Chapitre 471
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 471 : Tout est la faute de Rem
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La première chose qu’Enkrid remarqua fut trois fillettes qui jouaient avec une longue corde tressée à partir d’écorce, ainsi qu’un garçon.
Les trois filles jouaient ensemble, tandis que le garçon s’était donné pour mission de les embêter. Il tendit la jambe pour faire trébucher l’une d’elles, puis détala.
« Arrête ça ! »
La fillette leva les yeux au ciel, furieuse.
Elle avait l’air vraiment en colère, avec la même expression qu’Arath lorsqu’elle brandissait sa hache contre Rem.
Le garçon fila à toute allure. Il se glissa entre deux grandes tentes comme une flèche. Il avait les pieds agiles. On voyait qu’il courait et jouait depuis qu’il savait marcher.
Sa silhouette frêle le faisait paraître encore plus rapide.
« Petit morveux, même un Velopter ne voudrait pas te croquer. »
La fillette qui tenait toujours la corde le foudroya du regard, les yeux écarquillés. La plupart des adultes d’ici avaient des marques peintes sur le visage, mais les enfants avaient la peau nue, ce qui rendait leur teint encore plus net.
La peau des jeunes était de toute façon plus lisse.
Ses yeux brun cuivré brillaient, vifs et farouches, au-dessus de sa peau légèrement hâlée.
Elle était en plein milieu d’une partie qui se déroulait à merveille quand on l’avait interrompue. S’il se faisait attraper, il ne s’en tirerait pas avec une simple égratignure.
Enkrid devinait ce que le garçon cherchait vraiment. Les enfants de cet âge étaient tous pareils. Il essayait seulement d’attirer leur attention en faisant un peu le clown.
Quatre hommes qui travaillaient le cuir non loin de là observaient la scène en riant.
« Un de ces jours, tu vas te casser quelque chose à force de faire ça. »
« Ne cours pas, tiens bon, gamin. Autant encaisser le coup. »
« Si elle t’attrape, tu vas le regretter. »
Ils le taquinaient. Ils riaient, mais Enkrid trouvait leur rire étrangement dépourvu de joie.
Le garçon passa la tête entre les deux grandes tentes et lui lança :
« Seulement si elle m’attrape. »
Les hommes continuèrent à le provoquer, lui répétant qu’il ne pourrait pas passer sa vie à courir. Le garçon ne prit même pas la peine de les écouter.
Tandis qu’Enkrid observait la scène, un bruit retentit derrière lui : le cri profond et rauque d’une monture.
Il l’avait déjà sentie approcher.
« Hue ! »
Un enfant arriva à dos de Velopter. Enkrid se retourna.
L’enfant était juché sur un jeune Velopter, dont les écailles, encore souples, n’avaient pas durci et dont le corps rasait le sol. Ils avaient presque les yeux à la même hauteur.
« Ne te mets pas en travers du chemin d’un héros. »
L’enfant l’annonça avec aplomb. Enkrid s’écarta sans discuter.
Derrière l’enfant avançait un grand bœuf qui tirait une charrette chargée, à peu près à la même hauteur que lui sur son Velopter.
« Oh, faisons le tour de celui-là. »
L’enfant tapota le cou du Velopter et le guida autour du bœuf.
Le Velopter se déporta sur le côté.
Le taureau était adulte, assez imposant pour briser les côtes de la plupart des gens s’il chargeait, mais ses yeux clairs et doux n’avaient rien de ceux d’une bête sur le point de s’emporter. L’homme qui le menait s’arrêta un instant pour laisser passer l’enfant.
Au-delà, toutes sortes de gens s’offraient au regard d’Enkrid.
Une femme marchait, un panier en bois tressé rempli d’herbes sur le dos. Un homme faisait sécher de l’herbe au soleil. Un vieillard faisait courir une longue perche contre un couteau de travail pour façonner quelque chose. Un manchot, le cuir maintenu sous le pied, cousait avec application et sans se presser ; sa manche vide pendait mollement.
« Ça a l’air chaleureux. »
Enkrid regarda lentement autour de lui avant de faire cette remarque.
Une certaine pesanteur imprégnait les lieux, mais l’endroit était plein de vie.
« Je t’avais dit que c’était un bel endroit. »
Rem lui répondit à côté de lui.
C’est vrai. Il le lui avait dit.
Pas l’abondance, mais la paix.
Enkrid le voyait de la même façon. Une scène pastorale. L’endroit avait quelque chose qui sentait la simplicité et la chaleur.
Bêêê.
Les moutons bêlèrent.
Meuhhh.
Les bovins mugirent.
Il y avait aussi quelques chevaux, mais ils avaient tous les pattes courtes et le corps trapu. On les avait élevés pour tirer des charges, pas pour la vitesse.
Était-ce parce qu’on n’avait pas besoin de chevaux de selle par ici, et que seuls les chevaux de trait avaient survécu ?
Il y avait aussi des chevaux sauvages dans l’Ouest, apparemment, mais les gens du coin ne prenaient pas la peine de les dompter et de les monter.
Des tentes s’étendaient en rangées, séparées par des espaces dégagés. Celui-ci était l’un de ces terrains vagues.
Une douzaine de Velopters s’y reposaient, les pattes avant repliées sous eux, la tête plongée dans des seaux où ils mangeaient.
C’étaient les montures des gens de l’Ouest.
Une pupille verticale se tourna vers Enkrid, avec une curiosité indolente.
La créature claqua de la langue et émit un râle tandis que ses écailles frémissaient.
Ils avaient le sang froid, ce qui signifiait qu’une baisse de température les tuerait sur-le-champ. C’était pourquoi on ne trouvait des Velopters qu’ici.
L’Ouest était une contrée où il n’avait jamais neigé ; le climat y était généralement chaud. Très chaud, même.
La sueur coulait encore à flots. Mais il suffisait de se mettre à l’ombre, là où soufflait une brise, pour se rafraîchir rapidement.
Tout le monde ici n’affichait pas un air joyeux.
Un manchot s’essuyait le front, prêt à esquisser un sourire gêné, quand une femme passa près de lui en sens inverse, le visage fermé comme si le monde touchait à sa fin.
Des yeux gris et des cheveux courts de la même couleur que ceux de Rem.
Elle avançait, un panier d’herbes à la main, le visage grave et le regard fixé au loin, comme si elle traversait tout ce qui l’entourait sans le voir.
Elle avait l’air un peu dérangée.
Une fumée grise s’élevait de l’endroit où elle se rendait.
Elle passa. Trois enfants s’écartèrent pour la laisser faire, la suivirent du regard un instant, puis retrouvèrent le sourire et reprirent leur jeu.
Ils avaient étendu la corde sur le sol et sautaient chacun leur tour par-dessus, selon un motif régi par ses propres règles.
Ils étaient absorbés par leur jeu. Quel qu’il fût, il accaparait toute leur attention.
Des tentes, des gens, tous penchés sur leurs petites occupations.
À première vue, la plupart se ressemblaient.
Leur musculature sèche, sculptée par un travail régulier et une nourriture rare, leur donnait cet air-là.
La pauvreté sautait aux yeux de tous côtés : des trous dans les tentes, des réserves maigres, toutes ces choses qu’on remarquait d’un coup d’œil. Quelques visages inquiets, mais la plupart semblaient faire la paix avec leur sort à leur manière.
« Ça te paraît étrange ? »
demanda Rem.
Enkrid ne répondit pas et médita silencieusement la question.
Il pensa à Aoara, sans raison particulière.
Elle voulait que des enfants riant aux éclats courent et jouent dans sa ville.
C’était exactement ça.
Des gens qui avaient moins, mais s’en contentaient.
En voyant cela, il comprit pourquoi Rem avait dit que ces gens ne l’intéressaient pas.
Ils savouraient la vie qu’ils menaient à cet instant.
Ils vivaient dans le présent. Cela semblait être dans leur nature.
Leur groupe était manifestement composé d’étrangers, rassemblés dans un coin du terrain, mais personne ne leur prêtait une grande attention.
Quelques passants leur jetaient un regard, rien de plus.
Un petit groupe d’enfants s’était toutefois réuni à distance pour dévisager Ruagarne, les yeux écarquillés de curiosité.
« Une grenouille. »
« Une personne-grenouille. »
C’était manifestement la première Grenouille qu’ils voyaient.
Heureusement, les Grenouilles ne se considéraient pas comme des grenouilles, et ces mots ne les mettaient pas en colère. Elles n’étaient pas du genre à chercher les ennuis tant qu’on ne touchait pas à ce qui était lié à leurs desseins, ni au mot « cœur ».
Tout cela contribuait à créer une atmosphère singulière.
Une vie où l’on se contentait de ce qu’on avait au lieu de chercher à en faire davantage. Ou, plus exactement, une tendance à laisser les choses suivre leur cours.
C’était l’impression que donnait à Enkrid l’ensemble de cette ville de tentes itinérante.
Cela ne lui déplaisait pas.
Rem l’avait prévenu que l’endroit pourrait lui être désagréable, mais on ne pouvait pas imposer aux autres ses propres valeurs et son mode de vie.
Tout comme il pouvait respecter le rêve de quelqu’un, il pouvait, songea-t-il, respecter la façon dont les autres choisissaient de vivre.
C’était ça, la vie, non ?
Tous semblables, et pourtant différents ; différents, et pourtant semblables.
Les différences engendrées par les continents, les peuples et les traditions n’étaient pas une raison pour les rejeter.
D’ailleurs, cet endroit n’était pas peuplé d’un seul genre de personnes.
Il suffisait de regarder Rem pour s’en rendre compte.
Tout le monde ici ne se contentait pas de rester immobile.
« Attendez, qui est-ce ? Quelqu’un est arrivé ? »
Quelques personnes les interpellèrent en les reconnaissant à leur passage.
Naturellement, Rem attirait bien des regards.
« C’est Rem ? »
« C’est vraiment Rem, ou quelqu’un qui l’imite ? »
« Rem n’était pas mort ? »
« J’ai entendu dire qu’Arath était morte. Non, attendez, quelqu’un n’a pas dit qu’elle avait tué quelqu’un ? »
Cette dernière remarque resta le plus vivement gravée dans les mémoires. Elle venait d’un homme aux yeux gris, plus clairs que ceux de Rem.
Arath, la femme de Rem, se tourna vers lui et hocha la tête.
« Bientôt. »
Elle paraissait tout à fait sincère, ce qui rendait ses paroles inquiétantes.
« Qu’est-ce que tu racontes aux gens ? »
demanda Rem. Arath sourit pour la première fois. Un coin de sa bouche se releva, et son sourire passa de l’inquiétant au franchement sinistre.
L’instinct de survie de tout le monde s’alarma.
« Tout ça, c’est la faute de Rem. »
C’était Ruagarne qui parlait. Depuis quand était-elle devenue si prompte à réagir ?
« Je suis d’accord. »
Dunbakel renchérit.
« Rem, excuse-toi. »
Enkrid ne fut pas en reste.
De quelque côté qu’on regarde, Arath avait manifestement beaucoup d’influence ici. Ils pouvaient facilement repartir sans avoir mangé une seule bouchée. Si elle leur ordonnait de déguerpir, ils devraient s’exécuter. Personne ne semblait disposé à tenir compte de l’avis de Rem.
« Qu’est-ce que vous en savez, vous ? »
Rem avait l’air sincèrement déconcerté et les dévisagea tour à tour.
Rien du tout. Mais c’est ta faute. Point final.
Enkrid le lui fit comprendre du regard.
« Au moins, tu as du cran. »
Arath laissa paraître une lueur d’approbation. Après une première impression désastreuse à cause de Rem, les choses s’étaient un peu améliorées.
Prendre le parti d’Arath poussa apparemment Rem à marmonner qu’il était inutile de mener une bataille perdue d’avance.
Comme l’atmosphère s’adoucissait un peu, Enkrid se tourna vers Rem.
« Va t’excuser. Et incline-toi tous les trois pas. »
« Et si tu la fermais et que tu m’attendais ici ? »
Rem était vraiment irrité, alors Enkrid n’insista pas.
« Je dois aller voir le chef de tribu. Attends ici. »
Rem inspira avant de parler. Il avait l’air beaucoup plus détendu que lorsqu’il faisait face à Arath.
L’idée de rencontrer le chef de tribu ne semblait pas le préoccuper du tout.
Enkrid se rappela tout ce qu’ils avaient dit sur leur voyage vers l’Ouest. La seule chose que Rem avait vraiment redoutée, c’était le moment où il devrait se retrouver face à sa femme.
« Vas-y, alors. »
répondit Enkrid. Juol s’avança et les conduisit jusqu’à un endroit où se reposer : une tente nichée dans un coin.
À l’Ouest, on avait l’habitude de s’asseoir au sol. Au lieu de chaises, on étendait de larges étoffes pour s’y installer. À l’intérieur de la tente, on avait disposé les mêmes étoffes.
« Vous pouvez attendre ici. »
dit Juol, et Enkrid hocha la tête.
Le sol était garni d’un épais rembourrage. Plutôt moelleux.
Enkrid déposa son sac sur le côté. Il était lourd : une épaisse cape, de la vaisselle et des couverts en bois, ainsi que diverses autres choses. Le poser lui donna l’impression de se décharger d’un poids immense.
À présent, il se sentait assez léger pour que son corps réclame de bouger.
Il avait eu tout le temps de réfléchir en chemin, et certains éléments de ses combats contre les Géants lui semblaient presque à portée de main.
Il se leva, prit son épée et sortit devant la tente. Derrière lui, Dunbakel l’interpella.
« Où vas-tu ? »
« Me dégourdir un peu. »
« Tu demanderas à quelqu’un ce qui dégage cette odeur, plus tard ? Qu’est-ce qu’ils brûlent ? Ça me travaille depuis tout à l’heure. »
L’odorat fin d’une femme-bête.
Enkrid hocha la tête, puis lui retourna la question.
« L’odeur que tu dégages ne te dérange pas ? »
« Une fois qu’on s’y habitue, elle est plutôt grisante. »
Enkrid faillit tendre la main sans réfléchir. Sa main droite s’était déjà levée à mi-chemin. Sa main gauche avait déjà trouvé le glaive à sa ceinture.
Il s’arrêta là et se contint. Après tout, qu’était la patience, sinon la volonté de se retenir ?
Une fois de plus, la volonté d’Enkrid tint bon.
Il avait failli se comporter comme Rem, mais ce n’était pas entièrement sa faute.
Les provocations de Dunbakel avaient le don de dissiper toute raison dans l’esprit de ceux qui l’entouraient.
Le pire, c’était qu’elle ne le faisait jamais exprès.
« Laisse tomber. Si la frapper suffisait à la faire écouter, elle aurait compris depuis longtemps. »
Ruagarne lui offrit cette réflexion tout à fait digne d’une Grenouille.
Elle avait encaissé les coups de Rem sans jamais changer. À certains égards, Dunbakel était donc sans pareille quand il s’agissait de s’obstiner.
« Je sais. »
répondit Enkrid avant de sortir. Ruagarne le suivit.
Debout devant la tente, il brandit son épée pour faire le vide dans sa tête.
Un coup, un fouetté, un coup, un fouetté.
Une fois lentement, une fois vite. Puis il recommença.
Il avait assez regardé autour de lui, et la grande tente voisine lui bouchait de toute façon la vue. Il n’y avait donc plus rien à voir.
Les regards qui avaient observé le groupe en silence, à distance, avaient eux aussi disparu.
Les enfants, comme tous ceux qui n’étaient pas absorbés par leur travail, avaient jeté au moins un coup d’œil, mais personne ne semblait particulièrement intéressé.
Enkrid donna encore quelques coups d’épée pour faire taire le bruit de fond, puis se replia sur lui-même.
Aujourd’hui, tout ce qu’il avait accumulé grâce à la répétition. Ce qu’il avait appris en observant Aoara.
Il y repensa, revint dessus.
L’expérience acquise en combattant les Géants, par-dessus tout ça.
« Si tu continues à te battre pour de vrai sans revenir aux bases, ton équilibre finira par se décaler sans que tu t’en rendes compte, et ta technique commencera à se dégrader. C’est pour ça que tu ne dois jamais négliger ton entraînement quotidien. »
Ce conseil venait d’un mercenaire profondément absorbé par son entraînement.
La plupart des instructeurs qu’Enkrid avait rencontrés dans les écoles d’entraînement partageaient cet avis.
« C’est évident, non ? Ce que tu répètes tous les jours, c’est ce qui sort quand tu cesses de réfléchir. »
Ruagarne avait acquiescé à ces paroles, elle aussi.
Ragna, Rem, Jaxon et Audin avaient tous dit quelque chose de semblable.
Encore que ce n’était pas particulièrement utile venant d’eux.
Ragna avait insulté le concept même d’entraînement en affirmant qu’il suffisait de donner trois ou quatre coups d’épée par jour, au minimum. Jaxon avait sous-entendu que tout le monde était idiot en disant que si l’on s’entraînait dans sa tête, il était facile de reproduire les gestes avec son corps. Rem s’était contenté de dire qu’il fallait frapper comme on le sentait, rappelant de la façon la plus déprimante qui soit l’écart entre leurs dons naturels.
Audin, au moins, insistait sincèrement sur l’entraînement. La Technique d’isolement qu’il lui avait enseignée faisait de la pratique quotidienne le fondement de tout.
Ce n’était pas qu’Audin manquât de talent. Il ne cessait simplement jamais de travailler son corps.
À la seule pensée de la Technique d’isolement, une vague de nausée remonta presque dans la gorge d’Enkrid.
Lorsqu’il l’apprenait, il l’avait pratiquée trois fois par jour, matin, midi et soir. Voilà ce qui lui revenait en mémoire.
À l’époque, il appelait ça la méthode des trois répétitions. Son corps lui faisait si mal qu’il avait l’impression de mourir. Bouger un seul doigt relevait de l’exploit.
Pourtant, si on lui demandait s’il en voulait à Audin, Enkrid secouerait la tête.
Ce processus, ces journées exténuantes empilées les unes sur les autres, lui avait donné la force de manier l’épée comme il le faisait aujourd’hui.
« J’ai entendu dire que tu étais venu avec Rem. »
La voix le tira de ses pensées.
Il n’était pas allé très loin, pas comme lorsqu’il s’abandonnait entièrement au Point de concentration. C’était plutôt cet état qui lui venait parfois pendant l’entraînement : une sorte d’absorption où ses pensées continuaient de cheminer tandis que son corps poursuivait ses gestes.
Il avait aussi senti la personne approcher. Aucune intention meurtrière, aucune envie de se battre : il n’y avait pas prêté attention.
Enkrid leva les yeux.
Une femme d’âge mûr. Elle portait une longue pipe fine à ses lèvres, tira une bouffée et souffla un nuage de fumée. Du tabac. La fumée avait une âcreté poivrée.
« Qu’est-ce qu’ils brûlent ? »
Dunbakel passa la tête hors de la tente, les narines frémissantes.
Au lieu de répondre, Enkrid regarda les deux Occidentaux qui se tenaient derrière la femme.
Des cheveux bruns, des visages semblables. Des Jumeaux.
« Tu as dit que tu voulais te battre en duel. Rem nous l’a raconté. C’est pour ça qu’on est là. »
Pff. Une volute de fumée de tabac dériva devant son visage. Toujours aussi âcre, toujours aussi poivrée.
Mais, en dessous, Enkrid perçut une légère douceur.
Elle était peut-être imaginaire, mais il avait l’impression qu’elle était bien là.
Ses adversaires étaient arrivés.
Autrement dit, ils comptaient parmi les meilleurs que l’Ouest avait à offrir.
Il lui suffit d’un regard pour voir qu’ils n’étaient pas là pour faire semblant.
En les observant, il eut comme une intuition, portée par cette odeur.
« Alors, tu veux vraiment te battre en duel ? »
demanda la femme d’âge mûr.
Enkrid acquiesça.
La question n’avait pas besoin de réponse.
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