Chapitre 514
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 514 : La différence
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« Si l’on peut décider de l’issue d’une guerre avant même qu’elle commence, c’est le mieux qu’on puisse espérer. »
C’étaient des paroles qu’Abnair avait prononcées un jour. Le général homme-bête était d’accord avec lui.
Quatre chevaliers et une Grenouille, songea-t-il, c’était comme s’assurer la victoire avant même le premier coup.
Et sinon ?
Alors, il fallait vaincre en combattant.
Abnair ne s’avancerait pas en personne, mais il transmettrait ses réflexions depuis l’arrière. Il pouvait jouer le rôle d’un commandant alliant force et intelligence, briser la Garde-frontière et s’emparer de Greenfield. Rien de bien compliqué.
Au passage, il comptait tuer celui qu’Abnair n’avait pas réussi à achever, ainsi que tout ce qui rôdait dans les parages.
Quatre chevaliers.
Comment arrêter ça ?
C’était pour cette raison qu’Azpen s’était engagé dans la guerre. Par chance ou à force d’efforts, ils avaient produit deux chevaliers de plus.
Et Abnair, qui devait la vie au général homme-bête lupin, avait raisonné de la même façon.
Au bout du compte, ils ne pouvaient pas l’emporter par la seule stratégie et la seule ruse. Il ne leur restait donc qu’à écraser l’ennemi par la force brute.
Il ne pensait pas qu’ils perdraient. Ils en avaient les moyens.
Pourtant, ne jamais agir à la légère était la plus vieille habitude d’Abnair, presque une obsession.
C’était précisément pour cela qu’il avait élaboré une stratégie, et le commandant en chef était un homme généreux, qui l’écoutait vraiment.
« On crie assez fort pour que tout le continent nous entende. Une attaque frontale, directe et fulgurante. »
« Ça va nous coûter beaucoup de soldats. »
Ils avaient emprunté des troupes ici et là pour cette campagne, et ce n’était pas rien. Les provisions de guerre ne poussaient pas dans les champs ; en plus, ils avaient perdu Greenfield lors de leur dernière défaite. Les caisses n’étaient pas exactement pleines. Le général homme-bête avait bien le sens de la guerre.
À la guerre, les lignes de ravitaillement et les conditions de marche comptaient plus que les combats eux-mêmes. Et tout cela coûtait des kronas. Beaucoup.
Alors que les coffres du pays étaient déjà presque à sec, pouvaient-ils vraiment se permettre de lourdes pertes en plus ?
« Oui, et c’est pour ça qu’on se contentera de crier. »
« De crier ? »
« Les cris attireront leurs regards. Pendant ce temps, une petite force d’élite se faufilera. »
Abnair posa un doigt sur la carte tactique et traça une ligne. Un chemin qu’aucune personne ordinaire ne pouvait emprunter… mais des chevaliers, si.
L’itinéraire traversait tout droit la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil.
Et leurs adversaires avaient eu la gentillesse d’en éliminer les Créatures démoniaques avant eux.
« Une fois à l’intérieur ? »
« Ils frapperont à la tête, en se séparant de la garnison de Greenfield. Ils occuperont la ville. »
Pas une guerre. Une seule bataille pour mettre fin à tout le conflit. Abnair avait expliqué exactement comment exploiter chaque atout à leur disposition.
Le lupin homme-bête ne se préoccupait pas de l’honneur. Il avait souvent fait la leçon à son élève chevalier humain, mais, pour lui, l’essentiel était d’avoir la conscience tranquille.
C’était le cœur tourmenté qui posait problème. On pouvait avancer la tête haute, et tout allait bien.
Le lupin homme-bête ne voyait rien de répréhensible à traverser la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil.
Emprunter une route difficile pour frapper à la tête de l’ennemi n’avait rien de déloyal. C’était de la sagesse.
Il suffisait de se présenter aux portes, la tête haute, et d’annoncer qu’on venait occuper les lieux. En quoi était-ce déshonorant ?
Si l’ennemi se faisait prendre au dépourvu, c’était son propre échec.
Justification accomplie.
« Bien. »
Le général homme-bête acquiesça.
« Quant au prétexte, il s’est passé récemment quelque chose qui fera parfaitement l’affaire. Deux jeunes chevaliers sont morts. »
Les victimes appartenaient à l’ordre de chevalerie du duc d’Azpen.
Ils avaient envoyé une unité dans les montagnes pour reconnaître la voie d’accès. Ces chevaliers n’auraient jamais dû tomber face à des Créatures démoniaques ou à des Bêtes magiques ; ils leur faisaient donc confiance et les avaient envoyés en avant. Pourtant, un épéiste les avait abattus tous les deux.
Le coupable n’avait même pas pris la peine de dissimuler les preuves.
Quelques rangers avaient été envoyés à sa poursuite. Ils avaient perdu une unité entière de rangers.
Un épéiste terrifiant. Finalement, celui-ci était retourné à Naurillia, de l’autre côté de Greenfield, ce qui constituait un prétexte idéal.
« Nous les accuserons d’avoir envoyé des assassins les premiers. »
Abnair avait tout son plan en tête, du début à la fin.
Même si Naurillia envoyait son ordre de chevalerie en renfort, ils ne tiendraient pas.
Greenfield serait conquise. Ensuite, Abnair reprendrait sa position.
Avec le général homme-bête lupin de retour à la tête des troupes, ils repartiraient en guerre. Même méthode, une attaque contre la capitale de Naurillia ?
Les Chevaliers à la Cape Rouge de Naurillia viendraient à leur rencontre.
Cela entraînerait de lourdes pertes. Ils n’avaient pas une supériorité écrasante, donc le conflit ne devrait pas aller jusque-là.
Mais avec assez de temps…
On ne formait pas des chevaliers en faisant s’entraîner des soldats comme des recrues. Pourtant, le général homme-bête lupin en avait déjà formé quatre.
Azpen avait autrefois mené une politique d’intégration des autres races, et le plus grand fruit de cette politique était le général homme-bête lupin.
Il avait été la lame la plus acérée d’Azpen, d’une loyauté absolue envers le duché. Et maintenant, il avait aussi fait ses preuves comme maître.
Une lame qui avait combattu pour défendre les frontières, s’en était lassée, s’était retirée, puis était revenue. Barnaas Hurrier.
Un homme-bête devenu membre de la Maison Hurrier.
Avec cette lame à ses côtés, tout était possible.
Quatre chevaliers. Qui pouvait bien résister à une telle force ?
Abnair ne baissait pas sa garde, mais c’était ce qu’il croyait.
Aucun ordre de chevalerie comptant autant de membres ne pouvait concentrer ses forces de cette manière.
Quand Naurillia comprendrait la situation, Greenfield serait déjà perdue.
Les remparts et la ville que vous avez bâtis nous seront fort utiles.
Et la récente élimination des Créatures démoniaques dans la Chaîne de montagnes de Pen-Hanil nous sera tout aussi utile, jusqu’au dernier détail.
Ce n’était pas une vengeance. Pourtant, l’idée de leur porter un coup bien senti n’était pas tout à fait absente.
* * *
Le quotidien de Kraiss était simple.
Le matin, il s’entraînait physiquement, puis venait le repas, suivi de tâches légères et de lecture.
Quand rien ne pressait, trouver un livre et le lire faisait partie des petits plaisirs de Kraiss.
Histoire, philosophie, romans : Kraiss lisait de tout, sans préférence.
De l’extérieur, il semblait prendre son temps. C’était bien le cas. Son corps était au repos ; c’était son esprit qui s’activait.
Kraiss passait surtout son temps à réfléchir. À échafauder des hypothèses. À anticiper. Ce genre de choses.
Une réflexion en particulier le préoccupait.
Que ferais-je si j’étais Azpen ?
C’était ce à quoi il réfléchissait ces derniers temps. Ce qui lui pesait le plus.
Il en avait déjà parlé à Enkrid, mais, à partir de là, on entrait un peu dans le domaine de l’imagination.
Azpen provoque de nouveau un conflit. Pourquoi ?
Parce qu’ils veulent récupérer Greenfield.
La réponse était simple.
Le vent souffla et lui ébouriffa les cheveux. Il resta assis sans même penser à les repousser, et Nurat lui apporta une tasse de thé.
La fenêtre du bureau était ouverte et le resta.
Une belle journée pour profiter de la brise.
Kraiss prit une gorgée. Le liquide chaud glissa dans sa gorge et lui réchauffa l’estomac.
Il se sentait un peu trop plein.
Avait-il trop mangé ? Ou bien était-ce d’avoir avalé Greenfield qui lui restait sur l’estomac ?
À vrai dire, ils ne s’étaient pas contentés de l’avaler.
Si Azpen apprenait un jour ce qui avait suivi, ils se tiendraient la nuque en fulminant.
Greenfield, la plaine située entre Naurillia et Azpen, avait été à la fois la cause de leurs guerres et la frontière qui les séparait, même si cette frontière avait toujours été un peu floue.
Des années de combats pour cette plaine en avaient fait ce qu’elle était.
Comme personne ne s’était jamais véritablement emparé de Greenfield et qu’on la considérait plutôt comme une frontière, la zone tampon entre les deux pays était démesurément large.
Kraiss en avait profité, feignant l’ignorance et repoussant peu à peu la frontière vers l’ouest.
C’est un territoire d’Azpen ? Depuis quand ? C’était une terre sans maître. À personne.
On a pris Greenfield, donc ça aussi, c’est à nous. Ça ne vous plaît pas ? Et alors, qu’est-ce que vous allez faire ?
Voilà, en gros.
Pas étonnant qu’Azpen soit furieux, ni que la Garde-frontière soit bien nourrie.
Tôt ou tard, les deux camps allaient s’affronter, quoi qu’il arrive.
Que Naurillia ou Azpen déclenche les hostilités, la guerre était inévitable.
Mais Kraiss n’était pas infaillible. Certaines de ses hypothèses s’étaient révélées fausses.
Il ne s’était pas attendu à ce qu’Azpen frappe le premier, mais, au vu de l’évolution de la situation, leur initiative était désormais une certitude.
Une fois ce point établi, quelques hypothèses s’imposaient d’elles-mêmes.
Si j’étais à leur place.
Je ne déclencherais pas une guerre que je suis sûr de perdre.
Azpen n’en déclencherait donc pas non plus. De cette conclusion découlaient trois hypothèses.
Premièrement : ils disposent d’une force qu’ils peuvent utiliser, mais qu’ils ont gardée secrète.
Deuxièmement : ce sont des chevaliers.
Troisièmement : ils ont pris des mesures pour empêcher l’ordre de chevalerie de Naurillia de se mobiliser.
Des hypothèses pleines de certitude, même sans la moindre preuve.
Il avait bien un grief personnel : le roi ne pouvait-il pas simplement envoyer l’ordre de chevalerie écraser Azpen ? Mais il savait que cela n’avait aucun sens.
Chaque chevalier des Chevaliers à la Cape Rouge avait son propre poste.
Retirer le chevalier qui contenait les puissances du sud, et Azpen deviendrait le moindre de leurs soucis. Les Terres Maudites qui s’étendaient le long des frontières du royaume poseraient elles aussi problème.
Après tout, l’une des raisons d’être de la Garde-frontière était précisément de tenir Azpen à distance.
Et dans la Garde-frontière se trouvait Enkrid, dont la réputation de Tueur de créatures démoniaques s’était répandue au loin.
Quand un nom monte, il faut faire ses preuves à chaque fois.
Si la Garde-frontière n’avait eu aucun talent, aucune ressource, d’autres forces seraient naturellement intervenues.
Car si la ligne de défense contre Azpen cédait, la perte de Greenfield serait le moindre de leurs problèmes.
Si Azpen écrasait la Garde-frontière et l’emportait, que se passerait-il ensuite ?
À leur place, j’enfoncerais le front.
Ils ne pouvaient donc pas les laisser tranquilles. Et Enkrid était là, Tueur de créatures démoniaques et ami proche du roi.
Pour toutes ces raisons, si Azpen attaquait, la Garde-frontière devait tenir.
Enkrid avait naturellement été mis au courant de tout.
La réaction du capitaine après avoir tout entendu, jusqu’aux spéculations, était restée gravée dans la mémoire de Kraiss.
« La guerre ? »
Un seul mot, répété sous forme de question.
« Oui. »
Kraiss avait répondu :
« S’ils viennent, on se bat. »
En regardant Enkrid à cet instant, Kraiss avait ressenti quelque chose qu’il n’arrivait pas à nommer.
Un chevalier.
Kraiss avait aussi vu Rem foncer sur Enkrid pour lui proposer un duel. Ses propres yeux n’avaient pas réussi à discerner ce qui s’était passé, mais il avait entendu ce mot : chevalier.
Il l’avait clairement entendu.
Les journées ordinaires de Kraiss se passaient surtout à anticiper, à faire des prédictions et à imaginer les uns après les autres des scénarios sinistres. Mais son imagination s’aventurait aussi sur d’autres terrains.
Parmi ses pensées, il y en avait naturellement au sujet du capitaine.
Et si le capitaine devenait chevalier ?
Ce genre d’imagination.
Qu’il s’agisse de force ou de statut, les gens changeaient dès qu’ils mettaient la main sur le pouvoir.
Le capitaine changerait-il, lui aussi ?
Aucune chance.
Il avait toujours été le même, depuis le jour où il s’était dressé sur le chemin de Kraiss, avec une habileté à peine à la hauteur de la sienne.
Il regardait toujours droit devant lui, vers son but.
C’était pareil quand il avait dit qu’ils se battraient. Ses yeux bleus brillaient d’un éclat serein. Que regardait-il ?
Il avait désormais de la force, et il avait entendu parler de guerre. N’aurait-il pas envie de se déchaîner ?
Le concept de toute-puissance lui était peut-être étranger, mais Kraiss connaissait les gens.
Quand on acquiert du pouvoir, on veut s’en servir.
Mais Enkrid restait Enkrid.
Toujours le même. Rien n’avait changé. Kraiss ne voyait pas ce qu’il avait en ligne de mire.
Il disait protéger quelque chose, mais, honnêtement, Kraiss ne comprenait pas pourquoi.
Il ne comprenait pas la raison de son geste, pas qu’il cherchait à sauver des gens.
Est-ce que ça rapporte des kronas ?
Ou qu’est-ce qu’il y gagne, sinon ?
Cherchait-il à tirer quelque chose de l’admiration des gens ?
Pas du tout. Apparemment, il suivait simplement son cœur, et Kraiss ne parvenait pas à le comprendre. Même si, à vrai dire, il n’en avait pas besoin.
Kraiss avait décidé de suivre l’homme qui s’était autrefois dressé sur son chemin, et c’était exactement ce qu’il faisait.
Le vent souffla et lui ébouriffa de nouveau les cheveux. Kraiss les repoussa de son visage.
Les paroles qu’Enkrid avait prononcées ensuite étaient en partie la raison pour laquelle Kraiss se retrouvait maintenant enfermé dans son bureau à mettre de l’ordre dans ses pensées.
« Essaie d’évaluer le moment où ils attaqueront et de bâtir un plan. Où nous nous battrons, et comment. »
Cela signifiait qu’il devait tout prendre en charge, la stratégie comprise. Les mots étaient brefs, mais le sens était clair.
« … Moi ? »
« Qui d’autre ? »
Enkrid avait répondu en jetant un coup d’œil sur le côté.
Dans cette direction se trouvaient des gens dont le talent au combat débordait de partout. Le Peloton des Fous.
Rem, Jaxon, Ragna, Audin.
Et si on leur ajoutait Teresa, Ruagarne, Ropord et Fell ?
Une force capable de rivaliser avec n’importe quel ordre de chevalerie, et probablement supérieure à la plupart.
Mais on ne pouvait pas leur confier la guerre.
Enkrid le savait bien.
La réflexion tactique et la guerre étaient deux choses entièrement différentes.
Enkrid ne se sentait pas capable d’embrasser toute l’ampleur d’une guerre.
« J’ai l’impression d’avoir dit un truc un peu agaçant, alors laisse tomber. Je m’en occuperai moi-même. Grands Yeux, ne t’en mêle pas. »
Rem lança ces mots en posant sa hache sur son épaule. Un instant, il souriait ; l’instant d’après, il faisait la grimace. Du Rem tout craché.
Demandez-lui comment gérer la logistique, il répondrait qu’il suffisait de prendre les vivres à l’ennemi.
« La guerre ? On sort et on les taille en pièces, c’est tout. Je ne confierai pas ça à un sauvage. Je m’en chargerai moi-même. »
Ragna s’avança à son tour. Le genre d’homme qui, s’il menait des troupes au combat maintenant, aurait de la chance de ne pas se perdre.
Et même s’il ne se perdait pas, il foncerait droit sur la première bannière ennemie qu’il apercevrait.
Le sang ne coulerait pas : il se déverserait en torrents sur le sol.
Les deux camps subiraient des pertes dévastatrices, et les batailles indécises s’enchaîneraient, sans vainqueur ni vaincu.
Cela dit, si Ragna menait la charge, gagneraient-ils ?
Probablement. Cet épéiste téméraire trancherait tout ce qui se dresserait sur son chemin.
Surtout, l’ennemi serait incapable de prévoir ses mouvements.
Cette fois encore, il était parti se promener et était revenu après avoir combattu et tué deux jeunes chevaliers d’Azpen ainsi qu’une unité entière de rangers.
Azpen s’en était servi comme prétexte pour déclencher la guerre.
Enfin, ils auraient trouvé un prétexte quoi qu’il arrive. Inutile donc de rejeter la faute sur Ragna.
« Occupe-t’en. »
Enkrid se tourna vers Kraiss et le fixa d’un regard assuré.
« Oui. »
Kraiss acquiesça.
Il n’y avait rien à ajouter, en réalité. Pas la moindre objection non plus.
Si Enkrid n’était pas là et que toute la responsabilité reposait sur Kraiss, il ne parviendrait pas à exploiter la moitié de ses capacités.
Mais cette situation ne se présenterait pas.
Si ça arrivait, je filerais aussitôt.
Enkrid prenait les décisions. C’était ce qui dissipait son anxiété. Grâce à cela, Kraiss pouvait mobiliser toutes ses ressources.
Une inquiétude rampante releva la queue et se mit à faire défiler tous les scénarios possibles, l’un après l’autre.
Autrefois, elle le tourmentait. Maintenant, il pouvait en tirer une lame.
Quatre chevaliers.
Ragna, Rem, Sinar, Enkrid.
Jaxon avait lui aussi le niveau d’un chevalier, mais Kraiss n’en savait pas assez à son sujet.
Et si les quatre étaient retenus ailleurs ?
Tandis qu’Abnair était convaincu que leurs quatre chevaliers constituaient leur arme et que personne ne pouvait les arrêter, Kraiss envisageait déjà les scénarios où leurs propres forces ne suffiraient pas à tenir.
Un talent inné. Imaginer l’obscurité et, depuis cette obscurité, dessiner ce qui pouvait advenir.
Voilà ce qui distinguait Kraiss d’Abnair.
Et là où autrefois son esprit se serait figé devant ces sombres perspectives, il avançait désormais à la recherche de solutions.
Alors, comment éviter qu’ils soient retenus ailleurs ?
L’expérience façonne les gens. De même qu’Enkrid continuait d’avancer, Kraiss n’était plus celui qu’il avait été.
Son champ de vision s’était élargi. Sa réflexion s’était approfondie. Il en savait davantage.
D’innombrables idées se succédaient dans son esprit, s’assemblant pour former un seul tableau.
Il dressait le plan général de la guerre.
Ce ne serait pas pour demain, mais cela approchait.
Les moyens et les méthodes pour y faire face s’agitaient dans la tête de Kraiss.
Nurat observa les yeux de Kraiss et se fit une réflexion.
Il parlait sans cesse des yeux étincelants du capitaine, mais les siens brillaient exactement de la même façon, en cet instant.
Tu t’amuses ?
Nurat posa la question en silence. Inutile d’y répondre. Dans les yeux de Kraiss, où scintillait quelque chose comme une poignée d’étoiles, il avait déjà sa réponse.
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