Chapitre 511
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 511 : C’était bien lui
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Cela se produisit juste après qu’il eut compris comment maîtriser la Volonté.
Laisser constamment la Volonté s’éveiller au seuil de son inconscient donnait à son corps l’impression de se disloquer.
À cet instant précis, Enkrid sut qu’il avait besoin de repos.
À vrai dire, il ne s’agissait pas tant de se reposer que de tout reconstruire lentement, pièce par pièce. Mais au bout du compte, cela revenait au même.
Son corps allait devoir se reposer de force pendant quelque temps.
Il lui fallait amadouer la Volonté déchaînée pour qu’elle s’apaise.
On ne retient pas un fleuve en crue avec un barrage criblé de fissures et de trous.
Le barrage qu’Enkrid avait construit jusque-là était trop fragile. Pendant ce temps, les eaux de la crue tourbillonnaient, fouettaient les rives, déferlaient d’en haut et montaient d’en bas.
Cela ressemblait moins à un fleuve qu’à une tempête.
Voilà à quelle échelle cela se jouait. Et à l’intérieur, c’était encore une autre histoire.
Compliqué.
Rien d’une ligne droite et simple. Ce qui avait pris place en lui formait un écheveau de fils noués.
S’il essayait de tout rassembler d’un coup, son sang s’emmêlerait et ses organes se rompraient.
Cela dit, rien n’allait réellement mal.
Comme un enfant qui apprend à marcher, il le savait désormais instinctivement.
Maintenir son corps au repos forcé faisait partie du processus. La solution lui était venue immédiatement.
Couper, réduire, jeter.
Mais s’il ne voulait pas faire ça ?
Le vœu qu’il avait juré de tenir brûlait encore dans sa poitrine comme une flamme vivante.
Il lui fallait une autre méthode.
Ce sentiment de toute-puissance l’aidait. Dès lors qu’il croyait pouvoir tout faire, toutes sortes de possibilités lui venaient spontanément à l’esprit.
Aoara lui avait dit de se débarrasser de cette complexité. Ragna lui avait conseillé de reprendre les bases.
Ragna le lui avait déjà dit, quand il avait demandé à Enkrid de commencer par abandonner l’épée de mercenaire du Style de Vallen.
C’était parce qu’Enkrid avait accumulé tant de choses en se frayant un chemin jusqu’ici.
Était-ce mal d’avoir tant de choses en soi ? Certainement pas.
La puissance informe qui emplissait son corps, la Volonté, semblait prête à déchirer ses organes, ses muscles et ses os pour jaillir de lui à tout moment.
Pour l’instant, il tenait donc à peine le coup.
Il pouvait endurer cet état. Il en avait pris le pli. Mais il ne pouvait pas se servir librement de la Volonté. Alors, que faire ? Si tout s’était accumulé en un amas informe, il pouvait remettre de l’ordre. Si tout était éparpillé en nœuds, il pouvait l’empiler proprement.
Les murs qu’il avait vus, depuis ceux du village pionnier qu’il avait visité à cause de l’ancienne colonie de Gnolls, jusqu’à ceux de la ville qui porterait le nom de Lockfried, en passant par les remparts de Mille Briques.
Et les tours qui s’élevaient entre ces murs. Des tours solides, robustes.
Enkrid imagina une tour unique. Puis il se mit à empiler la Volonté présente dans son corps.
Une pièce après l’autre. Lentement, sereinement, petit à petit.
Il se surprit à y prendre plaisir. Même si ce n’était pas le seul sentiment qui l’animait. Un léger regret l’accompagnait.
Si j’avais plus de temps, j’ai l’impression que je pourrais façonner chaque pierre comme il faut avant de la poser.
Pas des pierres brutes empilées au hasard, mais des pierres taillées au carré, une à une, puis posées.
Pour cela, toutefois, une semaine ne suffirait pas, et même un an passé au lit ne serait pas de trop.
Mais surtout, cela ne lui semblait pas être la bonne voie. Il fallait façonner et tailler tout en renforçant son corps. C’était ce que lui soufflait son instinct.
Fais comme ça.
S’il éprouvait des regrets, il pourrait toujours y revenir plus tard, trouver une autre méthode et s’y remettre.
Il ne s’agissait pas vraiment d’empiler de vraies pierres. Il n’avait fait qu’associer les deux dans son esprit.
Une fois commencée, cette pose calme des pierres se poursuivrait d’elle-même pendant la semaine où il dormirait comme un mort.
C’était ainsi qu’on maîtrisait la Volonté.
Du moins, quand on voulait devenir chevalier, il fallait s’y prendre de cette façon.
Pas par la force, mais en la déposant au fond de l’inconscient.
Tout au long du processus, une part de sa conscience resta éveillée, quelque part entre le rêve et l’inconscient.
« Je t’ai dit de réduire tout ça, et toi, tu en as encore rajouté. Espèce d’abruti borné. »
Le Passeur, qui avait une manière de parler décontractée, apparaissait parfois dans cet entre-deux et lui tenait compagnie.
Cet espace entre le rêve et l’inconscient semblait être exactement le genre d’endroit où un passeur pouvait vagabonder.
Sa petite barque avançait lentement, très lentement, sur le fleuve paisible, dérivant au fil du courant comme une feuille. Elle évoquait presque le symbole même de la paix.
Assis tous deux sur de petits tabourets de bois, sur le pont, ils semblaient même partager une certaine familiarité.
« Tu ne t’impatientes pas ? »
Le Passeur posa une question qui allait droit au cœur du sujet.
Ce qu’Enkrid désirait pouvait bien passer pour une illusion déguisée en vœu, en étoile, en rêve.
Devenir chevalier malgré son talent médiocre. Gagner sa vie l’épée à la main. Protéger tout ce qui se trouvait derrière lui.
Tout cela aurait pu n’être que des paroles en l’air.
Et maintenant, ces rêves allaient se réaliser dès qu’il ouvrirait les yeux. Pourtant, il ne ressentait aucune impatience.
S’il avait dû expliquer pourquoi, il aurait pu répondre qu’il savait qu’il y avait des choses plus importantes que de devenir chevalier.
Il avait voulu devenir un chevalier qui protège ce qui se trouve derrière lui.
Pas seulement un chevalier. Rien que ça, jamais.
Il n’avait donc aucune raison de s’impatienter. Le chemin qui l’attendait était encore long.
Enkrid secoua la tête.
« Qu’est-ce que ça fait, de suivre une voie qui n’a besoin de la permission ni de l’approbation de personne ? »
Le Passeur posa sa question. Enkrid se contenta de le regarder en silence. Le Passeur poursuivit :
« Alors, ouvre la bouche, espèce de têtu. »
« Ça fait ce que ça fait. »
Enkrid répondit sans émotion particulière, comme s’il avait déjà été sur le point de le dire avant même que le Passeur lui demande de parler.
Quoi que ce soit, ça fait ce que ça fait, et il le pensait. Rien n’a changé, se dit Enkrid, car c’était ce qu’il croyait vraiment.
« Je bénirai ton entêtement. Au moins pour aujourd’hui. »
Le Passeur prononça ces mots, et Enkrid ouvrit les yeux. Le Passeur plongea sa rame dans l’eau. La barque accéléra, et Enkrid sentit sa conscience se détacher.
L’heure était venue de se réveiller. Tandis qu’il regardait la petite barque, le fleuve, le Passeur et la lumière violette s’effacer sous lui, toutes sortes de pensées lui traversèrent l’esprit.
Le moment était-il bien choisi ? Il avait estimé qu’il lui faudrait environ une semaine. Où en était-il ? Ce n’avait été qu’un éclair d’intuition, tombé comme la foudre juste avant qu’il ferme les yeux, quand il avait compris.
Il ouvrit les yeux et revint à la réalité.
« Eh ben, voilà un homme qui sait dormir. »
Une paire d’yeux gris le fixait d’un air absent.
Un barbare aux jambes écartées, une main soutenant son menton, l’autre faisant osciller une hache d’avant en arrière.
« Maintenant que tu es réveillé, écoute bien. Tu vas avoir l’impression de pouvoir tout faire et tout ça, mais non. Tu ne peux pas. Compris ? »
« Combien de temps ? »
Enkrid posa sa question au lieu de répondre. Il devait d’abord vérifier.
« Une semaine. Je me demandais quand même si, dans ce genre de cas, quelqu’un pouvait dormir aussi profondément. »
Par « ce genre de cas », il parlait de l’éveil d’un chevalier. Il avait observé Enkrid à son réveil et lui avait lancé quelques mots. Rem l’avait dit lui-même, puis avait compris qu’il y avait peut-être quelque chose à ça.
Est-ce qu’on pouvait s’effondrer pendant plusieurs jours ?
Le moment de l’éveil ne devait probablement pas se dérouler de la même façon pour tout le monde.
Rem, lui, n’avait jamais connu de moment aussi spectaculaire. Il avait connu des descentes divines à répétition en apprenant la sorcellerie, jusqu’à ce que le concept s’ouvre naturellement à lui.
On pouvait dire que son terrain n’avait jamais été clôturé. Il avait déjà franchi les limites avant même de ressentir ce qu’étaient les limites.
Pour ce pauvre bougre qui n’avait aucun sens de l’orientation, ça avait dû être différent. Il suffisait de le regarder pour voir qu’il s’était enivré de sa toute-puissance et cherchait encore ses marques.
« Si la paresse est contagieuse, c’est grave. »
Rem le dit sans changer de posture.
Derrière lui, Jaxon se tenait les bras croisés et observait Enkrid.
« Maîtrise tes sens. C’est la première chose à faire. »
Enkrid le regarda sans comprendre. Jaxon secoua la tête.
« Retiens bien ça. »
Ce n’était pas le genre d’homme à se répéter pour insister.
« Tu auras l’impression de pouvoir tout faire, mais ce n’est pas le cas. Par exemple, tu auras l’impression de pouvoir rejoindre l’Est d’un seul pas, mais ça ne marche pas comme ça. On n’atteint sa destination qu’au bout du chemin, après avoir trouvé la bonne voie et l’avoir parcourue. N’oublie pas qu’il y a des choses à faire avant d’arriver à une conclusion. »
Enkrid tourna la tête vers Ragna.
Seule sa tête dépassait de son lit. Ses cheveux, sans doute aplatis parce qu’il venait de se réveiller en plein sommeil, formaient un nid d’oiseau.
« Hum-hum. »
Il avait dit son mot, puis l’avait couronné d’un bâillement. Ça confirmait bien les choses.
Il s’était exprimé mieux que jamais et, honnêtement, Enkrid avait envie de l’applaudir.
C’était simplement que l’exemple qu’il avait choisi parlait de trouver une route, ce qui tombait un peu moins juste qu’il ne l’aurait pu.
« Quand il était enfant, un garçon qui puisait de l’eau demanda : “Dieu Père, pourquoi dois-je puiser de l’eau ?” Le dieu répondit : “Boirais-tu et te laverais-tu sans cela ?” Frère, chef d’escouade, il faut puiser l’eau avant de pouvoir boire et se laver. »
Audin s’était planté à l’entrée des baraquements et prêchait. Il aurait été parfaitement à sa place comme prêtre dans le sanctuaire d’un village.
Bien sûr, ce village aurait été plutôt effrayant, quelle que soit sa taille. N’importe quelle bande de brigands un tant soit peu respectable venue le piller aurait fini par former un joli groupe de Goules en rentrant chez elle.
La seule bonne Goule est une Goule morte, et leur retour se ferait auprès du divin. Le village aurait donc été une source d’effroi pour certaines personnes.
Jaxon, lui, avait parlé sans détour. Mais pris ensemble, les propos de tous les autres donnaient à Enkrid l’impression qu’ils disaient quelque chose sans qu’il comprenne où ils voulaient en venir.
Enkrid avait tout de même compris. Il savait écouter.
« Ça va. »
Chevalier ou héros, au moment de l’éveil, tout le monde ressent plus ou moins la même chose. La toute-puissance. L’impression que tout est possible.
La première chose à faire, c’était d’apprendre à distinguer ce qu’il pouvait faire de ce qu’il ne pouvait pas faire.
Est-ce qu’ils avaient tous attendu son réveil juste pour lui dire ça ? Ou s’étaient-ils simplement retrouvés ici par hasard ?
« Oh, tu es réveillé ? Ne te force pas, fiancé. »
Sinar était également venue. Il sentit une douce chaleur juste à côté de lui et regarda : Esther, sous sa forme de panthère, frottait sa joue contre le dos de sa main.
« Ça va. »
Enkrid le répéta.
« Ce n’est pas parce que tu dis que ça va que c’est vrai. »
Ruagarne se tenait juste à côté de Teresa, elle-même près d’Audin, et ce fut elle qui prit la parole.
On aurait vraiment dit que tout le monde n’attendait que son réveil. Était-ce vraiment juste une impression ?
Pas tout à fait.
Ils l’avaient attendu, alors qu’il gisait effondré.
Tous leurs visages traversèrent brièvement sa mémoire.
Rem, vieilli. Jaxon, le visage déformé. Audin, qui crachait du sang. Sinar, dont certaines parties du corps s’effaçaient. Esther, privée de ses deux yeux. Fell, qui se plantait une lame dans le ventre.
Ces visages avaient existé, dans les aujourd’hui qui s’étaient écoulés.
Enkrid se redressa, posa les pieds au sol et se leva. Il baissa les yeux vers sa main, puis l’ouvrit et la referma. C’était ainsi qu’il vérifiait son état.
Léger. Son corps lui semblait plus léger que jamais.
Pas au point de pouvoir battre des bras et s’envoler dans le ciel. Ça, c’était impossible. Mais se lever, sortir et pratiquer la Technique d’isolement, ça, c’était possible.
« Hein ? Ça va vraiment, en fait. »
Rem le dit depuis sa place, en relevant la tête. Il n’y avait aucune trace de la témérité débridée qui venait avec l’ivresse de la toute-puissance.
Il remarqua bien une autre chose étrange, mais, dans tous les cas, « ça va » semblait être le bon terme.
« Je t’avais dit que ça allait. »
Enkrid le répéta et sortit. Il allait bien, mais il n’était plus tout à fait comme avant. La lumière du soleil qui filtrait dans les baraquements. Le vent qui s’y glissait comme un fil ténu et lui effleurait la joue. L’odeur âcre des bûches réduites en cendres pendant la nuit. Le contact de sa chemise sur sa peau.
Tout lui paraissait plus net qu’avant, à la vue, à l’ouïe comme au toucher. Il avait presque l’impression de pouvoir attraper le vent à pleines mains.
Bien sûr, on ne pouvait pas attraper le vent. Mais on pouvait marcher avec lui.
Il n’avait pas l’intention de le faire maintenant. C’étaient des choses qu’on finissait simplement par savoir, naturellement.
Courir comme le vent. Manier l’épée comme la lumière du soleil.
Des choses qu’il pouvait accomplir en faisant naître ces images en lui et en faisant circuler la Volonté dans son corps.
Enkrid fit un pas dehors et se mit en mouvement.
Une semaine depuis son réveil. C’était confirmé.
L’étape suivante l’attendait.
Est-ce que ça a vraiment pris racine dans mon corps ?
Il en était certain. Il avait ressenti cette toute-puissance. Malgré tout, il était parfaitement naturel qu’il ait envie de s’en assurer.
Il avait avancé, espéré, appelé cela un rêve, trouvé de la joie à répéter les journées les unes après les autres pour l’atteindre, et pourtant il avait encore besoin d’en avoir la confirmation.
Tout le temps écoulé, toute l’expérience acquise, l’avaient façonné ainsi.
Il pratiqua la Technique d’isolement pour délier son corps, et la Volonté l’accompagna naturellement.
Il pouvait se concentrer dessus s’il le voulait, mais elle se mouvait d’elle-même, même sans qu’il la regarde.
Ce qui signifiait… « Un chevalier. »
Ruagarne l’avait suivi dehors et prononça ces mots. Tous les autres sortirent derrière elle.
« Un vrai. Pas la moindre maladresse là-dedans. »
Rem le répéta.
Quand Enkrid s’était effondré, la Volonté avait jailli de lui comme une explosion.
Sinar l’avait d’abord perçue grâce à l’acuité des sens elfes et avait compris qu’Enkrid avait franchi le mur. Mais dès que les autres l’avaient vue, ils l’avaient compris eux aussi.
Enkrid avait franchi le mur.
Pourtant, c’était en le voyant se relever, marcher et bouger sous leurs yeux que cela leur avait semblé réel.
« Il l’a vraiment fait. »
Rem marmonna. Quand était-ce, au juste ?
Était-ce lorsque Enkrid avait demandé à apprendre le Cœur de la Bête ?
Rem avait ri de bon cœur quand il avait déclaré que son rêve était de devenir chevalier. Il avait sincèrement cru cela impossible.
Et pourtant, il l’avait fait.
Un talent médiocre. Un corps ordinaire.
Ce ne sont que des conditions, avait-il dit, avant de se remettre à parler de son rêve, ce fou.
Et ce fou était devenu chevalier.
« Ha. »
Enkrid inspira profondément, puis expira.
La journée était belle. Le vent était frais et le soleil chaud. La rosée du matin séchait, et le ciel semblait promettre une journée radieuse et sans nuages.
Le Passeur avait dit que cette voie n’avait besoin de la permission ni de l’approbation de personne.
Et c’était exactement ça.
Il ne s’était jamais engagé sur cette voie pour obtenir la permission ou l’approbation de qui que ce soit.
« Alors, tu comptes retrouver tous ceux qui se sont moqués de toi et leur coller une bonne claque sur la tête ? »
Rem posa la question.
Qu’est-ce qu’on faisait quand on devenait chevalier ?
Eh bien, on en avait pris des coups en chemin. Pourquoi ne pas en rendre quelques-uns ?
Il y avait eu des gens pour le condamner. Beaucoup l’avaient maudit et raillé.
Même sans les retrouver pour leur coller une claque, ne seraient-ils pas si stupéfaits qu’ils en tomberaient à la renverse ? Il y aurait peut-être quelque chose d’amusant à voir ça.
« Pas vraiment. »
Enkrid lui répondit et fit craquer ses poignets de part et d’autre. Une série de craquements. Son corps s’était considérablement raidi pendant cette semaine.
« Ça se défend, tout de même. »
La voix de Jaxon. L’un de ces rares moments où il abandonnait les formules de politesse pour dire ce qu’il pensait.
Une dette est faite pour être remboursée, croyait l’homme qui possédait la rosée du matin.
Autrefois, quand Enkrid suppliait qu’on lui enseigne l’épée, prêt à s’humilier pour apprendre.
Tout le monde s’était moqué de lui.
Oui, c’était bien arrivé.
Aurait-il dû craquer, désespérer, pleurer et maudire les cieux ?
Enkrid ne l’avait pas fait, et c’était pour cela qu’il se tenait ici, à présent.
« Pas spécialement. »
Enkrid secoua la tête. Il n’éprouvait clairement rien de tel. C’était un jugement et une façon de traverser le monde qui le distinguaient des gens ordinaires.
Quel que fût son talent, il avançait sur une voie différente.
« Alors, qu’est-ce que tu vas faire ? »
Ragna était sorti tardivement et posa la question.
« M’entraîner. »
Enkrid répondit. Il saisit les doigts de sa main gauche avec sa main droite, les ramena vers le dos de sa main, puis étira ses muscles et ses tendons.
En maintenant la tension, il sentit ses muscles s’étirer en douceur et se détendre.
On disait que le corps changeait quand la Volonté prenait racine.
Cela semblait être le cas. Non, c’était bel et bien le cas.
« T’entraîner ? »
« Mon corps est un peu raide. »
Voilà qui il était désormais, et voilà la voie qu’il suivrait. C’était donc ce qu’il allait faire.
Rien n’avait changé. Voilà tout.
Il était évident depuis longtemps qu’il avançait sur une voie différente.
Et pourtant, ils ne pouvaient s’empêcher d’être de nouveau surpris.
Il était devenu chevalier. Le chevalier qu’il avait appelé de ses vœux pendant si longtemps.
Et malgré tout, il n’avait pas changé.
Eh bien, c’était pour cela qu’ils le suivaient tous.
Il sera difficile à vaincre.
C’était ce que pensait Jaxon.
S’il devait un jour se retrouver dans le camp adverse, face à Enkrid ? Il était convaincu qu’il pourrait le tuer, mais il savait qu’il n’en aurait jamais la volonté.
Voilà quel genre d’homme était Enkrid.
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