Chapitre 482
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSIONNE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 482 : Comment s’occuper d’un mage
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Narae, Garam, Maru, Devin, Gureum, Hanui.
Sans compter les petites tribus, six d’entre elles façonnaient principalement l’ouest.
On racontait que de nombreux petits clans sans nom s’étaient rassemblés et avaient grandi jusqu’à former des tribus plus importantes.
Ainsi, les Narae étaient les Narae, le Grand Fleuve était le Grand Fleuve, le Nuage en Marche était le Nuage en Marche, et le nom donné à une tribu dissidente était le même que celui de la tribu dont elle était issue.
Quand un ancien décidait de partir avec les siens pour tracer sa propre voie, on appelait plus ou moins ce groupe une petite tribu Narae si l’ancien venait de la tribu Narae.
La plus grande de toutes était celle de l’Ours Ancêtre : la tribu de Rem.
La plupart des sociétés tribales de l’ouest fonctionnaient ainsi.
Chacune avait à sa tête un chef tribal, un guerrier suprême, un grand sorcier et d’autres dignitaires du même genre.
Ces rangs étaient synonymes de pouvoir, des symboles de force.
Et les Narae étaient en quelque sorte les ancêtres de toutes les tribus.
Après tout, l’Ours Ancêtre était la plus grande de toutes.
C’était, en gros, ce qu’Enkrid avait compris des quelques fois où il avait entendu parler des tribus de l’ouest.
Les langues n’y manquaient pas pour raconter des histoires.
Geomnarae était là, les Jumeaux aussi, et un guerrier de la tribu Maru ne cessait de venir le trouver.
Après un combat d’entraînement, il arrivait qu’on vienne lui demander des leçons ; et, entre deux affrontements, qu’y avait-il d’autre à faire que de bavarder ?
Les commérages étaient peut-être le passe-temps favori des gens de l’ouest.
C’était sans doute pour cela qu’il était si difficile d’y trouver quelqu’un de silencieux.
Bref, c’était à peu près de cela qu’ils parlaient.
« Ce n’est peut-être pas facile à comprendre. Il y a cette idée qu’une fois qu’on est de la même famille, on le reste pour toujours. »
Geomnarae l’avait expliqué ainsi, mais Enkrid comprit presque aussitôt.
Lui-même avait grandi dans un endroit de ce genre.
Même sur le continent, dans les régions où les Créatures démoniaques étaient rares, de petits villages se formaient. Pas des villes, des villages. Des hameaux claniques, bâtis autour de liens du sang, où il suffisait de franchir un pont pour que presque tout le monde soit de la même famille. Les étrangers finissaient par s’intégrer. On vivait ensemble comme une famille, même sans partager le même sang. Le village d’Enkrid n’avait pas été un véritable hameau clanique, mais il y ressemblait beaucoup. À l’origine, il n’était qu’un rassemblement de réfugiés de guerre.
Une cinquantaine de petites maisons, à peine plus, abritaient des gens venus de partout sur le continent, tous blessés à leur manière.
C’était aussi là que le rêve d’Enkrid était né.
Là où un vendeur de pommes retirait les parties pourries et vendait le reste.
Là où une vieille serveuse faisait griller des pommes de terre au-dessus du feu.
Là où une vieille femme au dos voûté et à la langue bien pendue avait autrefois vendu son corps.
Là où un mercenaire fuyant le champ de bataille était venu se reposer.
Sans la relative rareté des Créatures démoniaques et des Bêtes magiques, le village aurait été rayé de la carte depuis longtemps.
On n’y mangeait rien de spécial, on n’y trouvait aucun endroit confortable où dormir et il ne présentait aucun intérêt pour les routes commerciales ; il ne devint donc jamais une ville. Mais les habitants parvenaient tout de même à survivre.
« Nous rendrons ce qu’on nous a donné. »
On pouvait appeler ça un départ.
Quoi qu’il en soit, Geomnarae le déclara en montrant les crocs dans un sourire, juste avant de s’avancer.
Sous ce sourire se devinait quelque chose de sinistre.
Le genre de détermination que seul pouvait afficher quelqu’un qui risquait sa vie.
La vengeance, songea Enkrid.
Dans son village, on avait compris la même chose.
Si une attaque restait sans réponse, on passait pour faible. Et si l’on paraissait faible, on devenait une cible pour les pillards.
Les raisons exactes n’étaient peut-être pas les mêmes, mais, aux oreilles d’Enkrid, cela revenait presque au même.
Geomnarae portait une vieille cape de fourrure délavée, dont la capuche avait la forme d’une tête de loup.
Accroupi sous cette capuche, il aurait ressemblé à un loup.
Les fines veines de ses avant-bras étaient encore violettes, mais il n’avait aucune intention de se retirer.
C’était lui qui menait tout le monde, le guerrier suprême.
Comment le guerrier suprême de l’Ours Ancêtre aurait-il pu rester à l’écart d’un tel combat ?
C’était tout naturel. Les gens de l’ouest ne s’étaient pas contentés d’encaisser les coups : ils s’étaient aussi préparés.
Rassembler des guerriers, résister à la malédiction, passer à l’offensive.
Celui qui dirigeait ces efforts était le chef tribal des Narae.
*Dieu du ciel, veille sur nous*, pria-t-il en silence.
Il enfouit son inquiétude et se plaça aux côtés de Geomnarae.
S’ils laissaient la situation se terminer par leurs seules souffrances, l’ennemi ne ferait que gagner en audace.
En temps normal, il aurait peut-être invoqué le terme urkiora, l’aube sombre, et exhorté les siens à prendre leur mal en patience. Mais il n’y avait plus de place pour la patience.
Dès qu’ils avaient identifié la malédiction, le grand sorcier s’était employé à l’enrayer et était parvenu à la contenir après quelques expériences.
Rien que cela leur avait déjà coûté très cher.
Car le grand sorcier et le guerrier suprême avaient tous deux été frappés par la malédiction.
À y réfléchir, sans eux, la plupart des membres de la tribu auraient succombé à la malédiction.
Tous deux avaient contenu un torrent.
Un gros rocher jeté sur la trajectoire d’un courant impétueux pouvait en bloquer la crue, même si de petits filets d’eau continuaient de s’infiltrer. Le courant principal, au moins, était stoppé.
Si l’on gagnait du temps pendant ce répit, qu’on mélangeait de la terre et qu’on bâtissait un mur, on pouvait aussi barrer les petits cours d’eau.
Tel était le plan.
On disait que la tribu des devins était la plus douée en sorcellerie, mais ils ne manquaient pas non plus de gens capables de leur côté.
Puis deux Géants étaient apparus. Ils avaient menacé les cinq tribus rassemblées autour de l’Ours Ancêtre.
Le guerrier suprême de la tribu Maru était mort à cause d’eux.
« Je vais les retenir. Tous les autres, rejoignez l’Ours Ancêtre ! »
Il s’était avancé avec trois guerriers pour protéger toute la tribu Maru.
Il maniait mieux le gourdin que la sorcellerie et, lors des festivals réunissant les tribus, il aimait montrer ses talents avec cette arme et les enseigner aux autres.
Rem avait même appris quelque chose de lui, il y a longtemps. Mais deux Géants, c’était trop.
Ces deux Géants étaient morts, tués par un étranger venu avec Rem.
Le choc avait été immense chez les gens de l’ouest, et plus encore au sein du clan Maru.
« Un champion ! »
C’était tout naturel qu’un membre du clan Maru se soit écrié ainsi. Ils en avaient le droit.
Ensuite, le chef tribal des Narae avait continué de rassembler des guerriers.
Leur objectif était de chasser ceux qui occupaient le Lieu sacré.
La tribu des devins s’y trouverait, ainsi que des Géants et tous ceux qui avaient orchestré l’affaire.
Quelles étaient leurs chances ? Ils n’avaient pas le temps de se poser la question.
Sinon, ils dépériraient et mourraient.
À vrai dire, si ces sales Géants avaient attaqué avec leurs alliés dès le début, le combat aurait été terminé depuis longtemps. Pour une raison ou une autre, ils avaient traîné des pieds.
Ce retard leur avait fait gagner du temps.
Briser la malédiction, tuer les deux Géants.
C’étaient les étincelles qui avaient tout déclenché.
Malgré tout, le chef tribal restait inquiet.
Il ne pouvait s’empêcher de penser qu’ils ne partaient que pour éviter de se faire frapper de nouveau.
N’y avait-il que des Géants devant le Lieu sacré ? Était-ce vraiment tout ?
À voir comment les choses s’étaient déroulées, les détails étranges ne manquaient pas.
Chaque conversation avec Rem depuis son retour n’avait fait qu’accentuer ce malaise.
« Alors, les Géants les ont provoqués, puis rabattus ici comme du gibier, tribu après tribu, et c’est pour ça qu’ils se sont tous rassemblés, en perdant des guerriers en chemin ? »
« C’est ça. Ils cherchaient sans doute à répandre la malédiction. »
La malédiction ne produirait pleinement ses effets qu’une fois tout le monde réuni au même endroit.
« Je vois. »
Rem réfléchit un instant, puis reprit :
« Et une fois tout le monde rassemblé, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Comment ça, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Les Géants ont-ils exigé quelque chose ? Présenté une quelconque requête ? »
Un complot d’une telle ampleur devait bien avoir un objectif. Et cet objectif pouvait être évident.
C’était l’ouest. Pas une terre fertile. Venir jusqu’ici pour manger des gens ? Ça n’avait aucun sens. Si tel avait été leur but, il aurait été bien plus judicieux de piller quelques petits villages au-delà de ce qu’ils appelaient les terres habitées.
Alors, pourquoi ?
Le chef tribal n’en avait aucune idée.
Il n’éprouvait qu’un malaise.
Aucune exigence, aucun raid. Le temps passait, c’est tout.
Alors, ils avaient décidé de tenter le tout pour le tout.
Mieux valait combattre que de laisser le temps s’écouler jusqu’à dépérir et mourir sous l’effet de la malédiction.
« Allons-y. »
Ils savaient depuis un moment qu’un groupe de Géants s’était rassemblé devant le Lieu sacré.
Les guerriers de l’ouest firent leurs premiers pas.
« Ça vous dérange si on vous accompagne ? »
Le chef tribal entendit la voix derrière lui et se retourna.
Un peu à l’écart, quelqu’un s’adressait à lui d’un ton décontracté.
Le tueur de Géants. Le sauveur des tribus.
Des cheveux noirs, trois épées, une armure de cuir noir et, en plus, de l’équipement enchanté.
Il portait une quantité presque excessive de matériel.
Et pourtant, chaque pièce semblait à sa place.
Il n’avait pas l’air gêné pour marcher, et tout cet équipement ne lui donnait pas une allure étrange.
Rem répondit à ses côtés. Le chef tribal était assez près pour entendre toute leur conversation.
« On dirait qu’elle veut vous suivre, en tant que compagne. »
« Ça va de soi. »
Arath, debout à côté de Rem, répondit à son tour. Une légère inquiétude se lisait aussi sur son visage.
C’était son père, mais aussi son chef tribal. Il observa le visage d’Arath. Il ne pouvait pas demander à sa fille de rester en arrière. Il ne pouvait pas lui demander de ne pas combattre tout en disant aux autres d’aller se battre.
Un chef tribal ne devait jamais agir ainsi.
Il était l’ancien de l’Ours Ancêtre, responsable de toutes ces tribus.
« Réduisons tout en pièces ! »
Il lança de nouveau son appel, refoulant son inquiétude.
Geomnarae leva nonchalamment la main en signe d’assentiment. Les guerriers acquiescèrent. Tous s’ébranlèrent à grands pas.
Enkrid jeta un coup d’œil au chef tribal, qui continuait à lancer des ordres ici et là.
Pourquoi cet homme les accompagnait-il ?
« Il y a probablement des Cultistes là-bas, en plus des Géants. »
Enkrid prit la parole.
« C’est ce qui semble se passer. »
« Tu le savais ? »
À la question d’Enkrid, Rem baissa la voix.
« Tu crois vraiment que je me suis contenté de cueillir des fleurs ? »
C’était pourtant ce qu’il avait imaginé.
« Il y a quelque chose d’anormal dans leurs yeux. »
« Non. »
Dunbakel, qui marchait à côté d’eux, pencha la tête.
« Toute une horde de Géants ? Est-ce qu’on sera assez nombreux ? »
Une remarque étonnamment perspicace.
« On va d’abord tâter le terrain. Ce n’est pas une attaque générale immédiate. On y va, on évalue sérieusement les effectifs ennemis, on établit un camp à proximité, et on avise. Un combat, ce n’est pas foncer tête baissée en agitant son arme. Quand on se bat avec un minimum de bon sens, voilà comment on procède. »
Ruagarne intervint d’un ton posé.
Il avait raison. Enkrid savait que de nombreux guerriers étaient restés en arrière.
Les Jumeaux, par exemple. Hira. Les autres qu’on appelait sorciers. Aucun d’eux n’était venu.
Ce groupe était plutôt une équipe d’éclaireurs, chargée de préparer un affrontement à grande échelle.
Les gens de l’ouest avaient beau passer pour des sauvages, cela ne signifiait pas qu’ils fonçaient à l’aveuglette sans stratégie ni tactique.
Dix cavaliers montés sur des véloptères suivaient sur un flanc.
Derrière eux, ceux qu’on pouvait vraiment qualifier de guerriers étaient un peu plus de cinquante.
Selon les critères de Ruagarne, moins de vingt d’entre eux étaient compétents.
« Les autres ont intérêt à garder l’esprit vif, sinon ils ne rentreront pas. »
Quelque chose avait changé chez Ruagarne, comme si elle était parvenue à une sorte de compréhension. Son regard était plus calme qu’avant, sa voix plus lente.
Quoi que ce fût, Enkrid ne posa pas de question.
Enfin, quand on vivait assez longtemps, on finissait par se faire ce genre de réflexions. Et elles pouvaient s’avérer utiles.
Si cela la gênait, elle reprendrait vite ses esprits.
C’était bien là Ruagarne, la Grenouille, d’après tout ce qu’il avait vu d’elle.
Enkrid lui faisait confiance.
Il n’était pas particulièrement tendu à l’idée d’avancer. Ce n’était pas ce que la situation exigeait. Son instinct ne l’alertait pas.
Tout ce qu’il avait à faire, c’était de les affronter et de les abattre.
Les Géants rassemblés pouvaient être dangereux, et des surprises imprévues pouvaient les attendre, mais il ne ressentait aucune tension.
On lui avait dit que le Lieu sacré se trouvait au pied d’une falaise, qui comptait plus d’une centaine de grottes.
« Il y a très, très longtemps, on raconte que des ours, des tigres, des loups, des renards et toutes sortes d’animaux reçurent la bénédiction du dieu du ciel dans ces grottes et devinrent des êtres humains. Il existe une légende dans ce genre. »
Rem le lui avait raconté autrefois.
À présent, Rem marchait en se curant l’oreille, tandis qu’Arath, à côté de lui, l’exhortait à rester vigilant et lui rappelait que les deux Géants ne constituaient pas toute la menace.
« L’ennemi ne sait rien, alors il va encaisser un sacré nombre de coups. »
Ruagarne s’exprimait d’une drôle de manière.
« Qu’est-ce qu’il ne sait pas, au juste ? »
Dunbakel avait montré un éclair d’instinct quelques instants plus tôt, mais il s’était évanoui aussi vite, la laissant moins au courant que l’ennemi.
Ces derniers temps, Dunbakel semblait avoir renoncé à réfléchir tout court.
En dehors de dormir, de s’entraîner et de se faire réprimander jusqu’à ce qu’elle prenne un bain, Enkrid ne l’avait pas vue faire grand-chose. Elle se contentait apparemment de donner des coups de patte aux papillons qui passaient.
Enkrid, qui écoutait depuis le côté, était d’accord avec Ruagarne.
Qu’est-ce que l’ennemi ignorait ?
Il ne les connaissait pas, lui. Il ne connaissait pas Rem non plus.
Les deux Géants étaient morts ; l’ennemi devait donc se méfier.
Bien sûr.
Et alors ?
Ruagarne avait dit qu’il se situait quelque part entre le chevalier junior et le chevalier à part entière.
Qu’est-ce que cela signifiait, exactement ? Il n’en savait rien.
Il n’avait pas besoin de le savoir. Il ferait simplement ce qu’il faisait toujours.
Enkrid trouvait en son for intérieur que la façon dont les épéistes se classaient les uns les autres était un peu ridicule.
Quoi, un soldat de bas rang perd toujours contre un soldat de rang intermédiaire ?
Un écuyer perd toujours contre un chevalier junior ?
Un combat ne commence pas toujours sur un terrain égal, les deux camps se présentant l’un à l’autre avant d’en découdre.
Le champ de bataille est un endroit où l’on risque sa vie. Il faut garder à l’esprit que la mort peut frapper à tout moment.
Rien n’empêche donc un écuyer de tuer un chevalier junior.
Baisser sa garde mène à la défaite.
La défaite mène à la mort.
Donne toujours le meilleur de toi-même.
*Enfin, avec la sorcellerie, je peux peut-être me permettre d’être un peu moins strict*, songea-t-il.
Le Passeur avait dit qu’il avalait les malédictions tout rond.
Tout en avançant, perdu dans ses pensées, Enkrid se reprit.
C’était l’un de ses points forts, si l’on pouvait appeler ça ainsi.
Il ne baissait pas sa garde, même face à un enfant.
Se faire transpercer le ventre par un gamin de douze ans vous apprenait à ne pas le faire.
Il réfléchissait encore lorsqu’ils atteignirent ce qu’on appelait le Lieu sacré.
Plusieurs collines basses apparurent à leur vue.
De hautes crêtes s’élevaient de part et d’autre, formant ce qu’on pouvait appeler un canyon, et ils se tenaient à son entrée.
Des dizaines de Géants étaient rassemblés sur la vaste étendue qui s’ouvrait devant eux. On aurait presque dit une armée.
À vue de nez, ils étaient plus de trente.
Ils ne formaient pas un rang impeccable. Ils n’étaient pas alignés en ordre.
Leur formation était lâche. Malgré tout, voir autant de silhouettes gigantesques réunies au même endroit dégageait une pression difficile à ignorer.
Quelques personnes de l’ouest déglutirent avec peine.
Bon sang, ils ont l’air fin prêts à se battre.
« Alors, c’est vous, l’étranger. C’était donc vous. »
Un vieil homme prit la parole devant la formation des Géants.
Les imposantes silhouettes l’avaient d’abord dissimulé, mais une rangée de personnes qui semblaient humaines se tenait parmi elles.
Au centre se trouvait un vieil homme.
Une longue cape, un bâton de bois à la main. L’image même du sorcier.
Plusieurs personnes l’encadraient, toutes aussi crasseuses que si Dunbakel les avait choisies elle-même pour leur répugnance à se laver. La crasse leur noircissait le visage et faisait ressortir davantage encore le blanc de leurs yeux.
L’un d’eux ouvrit la bouche et se lécha les lèvres.
Des yeux blancs, des dents noires et un sorcier.
À cette vue, Enkrid enfonça les orteils dans le sol.
Tandis qu’il s’était plongé avec Ruagarne dans le lac de l’expérience, Esther lui avait aussi beaucoup appris.
Elle lui avait enseigné comment combattre un sorcier.
Comment combattre un sorcier.
« Vous là-bas, je suis Si… »
Quoi que le sorcier d’en face ait voulu dire, abattez-le sur-le-champ.
Enkrid passa à l’action.
Il poussa sur ses orteils, reporta son poids sur son pied gauche, banda les muscles de sa cuisse et prit appui sur le sol. La poussée projeta son corps vers l’avant.
Une charge exécutée en appliquant la Frappe du chevalier.
Bien plus rapide et explosive que tout ce qu’avait montré le chevalier junior des Chevaliers à la Cape Rouge sur le champ de bataille d’Azpen.
La plupart des gens de l’ouest ne le virent sans doute même pas bouger.
Boum.
La terre éclata. Le sol jaillit comme une fontaine.
Crac, crac, crac.
Dégainée et abattue avant que quiconque ait pu la suivre du regard, Aker trancha le corps du sorcier en diagonale.
La lame traversa la chair et les os dans un craquement semblable à celui d’une bûche qu’on fend.
Elle lui entailla la bouche ; il ne put donc pas terminer sa phrase.
Mais ses yeux ne portaient pas la moindre trace de mort.
Sa silhouette devint floue, puis une forme identique apparut derrière la première.
« Sale petit… »
Il tenta d’ajouter quelque chose, mais cette fois, un éclair jaillit de la main gauche d’Enkrid et lui transperça le visage. Spark.
Deuxième règle pour combattre un sorcier : ne jamais lui laisser le temps de parler.
« Tu as vraiment mauvais caractère. »
Rem prit appui derrière lui et se projeta en avant.
Pas le temps de réagir. Pas le temps de parler. La mêlée éclata.
Aux yeux de Rem, affronter des Géants au corps à corps était normalement un combat à éviter.
À vrai dire, à ce stade, peu importait.
En voyant Enkrid et Rem s’élancer, Geomnarae bougea à son tour. Ils étaient venus ici pour se battre ; à quoi bon se retenir ?
Il suffisait de faire ce qu’il y avait à faire.
Autrement dit, le moment était enfin venu de leur rendre ce qu’ils leur devaient.
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