Chapitre 492
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 492 : Quand j’ouvris de nouveau les yeux
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« Père, je te vengerai. »
L’homme qui avait jadis été le prodige chaman de sa tribu le déclara à voix haute, puis se coupa les doigts et maudit son propre corps. Tout cela n’avait qu’un seul but : tuer un homme.
Quand les méthodes ordinaires ne suffiraient pas, il emprunterait tous les raccourcis possibles, quitte à s’en remettre à la chance. Telle était sa résolution.
* * *
Ils traversèrent la Terre Maudite, Silence, puis obliquèrent vers le sud. Des plaques de prairie clairsemée commencèrent à apparaître. Et avec elles, les Créatures démoniaques, en grand nombre.
Dans les terres occidentales, deux endroits étaient interdits à tous : la Terre Maudite, Silence, et le Fleuve de sable sans retour.
La prairie qui s’étendait devant eux était devenue stérile à cause de cette terre maudite appelée Silence. Pour le groupe qui la traversait, l’abondance de Créatures démoniaques ne représentait aucun problème.
Ce n’était toujours qu’une simple promenade pour eux.
Même si une Goule combattant comme un chevalier leur tombait dessus, ils pouvaient la tuer sans perdre un seul membre. Avec Rem à ses côtés, l’Enkrid d’aujourd’hui en était capable.
Grrr…
Dès qu’une Goule se montra… « Hi-yah ! »
Dunbakel s’élança pour s’en occuper.
Quand ils repéraient un groupe assez conséquent de Créatures démoniaques en traversant une région, il leur arrivait de changer complètement de route pour aller à leur rencontre.
« Autant se dégourdir un peu. »
Dans ces moments-là, Enkrid prenait les devants. Rem regardait sans faire grand-chose.
Il a fait du chemin.
Pas la moindre hésitation dans ses pas, pas la moindre clémence dans ses coups.
Un Homme-rat fonça sur lui en brandissant un bâton ramassé quelque part. Enkrid l’évita sans même le regarder et lui trancha net le cou avec Aker.
Fschht.
La chair résistante de la créature se fendit en un instant, et sa tête s’envola dans les airs.
Du sang noir jaillit du corps qui s’écroulait. Derrière lui, un autre Homme-rat s’effondra, le front perforé.
Spark, dégainée avant même que quiconque s’en aperçoive, avait fait le coup.
Là où se tenait le deuxième Homme-rat, une faible image rémanente subsistait, mirage laissé par le corps d’Enkrid lancé à toute vitesse. Il avait déjà changé de position et faisait tournoyer son épée.
Des frappes implacables et précises s’enchaînèrent.
Un coup vertical, une estocade, un coup de pied. Chaque geste tenait dans une seule respiration. Trois actions concentrées en un seul rythme.
Ce n’était pas facile à accomplir, et pourtant il le faisait désormais sans effort.
Quand le premier Homme-rat décapité toucha le sol, six autres étaient déjà morts. Puis quelque chose jaillit de la terre, épais et sinueux comme un serpent.
Depuis un moment, il sentait un léger chatouillement sous ses pieds. Un ver des sables venait de surgir.
Les spécimens gigantesques qui erraient dans les profondeurs du désert pouvaient soulever des dunes entières, mais il ne s’en trouvait jamais d’aussi énormes dans cette région.
Petit en comparaison, il avait tout de même l’épaisseur de la cuisse d’un adulte. Sa queue jaillit du sol et tenta de s’enrouler autour de la cheville d’Enkrid.
Il bondit en avant pour éviter la queue, puis, alors que son pied flottait encore dans les airs, il rétablit son équilibre et planta Spark tout droit dans le sol plat sous lui.
Juste à l’endroit où devait se trouver la tête du ver des sables.
Comment avait-il pu connaître son point faible ?
Rem se posa la question en silence. Les vers des sables combattaient en gardant la tête enfouie, et c’était elle leur point faible. Enkrid l’avait compris en un instant et y avait enfoncé sa lame.
À l’instinct, sans doute.
Du point de vue d’un chasseur, les vers des sables avaient l’habitude de dissimuler leur point vulnérable. C’était pour cela qu’ils n’attaquaient qu’avec leur queue. Une fois qu’on le savait, c’était simple ; sans le savoir, c’était l’enfer.
Enkrid l’ignorait. Et pourtant, il avait agi sans la moindre hésitation.
Rem détestait l’admettre, mais c’était grâce à ce chat sauvage. Son œil ne se trompait jamais quand il s’agissait de juger le talent.
Enkrid devait probablement savoir où se trouvaient ses ennemis même les yeux fermés. Sa Technique sensorielle s’était affinée depuis la dernière fois, au point de tout lui révéler.
Combattre un Géant, tuer un Sorcier, puis s’entraîner à l’épée contre Rem, en plus de tout ça.
Ces derniers temps, il s’en rendait compte : il s’entraînait exactement comme avant, et pourtant, quelque chose changeait chaque jour. Sa progression était assez nette pour qu’il la ressente.
Mon épée ne cesse de progresser.
Pour le dire simplement, son corps était toujours au sommet de sa forme.
Il respirait sans peine, tendait les bras librement et trouvait naturellement le geste suivant dans la continuité du précédent.
Quand un Homme-rat levait ses griffes pour l’attaquer, des dizaines de trajectoires s’ouvraient d’un coup : parer, trancher, esquiver et riposter, le découper avant qu’il ne l’atteigne, ou simplement le repousser d’un coup de pied. Enkrid en choisissait une et bougeait.
Le résultat correspondait à ce qu’il avait prévu.
C’était pareil pour le ver des sables. Dès que sa queue avait surgi, il avait deviné à peu près où le corps se cachait et avait tenté sa chance. Le sang noir bouillonna dans le trou creusé par Spark.
Après avoir éliminé ce groupe de Créatures démoniaques et être revenu, Enkrid n’avait sur lui que quelques gouttes de sang noir.
Il n’était même pas essoufflé. À le voir, on aurait cru qu’il revenait d’une petite promenade.
Qu’est-ce que tu as sur toi ?
Hein ? Il y a quelque chose sur moi ?
On aurait pu avoir ce genre d’échange avec lui, tant il était revenu indemne après avoir tué plus de dix Créatures démoniaques, dont les Hommes-rats.
« Bon sang », lâcha Rem, un rire lui échappant malgré lui.
À leur retour, il faudrait qu’il fasse avaler des herbes médicinales au sorcier en chef et le pousse à se dépêcher de trouver cette sorcellerie.
Dunbakel avait une drôle d’expression. Elle observait Enkrid d’un air étrangement pensif, qui ne lui ressemblait pas. Ruagarne se contenta d’acquiescer.
« Quand on y prend plaisir, on oublie ses limites. »
Elle semblait être parvenue à sa propre conclusion.
Quoi qu’il en soit, le groupe reprit sa route.
Quand ils ne combattaient pas, ils discutaient surtout. Quand Juol se plongeait dans la cuisine, Arath s’asseyait à proximité et racontait quelque chose d’amusant.
« Il arrive que des chasseurs du continent s’installent pour un temps dans le nord des terres occidentales. Dans les environs des terres désolées, près du désert. »
« Je croyais qu’on ne pouvait pas revenir une fois entré dans le désert. »
Ils parlaient d’étrangers vivant aux abords du désert.
« C’est pour ça qu’ils restent uniquement à la périphérie. »
« L’avidité attire les ennuis. Certains idiots s’enfoncent dans le désert et en ressortent sous forme de squelettes soldats, même si c’est assez loin d’ici. »
Rem ajouta cela à la conversation.
Juol semblait bien connaître le sujet. Tout en parlant, il remuait dans une grande marmite de l’orge, de l’avoine et de fines lamelles de viande salée, le tout dans l’huile.
« Les chasseurs viennent pour le lézard à queue de gemme et le renard aux oreilles de gemme. Ces bêtes s’aventurent parfois jusqu’aux confins du désert, et les chasseurs attendent là pour les capturer. »
Des animaux dont Enkrid n’avait jamais entendu parler. Les terres occidentales abritaient toutes sortes de créatures inhabituelles, et celles-ci ne faisaient pas exception.
D’après les autres, ces animaux avaient des joyaux qui leur poussaient sur le corps : sur la queue des lézards et sur les oreilles des renards.
Ils se nourrissaient de sable, paraît-il, et c’était pour cela qu’ils vivaient dans le désert.
Ils mouraient au contact de l’eau, affirmait-on, mais chacun d’eux aurait aussi une sorte de phobie de l’eau.
Aussi féroces fussent-ils, un simple jet d’eau tiré d’une gourde les faisait détaler, même si une chasse venait de tourner au désastre.
Si on réussissait, on repartait avec quelques joyaux. Si on échouait, sa vie n’était presque jamais en danger.
Alors, de quoi fallait-il être capable ?
« De discipline. Ne pas s’enfoncer plus loin et attendre, tout simplement. »
« Il faut aussi avoir de la chance. Attendre ne garantit même pas d’en apercevoir un. »
« La chance n’a rien à voir là-dedans. Il faut d’abord comprendre leurs habitudes. »
Rem, Juol, Arath : chacun prit la parole à son tour, avec un avis légèrement différent.
Le tableau d’ensemble n’en était pas moins assez clair.
Il fallait un chasseur intelligent, bien préparé et patient. Et la chance jouait également un rôle.
Alors, parmi tous ceux qui s’étaient rendus dans les terres occidentales pour chasser des lézards à queue de gemme et des renards aux oreilles de gemme, combien étaient de véritables chasseurs chevronnés ?
Des criminels, des fugitifs, des déserteurs, des hommes fuyant leurs dettes de jeu.
Une foule de gens qui avaient décidé de tenter leur chance.
Forcément, les idiots ne manquaient pas.
Juol raconta qu’une compagnie de mercenaires était passée par là, un jour, à la recherche de renards. Elle avait complètement perdu la tête et s’était enfoncée jusqu’au sud des terres occidentales, où elle avait attaqué une tribu.
Fchh.
Juol fit sauter la marmite de haut en bas. La viande salée et les grains, cuits à point, s’élevèrent en une belle courbe avant de retomber. À chaque mouvement, une odeur riche et parfumée se répandait autour d’eux.
Enkrid, auditeur modèle, ponctuait les gestes de Juol de ses réactions.
« Et ensuite ? Cette odeur est incroyable. »
« La suite est prometteuse. De l’orge grillée, une spécialité de l’Ouest. Et ensuite ? Ils en ont tué environ la moitié, et les autres ont fui. Les survivants ont probablement fini dans le ventre d’une Créature démoniaque. »
De temps à autre, un chasseur compétent patientait, récupérait quelques joyaux et rentrait chez lui. Mais cela n’avait pas l’air facile. Et les joyaux qu’on gagnait ainsi ne semblaient pas pouvoir changer une vie.
Kraiss entendrait ça et essaierait aussitôt d’organiser une compagnie de chasseurs pour s’y rendre.
Enfin, probablement pas. Kraiss détestait laisser quoi que ce soit au hasard.
S’il décidait malgré tout de chasser les animaux à gemmes, il commencerait par étudier leurs habitudes, trouverait une méthode, puis agirait en réduisant autant que possible la part de chance.
Et Enkrid, lui ?
Il ne se donnerait pas cette peine. Il y avait d’autres façons de gagner des kronas.
Ce n’était qu’une conversation en passant pour tuer le temps.
Fchh.
La vapeur s’éleva de la marmite. La spécialité de l’Ouest, l’orge grillée, était prête.
De l’orge sauvage et de l’avoine mêlées à divers légumes séchés, assaisonnées de viande salée finement hachée. Le goût se passait d’explications.
Enkrid en enfourna une bonne bouchée. Les grains d’orge rebondissaient entre ses dents, roulant dans tous les sens. Il en attrapa un, le mâcha, et une profonde saveur de noisette se répandit dans sa bouche ; les arômes des herbes et le sel s’équilibraient à la perfection.
Sans réfléchir, il leva le pouce.
« Un chef-d’œuvre. »
Juol sourit largement, visiblement satisfait.
Le groupe élimina les Créatures démoniaques sur son chemin et retourna à la tribu.
« Bon retour. »
Le chef de la tribu fut le premier à les accueillir à leur arrivée.
Ils reprirent leur quotidien et, deux jours plus tard, Rem vint trouver Enkrid.
« Je m’en vais. Ne fais pas de bêtises pendant mon absence. »
« Je n’aurais jamais cru vivre assez longtemps pour t’entendre dire ça. »
« Tu verras, ça en vaudra la peine quand je reviendrai. »
Rem lui lança ces mots en souriant, puis se détourna et s’éloigna.
Qu’était-ce exactement, la sorcellerie ? Personne n’aurait su le dire avec précision. Mais une chose était sûre.
Ragna avait été le premier à toucher aux confins de la chevalerie, mais Rem atteindrait un niveau proche du sien.
« J’ai entendu dire qu’on risquait réellement d’en mourir. »
Plus une personne était talentueuse, plus le risque de mourir était élevé. C’était ce qu’on appelait la sorcellerie, m’avait-on dit.
Ces paroles venaient d’Arath. Enkrid interpella Rem qui s’éloignait. Rem ne tourna que la tête pour lui répondre.
« Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui va mourir ? »
« Non. »
La réponse lui vint sans hésitation.
Rem eut un rire discret et s’éloigna. Enkrid sourit légèrement, puis retourna à ses occupations : faire tournoyer son épée, entraîner son corps et s’exercer au combat dès qu’il en avait l’occasion.
« Tu ne t’ennuies pas ? »
L’un des Jumeaux prit la parole à côté de lui.
L’autre était dans les vapes.
Ils prononçaient une phrase à tour de rôle, se passant la parole, et Enkrid s’était demandé si l’inconscience de l’un d’eux ne signifiait pas que seule la moitié de la phrase pouvait être dite. Apparemment, non.
Enkrid regarda celui qui venait de parler.
« Qu’est-ce qui ne m’ennuierait pas ? »
« L’entraînement. »
« Pourquoi est-ce que ça m’ennuierait ? »
Impossible d’avoir une conversation avec lui. Le Jumeau se tut.
Enkrid laissa la question entrer par une oreille et ressortir par l’autre, tout en savourant l’impatience qui lui gonflait le cœur.
Comme il avait appris quelque chose de Ragna, il apprendrait aussi quelque chose de Rem. Rien que cette pensée faisait battre son cœur un peu plus vite.
Arath passa le voir un peu plus tard et lui dit que Rem aurait probablement besoin d’environ deux semaines avant de ressortir. Enkrid ne trouvait pas que c’était particulièrement long.
Pendant ce temps, la Tribu des devins en fuite fut capturée, et un jeune sorcier sauva un infirme pitoyable de sa propre tribu, un homme que les cannibales traînaient partout pour en faire leur nourriture.
Son visage était grêlé de cicatrices. On lui avait tranché la main gauche, ne lui laissant que le pouce. Il parlait avec difficulté.
Il n’avait aucun talent notable pour la sorcellerie, mais les soins qu’il prodiguait aux malades étaient d’un tout autre niveau.
Comme son propre corps était brisé, il comprenait visiblement la souffrance des autres.
L’infirme qui avait fini par partager la tente d’Enkrid et veiller sur les victimes encore atteintes par la Malédiction du Seigneur démoniaque violet se traînait par terre et signalait sa présence d’un son particulier.
Fchh. Fchh. Fchhhh.
Le frottement de ses deux paumes plaquées au sol.
C’était le cinquième jour depuis le départ de Rem pour le Lieu sacré. Enkrid s’était réveillé avant l’aube et travaillait à la Technique d’isolement, plus tôt que d’habitude. Il était trop tôt pour que Ruagarne ou Dunbakel soient levés. Il était donc seul.
Il enchaînait les mouvements, une pensée tournant dans sa tête.
Si les malédictions n’ont aucun effet sur moi, est-ce que mon corps résiste complètement à la sorcellerie ?
Cela voulait-il dire qu’il pouvait se permettre d’être imprudent face aux sorciers ? Probablement pas. Mais il avait confirmé que les malédictions n’avaient aucun effet sur lui. Cette découverte avait ouvert une petite brèche dans son raisonnement.
« Les malédictions n’ont aucun effet sur toi, pas vrai ? »
L’infirme prit la parole.
Enkrid ne lui prêtait pas particulièrement attention, mais remarqua que sa façon de parler avait changé. Son trouble de la parole avait disparu.
Aker pendait à la hanche d’Enkrid. Son corps était recouvert d’une armure. Il était équipé de pied en cap. Pourquoi ? Aucune raison particulière.
On pouvait s’entraîner en tenue légère, mais ce jour-là, il avait procédé ainsi. Une idée lui était venue le matin même.
Le confort est un compromis. La régularité et la répétition de l’entraînement sont ce qui nous porte jusqu’au lendemain.
Cela impliquait aussi de vérifier son équipement, alors il l’avait fait. Il portait même l’arc qu’on lui avait offert et qu’il n’avait pas encore vraiment utilisé, accroché à sa ceinture, car il trouvait dommage de le garder sans s’en servir.
Pour son adversaire, c’était une malchance.
Même sans arme, il aurait été en mauvaise posture. En armure complète, c’était pire.
Enkrid aperçut des dizaines de trajectoires d’attaque et confirma que l’infirmité de l’homme était bien réelle.
Et l’homme se trouvait à portée de son épée. S’il le voulait, il pouvait le tuer en moins d’une respiration.
« Comme les malédictions ne fonctionnaient pas sur toi, je me suis dit que je n’avais aucune chance. »
Un rire forcé et rauque accompagna ces mots. Puis l’homme poursuivit :
« C’est la sorcellerie interdite que j’ai créée en sacrifiant tout ce que j’avais : mon avenir, mon âme, absolument tout. »
Pourquoi repensait-il soudain au moment, à la Garde-frontière, où l’assassin elfe avait franchi sa garde ?
Il ne s’était pas relâché, alors, et pourtant la lame avait trouvé une ouverture. C’était la même impression.
« J’offre mon passé, mon présent et mon avenir. »
L’homme ouvrit la bouche et tendit la main. Quelque chose d’aussi fin qu’un fil jaillit du bout de ses doigts et toucha le corps d’Enkrid. Il n’y avait ni menace ni intention meurtrière. Il aurait pu l’ignorer, mais son épée bougea par réflexe.
Comme il l’avait dit : en moins d’une respiration, l’épée fendit l’air et ouvrit le crâne de l’homme.
Crac.
La main de l’homme était toujours tendue, son crâne fendu en deux dans le sens de la longueur. Le sang, la cervelle et les fragments d’os se répandirent, puis la vue d’Enkrid s’assombrit.
Il garda les yeux ouverts et s’accrocha, mais le monde se mit à tourner. Le ciel et la terre basculèrent.
Une sensation de flottement l’envahit. Il l’avait connue lorsqu’un coup l’avait projeté dans les airs, mais jamais autrement.
Au terme de cette chute dans le vide, la lumière éclata devant ses yeux comme du verre qui se brise, et il n’eut d’autre choix que de les fermer.
La première chose qu’il sentit fut la chaleur.
Pas la chaleur du soleil de la Cité d’Aoara, ni celle, douce, des terres occidentales. C’était une chaleur qui cuisait la chair au moindre contact.
Quand il ouvrit les yeux, le monde était jaune. Le ciel s’étendait haut au-dessus de lui, et tout autour, il n’y avait que du sable.
La seule chose inhabituelle était la présence de trois cadavres desséchés, agenouillés dans le sable et disposés en triangle autour de lui.
Il le sut sans regarder de plus près. Aucune vie n’émanait d’eux. Ils étaient déjà morts.
La force d’Enkrid avait toujours été de comprendre rapidement une situation.
Il réfléchit à ce qui venait de se passer.
Comment était-ce arrivé, exactement ?
Une chose était certaine.
Il avait appris quelque chose.
Ne jamais baisser sa garde, quoi qu’il arrive.
Un couteau bien aiguisé pouvait percer une plaque de fer s’il trouvait le bon endroit.
C’était apparemment ce qui venait de lui arriver.
Il regarda autour de lui. Rien que du sable. Du sable ondulant, du sable amassé en dunes, du sable qui scintillait dans la brume de chaleur. Une idée lui vint.
Le Fleuve de sable sans retour, c’est ça ?
Un ultime recours.
Pas une malédiction : une sorcellerie interdite. Celle que le chaman prodige avait créée en sacrifiant sa propre vie et celles de ses compagnons.
Puisque les malédictions n’avaient aucun effet sur lui, il avait envoyé Enkrid dans le désert. À en juger par la situation, c’était exactement ce qui s’était passé.
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