Chapitre 524
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 524 : Les frères qui savent se battre, avancez donc
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« Haaah. »
Ragna lâcha un long bâillement, lent et sonore, affichant sans détour son ennui et sa somnolence.
Enkrid l’observa, perplexe.
Devait-il admirer sa capacité à marcher en somnolant ? S’émerveiller qu’un homme puisse aborder sans la moindre tension un combat où le danger était bien réel ? Ou prendre des notes sur la façon dont Ragna considérait la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil comme une simple promenade sur la colline derrière chez soi ?
Bâiller et piquer du nez en pleine marche, dans une situation pareille, était-ce une force ou juste une preuve qu’on avait perdu la tête ?
Disons que c’était une force.
Enkrid ne tremblait pas vraiment de nervosité, lui non plus. Il valait donc mieux voir les choses sous un jour favorable.
« La chaîne de montagnes a perdu son énergie vitale. L’air est lourd », déclara Sinar à ses côtés.
Enkrid acquiesça et poursuivit sa marche.
Ils avançaient comme s’ils se promenaient tranquillement derrière une colline du voisinage. Mais le sol sous leurs pieds appartenait à la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil.
On leur avait ordonné d’intercepter l’ennemi, mais il leur fallait d’abord le trouver. C’était tout l’objet de cette marche. Dites à une personne ordinaire de s’enfoncer dans la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil, et elle vous demandera si vous avez échangé votre cerveau contre celui d’une Goule. Pour ce groupe, c’était une tout autre histoire.
Cela dit, ce n’était pas non plus une sortie de tout repos.
Ils avançaient en étudiant le terrain devant eux. Dix éclaireurs, parmi lesquels Finn, ouvraient la marche.
« Ça fait longtemps », lança Finn avec un sourire en venant les rejoindre dès qu’ils entrèrent dans la chaîne de montagnes.
Finn était la cheffe de l’équipe de reconnaissance qui avait combattu à leurs côtés pendant la campagne de Cross Guard. Elle avait ensuite passé quelque temps dans l’Escouade des Fous, et servait désormais sous les ordres de Sinar.
Une profonde cicatrice lui barrait la joue gauche, mais son visage était radieux.
« On dirait que tu te portes plutôt bien. »
« Je ne peux pas me plaindre. »
« Ne te fais pas tuer. »
« J’aimerais bien te demander de venir me tirer d’affaire si ça tourne mal, mais je vis pratiquement dans cette chaîne de montagnes. Fais-moi confiance, capitaine. »
Elle termina par un salut militaire. Enkrid acquiesça.
Finn s’éloigna et entraîna son unité en avant. Elle continua jusqu’à ce qu’on ne puisse presque plus la suivre à l’oreille, puis même les sons s’évanouirent.
Dans le vide qu’elle laissa derrière elle, Sinar se rapprocha.
« Quel charmeur, celui-là. »
« De qui parlez-vous ? »
Sinar fixa Enkrid d’un regard neutre et tranquille, puis frappa sans prévenir.
« Je pourrais parler de la ménagère aux grands yeux qui n’est pas là en ce moment. Ou du combattant qui se dit époux dévoué. Ou encore de l’épéiste qui pourrait parcourir le continent comme s’il s’agissait d’un labyrinthe si les choses tournaient mal. Et oui, Jaxon pourrait tout à fait passer pour un charmeur, mais il n’a qu’une seule amante et lui reste fidèle. Savais-tu qu’elle tient une boutique en plein centre-ville ? »
Douce et posée, mais implacable, l’elfe tendit une embuscade à Enkrid avant qu’il puisse l’esquiver.
En encaissant le coup, il comprit une fois de plus que Sinar connaissait chacun de ses hommes sur le bout des doigts.
Eh bien. C’était une bande à part.
« Un labyrinthe, le continent ? Tu devrais au moins savoir lire les étoiles et trouver ton chemin », dit Ragna, tiré de sa somnolence, en réprimandant Rem.
« Capitaine. » Rem posa une main sur sa hache et désigna de l’autre le prétendu expert des labyrinthes continentaux. « Sérieusement, est-ce qu’on a vraiment besoin de lui ? »
La remarque de Ragna avait si mal passé que le regard de Rem s’était fait perçant.
Enkrid commençait à croire que Ragna disait ce genre de choses exprès.
« Jaxon a une amante qui tient une boutique ? »
Il détourna la conversation, estimant que s’attarder sur le sujet ne ferait qu’empirer les choses. Sa diversion fonctionna à merveille : le commentaire de Sinar sur le charmeur disparut dans un abîme lointain, et la dispute entre Rem et Ragna fut reléguée au second plan.
« Une maison de thé. Petite. »
La réponse était plus précise que nécessaire et aurait pu susciter plusieurs questions, mais Enkrid les garda pour lui.
Peu importait. Ce qui le surprenait, c’était simplement que Jaxon ait quelqu’un et qu’il aille la voir fidèlement.
La boutique servait de couverture à certaines opérations, et l’amante de Jaxon la tenait vraiment. Sinar n’avait donc pas dit un seul mot faux.
Après cela, plus personne ne parla.
Rem fredonna quelques mesures, puis s’interrompit. Ragna s’efforçait toujours de prendre la tête malgré sa somnolence, et Enkrid n’arrêtait pas de le retenir.
Jaxon et Sinar marchaient avec une discrétion comparable, c’est-à-dire presque sans bruit. Même avec l’ouïe affinée qu’il avait acquise en éveillant sa Volonté, Enkrid les entendait à peine.
S’ils essayaient vraiment de se déplacer sans bruit, je ne les entendrais jamais.
L’un s’était entraîné précisément à cela. L’autre tenait davantage du talent brut. Les elfes avaient naturellement le pas léger et rapide, même si, bien sûr, ils n’étaient pas tous pareils. Sinar, elle, l’était tout simplement.
Puis ils aperçurent les repères laissés par l’unité de Finn.
« Blanc », dit Jaxon, qui l’avait repéré le premier.
Une fine bande de tissu nouée à une branche. Le bleu signalait un contact avec l’ennemi. Le blanc, des traces découvertes. Le rouge aurait indiqué qu’un combat avait éclaté et fait des victimes, mais s’il y avait eu un affrontement, l’atmosphère aurait changé avant même qu’un repère puisse le leur apprendre.
Son instinct lui aurait déjà signalé les traces d’un combat.
Et cet instinct, affûté comme le reste de ses sens, lui soufflait à présent quelque chose.
L’ennemi avait avancé plus vite que prévu.
Ce jugement venait de son instinct, mais d’un instinct qui avait déjà fait le calcul à toute allure. Il livrait simplement la réponse en premier, sans passer par les étapes.
Le groupe avait franchi l’entrée de la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil. D’après les prévisions de Kraiss, ils n’auraient pas dû rencontrer l’ennemi avant d’avoir dépassé le milieu, dans deux ou trois jours.
S’ils trouvaient déjà des traces, c’était que l’ennemi avait poussé plus loin.
Ce n’était pas parce que les deux camps avaient abattu leurs cartes qu’ils étaient obligés de suivre le jeu. L’ennemi avait agi le premier.
Si leur camp avait été moins bien préparé, frapper tôt aurait été la meilleure décision : prendre l’initiative, avancer avant l’autre et profiter du terrain.
Dans ce cas, l’unité de Finn aurait pu repérer la piste ennemie même à cette distance. Le moment choisi était-il une coïncidence ? Il en doutait. Un ennemi sensé ne laisserait pas des traces aussi visibles sans raison.
Les déductions s’enchaînèrent et se fondirent dans son instinct, qui lui fit prendre conscience de plusieurs choses à la fois. Enkrid sépara ce qui s’était déjà passé de ce qui allait suivre.
Le rôle de Finn consistait à repérer les autres chemins que l’ennemi aurait pu emprunter. Elle ferait son travail. Même au prix de sa vie.
Et pourtant…
« Il y en a plusieurs. »
Une bande de tissu blanc sur une branche. Et au sol, deux autres bandes pliées en forme d’oiseau, l’une avec le bec tourné vers la droite, l’autre vers la gauche.
L’ennemi avançait sur au moins trois chemins distincts.
Ce qui signifiait que même Kraiss ne l’avait pas prévu.
Malgré tout, pas besoin de paniquer. Le calcul était fait et l’instinct avait déjà parlé. Enkrid ouvrit la bouche.
« Jaxon, rejoins les éclaireurs de Finn. Ragna, Sinar, suivez le chemin du milieu en arrière-garde. Rem prend la gauche. Je prends la droite. »
Aucune raison d’hésiter. Il parla et se mit en mouvement dans le même souffle.
« Alors… »
Jaxon était déjà en train de grimper à un arbre. Quelque chose de bien plus grand qu’un oiseau, mais de bien plus silencieux, se mit à bondir de branche en branche au-dessus d’eux, traversant la canopée qui filtrait la lumière du soleil.
Il se déplaçait comme un oiseau qui s’élance d’une branche, mais sans le moindre bruit d’ailes.
Enkrid balaya du regard l’endroit où Jaxon avait disparu, puis vérifia encore une fois son raisonnement.
Si l’ennemi était divisé, fallait-il se séparer nous aussi ? Était-ce un piège ?
Si les choses tournaient mal, il n’aurait qu’à vérifier et à battre immédiatement en retraite.
Un ennemi qu’il ne s’attendait pas à rencontrer avant plusieurs jours se trouvait déjà à leur porte.
Cherchaient-ils à nous déstabiliser, à nous embrouiller ? Ou espéraient-ils voir la chaîne de commandement se briser sous la pression ?
C’était une stratégie qui se tenait. Quand plusieurs personnes de niveau chevaleresque étaient réunies, les désaccords étaient fréquents.
Mais l’Escouade des Fous obéissait aux ordres d’un seul homme.
« Hé, ne te fatigue pas trop. Je vais vite régler ça et venir te retrouver », dit Rem en s’éloignant.
Enkrid tourna à droite et le suivit.
Seuls Ragna et Sinar continuèrent en silence, avançant deux fois plus vite qu’auparavant.
* * *
Ils ont préparé un coup ?
Kraiss sentait toujours l’angoisse monter des profondeurs de ses entrailles comme un ressort, mais, vu de l’extérieur, il paraissait parfaitement calme.
Il buvait du thé, souriait, plaisantait et réglait tout ce qu’il avait à faire. Montrer son inquiétude à son poste aurait eu des conséquences. Il ne pouvait donc pas se le permettre.
Seul, il pouvait agiter la jambe autant qu’il voulait, mais dès que quelqu’un le regardait, il devait faire bonne figure.
« Ne frappez pas trop fort. »
C’était ce qu’Enkrid avait dit lors de la cérémonie de départ.
Par tous les dieux, était-ce vraiment une chose à dire à des soldats qui partaient au combat ?
Il avait hurlé intérieurement, mais Kraiss avait habilement interprété les paroles d’Enkrid.
« Il veut dire qu’on gagnera même sans forcer », expliqua-t-il aux commandants.
Il leur transmit le message au lieu de monter lui-même sur une estrade. Car celui qui avait parlé était le Tueur de créatures démoniaques, le seigneur de la Garde-frontière, l’ami du roi, le sauveur de la ville de l’Ouest, celui qui avait réduit la Forêt Grise au silence.
À vrai dire, si Enkrid s’était contenté de lancer un seul mot, le moral des forces alliées aurait quand même grimpé en flèche. Ces derniers temps, quoi qu’il dise, les gens étaient prêts à y trouver un sens.
« Nous ! »
« Gagnons ! »
« Sans même forcer ! »
« Nous gagnons ! »
Ça, c’est un chant de guerre.
Kraiss regarda l’unité partir au son de ce chant improvisé par les officiers, puis se remit à ses douze autres tâches urgentes.
Même en travaillant, l’angoisse enflait d’elle-même, pesait sur ses pensées et refusait de le lâcher.
Ces salauds d’Azpen sont vraiment restés les bras croisés ?
Pas de combat à grande échelle, juste une démonstration de force. On avait décidé de ne pas se battre. Pas vrai ?
Et s’ils ne respectent pas l’accord ?
Et alors ? Il suffit d’un mot. De toute façon, le vainqueur impose sa version des faits.
Un accord tacite n’engageait jamais personne.
Alors Kraiss avait déplacé quelques pièces de son côté. Rien qu’un peu, à ses yeux. L’ennemi d’en face aurait peut-être jugé les choses tout autrement.
* * *
Les deux armées s’étaient rassemblées à distance l’une de l’autre, Greenfield entre elles. Elles étaient arrivées à peu près au même moment, mais Azpen avait achevé de former ses rangs en premier.
Ils étaient plus de cinq mille.
Les forces de la Garde-frontière comptaient au mieux quelque trois mille hommes.
Trois mille hommes qui n’avaient pourtant rien d’ordinaire.
Depuis quelque temps, Kraiss avait consacré des couronnes à l’armée sans compter.
En voici le résultat.
Trois mille soldats d’élite, sans le moindre poids mort.
« En avant ! »
L’Infanterie lourde menait la marche. Cinq cents hommes.
Un petit nombre, mais pas si petit que ça.
Chaque pièce d’équipement était standardisée.
Cuirasse de plates par-dessus la cotte de mailles, et gambison en dessous.
Dans la plupart des guerres, il était rare que tous les soldats d’une unité portent le même équipement. L’infanterie lourde, en particulier, avait tendance à se procurer son armure à ses propres frais. On voyait souvent des soldats partir au combat avec des protections dépareillées, rapiécées. Avec un peu de chance, les couleurs correspondaient au moins. Mais l’infanterie lourde de la Garde-frontière avait tout uniformisé, jusqu’à la moindre pièce.
Une armée était une créature qui dévorait des couronnes rien que pour exister, sans rien faire d’autre que manger. C’était sur le champ de bataille que cette créature révélait toute sa valeur.
La guerre approchait. Kraiss n’avait pas lésiné sur les dépenses.
« J’ai investi jusqu’à la dernière couronne que j’avais », marmonna-t-il à l’arrière, les mots serrés entre ses dents.
Les armes que chaque soldat tenait différaient légèrement par leur matériau, mais se ressemblaient assez pour paraître identiques de loin. Aucune forge n’aurait pu en produire autant en si peu de temps ; le stock avait donc été constitué petit à petit.
De part et d’autre de l’infanterie lourde, les lanciers et les archers, en nombre égal, prirent position. Leur équipement était lui aussi uniformisé.
Des gambisons bleus et des casques de cuir à larges bords.
Un équipement uniforme, et des soldats qui avaient enduré l’entraînement brutal commencé par Audin et poursuivi par l’écuyer Ropord.
Au centre, seul sur une estrade montée à la hâte, se tenait Graham, seigneur de la Garde-frontière et visage de son haut commandement.
Il prit une grande inspiration, bombant le torse, et rugit :
« Toutes les forces ! En position de combat ! »
Les tambours répondirent à son appel.
Chaque officier transmit aussitôt l’ordre à ses hommes. De leur côté, les troupes se mirent en formation.
La discipline d’une armée se mesure à ses exercices. Pour juger de la qualité de l’entraînement d’une force, il suffit d’observer la netteté de ses rangs.
Tous les grands stratèges et historiens du continent le disaient.
Et, en cet instant, les meilleurs soldats de la Garde-frontière en apportèrent la preuve.
Clac, boum.
Un pas en avant, les rangs alignés. Ce simple mouvement suffisait à montrer à quel point ces soldats avaient été bien entraînés.
Pas le moindre espace dans la formation. Pas une seule voix qui détonnait. Ils avaient bougé, et pourtant chaque rangée, chaque colonne était restée bien droite.
De loin, l’armée ressemblait moins à une troupe qu’à un seul être vivant.
Azpen avait elle aussi essayé de se mettre en formation, en regroupant ses unités à sa façon, mais la discipline affichée ici était d’un tout autre niveau.
Un mur de soldats, droits comme des piquets.
Un mur bâti par Kraiss.
La puissance d’une armée bien entraînée se dégageait de ses uniformes et de ses exercices parfaitement coordonnés. Cela suffisait à faire déglutir n’importe quel ennemi.
Alors, vous voyez à qui vous avez affaire et vous venez quand même ?
Quelques officiers d’Azpen déglutirent, justement.
Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi sont-ils si bien formés ?
Ça vaut vraiment la peine de se battre ?
L’ordre de charger ne va vraiment pas être donné ?
Chaque unité comptait des soldats qui s’étaient portés volontaires pour charger les premiers. Azpen avait les siens, elle aussi.
Même eux hésitèrent.
Celui qui s’était proclamé chef de charge remarqua sa propre hésitation et ouvrit grand la bouche.
« Et puis merde ! Ils savent se battre juste parce qu’ils se tiennent bien droits ? Aaaah ! »
Il hurla pour regonfler son courage flétri.
Ses soldats l’imitèrent.
« Aaaah ! »
Les cris de centaines d’hommes se propagèrent comme une infection, et les soldats alentour se joignirent à eux.
Leur hurlement, assourdissant, déchira la plaine.
L’armée d’Azpen rugissait quelque chose qui ressemblait à de la combativité.
On aurait presque dit qu’une sorte d’énergie s’amassait et s’élevait au-dessus de cette marée de soldats. On aurait pu le croire, si l’on en avait eu envie.
Graham observa la scène sans esquisser le moindre sourire et leva la main gauche.
Boum, boum, boum, boum, boum.
Cinq coups de tambour.
Le signal : compter jusqu’à cinq dans sa tête, puis crier.
À travers le vacarme et les insultes lancés par le camp adverse, tous les soldats de la Garde-frontière répondirent d’une seule voix à leur officier.
« Sans même forcer ! »
L’appel résonna.
« Sans même forcer ! »
Les troupes reprirent en chœur.
« Nous gagnons ! »
L’appel retentit de nouveau.
« Nous gagnons ! »
La réponse suivit.
Comme un coup de tonnerre.
Ce cri précis et parfaitement uni, qui avait un véritable sens, écrasa les hurlements désordonnés d’Azpen. L’ardeur au combat qui s’y accumulait se dispersa comme de la poussière.
Le sol trembla. L’air vibra.
Kraiss entendit le tonnerre gronder dans les rangs et jugea que le début des hostilités s’était plutôt bien passé.
Cela ne dissipa pas son angoisse.
Très bien, Audin. Finis-en.
Je compte sur toi, fils du Dieu de la Guerre.
Kraiss s’en remit à la foi, qu’il ne sollicitait qu’en cas de besoin.
Sur ce front, il avait délibérément gardé en réserve Audin et Teresa, ainsi que l’écuyer Ropord et Fell. Même si Azpen avait conservé un chevalier en réserve et l’envoyait au combat, ils suffiraient à tenir la ligne.
Mais son angoisse ne se dissipait toujours pas, et c’était pourquoi Kraiss avait tenté son petit coup.
Abnair avait envoyé ses forces de flanc si tôt que personne n’aurait pu le prévoir : voilà quel avait été son coup. Kraiss avait joué le sien en plaçant ses pièces là où un affrontement à grande échelle pourrait éclater.
« Frères qui savez vous battre, avancez donc ! »
Entre les deux armées, déjà en formation et dans l’attente, une silhouette chevauchait un grand cheval brun. Immense comme un géant, cet homme d’Église n’avait rien d’un doux agneau. Il s’appelait Audin.
Il avait accepté d’éviter un affrontement à grande échelle. Il n’avait pas accepté d’éviter tout combat.
S’il en mettait quelques-uns à terre avant la moindre offensive, en piétinant le moral de l’ennemi tout en gonflant celui de son camp, n’était-ce pas parfaitement raisonnable ?
Kraiss le croyait.
Abnair, lui, ne serait absolument pas d’accord.
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