Chapitre 468
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditrice : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 468 : Il parla, et Rem le suivit
= = =
Le voyage, qui avait ressemblé à une promenade de santé où l’on regardait les nuages dériver, prit fin.
L’arrivée du Géant changea l’atmosphère.
Enkrid fit varier l’angle de sa lame de gauche à droite, observant les réactions du Géant.
Le Géant était impénétrable. Il clignait des yeux comme une vache amorphe, jouant à merveille les simples d’esprit.
« Qu’est-ce que tu fais, là, à jouer avec ta petite épée ? »
Le Géant pencha la tête avec une stupidité exagérée. Il parlait lentement, en mâchant ses mots. Enkrid ne se laissa pas duper.
Regarde-moi ce salaud.
Tout en parlant, il déplaçait discrètement sa main vers sa hanche, juste à l’endroit où il pourrait bloquer l’épée d’Enkrid. Une position défensive parfaite.
Puis le Géant se mit à faire tournoyer nonchalamment sa massue dans sa main droite, en larges cercles.
Le vent soulevé par la massue lui fouetta le visage, accompagné d’un profond sifflement. Qu’il cherche ou non à le provoquer, la pression créée par cette arme tournoyante lui piquait les yeux.
Enkrid plissa les yeux pour les protéger et eut deux pensées en même temps.
Si cette chose me touche, plus d’un os va y passer.
Et : s’entraîner contre un tel impact l’aiderait-il à affûter sa technique de frappe ?
Les deux idées se rejoignirent.
Il ajusta sa prise, orienta la pointe vers l’abdomen du Géant et modifia son appui.
« Tu veux de l’aide ? »
demanda Dunbakel. Elle ne semblait pas tant désireuse de l’aider que de vouloir rendre à Rem les coups qu’il lui avait infligés ces derniers jours.
« Non. »
Enkrid refusa.
La présence du Géant était singulière. Remarquable, même. Ce n’était pas le genre d’adversaire qu’il voulait laisser passer.
À mesure que ses capacités se développaient, certaines envies grandissaient avec elles.
Il y avait un plaisir propre aux vrais combats.
Mais s’y abandonner entièrement, c’était devenir une simple machine à tuer.
Cela n’arriverait jamais à Enkrid.
Après tout, il avait un rêve.
Mais il n’avait pas non plus de raison de renoncer à la moindre parcelle de ce plaisir.
C’était évident. Il ne céda donc pas son adversaire à quelqu’un d’autre. Il ne le laissa pas filer.
Un fragment de l’exaltation qu’il avait ressentie en combattant les Goules enfla dans sa poitrine, et une émotion proche de l’excitation s’empara de lui.
Le Géant était-il dangereux ?
Sans même tenir compte de son talent, une massue pareille pouvait briser quelque chose, chevalier junior ou non. Un seul coup bien porté, et au moins un os serait cassé.
Si je n’arrive pas à dévier ses coups, je risque de mourir.
Le danger était toujours présent dans un véritable duel. C’était aussi ce qui le rendait intéressant.
Ruagarne fit glisser son fouet à ses côtés.
Le regard du Géant ne bougea pas. Pourtant, Enkrid savait qu’il suivait déjà chaque détail.
Son instinct le lui soufflait.
Il faisait l’idiot. Il ne l’était pas.
Cette comédie n’était qu’une tactique.
« Qu’est-ce que tu regardes ? »
demanda Enkrid, et leurs regards se croisèrent.
Les yeux d’Enkrid étaient bleus, francs et inébranlables. Comme des pierres précieuses. Comme la lumière des étoiles.
Ceux du Géant avaient la couleur d’un sable terne. Comme un tas de terre sèche qui s’effritait. D’un brun profond.
En surface, il gardait son expression innocente et vide, mais il ne pouvait dissimuler complètement l’acuité qui se cachait derrière ses yeux.
La ruse, voilà le mot. Elle suintait de son regard.
Les yeux du Géant roulèrent plusieurs fois. Enkrid essaya de deviner ce qu’il pensait, sans y parvenir.
Impossible de savoir. Bien sûr. Il n’avait aucun don pour lire dans les pensées.
Mais une chose était claire.
Il n’allait pas battre en retraite sans faire d’histoires.
Cette pensée lui vint au moment où le Géant cessa de faire tournoyer sa massue.
« Tu n’as pas peur ? »
Sa voix s’était adoucie, plusieurs tons en dessous. Elle se faisait enjôleuse. Presque chaleureuse, comme s’il essayait de se rendre sympathique.
Quel Géant doué. Il modulait sa voix pour bercer l’autre et lui faire baisser sa garde.
« Laisse-m’en un, et je vous laisserai vivre, les autres. »
Il ajouta cela avec un aplomb incroyable.
À chaque mot, Enkrid ne quittait pas les yeux du Géant des siens.
Il éprouva alors un léger pincement de culpabilité envers Kraiss.
Ça se ressemble, mais c’est différent.
La plus grande différence ?
Le mensonge.
Le regard du Géant semblait se délecter de tromper les autres, de les tourmenter par une longue suite de mensonges. Une cruauté vile et méprisable. Un plaisir sadique. Quelque chose de presque pourri.
Une odeur âcre émanait aussi du Géant, celle qui s’accrochait à ceux qui avaient mangé de la chair humaine.
« Ah oui ? »
demanda Enkrid, les yeux toujours plissés.
« C’est vrai. Je le jure au nom de Banatuur. »
Le Géant ne remua pas un muscle en parlant. Pas même le bout d’un doigt.
« Compris. »
répondit Enkrid, tout aussi immobile.
Deux silhouettes, la bouche en mouvement et le corps figé.
Ils parlaient tout en s’observant, sans relâcher leur vigilance un seul instant.
Le Géant Banatuur savait que l’autre ne s’était pas laissé duper.
« Tu te moques de moi ? »
Soudain, il aboya ces mots et se jeta en avant. Une feinte.
Enkrid l’observa en songeant à l’escrime de mercenaire de Vallen.
C’était exactement ça.
Les méthodes de tromperie différaient, mais l’approche fondamentale était la même. Et, en cet instant, il n’en allait pas autrement.
Il s’élança, fit trembler le sol dans un fracas, chargea, puis s’arrêta net en pleine foulée et abattit sa massue d’un coup maîtrisé.
BOUM.
Le bruit lui déchira les oreilles.
Même en se retenant, même en restant prudent, un coup qui n’était qu’esbroufe et auquel il ne s’engageait pas pleinement déployait une force brute suffisante pour déchirer l’air.
Un Géant était un Géant pour une raison.
Quoi qu’il en soit, il restait calme.
Enkrid aussi.
La menace d’être dévoré, la promesse de lui laisser la vie sauve : rien ne l’ébranlait. Cœur de la Bête. Le sang-froid qu’il avait forgé en lui le maintenait stable et lucide.
Aker, jusque-là pointée devant lui, remonta en diagonale.
L’épée heurta la massue. La lame l’accrocha et dévia contre elle.
Comme une varlope glissant sur une planche, le tranchant d’Aker suivit la surface de la massue et la détourna.
Les épines fichées dans le bois brun foncé se détachèrent dans un crépitement rapide et volèrent en éclats.
Le Géant transféra alors son poids sur le pied droit et projeta sa jambe gauche vers l’extérieur.
Le souffle de ce coup de pied fit voler les épines brisées depuis la lame d’Aker, comme des projectiles.
Enkrid pivota avec souplesse et laissa les éclats passer.
Dans le même mouvement, il passa Aker dans sa main gauche et l’abattit sur le tibia du Géant.
Paf.
La lame frappa la protection qui lui entourait le tibia, sorte de brassard ou de manche, mais la chair ne céda pas. Il ne sentit pas la peau se fendre.
Pourtant, il y avait bien quelque chose de solide dessous, et il venait de le trancher.
« Aaaah ! »
Le Géant hurla.
Même alors, Enkrid ne regarda que ses yeux. Ils étaient toujours les mêmes qu’avant.
Calmes.
Tout en continuant de hurler, le Géant tendit la main.
Il feignait la douleur pour dissimuler une attaque.
Ses doigts étaient largement écartés, comme s’il croyait pouvoir briser tout ce qu’il attrapait.
C’était probablement vrai. La force brute d’un Géant était une arme à elle seule.
Ils étaient capables de broyer des rochers à mains nues.
Quelque chose était caché sous la protection enroulée autour de son tibia, une défense dissimulée. De l’extérieur, elle ressemblait à une manche de fourrure, mais ce n’en était pas une.
Une tromperie.
Son cri n’était pas dû à la douleur non plus. Il était joué.
Encore une tromperie.
Et tendre la main libre plutôt que celle qui tenait la massue, c’était l’inviter à lutter au corps à corps, afficher clairement l’intention de le saisir et de le détruire.
Vas-y, attrape-moi. Je vais tout faire pour t’empoigner et, une fois que je t’aurai, je t’écraserai.
Son intention était évidente. Et c’était aussi une tromperie.
Enkrid en saisit toutes les couches d’un seul coup et réagit.
Le Géant reçoit l’épée sur le tibia, crie, tend le bras.
Dans l’intervalle entre ces mouvements, la massue, désormais privée de ses épines, s’abattit d’en haut. Cette fois, pas de fracas tonitruant ni d’air déchiré. Le coup était rapide et net. Le premier avait été délibéré, lancé selon un angle qui brassait largement l’air. Pour celui-ci, le Géant inclina la massue afin qu’elle fende l’air.
Expire.
Enkrid expira brièvement, puis se figea.
Point de concentration.
Le temps ralentit.
Ses sens balayèrent les alentours et captèrent tout à la fois.
Une vitalité afflua dans tout son corps. Ancré dans sa Volonté, Enkrid bougea.
Il tendit la main droite, raide et à plat comme une lame, et frappa vers l’extérieur. De la gauche, il propulsa Aker vers le haut.
Au même instant, il fit un pas en avant et posa le pied sur l’arrière du pied du Géant.
Paf, crac, crac.
La Lame à une main brisa le poignet du Géant. Son pied écrasa les os du cou-de-pied. Aker transperça le centre de la massue et la fendit.
Des morceaux de bois s’abattirent tandis que la massue se brisait en deux.
« GRAAAAAH ! »
Le Géant ne hurla de douleur que cette fois-ci.
C’était la vérité.
Enkrid ramena Aker et recula.
Le Géant n’avait pas fini. Il lâcha sa massue et balança son poing.
Un coup qui l’aurait tué s’il l’avait touché ne frappa que le vide.
« Bon sang. »
jura le Géant.
Ça aussi, c’était la vérité.
Enkrid regarda les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.
Elles aussi étaient vraies.
Il était satisfait.
* * *
Pendant qu’Enkrid occupait un Géant, Rem avait déjà tué les deux autres.
Les combats ne s’éternisèrent pas.
Au début, ils échangèrent des techniques de combat à moyenne portée. Puis Rem s’approcha d’eux.
Les deux Géants tendirent les bras et les jambes. Rem les repoussa, se fraya un passage et ouvrit de nouvelles bouches dans leurs ventres à coups de hache.
L’un mourut, les intestins s’échappant par la plaie que Rem lui avait ouverte. L’autre résista un peu plus longtemps, avec une hachette plantée dans le crâne, avant de finir par s’immobiliser.
Le sang violet éclaboussa le sol.
À voir un Géant continuer de charger après avoir reçu une hache dans la tête, il fallait reconnaître qu’ils avaient une vitalité hors du commun.
Malgré tout, nul ne pouvait survivre avec les entrailles répandues au sol et le crâne fendu de part en part.
Les trois Géants n’avaient pas eu de chance. Parmi tous les adversaires qu’ils auraient pu croiser.
« Qu’est-ce que tu es ? »
Rem s’approcha après ce rude combat et posa la question.
Puisque seul le Géant dont Enkrid avait brisé le poignet et écrasé le pied était encore en vie, la question s’adressait clairement à lui.
Il cligna des yeux, comme s’il réfléchissait à la question.
« Pourquoi des gens comme vous sont-ils ici ? Vous ne vivez pas dans un endroit pareil. »
Rem posa de nouveau la question.
Le Géant Banatuur cligna des yeux.
« Ouh, ça fait mal. Pourquoi tu me poses cette question ? »
Il faisait encore l’idiot.
Enkrid n’était pas le seul à l’avoir remarqué.
Rem ne prit pas la peine de le lui faire remarquer. Il tira une dague et la pressa sous l’œil du Géant.
Ruagarne se servit de son fouet comme d’une corde et entrava les deux bras du prisonnier.
S’approcher d’aussi près restait dangereux, malgré tout.
Mais c’était Rem. Ça irait.
Il n’était pas du genre à se laisser prendre à des tours aussi grossiers.
Comme prévu, même agenouillé, Rem gardait la dague à hauteur des yeux du Géant, qui se trouvaient encore un peu plus haut que les siens, tout en appuyant la plante de son pied contre sa cuisse.
Au moindre faux pas, ce pied lui briserait le fémur.
« Je vais commencer par tes yeux. Tu préfères quoi pour la suite ? Je peux aussi m’occuper de ceux qui pendent au milieu ; ça finit toujours par arriver tôt ou tard dans ce genre de situation. Quoi qu’il en soit, je peux te garder en vie au moins deux jours. »
Jaxon ferait un maître en la matière. Il en avait donné l’impression plus d’une fois.
Et Rem ? Si c’était nécessaire, il le ferait.
Il n’était peut-être pas un maître, mais à force de découper des gens, on finissait par comprendre le fonctionnement d’un corps.
Les Géants n’étaient pas des Créatures démoniaques dotées de quatre cœurs.
Ils étaient assez proches des humains.
« Attends, si je parle, tu me laisseras vivre ? »
Quelque chose dans cette scène parut étrange à Enkrid.
Il n’avait pas vu beaucoup de Géants, mais on ne les appelait pas Bêtes au sang rouge pour rien.
Une espèce née pour le combat. Un instinct de lutte sauvage qui refusait de céder, même face à une défaite certaine.
Voilà ce qu’était un Géant. Voilà ce qu’il avait toujours cru.
Les Géants qu’il avait vus sur de véritables champs de bataille, durant ses années de mercenaire, ressemblaient à des béliers impossibles à arrêter.
L’image de l’un d’eux, couvert de blessures et saignant de partout, fonçant tout de même droit sur une escouade armée d’arbalètes, s’était gravée dans sa mémoire.
« Ha, tu vois ! Il suffit de continuer à foncer ! »
Ce Géant fou avait ri et s’était moqué des autres tout en exécutant la seule tactique qu’il pouvait se permettre.
Bien sûr, tous les humains étaient différents, comme toutes les Grenouilles. Les Géants n’étaient pas tous pareils non plus.
Mais là, c’était exagéré.
Une main et un pied brisés, et il se couchait déjà ? Un Géant ? Ses poignets étaient certes entravés par le fouet, mais il pouvait encore se battre s’il le voulait.
Et pourtant, le voilà.
Rem appuya davantage la dague sous l’œil du Géant. Un mince filet de sang violet coula. La lame toujours en place, Rem prit la parole.
« Je te laisserai mourir proprement. »
Aucun mensonge. C’était Rem.
« Les humains sont terribles », dit le Géant.
Peut-être avait-il l’esprit vif, mais la langue rouillée à force de ne pas servir.
Il parlait toujours lentement, d’une voix pâteuse. Ses mots semblaient remonter des profondeurs, comme un son venu du fond d’une grotte. Et s’il mâchait ne serait-ce qu’un peu ses paroles, il devenait presque impossible de suivre ses phrases entières.
En l’écoutant à présent, ils en eurent la confirmation.
« Fichu pays, où personne ne tient ses promesses. Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? »
Quelque chose comme ça, en tout cas. Même cette interprétation reposait en partie sur le contexte. Plus de la moitié leur échappait.
« Tout arrive par la volonté du divin. »
Puis, sans prévenir, le Géant se jeta sur la dague de Rem avec sa propre tête.
Bien sûr, Rem ne le laissa pas faire. Il retira la lame et frappa le Géant sur la pommette avec le poing qui tenait le manche.
Paf.
La tête du Géant partit en arrière.
Ruagarne resserra son étreinte. Des veines saillirent sur ses avant-bras lisses de Grenouille.
« Ça fait mal ! » cria le Géant.
« Tu croyais que je te frappais pour te faire plaisir ? » répliqua Rem.
Il retourna la dague pour en diriger de nouveau la lame vers l’avant, puis la planta dans l’œil du Géant.
Son geste ne trahissait pas la moindre hésitation.
Boum.
« GRAAAAA. »
Un autre cri.
Un vrai, cette fois.
Le Géant se rendit sur-le-champ.
« Cette terre est désormais à nous. On nous a ordonné de nous en emparer. »
« Qui vous l’a ordonné ? »
« Le grand prophète. »
Peu importe le nombre de fois qu’ils le questionnèrent, ils ne parvenaient à déchiffrer qu’une partie de ses réponses.
Après quelques questions supplémentaires, ils comprirent qu’il n’y avait plus rien à apprendre.
Boum.
Rem trancha la gorge du Géant avec sa dague. Un flot de sang jaillit, d’un violet profond, presque pourpre.
« Je ne sais pas exactement ce qui se passe ici, mais il faudra aller plus loin pour le découvrir », dit Rem.
« Je te déconseille de nous suivre. »
Il l’avait dit, une nouvelle fois, et Enkrid se rappela l’instant où Rem lui avait conseillé de s’enfoncer davantage dans la Terre Maudite, sans véritable explication.
Il l’avait dit, et Rem l’avait suivi.
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