Chapitre 472
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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LE CHEVALIER QUI RÉGRESSAIT ÉTERNELLEMENT
Chapitre 472 : Rem amena un drôle de type
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La femme d’âge mûr l’avait prévenu : l’affrontement ne serait pas très divertissant.
L’ouest connaissait lui aussi la figure du guerrier.
Rem en était la preuve, tout comme Arath.
C’étaient des combattants armés de haches, de lances ou de larges lames à un seul tranchant. Les épées à deux tranchants étaient rarement utilisées dans ces contrées. Pour une arme longue, la lance était plus adaptée ; pour une arme courte, une hache ou une lame courbe à un seul tranchant se révélaient plus pratiques.
Les lances servaient aussi à la chasse, tandis que les haches et les lames courbes étaient utiles pour abattre des arbres et débroussailler.
En revanche, l’épée à deux tranchants était incommode à tous points de vue. Dans un environnement où l’on ne pouvait pas se contenter de manier l’épée pour survivre, c’était logique.
Et tous les guerriers ne se ressemblaient pas.
Ils partageaient le même esprit : ne pas reculer au combat. Mais leurs façons de se battre pouvaient différer.
Les jumeaux qui se tenaient devant lui en étaient un exemple. Ce n’étaient pas des combattants, mais des chasseurs.
Enkrid ignorait tout cela, bien sûr.
Il se contenta d’observer les armes qu’ils tenaient.
Une lance, avec une tige fixée à l’extrémité du manche.
Il n’avait pas l’habitude de voir ce genre d’arme, mais il la reconnut. Il avait parfois aperçu des mercenaires qui en portaient une.
Un propulseur ?
Un lance-javelot. Un outil conçu pour transmettre la force plus efficacement qu’en lançant une lance à la seule force du bras. Il suffisait de faire vivement pivoter le propulseur fixé à l’extrémité de la lance pour la projeter au loin.
Par nature, les lances étaient plus grandes et plus lourdes que les flèches. Un bouclier mal fabriqué pouvait se faire transpercer.
Trois lances dépassaient de l’épaule droite de chacun des jumeaux.
Rem lui avait dit que ce ne serait pas très amusant, et la femme qui fumait ici même l’avait répété. Pourtant, Enkrid trouvait ça intéressant.
Fallait-il forcément se battre avec une réelle intention de tuer pour que ce soit divertissant ?
Non. Pas du tout.
Il leur annonça donc qu’il était prêt à s’entraîner.
« Allez-y. »
La femme d’âge mûr prononça ces mots et, avant même qu’ils aient fini de quitter ses lèvres, les jumeaux bondirent en arrière. Leurs pieds effleurèrent le sol et leurs corps se déplacèrent avec une aisance remarquable.
Enkrid les observa en silence tandis qu’ils reculaient et prenaient position.
Reculer ne leur suffisait pas : ils transféraient aussi leur poids sur leurs talons. Une posture d’attente, prête à esquiver ou à s’éloigner à tout moment.
Son regard quitta leurs armes pour parcourir leurs yeux, leurs bras et leurs jambes.
Un bon équilibre.
À travers l’ouverture de leurs pantalons courts, il distingua leurs mollets fendus, denses comme de la pierre tassée.
Ces jambes partiraient dans la direction voulue par leur propriétaire.
Le Cœur de la Force surhumaine ? Non, ce n’était pas ça.
C’était de l’expérience. Ils s’étaient battus ainsi maintes fois : ils utilisaient des armes de jet avant que l’ennemi puisse les approcher. À la chasse comme au combat, ils avaient toujours procédé à peu près de la même façon.
Que feraient-ils donc si leur lancer échouait ?
De larges lames courbes oscillaient à leurs hanches.
« Si vous ne l’évitez pas, vous mourrez », lança la femme qui avait amené les jumeaux, un filet de fumée s’échappant de ses lèvres.
Enkrid aurait pu réduire la distance avant qu’ils ne lancent, les empêchant ainsi de jeter leurs armes. Il aurait pu leur entraver les mains et les pieds, et cela aurait suffi. Mais il choisit de ne pas le faire.
Ce ne serait pas très amusant.
Il attendit, mû par la curiosité.
Ce n’était qu’un entraînement, pas un combat à mort. Un peu de patience s’imposait.
Les jumeaux rebondirent en arrière, prenant appui sur le sol. Ils lui firent penser à des sauterelles. Rapides et tendus comme des insectes cuirassés, ils sautèrent en arrière puis s’accroupirent.
Ils se trouvaient dans un coin assez isolé du campement de tentes, sans palissade à proximité. Rien ne gênerait donc leurs mouvements.
Cela dit, s’il esquivait un javelot ici, celui-ci traverserait probablement une tente derrière lui.
Cette pensée lui traversa l’esprit tandis qu’il se décalait lentement sur le côté, sans se presser. Les jumeaux ajustèrent leur distance en conséquence.
Était-ce leur portée maximale ? Ou la distance à laquelle ils pouvaient donner le plus de force à leur lancer ? Il devait bien exister une portée où leur létalité doublait. Ces deux-là la connaissaient sûrement d’instinct, leur longue expérience l’ayant gravée en eux.
Il le sentait. C’est pourquoi il le leur dit.
« Vous êtes trop loin. »
L’un des jumeaux fronça les sourcils.
« Approchez davantage et vous serez blessé. »
« Vous pouvez vous rapprocher », intervint Ruagarne, derrière lui. Difficile de balayer du revers de la main l’avis d’une Grenouille capable de lire les talents, mais les jumeaux ne bougèrent pas.
« Donnez-lui ce qu’il veut », ordonna la femme d’âge mûr.
Alors seulement, les deux jumeaux avancèrent de deux pas.
Ils étaient encore un peu loin. Bah, ils réviseraient leur jugement après qu’il aurait arrêté leur premier lancer.
Il envisagea plusieurs possibilités et esquissa différents enchaînements.
Naturellement, l’œil qui voyait un pas à l’avance s’éveilla de lui-même.
La position de leurs pieds, l’angle de leurs orteils, leurs mains, la tension de leurs doigts, leurs genoux légèrement fléchis.
Il déchiffra chaque détail, puis prédit leur mouvement.
Dunbakel avait passé la tête hors d’une tente et les observait avec une curiosité impassible quand les jumeaux bougèrent.
Ils pivotèrent de tout leur corps et projetèrent leurs propulseurs vers l’avant. Deux pointes de lance jaillirent et foncèrent sur lui.
S’il ne faisait rien, elles frôleraient son torse et s’enfonceraient en diagonale quelque part derrière lui.
En un bref instant, Enkrid comprit ce que les jumeaux avaient en tête.
Ils ne voulaient pas le tuer. C’était un entraînement, alors ils iraient jusqu’au bout. Mais il risquait quand même d’être blessé.
Il fit tournoyer son épée.
Crac, crac.
Les jumeaux ne virent même pas la lame bouger.
Les lances de jet ne se brisèrent pas.
Il avait frappé près de leur col avec le plat de la lame, et non avec le tranchant, pour les dévier.
« Oh. »
La femme d’âge mûr laissa échapper une exclamation de surprise.
Son dernier écho ne s’était même pas dissipé que les jumeaux bondirent d’un même mouvement en arrière. En un instant, ils parcoururent six pas entiers, voire davantage.
Ils le pouvaient parce qu’ils avaient gardé tout leur poids en arrière, sur leurs talons.
Enkrid ne les poursuivit pas.
À quoi bon les poursuivre ?
Ils n’étaient pas de taille à l’affronter. Pourtant, leurs tactiques et leur style de combat étaient nouveaux pour lui.
Ils lançaient leurs lances à distance et ne vous laissaient jamais les approcher.
Une telle tactique ne pouvait fonctionner qu’avec des jambes très rapides.
Et ces deux-là étaient très rapides.
À bien y penser, Rem était lui aussi incroyablement rapide. Quand il décidait de bouger, rares étaient ceux qui pouvaient seulement espérer le suivre, à part Ragna, Jaxon ou Audin.
C’était tout ?
Si c’était tout, alors oui, Enkrid comprenait pourquoi Rem avait trouvé ça un peu ennuyeux.
« Bon, ils ne sont pas ordinaires. Appelez l’Esprit gardien. »
La femme d’âge mûr souffla sa fumée habituelle et prit la parole.
Les jumeaux fermèrent les yeux et se mirent à murmurer quelque chose.
Enkrid attendit de nouveau.
Qu’allaient-ils lui montrer, cette fois ?
« Surgis de la terre, repose sur le bras ; descends du ciel, deviens des ailes. »
Ces mots lui parvinrent tandis qu’il écoutait leur litanie à voix basse.
Il n’en comprit pas chaque mot. Le dialecte local s’y mêlait, rendant certains passages difficiles à suivre.
Quand les murmures cessèrent, quelque chose changea.
En apparence, ils avaient l’air identiques.
« Oh », souffla Ruagarne, impressionné.
« Hein ? » Dunbakel pencha la tête.
Enkrid le sentit lui aussi, par instinct.
Quelque chose avait changé. Quoi ? Leurs yeux ? Leur présence ?
Au-delà de leurs yeux ou de leur présence, la force de leurs avant-bras avait changé.
« Ha ! »
L’un des jumeaux bondit en poussant un cri sec.
Le Point de concentration s’activa de lui-même et, aux yeux d’Enkrid, chaque mouvement ralentit.
L’un des jumeaux posa le pied gauche, pivota de tout son corps et s’en servit comme d’un propulseur. De la cheville au genou, puis à la hanche, le poids resté en arrière se déversa vers l’avant tandis que son bras se tendait. Le geste était le même qu’auparavant, mais pas la force qui l’accompagnait.
Ping.
Un son lui parvint et il aperçut un point.
La distance n’avait pas changé, mais la lance allait deux fois plus vite qu’avant. Sa pointe se réduisit à un point et fonça droit sur lui.
Il aurait cru qu’un chevalier junior l’avait lancée, si on le lui avait dit.
Il ne pouvait pas la dévier aussi facilement que la précédente. La force se déversa dans le bras d’Enkrid.
Clang.
La lance tournoya dans les airs. Il avait dû mobiliser une véritable force dans son avant-bras pour repousser la lame.
Dans l’ouverture qui se créa, un autre point fila vers lui.
L’autre jumeau.
Cette fois, il ne s’agissait pas d’un lancer. Le jumeau avait déjà fondu sur lui et poussait sa lance à deux mains.
Elle aurait pu l’atteindre de plein fouet, mais Enkrid tendit la main gauche et attrapa le manche.
Paf.
La lance, qui fonçait sur lui avec férocité, perdit tout son élan et s’immobilisa net.
À l’instant où Enkrid saisit le manche, le jumeau qui avait chargé tira la lame à sa hanche.
Ting, ting. La lame commençait à sortir du fourreau.
Enkrid n’allait pas rester là à regarder.
Il avait déjà levé le pied et l’avait posé sur la main qui tirait la lame.
Ting.
La lame à moitié dégainée racla l’anneau de fer qui bordait l’ouverture du fourreau et resta coincée.
Enkrid lâcha complètement Aker, projeta sa main droite, saisit le jumeau qui avait chargé par le col et le secoua.
À gauche, à droite, rapidement.
Le corps d’un homme adulte se balançait comme une feuille de papier.
« Ugh. »
Un gémissement de surprise lui échappa.
Quand on vous secouait ainsi sans prévenir, votre cerveau l’était aussi.
Le jumeau ne parvenait pas à se tenir.
L’autre avait contourné largement le côté, mais se rapprochait maintenant d’Enkrid. Celui-ci déplaça calmement sur le côté le jumeau qu’il tenait, comme un bouclier.
S’il lançait sa lance maintenant, il tuerait son propre frère.
Dans un vrai combat, l’aurait-il fait quand même ?
Mais ils s’entraînaient.
« Nous nous rendons », dit le jumeau qui s’apprêtait à lancer.
« Par les dieux ! Vous n’avez fait que vous battre toute votre vie ? C’est remarquable. »
La femme d’âge mûr le dévisageait, les yeux écarquillés, toujours son porte-cigarette à la bouche.
Enkrid ne relâcha le col qu’alors. Le jumeau retomba et se pencha en toussant.
« C’était de la Sorcellerie d’invocation ? » demanda Enkrid.
Il avait été un peu surpris.
Et il avait apprécié.
Rem lui avait parlé de Sorcellerie d’invocation à quelques reprises.
« Oui », répondit la femme d’âge mûr en hochant la tête.
Elle avait oublié de tirer sur sa cigarette et se contentait d’observer Enkrid.
Rem lui avait demandé de venir rabattre le caquet de ce type. Pourtant, il n’avait rien d’arrogant et se battait mieux que quiconque qu’elle eût vu depuis longtemps.
Était-il plus fort que Rem ?
Elle n’en savait rien.
Était-ce un signe d’espoir ? Un présent du dieu du ciel ? Elle y réfléchit un instant, puis décida de ne pas tirer de conclusions hâtives.
Elle ne pouvait pas savoir si cet homme se battrait pour eux ou s’il reprendrait simplement sa route.
Dans le monde, chacun accordait plus de valeur à sa propre vie qu’à celle d’un inconnu, et son peuple n’avait rien à offrir à un étranger. Ils n’avaient pas de kronas à dépenser, pas de trésor à lui donner.
Devaient-ils lui proposer des gens, alors ? Une jeune femme jolie, peut-être ?
Cela n’arriverait jamais.
Aucun Occidental ne livrerait une personne en guise de paiement.
Mieux valait mourir dans la dignité que la jeter aux orties. Telle était leur fierté.
La fumeuse l’ignorait encore, mais ils avaient bien quelque chose à offrir.
« On recommence ? » demanda Enkrid, les yeux brillants d’une véritable impatience.
Ce qu’ils pouvaient lui offrir, c’était un partenaire d’entraînement.
Un homme obsédé par le combat, les yeux étincelants.
Un instant plus tôt, face à l’Esprit gardien, les jumeaux avaient déployé une force qu’il n’avait pas prévue. Il les avait observés attentivement, et pourtant, ce qu’il avait vu dépassait le bon sens. Leur puissance avait franchi toutes les limites qu’il pouvait mesurer.
Ce que l’œil voyait ne faisait pas tout. Cette idée continuait de piquer sa curiosité.
Les jumeaux acquiescèrent.
Eux non plus n’étaient pas satisfaits.
« On recommence », dit l’un d’eux.
« Ça me va », répondit la femme d’âge mûr en hochant la tête.
Ils s’affrontèrent de nouveau, comme la fois précédente.
Les jumeaux continuèrent de reculer, de garder leurs distances et de se battre de loin.
« Encore. »
« Une fois de plus. »
« Allez, encore une fois. »
« Vous pouvez le faire. »
À chaque fin de manche, Enkrid les encourageait.
Ils enchaînèrent six autres manches sans s’arrêter.
À la fin,
« Nous n’en pouvons plus. »
« Si on continue, on va mourir. »
Les deux jumeaux secouèrent la tête. L’un d’eux avait la langue pendante et haletait comme un chien.
Ils avaient tant utilisé la Sorcellerie d’invocation qu’ils ne pouvaient même plus remuer un doigt.
La femme d’âge mûr, la voyante, laissa retomber le bras qui tenait son porte-cigarette.
Elle était si stupéfaite qu’elle avait même oublié de fumer.
Rem avait amené un fou.
Un fou furieux de combat, qui plus est.
Ce n’était pas forcément une mauvaise nouvelle.
Une demi-journée ? Le soleil n’était même pas couché, et les deux guerriers les plus puissants qu’elle connaissait étaient complètement épuisés.
Quant à l’homme qui s’était entraîné contre eux, il avait l’air en pleine forme.
Il transpirait un peu, voilà tout.
À présent, il discutait gaiement avec la Grenouille qu’il avait amenée.
Elle tendit l’oreille. C’était quelque chose.
« La Sorcellerie d’invocation était intéressante. »
« Intéressante, oui, mais je doute que ça t’ait suffi. »
« C’était amusant, quand même. Je me demande s’il y a quelqu’un qui se bat comme Rem. »
« Tu crois que des gens comme ça, on en trouve souvent ? »
« Il y en a peut-être encore un quelque part. »
« Tu ne manques pas d’ambition, toi. »
« J’ai toujours de grandes ambitions. »
Pour Enkrid, son unité comptait trois autres personnes comme Rem : c’était là le fondement de son assurance. Mais la voyante n’avait aucun moyen de le savoir ; à partir d’un certain point, la conversation cessa donc d’avoir du sens pour elle.
« Au fait, c’est quoi, cette fumée ? Qu’est-ce qu’ils brûlent ? »
Alors qu’elle se tenait là à les regarder, les hommes-bêtes s’approchèrent et l’interpellèrent.
La femme, la voyante Hira, était aussi l’une des guérisseuses de la coalition tribale réunie ici.
Elle était donc l’une des rares personnes à en savoir plus sur cette fumée que quiconque.
« C’est pour les mourants. »
« Qui est en train de mourir ? »
« Une malédiction. »
L’œuvre de sorciers corrompus, la faction traîtresse de l’ouest.
« C’est une longue histoire. Voulez-vous voir ? »
Enkrid hocha distraitement la tête aux paroles de Hira.
Il était venu ici pour manier l’épée, mais sa curiosité pour cet étrange campement nomade ne s’était pas dissipée. Quand Rem reviendrait, il pourrait explorer les lieux plus en détail ; en attendant, rien ne l’empêchait d’en découvrir une partie à travers le regard de quelqu’un d’autre.
« Ça m’intrigue aussi », dit la Grenouille, toujours attirée par l’inconnu.
« Qu’est-ce qu’ils brûlent sans arrêt ? » marmonna Dunbakel, qui ne pensait qu’à ce qui l’occupait, avant de se joindre au groupe.
« Le père des jumeaux se trouve là-bas. Autrefois, c’était le plus grand guerrier sous ma tente. »
« Et maintenant ? »
« Maintenant, il est malade. »
Enkrid était également curieux de voir le malade.
Il comptait seulement jeter un coup d’œil.
La voyante Hira les conduisit donc tous les trois vers l’endroit où l’on avait rassemblé les malades.
C’était une tente réservée à ceux qui avaient été frappés par une malédiction.
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