Chapitre 509
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 509 : N.......
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« Ce n’est pas le bon chemin. Au bout du compte, tu t’arrêteras ici. »
Le Passeur avait parlé.
Comme toujours.
Enkrid le pensa en le regardant.
Une peau grise et craquelée. Des yeux sans pupilles. Une bouche qui ressemblait aux ténèbres tapies au fond d’un gouffre.
Chaque fois qu’il parlait, les ténèbres semblaient suinter de sa bouche.
Elles lui murmuraient de désespérer, le poussaient à abandonner, le harcelaient pour qu’il perde espoir.
Il n’était pas un enfant, alors pourquoi le harceler ainsi ? Même un gamin de quatre ans ne râlait pas autant.
« Tu penses à quelque chose d’irrespectueux. »
Le Passeur remarquait les choses aussi vite que Rem. Dans un rêve ou non, Enkrid restait le même.
« Non, pas du tout. »
Il nia sans la moindre hésitation.
« Tu as lutté et rampé jusqu’ici, pour te retrouver devant un mur que tu as bâti toi-même. Quelle ironie. Quelle immense ironie. »
Et voilà qu’il recommençait.
« Encore une pensée irrespectueuse. »
« Non, pas du tout. »
Le rêve avait-il changé sa nature profonde ? Non. Le plus grand talent d’Enkrid se manifestait sans retenue.
Un instant, le Passeur faillit perdre son sang-froid devant cette réponse effrontée. Mais la patience qu’il avait cultivée si longtemps n’était pas si fragile qu’elle puisse être ébranlée par une chose pareille, et il se contint.
« Fais attention. »
« Oui. »
Pourquoi avait-il répondu aussi vite et aussi calmement ? Ça ne faisait qu’aggraver la situation.
Le Passeur regrettait de ne plus avoir de corps. La chair et les os lui manquaient terriblement.
S’il avait eu des mains et des pieds, s’il avait disposé d’un quelconque moyen physique d’agir…
« Maintenant que tu te retrouves devant un mur infranchissable, qu’est-ce que ça te fait ? Un mur que tu as construit de tes propres mains, qui plus est. »
Enkrid inclina la tête au lieu de répondre.
Il n’y avait eu qu’un seul aujourd’hui jusque-là. N’était-il pas un peu tôt pour parler de ses sentiments ?
Cette pensée lui traversa l’esprit.
« Irrespectueux ! »
« Oui. »
« Fais attention ! »
« Oui. »
« Arrête de te contenter de me répondre. »
« N… »
Enkrid entrouvrit la bouche, puis la referma.
« Va-t’en. »
« …… »
« Sors d’ici. »
« …… »
Enkrid pressa son index droit contre son pouce, les porta à ses lèvres et mima le geste de se coudre la bouche, avant de hocher la tête.
Un geste sincère et respectueux qui signifiait : tu m’as dit de me taire, alors je ne parlerai pas, et je respecte ta volonté.
C’est ce qu’il pensa en s’éloignant du rêve.
Le fleuve ondula et la lanterne violette du bac oscilla. Le bras du Passeur tremblait.
« Dire que j’en suis si ému… »
Le Passeur marmonna d’une voix sans intonation. De nouveau seul sur le bac, il contempla l’endroit où Enkrid s’était tenu.
Cela finirait par arriver. Comme toujours.
Personne ne pouvait résister éternellement à un aujourd’hui qui se répétait.
Enkrid finirait lui aussi par atteindre sa limite en restant sur le fleuve. Le Passeur le savait.
Et pourtant, l’étrange restait étrange. L’intéressant restait intéressant.
Certains aujourd’hui étaient déjà connus du Passeur, mais d’autres échappaient même à sa clairvoyance.
Il ne s’agissait pas d’un aujourd’hui déjà survenu qui aurait ensuite changé. Un aujourd’hui qui n’avait jamais existé venait de prendre forme.
C’était ce qui se passait à présent.
Le Passeur avait gardé ce bac pendant des âges innombrables. Il repassa en mémoire cette longue période.
Une chose pareille s’était-elle déjà produite ? Non. Jamais.
Voilà pourquoi c’était étrange. Voilà pourquoi un frémissement oublié depuis longtemps se réveillait en lui.
Cet homme l’agaçait, certes, mais une part de lui compatissait aussi avec la victime même de la malédiction.
Cela aussi lui paraissait étrange.
Que sa volonté se divise en plusieurs directions à la fois, voilà une autre expérience qu’il n’avait pas connue depuis qu’il était devenu le Passeur.
Une part de lui compatissait, une autre le trouvait agaçant, une autre encore voulait lui mettre des bâtons dans les roues et, au milieu de tout cela, une toute petite part se demandait : que se passerait-il si ce salaud parvenait vraiment à échapper à chaque aujourd’hui, à chaque fois ?
C’était une question vaine.
Quoi qu’il arrive, la fin était fixée.
Le Passeur le savait par expérience.
Et pourtant… Si, par hasard… Peut-être…
« S’il avançait sans tenir compte des causes et des conséquences. »
Il semblait peu probable que la volonté d’un seul être humain puisse accomplir une telle chose.
Mais si cela arrivait, que ferait-il ? Le Passeur se laissa méditer cette pensée.
* * *
« Échec. »
Enkrid avait échoué, mais il ne s’attarda pas sur les raisons. Il ne s’était jamais attendu à réussir du premier coup.
À la place, il tenta de relâcher la tension, d’apaiser ses nerfs qui s’étaient tendus à son insu.
S’il avait commencé à garder sa Volonté ouverte au crépuscule, son moment préféré de la journée, c’était précisément pour cela.
C’était une façon de se détendre.
Enkrid inspira longuement, expira, puis reprit le fil de sa réflexion.
Il se leva, dénoua ses muscles grâce à la Technique d’isolement, mangea comme d’habitude une quantité obscène de nourriture, prit soin de son corps, se reposa et attendit le coucher du soleil. Et, tout en faisant cela, il revenait sans cesse à la même pensée.
Une méditation sur les chevaliers.
« Comment abattre mille personnes. »
Comment était-ce seulement possible ?
Les différentes méthodes dont les chevaliers avaient fait preuve.
Enkrid continuait de bien manger. Il se remplissait l’estomac sans retenue. Il lui fallait se préparer correctement à tout, et profiter de chaque occasion pour manger était une vieille habitude.
« T’as avalé de travers ? »
La remarque inutile de Rem au réfectoire lui entra par une oreille et ressortit par l’autre.
« Bien manger fait aussi partie de l’entraînement. »
Les paroles d’Audin prirent le même chemin.
« Ça te dirait plutôt de croiser le fer quelques fois ? »
Ragna avait lancé ça en sortant du réfectoire. Avait-il l’air plus agité aujourd’hui qu’hier ?
Peut-être.
La première pensée qui lui était venue au début de ce nouveau cycle avait été de se détendre. Ses muscles s’étaient contractés par réflexe et ses nerfs s’étaient tendus. Il s’en était rendu compte.
Une inquiétude qu’il n’avait jamais ressentie auparavant avait brièvement fait surface. Dans un moment pareil, oui, manier l’épée et transpirer aurait été un réconfort facile. Mais Enkrid chassa tout cela de son esprit.
« On fera ça demain. »
Il ignorait quand viendrait ce demain, mais il remit le combat d’entraînement à plus tard.
« Tu es blessé quelque part ? »
demanda Ruagarne.
« Je ne suis pas blessé. »
répondit Enkrid avec un sourire, puis il passa la journée à peu près comme la précédente.
Au milieu de tout cela, il revenait sans cesse à la même pensée.
Comment abattre mille personnes.
Il se disait que chaque chevalier s’appuierait sur sa propre méthode exceptionnelle.
Aoara, par exemple, se servirait de son épée liée. Une épée qui s’enchaînait et continuait de s’enchaîner ne s’arrêterait pas après avoir tranché une personne, puis deux, puis trois, quatre, dix ou vingt. Elle ne s’arrêterait pas du tout.
Quand s’arrêterait-elle ? Seulement si un obstacle imprévu se dressait devant elle.
Et Ragna ? Dans des circonstances ordinaires, il abattrait sans doute ses ennemis moins vite qu’Aoara. Mais si ses adversaires étaient regroupés en rangs serrés, ce serait une autre histoire.
Enkrid imagina Ragna fauchant une unité disposée en mur de boucliers compact.
Se regrouper devant Ragna, c’était une erreur.
Même un chevalier junior respectable n’oserait pas tenter de retenir cette épée, ne serait-ce qu’un instant.
L’épée d’Aoara s’écoulait sans fin, mais pouvait marquer une brève pause devant un mur ; celle de Ragna fracasserait et pulvériserait toute barrière fragile sur son passage.
Qui était le plus fort ? Cette question n’avait pas de réponse. Il fallait se battre pour le découvrir.
Le métal qui déchirait la chair et les os ne faisait pas de distinction.
Comment les autres s’y prendraient-ils contre mille adversaires ?
Rem bondirait comme une sauterelle, abattant sa hache ici et là. Lancer, fracasser, trancher, et recommencer.
Si on lui demandait qui mettrait le moins de temps à abattre mille personnes, Enkrid choisirait Rem.
Et Jaxon ? Il avait du mal à l’imaginer abattant mille ennemis.
Que répondrait-il si on le lui demandait ?
« Est-ce qu’il faut vraiment les tuer jusqu’au dernier ? »
Ne vous regarderait-il pas avec cette question sous-entendue : s’ils sont mille, ne vaut-il pas mieux s’en prendre à leur commandant ?
Ça lui ressemblait bien.
En poussant sa réflexion jusque-là, Enkrid eut un petit rire.
« Tu as pensé à quelque chose de drôle ? Tu peux me le raconter. »
C’était la voix d’Esther. Enkrid entrouvrit les yeux, qu’il avait fermés sans serrer les paupières, et regarda la sorcière aux cheveux noirs et aux yeux bleus.
Le surnom de Fleur Noire lui allait plutôt bien.
Des cheveux noirs, une peau au lustre délicat, de grands yeux, un nez fin et des lèvres rouge sombre.
N’importe qui aurait trouvé son visage saisissant.
Et la ligne de sa poitrine, visible sous sa robe, aurait probablement suffi à convaincre n’importe quel homme ordinaire de se porter volontaire comme esclave, sans qu’on le lui demande.
« Ce n’est rien. »
Enkrid referma les yeux. Esther n’insista pas.
Il la regarda reculer et s’asseoir par terre, puis reprit le fil de ses pensées.
Il ne connaissait pas bien le chevalier d’Azpen, alors il n’arrivait pas à se le représenter clairement.
Le Roi des mercenaires ne semblait pas être du genre à se lancer seul contre mille adversaires.
Et Audin ? Que ferait Audin ?
Même sans atteindre le niveau d’un chevalier, il avait l’air capable de réduire mille personnes en bouillie sanglante.
Il en était probablement capable.
Et que se passerait-il si l’on se retrouvait en face de ces mêmes chevaliers, de leurs épées, de leurs poings et des armes qu’ils lançaient ?
Il fallait se placer de l’autre côté, du point de vue d’un soldat qui affrontait un chevalier.
La chance seule ne pouvait arrêter l’épée d’un chevalier. Même si la Déesse de la Fortune vous couvrait de baisers, survivre serait déjà le meilleur résultat possible.
« Ça se tient. »
Les chevaliers qui avaient réellement abattu mille personnes étaient rares. Pourtant, on disait qu’un chevalier était quelqu’un capable d’en abattre mille. On disait qu’il était un fléau. Qu’est-ce qui les rendait tels ?
La volonté.
Cette force informe appelée volonté était la source qui permettait de dépasser ses limites.
Le soleil commença à se coucher.
La journée ressemblait à celle de la veille, mais différait sur certains points.
Yeux Vairons s’était approché. Teresa fredonnait pour elle-même.
Contrairement à la veille, elle ne faisait que fredonner, mais c’était toujours agréable à entendre. Audin tapotait le dos de sa main gauche du bout des doigts de sa main droite, en suivant le rythme.
En le voyant battre ainsi la mesure, Enkrid se dit qu’Audin devait savoir jouer correctement d’au moins un instrument. Son sens du rythme était exceptionnel.
« Le fondement de l’art martial commence par les pieds. Le mouvement des pieds est une question de rythme. Ne l’oublie pas, mon frère. »
Audin le lui avait dit un jour.
Enkrid fit circuler sa Volonté et tenta d’en suivre le rythme comme s’il s’agissait d’une chanson.
Boum-tac, boum-tac. Boum-boum-tac.
Comme s’il battait du tambour, il fit surgir la Volonté et la planta dans la pointe de ses pieds. Il avait déjà réussi à faire surgir sa Volonté quand il en avait besoin et à la maîtriser.
À présent, il ne s’agissait plus de la maîtriser. Il devait la planter là, puis l’oublier.
L’oublier, tout en la maintenant.
« Peut-on maintenir quelque chose tout en l’oubliant ? »
Oui. Il avait aussi appris quelque chose de Jaxon : comment garder ses sens éveillés sans y penser.
« Une fois la Technique sensorielle maîtrisée, tes oreilles s’ouvrent. Mais est-ce une raison pour tout regarder et tout écouter, simplement parce que tu en es capable ? Si tu t’efforces de percevoir, d’entendre et de traiter chaque chose qui se passe autour de toi, tu finiras fou. Il est donc essentiel de ne filtrer que ce dont tu as besoin. »
« L’intuition. »
C’était pour cela qu’il fallait quelque chose au-delà des cinq sens : un sixième sens.
Il ne s’agissait pas d’examiner un à un les renseignements recueillis par les sens, mais de les passer au crible d’instinct. En gravant dans ses os la capacité de déceler le danger, on pouvait garder la Technique sensorielle active sans y penser.
« Traverse une centaine de situations où tu frôles la mort, et tu auras fait tes premiers pas. »
Jaxon l’avait dit comme si c’était impossible, mais de toutes les conditions qu’Enkrid avait entendues, c’était la plus facile à remplir.
C’était bien plus simple que de tenter sa chance en espérant que ça marche.
Ragna était le genre de salaud à dire exactement ça, et rien de plus.
Une pensée lui traversa l’esprit : c’était vraiment un salaud cinglé, incapable de s’orienter.
Quoi qu’il en soit, les situations où il frôlait la mort, il en avait connu un nombre incalculable. Il était même mort d’innombrables fois.
Graver dans son inconscient l’instinct de déceler le danger n’avait pas été difficile.
À force de revivre sans cesse le même aujourd’hui, cela s’était fait naturellement.
Enkrid reprit le processus : faire surgir sa Volonté, la relâcher, l’ancrer dans son inconscient.
Bientôt, la Volonté qui emplissait tout son corps se mit à courir d’elle-même.
Cette force informe se rassembla en un seul courant et martela son cœur. Il avait l’impression que son sang circulait plusieurs fois plus vite que d’habitude.
En réalité, rien de tel ne se produisait. Seule sa Volonté se mouvait ainsi.
Crac.
Son cœur éclata de nouveau.
Un autre jour se répéta.
Le lendemain, ses poumons se déchirèrent à leur tour.
Le jour suivant, une partie de ses organes internes brûla.
Il pouvait la faire surgir brièvement, puis la disperser. Alors pourquoi n’arrivait-il pas à la rassembler et à la retenir ?
Il n’en savait rien. Il le découvrirait petit à petit.
Enkrid continua de recommencer.
« Créature obtuse. »
Le Passeur apparaissait parfois, mais Enkrid mimait toujours le geste de se coudre la bouche.
Après une cinquantaine d’aujourd’hui, il changea de méthode.
Au lieu de rassembler la Volonté dans tout son corps, il allait essayer de la concentrer dans ses seuls pieds et de l’y maintenir.
Ce n’était pas facile.
La Volonté déchaînée se répandait dans tout son corps.
Comment pouvait-il la retenir à un endroit précis ?
La sensation était-elle la solution ?
Pour Ragna, le chemin avait été parcouru à grandes enjambées, sans effort. Pour Enkrid, il fallait examiner chaque caillou du sol un à un et les dégager avant de pouvoir avancer.
Non, il n’avait même pas été capable de marcher au départ.
« Et alors ? »
Au lieu de marcher, Enkrid rampait.
Quand n’avait-il pas rampé ?
Est-ce que cela faisait vraiment mal de retourner à cette étape, après avoir senti ses progrès récemment ?
Pas vraiment.
Jusque-là, chaque chemin qu’il avait emprunté avait été une crise. Traverser une crise n’était pas difficile en soi.
Il n’avait qu’à examiner chaque étape du chemin et, si quelque chose clochait, revenir en arrière pour recommencer. Très bien, alors c’est ce qu’il ferait.
Il avait déjà vu le chemin. Corriger et recommencer, c’était sa spécialité.
Comment activer sa Volonté, comment respirer à cet instant, quel état d’esprit adopter, quelle sensation informe était nécessaire pour maîtriser sa Volonté.
Il reprit chaque élément un à un. Il suffisait de recommencer jusqu’à ce que ça marche.
Il lui fallait de la patience, le bon état d’esprit et la maîtrise de soi.
Examiner chaque étape et, si le chemin s’égarait, revenir en arrière pour repartir. Pour répéter sans s’user, il fallait de la patience.
Sa volonté était assez ferme pour ne pas vaciller malgré les échecs répétés.
La force mentale nécessaire pour endurer la douleur de la Volonté qui déchirait son corps, voilà ce que signifiait la maîtrise de soi.
À force de mourir encore et encore, il lui arrivait de sentir tous ses muscles, ses nerfs, ses organes, tout son corps, du bout des doigts jusqu’aux orteils, se faire arracher.
En vérité, ce n’était pas si difficile.
Enkrid pouvait tout faire. Il allait bien.
Tout ce qu’il lui fallait, c’était un rêve indestructible.
Et ce rêve, il l’avait déjà.
Un rêve autrefois réduit en lambeaux, déchiré encore et encore.
Il l’avait recousu et était arrivé jusque-là.
Pour la première fois, la Volonté qui prenait naissance dans ses pieds se stabilisa, ne serait-ce qu’un instant.
« D’abord, le pied droit. »
À l’instant où il sourit de joie, la Volonté se déchaîna.
Mais peut-être parce qu’il était parvenu à maîtriser son pied droit, ne serait-ce que brièvement, le processus qui consistait à le brûler et à le faire exploser de l’intérieur fut lui aussi un peu plus lent qu’avant.
« Écarte-toi, mon frère. »
C’est pourquoi, tandis qu’il agonisait, les yeux à peine entrouverts, Enkrid aperçut quelque chose d’étrange.
Une lumière jaillissait du corps entier d’Audin. Ce n’était pas une façon de parler. Une auréole flottait derrière lui.
La lumière devint visible, se transforma en particules et se dispersa. C’était de la divinité.
Tout irradiant de lumière, Audin saignait des yeux, du nez, de la bouche et des oreilles.
Quoi que ce fût, il avait l’air prêt à mourir. Son corps était extraordinairement robuste, alors peut-être que cela ne le tuerait pas, mais il se poussait clairement jusqu’à frôler cette limite.
La lumière se rassembla et s’approcha. Juste avant qu’elle ne l’atteigne, Enkrid réussit à peine à s’écarter.
Son instinct lui souffla que si Audin lui appliquait cette lumière, cette divinité, il mourrait ou serait grièvement blessé.
À peine avait-il esquivé qu’Enkrid mourut. Il s’éteignit sans avoir la force de prononcer un seul mot.
Juste avant de fermer les yeux, il vit la lumière toucher son corps, mais aucun miracle ne se produisit.
La divinité était miraculeuse, mais elle ne pouvait pas ressusciter les morts.
Cependant, juste avant sa mort…
« Debout, mon frère. »
Il entendit la voix d’Audin.
Ces mots lui parvinrent tandis que du sang coulait des yeux et du nez d’Audin.
À présent, dès qu’il ouvrait les yeux, il savait que cet aujourd’hui s’achevait et qu’un nouveau commençait.
« Espèce de fou furieux. »
Enkrid s’adressa à Audin sans raison particulière en se redressant.
« Tu as bien dormi ? »
demanda Audin avec son sourire habituel.
Enkrid le regarda un instant, secoua la tête et se leva.
Il était temps de commencer un nouvel aujourd’hui.
Après avoir réussi avec son pied droit, il avait l’impression d’en avoir saisi les grandes lignes.
Laisser hier derrière lui et accueillir un nouvel aujourd’hui : cela aussi lui était désormais familier. Ramper, marcher et courir vers demain, c’était la seule chose qu’il avait jamais su faire.
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