Chapitre 461
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 461 : Je n’ai jamais rêvé de devenir chevalier, au départ
= = =
Enkrid n’avait jamais réussi à faire sortir Aoara indemne, pas une seule fois, de toutes les journées qu’il avait vécues.
Les conditions étaient tout bonnement trop difficiles à réunir.
Tuer la Goule avant qu’Aoara n’intervienne.
Dans le même laps de temps, Romen devait tuer l’épéiste-araignée aux huit bras armés de lames.
Et, en même temps, bloquer le coup fatal de la Goule.
Il ne pouvait pas continuer à revivre des journées où Dunbakel ou Rem mouraient.
Qu’Aoara tue l’Homme-ours n’était pas prévu, mais ce n’était pas grave.
Pas mal.
Voilà sa conclusion.
À cet instant, une phrase du Batelier lui revint soudain en mémoire.
« Tu sais comment on appelle quelqu’un qui choisit de suivre une voie difficile ? »
« Un saint ? »
« Un idiot. »
Le Batelier n’avait pas cessé de s’en prendre à Enkrid.
Cela ne le dérangeait pas.
Il était bien trop habitué à ce genre de mépris et de critiques.
Combien de langues s’étaient moquées de lui lorsqu’il avait déclaré vouloir devenir chevalier ?
Alors, rien de tout cela n’avait d’importance.
Ce qui comptait davantage, c’était ce sentiment de vide qui l’envahissait quand il n’avait pas la force véritable de protéger ce qu’il voulait protéger.
Un jour, il avait vu un homme affronter une Créature démoniaque pour protéger sa famille.
Il avait vu cet homme mourir.
Il avait vu la famille que l’homme avait tenté de sauver.
Quand il avait vu un mercenaire sourire à la fille, seule survivante, Enkrid avait perdu la tête.
« Que quelqu’un arrête ce taré ! »
« Hé, hé, espèce de sale merde ! »
« Aïe, mon oreille ! »
Enkrid avait arraché un morceau de l’oreille du mercenaire avec les dents, puis lui avait enfoncé une dague dans la nuque.
« Toi, ha… Laisse tomber. Calme-toi. »
Le capitaine des mercenaires l’avait laissé s’en tirer.
Enfin, il avait plutôt été envoyé en prison. C’était ça, le laisser s’en tirer.
S’ils l’avaient laissé dehors, les amis du mort lui auraient planté une lame dans le corps.
Il avait passé six mois dans une cellule.
Sans rien à faire, il s’était entraîné. La plupart des gardes ne prêtaient pas attention à lui, mais l’un d’eux lui avait posé une question.
Un vieux chef des gardes, qui avait passé la cinquantaine.
« Pourquoi t’as fait ça ? »
« Son sourire m’agaçait. »
« T’as perdu la tête ? »
Le chef des gardes l’avait fait libérer.
Les paroles qu’il avait prononcées ensuite étaient restées longtemps gravées dans la mémoire d’Enkrid.
« Un homme sans force finit par ne même plus pouvoir faire ce qu’il veut. »
En sortant de prison, Enkrid s’était frotté le menton à plusieurs reprises pour en lisser la barbe rêche, puis il avait répondu :
« Je sais. »
Son rêve était de devenir chevalier.
Il avait choisi ce rêve parce qu’il voulait vivre en protégeant ce qui lui était cher.
« Ha ha ha ! »
Le rire d’Aoara éclatait sans cesse.
Grrrrr.
Le Fragment de Balrok grogna comme une bête.
Il aurait été incapable de les compter précisément, mais des dizaines d’échanges avaient eu lieu entre eux.
Le « rire » d’Aoara avait ouvert l’avant-bras du Balrok et percé un trou dans son ventre, mais cela ne suffisait pas à le tuer.
Quand son ventre avait été transpercé, il s’était même mis à bouger plus violemment. Une sorte de fumée noire s’était élevée de la blessure ; sans qu’on fasse quoi que ce soit pour la soigner, l’ouverture s’était à moitié refermée et le sang avait cessé de couler.
Même alors qu’on lui perçait le ventre, il avait brandi des dizaines de fois sa barre rouge, qui ressemblait davantage à une épée. Un monstre.
Les lignes tracées par cette barre s’étendaient sur Aoara comme un filet.
Au lieu de reculer, elle leva son rire et frappa au-dessus de sa tête.
Le filet se déchira d’un seul coup. Une lumière blanche jaillit et une onde de pression balaya les alentours.
Boum. Le sol trembla dans un fracas retentissant. Le Balrok avait frappé le sol comme s’il voulait réduire la terre elle-même en miettes.
Aoara abattit son épée.
Quelque chose ondula le long de la lame qui vibrait.
Aux yeux d’Enkrid, la lame sembla soudain se dédoubler en des dizaines d’exemplaires.
La Volonté intangible traversa une Arme gravée et se matérialisa en une force qui balaya tout autour d’elle.
Le Balrok fit de même.
La barre rouge et la barre blanche s’entrechoquèrent.
Parfois, elles se changeaient en fouets. Parfois, elles devenaient des rayons de lumière.
Elles se courbaient, puis se raidissaient et s’immobilisaient. Elles formaient des murs semblables à des remparts d’acier.
Voilà ce qu’Enkrid voyait.
En réalité, ils ne faisaient que s’affronter à l’épée.
Boum !
Dans un coup de tonnerre, le Fragment de Balrok et Aoara se croisèrent.
Personne ne pouvait s’en mêler. Intervenir n’aurait fait que gêner.
C’était un combat de chevaliers.
« Maître ! »
Romen cria.
Enkrid observa en silence.
Le combat entre le Fragment de Balrok et Aoara ne dura pas longtemps.
Ayant entrevu le domaine de la toute-puissance, Enkrid pouvait deviner à peu près comment les choses allaient tourner.
Aoara allait gagner.
Mais on ne pouvait pas non plus parler de défaite pour le Balrok.
Rem, qui avait été projeté au loin, blêmit. Il cracha une gorgée de sang, sans doute parce qu’une côte lui avait perforé un organe. Bien sûr, ce n’était pas suffisant pour le tuer.
Il s’approcha et vint se placer près d’Enkrid pour suivre le combat à ses côtés.
« Elle a gagné. »
Dunbakel l’annonça. Elle parlait toujours assise là où elle était tombée après avoir survécu.
Une longue entaille barrait le cou du Balrok. Elle n’était pas rouge, mais noire.
Cette entaille sépara la tête du monstre de son corps.
Un adieu déchirant ? Ou satisfaisant ?
Difficile à dire. Personne ne sait ce que ressent une Créature démoniaque.
Aoara se tourna vers eux.
Toujours souriante.
« Les gens meurent quoi qu’il arrive. »
Elle le dit avec ce sourire aux lèvres.
Enkrid savait déjà qu’Aoara n’avait plus longtemps à vivre.
Il savait aussi qu’il était impossible de sauver quelqu’un qui était déjà en train de mourir, quoi qu’on fasse.
Répéter cette journée ne signifiait pas qu’il pouvait tout changer. Certaines choses ne changeaient jamais, quel que soit le nombre de fois où cette journée maudite recommençait.
« Ha… C’était bien. »
La barre rouge portée par le Balrok était plantée dans la poitrine d’Aoara tandis qu’elle prononçait ces mots.
Une épée en forme de brochette.
Ruagarne avait dit que les Balroks utilisaient une épée enflammée et un fouet.
Ce Fragment n’en représentait que la moitié, alors c’était tout ce qu’il avait. Une barre rouge qui ressemblait à une épée sans brûler : voilà son arme.
« Romen, je te confie la ville. »
La chevalière, la barre plantée dans la poitrine, prononça ces mots.
« Désolée de ne pas pouvoir assister au mariage de Rowena. »
La dirigeante d’une ville bâtie de mille briques les prononça.
« La Terre Maudite, c’est fini, maintenant. Alors, éliminez ce qu’il en reste. Il n’y aura plus de nouvelles Créatures démoniaques. »
La héroïne, qui se souciait encore de demain à l’instant de mourir, les prononça.
Sans Aoara, cette ville n’aurait jamais existé.
Sans elle, elle serait déjà devenue une partie de la Terre Maudite.
« Merci, Enkrid. »
Elle reconnut ce qu’il avait fait.
« Ah, qu’est-ce que je me suis amusée. »
Ce furent ses derniers mots.
Tout ce qui commence doit finir.
Tout ce qui s’élève doit retomber.
Vivre, c’est marcher vers la mort.
Seuls les actes accomplis en chemin nous appartiennent.
Inutile de regarder en arrière les chemins qu’on n’a pas pris et de les regretter.
Dans une vie, ce genre de chose n’a aucun sens.
Quel que soit notre choix, seule la volonté de le rendre juste donne à une vie sa richesse et sa valeur.
Enkrid rengaina Aker et se redressa.
Il posa la main sur sa hanche droite. Une promesse de garder son arme sous contrôle.
Le début d’un geste destiné à rendre hommage à la personne qui se tenait devant lui.
Puis il inclina la tête. Un geste possible parce qu’il honorait les efforts qu’elle avait fournis.
Un salut.
« Oa. »
Enkrid prononça la devise qui portait son nom.
Et contempla les derniers instants de la chevalière morte en souriant.
* * *
Deux chevaliers juniors prirent la situation en main, tandis qu’Aisia, malgré son corps épuisé, s’attela à organiser le nettoyage.
Sur un champ de bataille, n’importe qui peut mourir.
Les chevaliers ne sont pas immortels.
Personne ici n’avait besoin qu’on le lui rappelle.
« Maître était en train de mourir. »
Un soldat blond aux cheveux courts s’approcha et le dit. Il leva une torche. Peu de gens pleuraient.
Il y avait beaucoup à faire pour trier les décombres du combat. Tous les habitants de la ville étaient sortis prêter main-forte malgré le manque d’effectifs.
Romen transporta lui-même le corps d’Aoara.
Ils la déposèrent dans la maison où elle avait vécu. Il n’y avait pas encore de cercueil.
On aurait dit qu’elle allait surgir par la porte d’un instant à l’autre en lançant : « Alors, vous avez eu peur, bande de nouilles ! »
Bien sûr, cela n’arriverait pas.
La chevalière Aoara était morte.
Enkrid se lava le sang sur le corps.
Dehors, les unités chargées de la garde de nuit faisaient du bruit dans les rues.
Enkrid retourna dans sa chambre, se lava, s’allongea et ferma les yeux. Il s’endormit aussitôt. Le Batelier apparut dans son rêve.
« Tu veux encore recommencer cette journée ? Certaines choses ne changent jamais, quoi qu’il arrive. Prends un dé dont les faces sont toutes identiques. Là où un dieu s’est reposé, une malédiction ne peut pas s’implanter. »
Le Batelier mêlait à ses paroles des mots qu’Enkrid ne comprenait pas. Il y avait des choses qui lui échappaient tout simplement.
Il ne pouvait qu’en deviner le sens général.
Là où un dieu s’est reposé. Qu’est-ce que ça voulait dire, au juste ?
« Si tu étais resté dans cette journée, tu n’aurais jamais eu à assister à cette mort. »
La voix du Batelier avait quelque chose de persuasif.
Mais elle ne l’attirait pas.
Depuis le début, il n’y avait qu’une chose qu’il voulait protéger.
Une Aoara satisfaite. Une Aoara souriante.
Le désir de voir un véritable chevalier combattre, ça, c’était secondaire.
Enkrid avait vu exactement cela : une Aoara satisfaite, une Aoara souriante.
Avoir vu une héroïne mourir en souriant, à la fin, ne lui faisait pas mal.
Ce qu’il avait voulu protéger, c’était son sourire.
Pas une vie sauvée de justesse en abandonnant ce qui comptait et en prenant la fuite.
Il ne répondit rien et sombra de nouveau dans le sommeil.
La silhouette du Batelier se brouilla. Le bruit des vagues s’éloigna.
Puis il fit un vrai rêve. Un véritable rêve, cette fois.
Un rêve où le Batelier n’apparaissait pas.
Un amas de pensées vagabondes, recomposées à partir des souvenirs qui lui restaient en tête.
Souvenirs et impressions se mêlèrent au hasard et refirent surface.
« Hé, que penses-tu de ma ville ? »
Aoara, vêtue d’une cape rouge, se tenait sur les remparts et lui posa la question.
Enkrid se tenait à côté d’elle sans savoir comment il était arrivé là. Il n’avait pas de cape.
Si c’était un rêve, elle aurait au moins pu lui en donner une.
Il se sentait exposé de dos.
« Je t’ai demandé ce que tu en pensais. »
« C’est bien. C’est beau à regarder et agréable à vivre. »
« Tu veux rester ? »
N’ayant pas besoin d’y réfléchir, il secoua la tête.
« Tu tiens toujours à devenir chevalier ? »
Peut-être parce que c’était un rêve, la conversation partait dans tous les sens.
Non, Aoara avait toujours été comme ça.
Elle posait des questions à l’instinct, l’une après l’autre.
Mais chacune allait droit au cœur des choses, aussi tranchante qu’une lame.
« Oui. »
« Très bien. Je crois que tu y arriveras. Et puis, je te suis vraiment reconnaissante. Waouh, à la fin, on est passés près de la catastrophe. »
« Ah bon ? »
« Tu n’as pas bien vu, hein ? Viens, je vais te montrer ce que j’ai fait. »
Dans le rêve, Aoara rejoua les mouvements de son combat contre le Balrok. Enkrid prit d’abord la place du Balrok, puis celle d’Aoara, mémorisant chaque mouvement un à un.
« Là, quand j’ai levé l’épée comme ça, je me suis dit que ce salaud allait essayer de me faire un croche-pied en douce. »
« Tu l’avais prédit ? »
« Je l’ai provoqué. »
D’innombrables échanges d’anticipations et de contre-attaques s’étaient entremêlés dans ce bref affrontement.
Il semblait impossible de tout calculer en déployant sa Volonté de toutes ses forces.
« Pour l’instant, tu superposes ton intention quand tu l’utilises, pas vrai ? Mais quand tu t’y habitueras, tu pourras manier la Volonté librement. »
Aoara ne lui cacha rien et lui expliqua tout.
Ils discutèrent ainsi pendant longtemps. Difficile à dire dans un rêve, mais cela sembla durer un jour, voire un mois.
« Adieu. »
Pour lui dire au revoir, Aoara lui déposa un baiser sur la joue.
Enkrid la regarda d’un air interrogateur. L’héroïne de son rêve lui répondit :
« Pour te remercier. »
Cela ne semblait rien vouloir dire d’autre. De l’amitié, ou simplement exactement ce qu’elle venait de dire. Même dans un rêve, Aoara restait Aoara.
Elle s’effaça comme si elle se dissolvait ; ensuite, il aperçut un instant l’image rémanente du Balrok.
Le monstre mort passait une chaîne autour du cou d’Aoara.
Pourquoi ? Le rêve était-il simplement étrange ?
Pour un rêve, la fin était particulièrement inquiétante.
Enkrid se réveilla. L’aube n’était pas encore levée. Lorsqu’il sortit, Romen était là.
« Tu es debout ? »
demanda Romen. Son visage semblait terne. La fatigue se lisait dans ses traits.
« On dirait que tu n’as pas dormi. »
Enkrid observa son visage. Romen lui répondit sans expression :
« Si, j’ai dormi. »
Mais son visage disait plutôt qu’il avait dormi, sans que quelque chose cesse pour autant de le ronger.
L’épéiste-araignée lui avait fait une profonde entaille à l’avant-bras ; celui-ci était donc serré dans un bandage.
« Pendant un instant, j’ai vu maître dans mon rêve. Il m’a dit quelque chose. Il m’a dit de ne pas faire de bêtises. »
Romen, dont le visage avait perdu son air inquiet, évoqua son rêve.
Cela ne ressemblait pas du tout au rêve d’Enkrid.
« Une expression inconsciente transmise par la Volonté ? »
Les mots jaillirent de nulle part. C’était Ruagarne. Elle sortait du logement.
Enkrid s’étant réveillé et étant sorti, il était normal qu’elle l’ait suivi.
« Un Balrok emporte les âmes de ceux qu’il tue. On dit qu’il les façonne avec les flammes de l’enfer, comme des sculptures, et les garde dans sa collection. »
Qu’est-ce qu’une âme ? Quelque chose que possède tout être doué d’intelligence.
« Et ensuite ? »
Enkrid l’incita à poursuivre. Si elle avait autre chose à dire, autant qu’elle aille jusqu’au bout.
Ruagarne s’exécuta.
« C’est pour cela que le Balrok disperse des fragments. On le surnomme le Collecteur d’âmes. Dans la Grande Terre Maudite, on l’appelle aussi le Chasseur de chevaliers. C’est un monstre qui collectionne les individus capables de combattre au-delà des limites de leur espèce. »
Il ignorait les âmes insignifiantes. Il observait celles qui recelaient un potentiel exceptionnel. Il attendait qu’elles grandissent. Parfois, il allait même jusqu’à les cultiver.
Quand elles avaient grandi et obtenu un corps puissant, quand elles avaient atteint le sommet de leur art, un Balrok se ruait sur elles comme un chien affamé depuis des jours.
Il affichait une apparente retenue, tout en vivant ivre de ses propres désirs.
Un tel monstre existait.
Une Créature démoniaque véritablement intelligente.
Sur le continent, on appelait des êtres comme lui des Seigneurs démoniaques.
« Alors l’âme de maître est avec le Balrok, en ce moment ? »
demanda Romen. Des flammes vacillèrent dans ses yeux.
« Probablement. »
Avant même que Ruagarne ait terminé sa réponse, Enkrid prit la parole.
« Ah. Je vois. »
D’ordinaire, ces mots n’auraient rien eu de particulier. Dans la bouche d’Enkrid, ils prenaient un autre poids.
« Ah. Je vois. »
Prononcés par lui, ils n’avaient rien de banal.
Ils en disaient cent fois plus qu’un simple « tu vas voir ».
Pour l’instant, il n’y pouvait rien.
Même s’il se rendait dans la Grande Terre Maudite, ce serait un monstre presque impossible à trouver.
Mais lorsqu’il aurait dépassé le stade de chevalier.
Et qu’il continuerait d’avancer même après être devenu chevalier.
« Je passe le premier. »
Romen le déclara. Il avait compris ce que signifiaient les paroles d’Enkrid.
« Je deviendrai chevalier. Ensuite, je tuerai le Balrok. »
Enkrid ajouta un élément de plus à son rêve.
La complainte en l’honneur d’une héroïne serait jouée à ce moment-là.
Les acclamations qu’il n’avait jamais pu lui offrir, la danse qu’il n’avait jamais pu lui montrer : il les lui offrirait en tuant le Balrok.
Voilà ce qu’il ferait.
Ruagarne observa ses yeux, où brûlaient des flammes bleues, silencieuses et réfractaires à toute extinction, puis déclara :
« C’est dangereux. »
Enkrid ne répondit pas, et Ruagarne poursuivit :
« Je sais que tu ne m’écouteras pas, même si j’essaie de t’en empêcher. Un chevalier ordinaire ne suffira pas. Ne l’oublie pas. »
Il n’avait jamais rêvé de devenir un simple chevalier. Pas depuis le début.
Dans la vieille chanson, le chevalier portait le titre de « Fin des Guerres ».
Et ces deux mots renfermaient le pouvoir de mettre un terme définitif à tous les combats.
Depuis le tout début.
Son rêve n’avait jamais été de simplement devenir chevalier, mais de devenir un chevalier capable d’accomplir tout ce qu’il entreprendrait.
Il avait entrevu une part de la toute-puissance.
Enkrid savait que son rêve était à portée de main.
Il ne lui restait qu’à refermer les doigts dessus. C’est ce qu’il pensait.
La route qui l’attendait ne serait évidemment pas facile.
Comme elle ne l’avait jamais été.
Malgré tout, il n’aurait pas peur et ne s’arrêterait pas.
Comme il l’avait toujours fait.
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