Chapitre 466
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 466 : Nous ne sommes plus à égalité
= = =
Le soleil mourant éclairait la moitié de son visage. L’autre paraissait d’autant plus sombre.
La lumière du couchant s’interposait entre eux.
Elle les séparait, comme si la lumière elle-même avait choisi son camp.
Enkrid avait perdu son sourire. Son visage était désormais impassible.
Rem paraissait encore plus indifférent.
Tous deux avaient les bras ballants, leurs armes toujours au fourreau.
Dunbakel et Ruagarne sentaient la pression émaner de leurs postures décontractées.
Le calme qui précède la tempête.
Voilà ce que pensait Dunbakel.
Des vagues qui se soulèvent dans un marécage.
Voilà ce que pensait Ruagarne.
Des idées proches, mais pas identiques. Elles observaient la scène sous des angles différents.
Dunbakel voyait ce qui allait s’abattre sur eux. Elle se battait à l’instinct, au flair, et savait qu’un choix, en un instant, pouvait décider de l’issue du combat.
Ruagarne, elle, aimait les duels de lecture. Elle estimait que celui qui prenait l’avantage sous la surface, avant même que le moindre mouvement ne se produise, partait avec un atout.
Toutes deux avaient raison.
Un combat silencieux, mais où les vagues enflaient sous la surface.
C’était le duel d’entraînement le plus sérieux et le plus lent qu’ils aient jamais eu. D’ordinaire, Enkrid fonçait dès le début et, plus souvent qu’à son tour, Rem lançait les hostilités en faisant surgir sa hache de nulle part.
De lourds nuages s’étendaient uniformément dans le ciel.
Le soleil sombra derrière l’ouest, et deux lunes pâles commencèrent à apparaître, floues et indistinctes.
Le ciel orange se teinta peu à peu de violet.
Fixer l’horizon donnait l’impression que le ciel et la terre s’étaient rejoints.
Une violente rafale se leva, semblant surgir de ce même horizon, et s’engouffra entre eux.
Fouuuuu.
Une sacrée bourrasque.
Dans l’ouest, on appelait un temps pareil « ciel bas », et ce genre de vent, « vent provocateur » ou « vent contraire ».
Rem le lui avait expliqué en chemin.
Si l’on avançait de face, on avait l’impression qu’un mur résistait à chaque pas. Dans l’autre sens, c’était comme si des mains dans le dos vous poussaient en avant.
Le climat était étrange, dans ces contrées.
Enkrid affronta le vent sans ciller et leva la main vers la poignée d’Aker.
Rem, lui, avait déjà dégainé sa hache.
L’acier glissa dans un léger chuintement.
Enkrid tira Aker du fourreau et la saisit à deux mains, les yeux de nouveau rivés sur Rem. Celui-ci prit ses deux haches, une dans chaque main, puis laissa à nouveau pendre les bras.
Enkrid abaissa la pointe d’Aker : au lieu de garder la lame parallèle au sol, il l’inclina légèrement vers le bas.
« Oh. »
Ruagarne écarquilla ses grands yeux et laissa échapper un petit cri d’admiration.
Rem recula légèrement le pied gauche et reporta son poids sur la droite.
La pointe d’Aker visait la cuisse gauche de Rem. Celui-ci s’était ajusté pour pouvoir esquiver dès qu’elle viendrait.
Cet échange se poursuivit.
Pour reprendre les mots de Ruagarne, c’était comme des vagues qui s’écrasaient dans une fosse de vase et de boue.
Quand Enkrid soulevait une vague, Rem la bloquait ou s’écartait.
« Tu crois que ça va finir un jour ? » le provoqua Rem.
Enkrid était du même avis, en son for intérieur.
Ce n’était qu’un test, rien de plus. Une façon de mesurer jusqu’où le savoir qu’il avait acquis et les progrès accomplis le mèneraient réellement.
Il avait renforcé sa Pression, mais une technique pareille ne pouvait pas marcher sur ce barbare brutal.
Et s’il tentait plutôt de briser l’élan de son adversaire en lisant ses mouvements ? C’était une sorte de technique, qu’il avait apprise auprès de Ruagarne.
« Tu sais déjà comment te mettre en position de gagner avant même que ça commence, pas vrai ? Tu le fais juste un peu plus ouvertement. »
Ajuster son ceinturon d’épée, modifier sa posture, replacer ses pieds : tout cela servait à préparer sa victoire.
Si pointer son épée dans une certaine direction ou garder une lame courte en main à l’avance permettait de prendre l’avantage, n’était-ce pas la bonne chose à faire ?
Bien sûr que si.
Seulement, contre Rem, rien ne se déroulait aussi simplement.
La lame et les haches bougèrent en même temps.
Clang !
Aker s’abattit en arc de cercle, et les deux haches se croisèrent pour l’arrêter. Même en parant, leurs tranchants tentèrent d’accrocher l’épée et de l’arracher à sa prise, mais Aker recula dès l’impact. Enkrid avait compris dès le début que Rem voulait immobiliser sa lame et rompit délibérément l’échange.
Un éclat du tranchant d’une hache tournoya dans les airs, mais aucun des deux ne s’en soucia.
« Pas mal », dit Rem avec un sourire en coin.
« Toi non plus », répondit Enkrid avec le même sourire.
Puis la lame et les haches visèrent leurs gorges, leurs ventres, leurs torses, leurs cuisses, leurs avant-bras, leurs doigts : elles tailladèrent, transpercèrent, frappèrent et cognèrent sans merci.
Clang ! Tang-tang-tang-clang !
Dans la lueur violette des lunes du soir, l’acier éprouva l’acier. Des étincelles jaillirent, affirmant chacune sa propre dureté avant de se disperser en quête de chair à mordre.
Après plusieurs échanges,
Kring !
Dans un fracas, Enkrid s’engouffra dans la garde de Rem.
Rem l’avait vu venir et leva brusquement le genou. Enkrid le reçut sur l’avant-bras gauche.
Boum. Toc. Paf. Fwap.
Ruagarne et Dunbakel virent toutes deux Aker s’enfoncer dans la terre.
Le boum, c’était Aker qui avait touché le sol.
Le toc, c’était la hache de la main gauche de Rem qui était tombée.
Tout cela s’était produit au même instant où Aker et cette hache s’étaient heurtées.
Enkrid recula et se frotta l’avant-bras gauche de la main droite.
Le paf, c’était le genou de Rem qui l’avait frappé là.
« … Tu es devenu sacrément bon », dit Rem.
« Je trouve aussi », répondit Enkrid.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Avoir subi la Frappe du chevalier avait transformé Enkrid d’une manière qu’il n’aurait jamais pu prévoir. Cette expérience lui avait servi de point d’appui et de catalyseur pour tout ce qui avait suivi.
Il avait repoussé l’une des haches de Rem avec Aker, s’était engouffré dans sa garde et avait lancé un coup de paume vers son menton de la main droite.
Rem avait lu son mouvement sur le moment, tenté de casser sa charge d’un coup de genou et de pivoter la taille pour se soustraire à l’attaque.
C’est alors que la main d’Enkrid avait accompli un mouvement proche de la Frappe du chevalier.
Elle était partie à une vitesse que Rem n’avait pas prévue.
Il n’avait pas eu le temps d’esquiver.
Le fwap, c’était le bruit du coup qui avait atteint Rem au menton.
Enkrid n’aurait jamais cru qu’une telle chose puisse arriver dans un duel d’entraînement contre lui, mais c’était arrivé.
La tête de Rem tournait. Il aurait pu encaisser, comme il l’avait déjà fait, mais une défaite restait une défaite.
Il s’assit là où il se tenait.
« Ha… J’ai l’impression que je vais gerber. »
Un coup bien placé au menton avait cet effet-là.
« Tu as tourné la tête au dernier moment », dit Enkrid en ramassant Aker.
Le coup n’était pas net, mais il comptait. Et si le combat avait continué ?
Je peux le battre.
L’issue s’était donc jouée ici.
« Grrrrrr. »
Les joues de Ruagarne se gonflèrent comme jamais.
Même à ses yeux, ces progrès étaient stupéfiants.
Dunbakel était encore plus abasourdie.
Ses yeux dorés s’ouvrirent plus grand que les lunes suspendues dans le ciel.
Elle fixa Rem un long moment, puis demanda : « Tu as perdu de ta force ? »
Crac.
Rem se fit craquer le cou plusieurs fois en le tournant à gauche et à droite, se leva, puis lança : « Approche, et on verra. »
Il n’avait pas perdu de sa force. Il s’était remis de ce coup sans même avoir besoin de reprendre son souffle.
Mais dans un vrai combat, cela aurait été une véritable ouverture.
« Aïe ! »
Dunbakel reçut quelques coups ce jour-là, tandis qu’Enkrid retrouvait discrètement son souffle.
Quelque chose en lui avait mûri jusqu’au point de l’explosion, mais l’élan retomba et s’éteignit.
Heureux, mais pas ivre de joie. Satisfait, mais sans rire.
C’était simplement une confirmation.
Voilà où j’en suis arrivé.
Une simple preuve.
Il avait vu Aoara mourir. Il l’avait vue se battre. Et il avait encore une fois survécu à cette journée.
Enkrid savait désormais imiter le mouvement de la main d’un chevalier.
« Il ne reste plus un seul chevalier junior capable de te causer des problèmes », dit Rem après avoir cogné un peu sur Dunbakel.
« Encore un ? »
« … D’accord. Allons-y. »
Ruagarne avait été profondément surprise, mais elle accepta le résultat.
D’une certaine façon, c’était logique. N’avait-elle pas déjà vu Enkrid combattre cette Goule monstrueuse ?
Malgré tout, elle était surprise. Pourquoi ?
Difficile de ne pas l’être.
Chaque fois qu’elle observait Enkrid, elle le voyait atteindre les limites du possible. Il était difficile de comprendre comment son talent avait pu progresser à ce point.
Il avait tout l’air d’un homme qui avait risqué sa vie des milliers de fois, saisi quelque chose au fil de ces épreuves, puis passé des centaines de jours à perfectionner ce qu’il avait compris.
Même dans les moments ordinaires, il consacrait chaque heure à manier son épée et à réfléchir à son usage.
Elle l’avait aidé à certains égards. Elle avait tout observé.
Enkrid avait déjà plus d’expérience que quiconque sur le continent. Et de loin.
L’ensemble de cette expérience, un corps qu’elle avait aiguisé, une technique minutieusement affinée et des idées qui prenaient l’adversaire au dépourvu.
Voilà ce qui lui avait permis de dépasser Rem.
Lors du deuxième duel entre Rem et Enkrid, personne ne fut frappé au menton. Personne ne tomba.
Mais Enkrid en était certain.
Je peux le battre.
S’il le décidait, il pouvait briser Rem.
À égalité ? Ils ne l’étaient plus.
L’avantage était à lui.
« Je vois bien que tu viens de te dire que tu pourrais m’attraper quand tu veux », dit Rem. « Laisse tomber, d’accord ? Tu sais bien que ce serait différent dans un vrai combat. »
« C’est pareil pour toi. Moi non plus, je ne me suis pas donné à fond dans nos duels. »
« … Il y a quelque chose dans ta façon de parler qui tape vraiment sur les nerfs. »
Peu après, ils en étaient au troisième round.
Le regard de Rem changea. La présence d’Enkrid aussi.
« Quelqu’un va mourir », dit Dunbakel, dont les sens aiguisés percevaient le changement chez les deux hommes.
Ils avaient atteint le deuxième campement de la journée, après avoir marché tout un jour.
Ils avaient ramassé des broussailles sèches et allumé un feu. Ils lui tournèrent tous deux le dos, puis l’épée et les haches s’entrechoquèrent de nouveau.
Ce duel ne dura pas longtemps.
Mais chacun de leurs échanges était mortel.
Clang !
Le métal s’entrechoquait moins souvent. Les armes de Rem n’étaient pas faites du même acier qu’Aker ; chaque choc usait donc davantage leurs lames.
Sans que personne s’en aperçoive, les tranchants des haches étaient devenus dentelés. On aurait pu les appeler des haches-scies, et l’on n’aurait pas eu tort.
Ils se battaient presque à pleine puissance.
Au milieu de l’affrontement, Enkrid fut de nouveau surpris.
Rem dévoilait encore une autre facette de lui-même, comme si leurs duels n’avaient jamais révélé toute sa force.
L’intention meurtrière circulait entre eux.
Puis, sans un mot, ils s’arrêtèrent tous les deux.
Leurs épaules se soulevaient, et leur souffle rauque s’échappait au coin de leurs lèvres.
Aucun ne manquait d’endurance physique, et pourtant ils en étaient là. Ils avaient consumé une telle quantité d’énergie mentale.
L’épée et les haches étaient pointées vers le cœur de l’autre.
« Fais le malin, dit Rem, à bout de souffle, et tu vas te retrouver avec un trou. Juste là. »
« Tu es déjà mort », répondit Enkrid, tout aussi essoufflé.
« Foutaises. »
« Va te faire voir. »
Ils se dévisagèrent, puis éclatèrent de rire tous les deux.
« C’est bien, dit Rem en reculant. On a encore une dizaine de jours de marche devant nous, et je vois bien que tu vas continuer à me réclamer des duels. Bon, je t’en accorderai quelques-uns. »
« Tu ne m’en accordes pas. Tu perds. »
Enkrid tenait à le préciser.
« Oui, oui, d’accord. Disons que j’ai perdu. »
Rem le dit, mais la chose lui parut vraiment étrange.
Une drôle de sensation.
Il était rare qu’il perde. Ce n’était pas pour rien qu’on l’avait qualifié de génie.
Il y avait eu des jours où on l’avait proclamé le plus fort de l’ouest, le plus grand talent parmi les peuples occidentaux.
Parmi tous ceux qui lui avaient enseigné quelque chose, presque aucun n’avait tenu plus d’un mois.
À l’époque, apprendre la Sorcellerie d’invocation avait été un peu délicat.
Il l’avait tout de même apprise, pratiquée et faite sienne.
Plusieurs sorciers s’étaient disputés pour le prendre comme successeur.
Puis il avait quitté ces terres.
Même après son départ, il avait rarement perdu.
Dernièrement, il y avait eu ce fichu type incapable de s’orienter, et le chat sauvage s’était déchaîné contre lui une fois, mais avant tout ça, la notion même de défaite lui était restée floue.
La défaite ne pouvait donc pas lui être familière. On aurait pu croire qu’elle lui resterait en travers de la gorge. Mais il ne la digérait pas si mal.
Ce n’était pas comme quand il affrontait ce fichu type incapable de s’orienter.
Pourquoi ça ne me contrarie pas ?
Il y avait sans doute plusieurs raisons. L’une d’elles était que leur capitaine, complètement dingue, n’avait manifestement aucune intention de s’arrêter, ce qui y était pour quelque chose.
Enkrid ne se servait pas de lui comme d’une étape à franchir pour passer à autre chose, ni comme d’un objectif ultime à atteindre.
C’était simplement quelque chose qui arrivait.
Quelque chose qui survenait en chemin, tandis qu’il poursuivait son propre rêve.
C’était pour ça qu’il continuait de manier cette épée.
« Camper ici est pénible à plusieurs égards », dit Dunbakel en attisant le feu.
« Et j’ai soif », ajouta Ruagarne.
Plus on avançait vers l’ouest, plus l’air était sec. Il était donc logique que la Grenouille ait du mal à le supporter.
« Bon, voyons voir », dit Rem en se mettant à creuser la terre.
Enkrid et les autres le regardèrent.
« Attendez un peu. Il me faut quelque chose de sucré à boire. »
C’était l’ouest. La terre où il était né et avait grandi.
Des ennuis les attendaient plus loin, mais ils n’y étaient pas encore.
Ce serait dommage de ne pas profiter du présent.
Toujours s’amuser. Toujours.
N’était-ce pas là son credo ?
Rem gratta la terre sans trop s’appliquer, enfonça le tranchant d’une hache, accrocha quelque chose derrière et tira.
Crac.
Le sol céda plus facilement que prévu et quelque chose en sortit.
Un fruit rond, trop gros pour tenir dans une main, mais un peu petit pour en remplir deux.
« Des fruits poussent sous terre ? » demanda Enkrid, curieux. Était-ce une sorte de légume-racine ?
« La spécialité de l’ouest. Un fruit d’écureuil terrestre. »
La coque dure était couverte de terre. Rem la brisa et découvrit un fruit fripé à l’intérieur.
Il le débarrassa de la terre, y traça une entaille avec le tranchant de sa hache, puis le fendit en deux. Le liquide clapota à l’intérieur.
« Goûte. Une fois que tu y auras goûté, tu ne l’oublieras jamais. Les vieux marchands l’appelaient l’eau du ciel. »
Enkrid prit le fruit le premier et en avala une gorgée.
La douceur envahit sa bouche, puis sembla se répandre dans tout son corps.
Le goût était intense, mais pas écœurant. Une gorgée suffisait à en vouloir une autre.
« Si tu en bois trop, ça finit par t’assécher la bouche, alors un par jour et par personne, c’est la bonne dose. »
« Tu es officiellement notre guide dans l’ouest. C’est décidé », dit Enkrid avec une admiration sincère.
Rem l’insulta.
Le mot « guide » lui arracha un juron par réflexe.
Bien sûr qu’il était le guide. Qui leur montrait la route depuis le début ?
De temps à autre, le capitaine avait le don de dire une chose qui vous retournait complètement les tripes.
Là, ce n’était pas comme admettre qu’il avait perdu un duel.
Être comparé, même indirectement, à ce fichu type incapable de s’orienter le mettait hors de lui.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>