Chapitre 479
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 479 : Quand l’Oiseau de l’Aube crie
= = =
Deux Géants apparurent.
Enkrid s’avança.
Jiba, Geomnarae, la femme qui plaisantait, Hira, Rem, Arath, les choses que les gens de l’ouest lui avaient montrées, les plaisanteries qu’ils avaient échangées.
Tout cela lui traversa l’esprit tandis qu’il marchait.
Est-ce que ça valait la peine d’être protégé ? Il le croyait.
« Je vais vous réduire en miettes ! »
Le rugissement de l’un des Géants éclata comme le tonnerre.
Enkrid ne ralentit pas. Il ne détourna pas les yeux.
Pouvait-il deviner toute leur force d’un simple regard ? Non.
Pensait-il qu’il allait perdre ? Non. Absolument pas.
Il n’en éprouvait pas la moindre trace.
Les membres de la tribu qualifiaient de monstres les deux meilleurs combattants parmi les Géants.
Certains Occidentaux qui parlaient des Géants laissaient paraître leur peur. D’autres s’efforçaient de trouver du courage au fond d’eux-mêmes.
Enkrid sentait leurs regards dans son dos.
Leurs yeux, leur attention, leur inquiétude pesaient sur lui. Il sentait tout cela.
Les Géants occupaient toujours son champ de vision. Ils le remplissaient entièrement. Tant qu’ils se trouvaient là, il distinguait à peine le reste de l’ouest.
« C’est dangereux d’y aller seul ! »
Le cri venait de derrière lui, de l’homme de l’ouest qui s’était montré hostile plus tôt, celui qui avait des sentiments pour la mère de Jiba.
Dangereux, hein ?
Il n’en savait rien.
Ce qu’il savait, c’est qu’il en était capable. Et il en avait envie.
« Il n’y en a pas assez d’un seul ! »
Un Géant regarda Enkrid et lança ces mots, le considérant déjà comme une proie. Il marchait vers eux, l’épée au côté, et ils le voyaient encore comme une proie. Des êtres incapables de voir autre chose.
Enkrid releva la tête et croisa le regard du Géant.
Il n’y avait là que de l’appétit et de la convoitise. Rien de différent d’une bête.
Il aurait pu les appeler Créatures démoniaques, ça aurait été assez juste.
Ting.
Il appuya le pouce sur le loquet de la garde, le libéra et dégaina Aker. La lame glissa au-dehors, dans la douce lumière du soleil.
« Ne t’en mêle pas. »
Enkrid s’adressa à Rem, qui le suivait.
Rem fronça les sourcils.
« Sérieusement ? »
À quoi bon y aller seul ? disait son ton.
« Celui qui se bat le mieux et frappe le plus fort doit passer devant. »
Enkrid répondit autre chose que ce qu’on lui avait demandé. Il exprimait clairement ses intentions.
« … Bon sang, t’es vraiment incroyable. »
Rem marmonna.
Car, pour l’instant, Enkrid était bel et bien meilleur que Rem.
Deux Géants à la peau rougie.
Enkrid se surprit à vouloir connaître la couleur de leur sang.
Il continua d’avancer à pas réguliers et s’arrêta à une certaine distance, juste à portée du gourdin d’un Géant, là où un coup aurait été parfaitement placé pour tuer.
Depuis les combats de Mille Briques, Enkrid n’avait pas relâché son entraînement.
Rem lui avait servi de partenaire d’entraînement, et Ruagarne l’avait aussi aidé.
Dunbakel s’était parfois jointe à eux.
Enkrid était resté fidèle à lui-même. Il répétait toujours les mêmes choses. S’entraîner et s’aguerrir.
À force de tout laisser mûrir avec le temps, un petit bourgeon avait poussé en lui.
Ce qu’il avait appris auprès de la chevalière Aoara, ce qu’elle lui avait transmis, et les progrès que la répétition lui avait apportés : tout s’était rassemblé en un seul tout.
Les pétales du bourgeon s’ouvrirent, un à un.
« Vous n’êtes que deux ? »
Il posa la question et leva son épée.
Certains trouvaient la paix dans la tranquillité.
Et puis il y avait ceux qui brisaient cette tranquillité.
Ce qui se tenait devant Enkrid, à présent, était précisément de cette nature.
Des êtres qui troublaient la paix. Qui menaçaient l’ouest, les gens, les vies.
* * *
Ruagarne s’aperçut qu’elle serrait la poignée de l’Épée en boucle.
Qu’est-ce que c’est ?
Enkrid était comme avant. Non, il avait changé.
Il abattit son épée. Un long coup descendant, qui semblait frapper le vide. Mais ce n’était pas le cas. Le pied d’un Géant apparut exactement à l’endroit où la lame s’était arrêtée.
Le Géant avait bondi pour lui donner un coup de pied sans prévenir.
Enkrid avait donc frappé à l’endroit où le pied allait tomber, avant même qu’il y arrive.
Il l’avait pu parce qu’il avait lu le mouvement et la contraction des muscles.
Fouing, chhk !
La lame d’Aker glissa avec fluidité sur le cou-de-pied du Géant, le tailladant et l’entaillant au passage.
Le Géant abattit son poing sur Enkrid alors qu’il s’écartait.
Enkrid se déplaça de côté en exécutant le Pas de la rainette.
Il sembla déplacer son poids vers la gauche, puis se propulsa vers la droite.
Boum !
Le poing s’écrasa sur le sol vide. La terre trembla, un nuage de poussière s’éleva et des mottes de terre et des pierres volèrent dans toutes les directions.
« Petit… »
L’écart de niveau était évident.
Les Géants ne connaissaient ni l’entraînement, ni l’aguerrissement, ni l’effort. Ils étaient simplement nés différents.
Un Géant qui avait survécu jusque-là et se vantait aussi fort était déjà puissant à ce seul titre.
Son poing lourd heurta le sol et bouleversa le terrain. Au-delà du cratère qu’il avait creusé, à travers la poussière qui s’élevait, une fine ligne se traça.
Ruagarne plissa les yeux.
La ligne est courbe ?
Une ligne courbe se dessinait dans l’air comme un fil.
Ses yeux de Grenouille reconnurent ce que représentait cette ligne.
Aker. Enkrid. L’épée qu’il brandissait. Et quelque chose qui renfermait aussi l’art de l’épée d’Aoara.
Un trait long et ininterrompu, un souffle unique, traça sa ligne sur l’avant-bras, le tibia et le flanc du Géant.
Pwak !
Le flanc du Géant s’ouvrit sur une profonde entaille, et le sang jaillit.
Il portait une peau de bête par-dessus ses vêtements, mais cela ne changeait rien.
Aker était tranchante, et celui qui la tenait maniait la Volonté.
La poussière restait épaisse, mais il était facile de repérer Enkrid à l’intérieur.
Deux points de lumière bleue.
Le propriétaire de ces yeux indigo posa le pied sur celui du Géant, prit appui sur son genou et se propulsa vers le haut.
« Graaaah ! »
Le Géant poussa un cri à mi-chemin entre le cri de guerre et le hurlement, puis agita les mains devant son visage.
Il avait même lâché son gourdin.
« Je vais t’aider ! »
L’autre Géant accourut et balança une paume ouverte.
Le Géant blessé au flanc joignit les mains pour attraper Enkrid, qui remontait le long de sa poitrine.
Clang !
Bien sûr, il n’attrapa rien. Ses deux mains, qui s’étaient abattues comme celles de quelqu’un tentant d’écraser un insecte volant, claquèrent l’une contre l’autre. La paume de l’autre Géant, venue de côté pour lui prêter main-forte, s’écrasa lourdement sur la poitrine de son congénère.
« Aaah ! »
Le Géant poussa un cri.
Enkrid avait déjà franchi son épaule d’un bond et atterri derrière lui.
Sans se contenter de passer par-dessus lui, il dégaina le glaive et le traîna le long du dos du Géant, comme s’il traçait une ligne sur un mur.
Drrrrrr.
« Aaaaaah ! »
Les cris du Géant se succédaient par salves. Du sang violet coulait à flots de son flanc, de ses jambes, de ses avant-bras et de son dos.
Il tomba à genoux et agita les mains devant lui, puis derrière lui.
Celui qui avait accouru pour l’aider saisit son gourdin à deux mains et l’abattit en diagonale sur le dos de son compagnon.
Hwang !
Le souffle du coup balaya la poussière.
Enkrid avait déjà disparu.
Le gourdin fendit de nouveau le vide. Dans un bruit sourd, une protubérance apparut au milieu du visage du Géant agenouillé.
Cette protubérance s’appelait Aker.
Enkrid retira l’épée qu’il avait plantée sous le menton du Géant, jusque dans son crâne.
La lame ressortit dans un craquement d’os, suivie par le sang.
Le sang violet jaillit du visage du Géant, dont le corps bascula vers l’avant.
Boum.
L’un d’eux planta la tête dans la terre et s’effondra, le front en premier.
La même posture que la mère de Jiba avait adoptée, sauf que l’une exprimait de la gratitude et que l’autre n’était qu’un cadavre.
« Qu’est-ce que tu es ?! »
Le Géant restant cria.
Était-ce une créature à qui il fallait parler ?
Non.
Enkrid termina son mouvement d’épée.
Ruagarne était une Grenouille et ne transpirait pas.
À la place, elle agitait sans cesse la langue et roulait des yeux.
Un chevalier ?
Non, pas vraiment. Mais, parmi tout ce qu’elle avait vu et entendu, c’était du jamais-vu.
Pas un chevalier.
S’il fallait le situer quelque part, ce serait entre un chevalier et un chevalier junior, peut-être.
Ou, autrement dit, le chevalier junior le plus fort du continent.
Pas tout à fait un chevalier junior. Pas encore un chevalier.
Il ne maîtrisait pas librement la Volonté, mais, dans les moments décisifs, l’escrime façonnée par sa seule force de volonté se manifestait toujours sans faillir.
C’était encore le cas à l’instant.
La vitesse de son pas lorsqu’il avait esquivé le gourdin du Géant était différente.
La vitesse de l’estoc qu’il avait lancé ensuite était différente.
C’était une estocade semblable à celle qui avait déjà tué la Goule ; c’est pourquoi le Géant n’avait même pas tenté d’esquiver. Il était simplement mort.
Le dernier Géant perdit contenance. Il roula des yeux et déclara : « En fait, je trouve que les humains ont mauvais goût ! »
Les trois Géants d’avant étaient capables de réfléchir, mais pas celui-ci.
Il ne faisait que débiter des absurdités.
« Je ne mangerai personne. Je pars ! Je m’en vais tout de suite ! »
On racontait parfois sur le continent que les Géants étaient stupides, mais s’ils avaient vraiment été idiots, ils n’auraient jamais survécu aussi longtemps.
Ce n’était pas la race des Géants qui était stupide. Celui-ci avait simplement l’intelligence particulièrement limitée.
Enkrid regarda la créature, dont le poignet était presque entièrement tranché, puis laissa retomber son bras.
Aux yeux de Ruagarne, il semblait préparer le coup de grâce, mais le Géant avait dû prendre son geste pour de la négligence.
« Tu me crois ? Merci. J’ai un trésor. Beaucoup de trésors. Je t’en donnerai. »
Il dit cela tout en avançant lentement de deux pas.
Deux pas de Géant équivalaient plutôt à deux grandes enjambées, mais il posait les pieds avec précaution et surveillait sa réaction, ce qui lui donnait l’air de ramper.
Il continua d’observer son visage, puis balança soudain le gourdin qu’il tenait.
Au même instant, Enkrid fit tournoyer son épée.
Un mouvement enchaîné au suivant, le Style de l’épée lourde tissé dans le geste. Ses pieds quittèrent le sol et son corps glissa vers l’avant comme un projectile libéré.
Bien sûr, seul Rem saisit tout ce qui se jouait dans ces mouvements.
L’escrime avait atteint ce niveau.
Un corps qui s’élançait et devenait une ligne, une courbe tracée par l’épée qui se muait en lame, tranchant tout sur son passage.
Crac.
L’épée traversa les muscles, les os et les nerfs.
Le gourdin frappa encore le sol vide dans un bruit sourd.
« Gkrk. »
Si les muscles et les organes avaient été tranchés du torse au ventre sur plus d’une largeur de main, il aurait été plus naturel de voir le Géant écumer que parler.
Malgré tout, sa vitalité était remarquable. Jusqu’au bout, il tendit la jambe en arrière.
Enkrid l’intercepta de son poing, celui qui tenait l’épée.
Bang !
Crac.
Un os traversa la peau du cou-de-pied. Le sang jaillit de nouveau. Et le Géant mourut.
Le silence tomba. L’immobilité enveloppa tout.
Sans cérémonie, Enkrid essuya sa lame sur les vêtements de fourrure du Géant mort. Du sang violet recouvrait tout alentour.
Le soleil était voilé par les nuages, mais ceux-ci ne le cachaient pas entièrement.
À cet instant, comme si tout avait été arrangé, les nuages se fendirent. La lumière se déversa.
Un soleil plus éclatant que jamais auparavant.
Le chef de tribu, qui avait tout observé, en avait presque les larmes aux yeux.
La plus grande tribu de l’ouest avait été au bord de l’effondrement.
Le désespoir s’était présenté sous bien des noms.
Un sorcier venu d’un autre pays. Une malédiction. Des Géants.
La malédiction avait disparu, mais il n’y avait pas de quoi souffler.
Car les Géants étaient toujours là.
Et maintenant, les Géants étaient morts.
La pierre qui avait tué son peuple, l’avait dévoré, l’avait écrasé sous ses pieds.
L’artisan qui avait brisé cette pierre se retourna dans la lumière. Non, il se tourna, puis pivota de nouveau, leur présentant son dos.
Son regard se porta vers les terres de l’ouest.
« Je la vois, maintenant. »
Il prononça ces mots en regardant l’horizon.
Au-delà de la belle plaine, la ligne qui s’étirait au loin était d’une beauté déchirante.
Le chef de tribu pleura.
Car retenir ses larmes n’était pas dans les habitudes des gens de l’ouest.
« Saluez le grand guerrier. »
Le chef de tribu prit la parole.
Les mots jaillirent, portés par une vague d’émotion.
C’était le Plus Haut Éloge adressé à celui qui avait sauvé la tribu.
« Saluez le guerrier ! »
Quelqu’un reprit l’appel du chef de tribu.
Hira, qui s’était réveillée pour assister à la scène, resta là, la bouche grande ouverte.
Elle avait été stupéfaite en le voyant combattre les Jumeaux, mais ceci était tout autre chose.
Il avait franchi une limite. Un monstre : son habileté, ses capacités, tout en lui.
L’homme que Rem avait amené avait abattu la menace qui pesait sur sa tribu. Ce simple fait fit frissonner Hira.
« Ah… »
Un son étranglé lui échappa. Un frisson, pareil à celui qui précédait une possession divine, la traversa.
Certains sorciers frémirent.
Les guerriers qui avaient défendu l’ouest serrèrent les poings.
Geomnarae connaissait la force de Rem et savait donc que Rem n’aurait jamais pu venir à bout de deux Géants à lui seul.
C’était pour cela qu’il s’était arraché à son lit, toujours blessé, avait enfilé son armure et rassemblé ses totems.
Et pourtant, devant lui, quelqu’un avait taillé en pièces ces deux Géants, non pas aux côtés de Rem, mais seul.
« Il est bien plus qu’un tout petit peu meilleur que Rem au combat. »
Geomnarae marmonna.
Pas d’un tout petit peu. La différence sautait aux yeux.
Bien sûr, il disait cela parce qu’il ne connaissait pas le Rem d’aujourd’hui.
Mais Rem éprouvait une chose semblable.
L’impatience lui gagnait un peu le cœur.
Perdre contre Enkrid, ça lui allait.
Mais là, c’était autre chose.
Il lui fallait de la Sorcellerie d’invocation.
Enkrid foulait un territoire inexploré, s’aidant de son épée comme d’un bâton de marche.
Rem n’avait pas l’intention de rester les bras croisés.
Et ainsi, le guerrier qui avait mis fin à la menace pesant sur la tribu revint de l’horizon et formula une requête.
« Un peu d’eau pour me laver. »
Le sang du Géant le gênait.
« Sauveur ! »
Quelqu’un cria.
L’enthousiasme, la ferveur : tout déferla sur la tribu entière.
C’était brûlant.
« Eh bien… De quoi faire pleurer l’Oiseau de l’Aube. »
Geomnarae observa la scène en prononçant ces mots.
L’Oiseau de l’Aube ne pleurait pas. C’était l’oiseau qui guidait le soleil dans sa course.
S’il pleurait, c’est que quelque chose d’extraordinaire s’était produit, au point de l’émouvoir aux larmes.
Geomnarae s’assit. À vrai dire, il n’avait plus la force de tenir debout. Et, silencieusement, une pensée se glissa dans son esprit.
Il lui avait demandé de s’entraîner avec lui.
Il commençait à croire que c’était peut-être une erreur.
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