gardait d’ordinaire dissimulée. Elle rugit.
« C’est moi la grande sœur ! »
Ses paroles devaient quelque chose à l’influence de Fell et de Ropord, mais tout de même.
Les deux armées, qui avaient suivi tous les combats, retombèrent dans le silence.
Pour Azpen, tous ces gens étaient complètement dérangés.
Peu importait comment les combats s’étaient déroulés : ils ne cessaient de hurler des choses insensées.
La vraie question, celle qui méritait qu’on s’y attarde, était de savoir pourquoi ils avaient gagné avec une telle facilité. Le commandant d’Azpen ne parvenait pas à le comprendre, mais Kraiss hocha silencieusement la tête.
Il suffisait d’y réfléchir. Ces combattants s’entraînaient chaque jour contre des adversaires de la trempe de Rem et Ragna, des chevaliers.
Les soldats d’Azpen envoyés ce jour-là affrontaient-ils des chevaliers tous les jours ?
Pas la moindre chance.
Autrement dit, l’issue était prévisible.
Bien sûr, Krais était resté inquiet jusqu’au bout. Seul le spectacle sous ses yeux avait finalement réussi à le rassurer.
Surtout, ces combattants n’avaient été gardés en réserve qu’en cas d’urgence.
Montrer à l’ennemi un mur de soldats bien rangés, puis briser sa volonté avec Audin et les autres.
Après ça, le camp adverse ne pouvait plus lancer d’assaut frontal généralisé.
C’était ce que Kraiss avait cherché à accomplir.
* * *
Espèce de salaud.
Après avoir encaissé suffisamment de coups, Abnair vit naturellement l’image du stratège adverse s’imposer à son esprit. Un homme plus âgé, sans doute, un vétéran aguerri, bien installé dans la force de l’âge. Toute leur approche le laissait penser.
Bien sûr, il se trompait.
Son adversaire avait un visage jeune, presque enfantin, et de grands yeux. Rien à voir avec ce qu’Abnair avait imaginé.
Mais au fond, ça n’avait pas d’importance. Cette image lui était simplement venue à l’esprit.
« Fils de pute. »
Abnair ne put dissimuler son admiration. Mais ce n’était que le début.
Gagner ne signifiait pas oublier certaines choses.
Ceux qu’on avait sacrifiés pour la victoire.
Abnair détourna son attention de la ligne de front pour la porter là où se déroulait le véritable combat.
Là-bas, les morts emporteraient leur gloire avec eux.
Tout avait été fait pour la victoire.
Et la stratégie d’Abnair fonctionnait plutôt bien.
Il avait fait en sorte que l’ennemi rencontre ses adversaires au moment précis qu’il avait choisi.
Enkrid était parti après le début de l’avancée des forces alliées.
Sans se presser.
Barnaas Hurrier, l’homme-bête loup, avait quant à lui déjà franchi plusieurs fois la chaîne de montagnes avant même qu’Azpen ne déclare publiquement la guerre.
Pour se familiariser avec le terrain.
Et il était parti tôt, avant même que les forces alliées ne soient alignées.
Pour s’emparer d’un terrain favorable et livrer bataille à leurs conditions.
Et si cela déstabilisait l’ennemi en prime, tant mieux.
Au cas où des espions les surveilleraient, ils avaient même pris la peine de semer des leurres à l’effigie de Barnaas et des autres dont le visage était connu.
Les préparatifs d’Abnair en faisaient également partie. Puis une idée lui traversa l’esprit. La préparation elle-même pouvait-elle être considérée comme une stratégie ?
Oui.
À condition de gagner.
Si l’on perd, on est un traître. Si l’on gagne, on est un héros.
C’était toujours ainsi que fonctionnaient les stratégies audacieuses.
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