Chapitre 470
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 470 : Rem, la femme
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Sa natte ondulait, indépendamment du vent.
C’était parce que l’autre personne avait bougé.
Une femme qui brillait d’un brun profond dans ce monde gris.
Une vitalité émanait d’elle, quelque chose qui palpitait.
Autrement dit, elle tirait la hache de sa hanche avec un mouvement léger et fluide, presque dansant.
Puis elle asséna un coup vertical.
Le regard d’Enkrid suivit la hache.
Sans la moindre hésitation.
Ce n’était pas tout à fait une intention meurtrière, mais sa volonté de fendre quelque chose était manifeste.
Au-delà de la hache qui s’abattait, comme si elle fendait une bûche, ses yeux traçaient une longue ligne.
La hache fendit l’air, se dirigeant vers sa cible : le crâne de Rem.
Des mots comme « espèce d’ordure » et pire encore lui parvinrent au même instant.
Il n’y eut même pas une demi-seconde de répit, mais Rem réagit naturellement. La hache qu’il tenait alla à la rencontre de celle de sa compagne.
Clang. Crriik.
Les yeux de Ruagarne et de Dunbakel firent la navette entre eux.
La rencontre des lames les avait captivées. Leurs regards suivirent d’eux-mêmes l’échange entre les deux haches.
Enkrid observait la scène avec un calme relatif. Il en distinguait chaque détail.
Les deux haches s’accrochèrent, puis rebondirent en sens inverse. Rem avait subtilement tourné le poignet.
« Hmph ! »
La femme de Rem renifla avec mépris.
Elle ramena la hache qui avait rebondi à la seule force de son bras.
Un cordon de cuir lui serrait le milieu de l’avant-bras et, à mesure que ses muscles gonflaient, il semblait s’enfoncer dans sa chair.
Elle mit alors sa hache à l’horizontale et visa la mâchoire de Rem.
« Arath. »
Rem prononça son nom d’un ton léger tout en pivotant pour esquiver. La femme appelée Arath lui répondit avec sa hache.
Elle poussa la lame droit vers lui. Rem l’attrapa à main nue et la dévia sur le côté.
C’est celle d’Audin.
Enkrid la reconnut au premier coup d’œil. Ce que Rem venait de montrer était une variante de la technique de déviation du corps.
À main nue.
Enkrid pouvait battre Rem en combat, mais il n’aurait pas su assimiler un geste pareil au premier regard et le reproduire sur-le-champ.
Une différence de talent. Il fallait en avoir le don, mais aussi le corps capable de le mettre en œuvre.
Bien sûr, Enkrid, aujourd’hui, pouvait repousser une lame à main nue, mais aurait-il pu improviser ainsi ? Sans doute pas.
Ce n’était pas prémédité. Le geste lui était venu d’instinct. La main de Rem avait simplement bougé de cette façon.
Enkrid n’en fut pas particulièrement impressionné. Il nota simplement l’astuce derrière ce mouvement inhabituel et la garda en mémoire.
Ça vaudrait peut-être la peine de s’entraîner plus tard.
Dévier, frapper, accompagner le mouvement… Ce genre de geste de la main.
« J’ai choisi ma compagne et je jure sur ma hache que je n’ai pas dispersé mes affections ailleurs. »
Rem parla d’un ton égal.
Après avoir manqué sa cible, Arath ramena lentement la hache à sa hanche et prit la parole.
« Très bien. Pour l’instant, laissons tomber. »
« Un homme-bête puant, une Grenouille par-dessus le marché, et l’un d’eux est même un homme. »
Rem ajouta ces mots.
Il répondait à la question de savoir s’il avait fréquenté une autre femme quelque part. On pouvait deviner le contexte.
Les paroles de Rem ressemblaient fort à des excuses, mais c’était la vérité.
« Si tu as besoin d’un témoin, je peux l’être. »
Enkrid s’interposa.
Le pouvoir de l’amitié. Une juste récompense pour avoir combattu à ses côtés au péril de sa vie. Will lui avait soufflé cette idée.
« Je ne sais pas qui tu es, mais mêle-toi de tes affaires. À moins que tu veuilles une nouvelle décoration sur la tête. »
Enkrid décida de respecter son avis.
Dunbakel s’apprêtait à dire que Rem n’était pas son genre, mais elle referma la bouche.
La femme devant elle n’avait pas l’air de parler à la légère.
Ruagarne lui lança un regard intéressé.
Rem au féminin.
C’est ainsi qu’elle la voyait.
Dunbakel eut à peu près la même impression.
Deux haches sans cervelle.
Enkrid aussi le pensait.
C’est Rem au féminin.
Arath, Rem au féminin, posa la main sur sa hache et regarda Rem. Une épaisse et silencieuse intention meurtrière se nichait dans ses yeux.
« Toi et moi, on parlera à part plus tard. »
Le visage de Rem s’assombrit d’un ton.
« D’accord. »
Certaines choses dans la vie étaient tout bonnement inévitables.
Par exemple, un mari qui quittait la maison devait expliquer à sa femme, qui l’avait attendu, pourquoi il était parti.
Quand Arath eut fini de laisser parler sa hache, quelques autres hommes de l’Ouest, qui observaient la scène, s’approchèrent.
Ils ne semblaient pas le moins du monde tendus. Ils connaissaient Rem, ce qui expliquait sans doute leur attitude.
Un homme au visage orné de motifs qui semblaient peints s’avança parmi eux. On aurait dit des épines acérées dessinées sur ses joues.
« Eh bien, ça alors. De quoi faire pleurer Grime. »
Il avait l’air sincèrement surpris.
Grime était une bête divine qui vivait sous forme d’ombre, une créature issue de la mythologie de l’Ouest.
Enkrid observa l’homme avec attention. C’était devenu une habitude.
Tout voir autour de soi, tout comprendre.
Une habitude qui remontait au jour où il avait pris une épée pour la première fois et commencé à apprendre.
Le regard d’Enkrid parcourut l’homme.
Sa peau était d’un brun foncé, sans doute à cause du soleil : sa couleur naturelle semblait plutôt rougeâtre. Au bord de ses manches, on apercevait un peu de cette peau rougeâtre.
Il avait les pommettes saillantes et les yeux étroits, mais rien de rusé dans son apparence. Au contraire, il dégageait une impression de douceur.
Dans l’ensemble, il fallait le qualifier de bel homme. Un visage plutôt séduisant.
Arath aussi entrait dans la catégorie des femmes magnifiques.
Derrière lui, Ruagarne faisait entendre par intermittence de petits bruits, les joues gonflées. Les Grenouilles aimaient les visages humains séduisants.
C’était probablement une marque de satisfaction.
Cela semblait être une caractéristique des gens d’ici. Rem, en revanche, avait l’allure d’un homme du continent.
Pourquoi ? Des origines différentes.
En ne voyant qu’une poignée d’hommes de l’Ouest, Enkrid avait compris l’un des secrets de la naissance de Rem.
Ce n’était qu’une supposition, mais elle était probablement juste : Rem était le seul à se distinguer au milieu de gens qui se ressemblaient tous.
« Hé, ça fait longtemps. »
Rem remit sa hache dans le fourreau à sa hanche et leva la main.
« J’ai failli perdre le compte des fois où la grêle est tombée. »
« Six fois. »
Arath répondit derrière lui. L’homme acquiesça.
« C’est vrai, ça fait un bail. Qu’est-ce que tu as fait pendant tout ce temps ? »
« D’abord j’ai voyagé, puis j’ai fait campagne, et ces derniers temps, je me suis battu. Maintenant, je suis revenu récupérer quelque chose. »
Enkrid ne comprit pas plusieurs passages, mais il saisit la situation générale.
« Qu’est-ce qu’ils racontent ? »
Dunbakel pencha la tête, incapable de comprendre.
Ruagarne, qui connaissait le dialecte de l’Ouest, semblait suivre la conversation.
« Eh bien, dans un moment pareil, il n’y a qu’une chose à dire. Bon retour parmi nous, Rem. »
L’un des hommes prit la parole.
« Je pensais que tu avais crevé quelque part, mais tu as réussi à ramper jusqu’ici. »
Arath souhaita la bienvenue à Rem.
Ce n’est qu’alors que l’homme aux motifs d’épines tourna les yeux vers Enkrid.
Il s’arrêta à trois pas de lui et lui demanda, avec une pointe de méfiance dans la voix :
« Tu es avec Rem ? »
« Je me demande s’il vaut mieux reconnaître que je suis avec lui ou prétendre ne pas le connaître. Tu peux me laisser un instant avant que je réponde ? »
Enkrid répondit, et l’homme éclata de rire.
Son genre d’humour, apparemment.
« Tu me plais bien. Moi, c’est Juol. »
« Enkrid. De la Garde-frontière. »
« Enkrid ? C’est long, et ça n’a pas l’air facile à prononcer. »
Tout le continent parlait la même langue, répandue par l’Empire, mais les accents légèrement différents étaient monnaie courante.
La façon de parler de Juol n’y faisait pas exception.
Quand il disait que le nom était long et difficile à prononcer, c’était bien ce qu’il voulait dire ; c’était aussi ce genre de différence qui donnait naissance aux dialectes.
« Ah bon ? »
Enkrid n’y prêta guère attention.
Rem intervint avec une question.
« Qu’est-ce qui se passe avec la colonie, là-bas, qui s’est fait attaquer ? On a aussi croisé un Géant en chemin. »
Il ne venait pas seulement de s’en souvenir. Il avait pris des nouvelles et n’en arrivait qu’à présent à ce sujet.
« C’est une longue histoire. Allons d’abord à l’Ours Ancêtre. Arath ? »
Juol parla, mais Arath fixait Rem sans expression, tandis que les autres hommes de l’Ouest restaient là à observer.
Enkrid les regarda et se fit une idée générale de leurs relations.
Rem au féminin est celle qui décide. Juol serait une sorte de chef d’escouade.
Ça se tenait.
Ils formaient un groupe chargé de mener paître vaches et moutons et de surveiller les environs ; Arath était la meilleure combattante parmi eux.
« Très bien. »
Rem répondit.
Arath était à la fois contente et furieuse. Quoi qu’il en soit, le retour de Rem à cet instant était clairement une bonne nouvelle.
Le genre de chose où l’on se disait que le dieu du ciel avait dû donner un coup de main.
« Nous allons retrouver le chef de la tribu de l’Ours Ancêtre. »
Peu après, les deux autres hommes de l’Ouest sifflèrent pour rassembler les moutons et les vaches.
Ils tapaient de longs bâtons au sol pour aligner le bétail et le mettre en marche. Même les Bergers des Terres Sauvages auraient pu apprendre deux ou trois choses en les regardant faire.
Enkrid laissa échapper cette réflexion, et Ruagarne gonfla les joues en souriant.
« Grrk. Les Bergers des Terres Sauvages ne gardent pas ce genre de moutons. Tu comprendras quand tu les verras. Demande à Fell quand on sera de retour. »
« Je le ferai si je suis toujours en vie. »
Enkrid acquiesça. La précision « si je suis toujours en vie » pouvait sembler étrange, mais Ruagarne et Dunbakel n’y prêtèrent pas attention.
Ce fut plutôt l’un des hommes de l’Ouest qui écoutaient, sur sa gauche, qui pencha la tête.
Il n’était pas sûr d’avoir bien entendu.
Si je suis toujours en vie ? Qui ça ? Une plaisanterie du continent ? Un dialecte ?
Bien sûr, ce n’était ni l’un ni l’autre.
Tandis qu’ils marchaient, Rem se rapprocha d’Enkrid et lui murmura assez bas pour qu’Arath, qui marchait devant eux, ne l’entende pas :
« Bon sang, c’était moins une. »
« Tu n’aurais pas mieux fait d’encaisser le coup ? »
Enkrid lui répondit à voix basse.
Il aurait été plus simple de se laisser frapper.
« Encore aurait-il fallu qu’elle me frappe. »
Enkrid était d’accord avec ça aussi.
Elle avait frappé assez fort pour lui trancher l’avant-bras.
« Rem ? C’est vraiment toi ? Le Rem qui a quitté la maison à l’époque ? »
Un homme de l’Ouest qui l’observait attentivement l’interrogea depuis le côté.
« Oui, c’est moi. »
« C’est parce que tu as été maudit par l’esprit vagabond ? »
« Qui t’a dit ça ? »
« Arath. »
« Et toi, qui es-tu ? »
« Moi, c’est Ire. »
Il avait les joues creuses, mais les yeux vifs et le corps dur comme du silex, sculpté par une alimentation maîtrisée et des efforts répétés.
Sa démarche, tandis qu’il tapait un long bâton contre le sol, trahissait quelqu’un qui savait se battre.
Il ne dégageait aucune agressivité, mais les signes d’un entraînement étaient évidents.
À présent, Enkrid avait considérablement développé son œil pour juger les gens ; un seul regard lui suffisait pour estimer les capacités de quelqu’un.
C’était même un domaine où il surpassait Rem et Ragna.
La différence entre celui qui gravit une montagne en examinant chaque pas depuis le pied jusqu’au sommet et celui qui fonce tout droit jusqu’en haut.
Voilà pourquoi Enkrid évaluait les capacités d’Ire avec plus de justesse que quiconque.
Emmenez-le à la Garde-frontière, et il serait sans doute considéré comme un soldat de haut rang.
Difficile de savoir ce qu’il valait en combat réel, mais son niveau plancher était au moins aussi élevé.
On ne pouvait connaître la valeur de quelqu’un au combat qu’en l’affrontant. Cela avait été vrai quand Enkrid était chevalier junior comme lorsqu’il n’était qu’un simple soldat.
Quand des vies étaient en jeu, tout pouvait arriver.
De ce point de vue, Rem au féminin était nettement plus douée.
Elle semblait atteindre au minimum le niveau d’un écuyer.
Rem répondit à la question du jeune homme.
« Ça n’a rien à voir. »
Il lui faudrait du temps pour expliquer ce qui s’était passé à l’époque, et ce n’était pas une histoire à raconter à un gamin qui n’y connaissait rien.
« Hmph ! »
Devant eux, Arath renifla avec mépris.
Elle n’avait peut-être pas entendu leurs chuchotements, mais elle avait sûrement entendu leur conversation à l’instant.
Rem au féminin avait l’ouïe fine.
Ils continuèrent d’avancer. Des parcelles de prairie apparurent çà et là, ainsi que des groupes d’hommes de l’Ouest qui s’occupaient du bétail.
Tout le monde leva les yeux en apercevant le groupe.
Un étranger qui traversait les lieux ne pouvait passer inaperçu.
Quelques regards reconnurent Rem.
Tout en marchant, ils furent saisis par une odeur âcre et piquante qui venait de quelque part. Elle n’avait rien d’agréable.
Enkrid jeta un coup d’œil de côté et vit le nez de Dunbakel frémir.
Si son propre nez l’avait détectée, Dunbakel l’avait forcément sentie avant lui.
« À quoi ça te fait penser, cette odeur ? »
« À plusieurs sortes d’herbes qu’on aurait rassemblées et brûlées. »
Rem semblait lui aussi sentir l’odeur ; il leva la tête.
Au loin, une fumée grise s’élevait dans les airs.
« Il s’est passé quelque chose. »
Rem le fit remarquer.
« On verra une fois à l’intérieur. »
Arath répondit sèchement. Elle semblait toujours en colère. Est-ce que cette colère finirait par passer ? Enkrid se le demanda en continuant d’avancer.
Une douce pente des hautes terres leur barrait la route, et, au-delà, s’ouvrait une vaste clairière.
« Des étrangers ! Voilà qui ne s’était pas vu depuis longtemps. Bienvenue, voyageurs qui avez franchi la frontière. »
Juol prit la parole.
La clairière était couverte de tentes. Certaines étaient rondes, d’autres anguleuses, et il y en avait bien d’autres sortes encore.
Les compter toutes aurait pris un bon moment.
Les habitants étaient tout aussi nombreux. Plusieurs centaines de personnes étaient réunies dans cette vaste colonie.
Une ville de l’Ouest, en somme.
« En langue du continent, le nom de la ville serait quelque chose comme Ours Ancêtre. Quelque chose dans ce genre. On descend tous de la déesse-ourse devenue humaine. Il existe un mythe là-dessus. »
Rem le lui avait raconté avant leur arrivée.
Il existait des mythes sur un ours qui avait tué un serpent géant, ainsi que sur des animaux qui s’étaient rassemblés dans une grotte avant de se transformer en humains.
Il y avait aussi un récit selon lequel les premiers humains nés d’une ourse étaient à l’origine des peuples de l’Ouest, avait-il dit.
Il avait précisé que les mythes transmis variaient d’une tribu à l’autre.
La ville de l’Ouest dont Rem lui avait parlé apparut sous les yeux d’Enkrid.
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