Chapitre 453
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 453 : Comme prévu
= = =
La journée était courte, et alors ? Ça n’avait aucune importance.
La tâche était claire : repousser les menaces qui fondaient sur la ville.
Enkrid se mit aussitôt en mouvement. À force de répéter un geste, on le maîtrisait ; et ce n’étaient pas les répétitions du jour qui l’avaient amené là. Ses mains savaient s’équiper. Elles le savaient depuis longtemps.
« Ici, on a l’habitude de réveiller les gens en hurlant ? »
Rem était debout.
« Des Créatures démoniaques. Une vague, probablement. »
Enkrid répondit calmement et sortit. Le reste du groupe le rejoindrait de lui-même. Il traversa le rassemblement de soldats et reprit le chemin du rempart.
Au lieu de grimper jusqu’à Aoara, il attendit un instant devant la porte.
« Laissez-moi sortir ! »
L’homme de Rowena apparut en criant.
Enkrid lui asséna une claque derrière la tête.
Paf !
« … Hein ? Pourquoi tu as fait ça ? »
Millio demanda, décontenancé.
« S’il sort, il meurt. »
Plus exactement, c’était Millio, qui s’était avancé pour soutenir cet idiot, qui était mort.
« Bon, c’est pas faux, mais… »
« Un commandant doit garder la tête froide. »
Enkrid le déclara sans ciller, mais ce n’était pas ce qu’il voulait dire.
Tu ne peux pas mourir comme ça.
La fin du chevalier junior Aoara ne lui sortait pas de la tête. Rien de dramatique, rien d’impressionnant.
Le combat qui l’avait précédée, c’était une autre histoire.
Elle était morte sans avoir pu opposer la moindre résistance.
Elle avait dit qu’elle protégerait la ville, et elle ne l’avait pas fait.
Elle avait donc péri comme un chien.
Ça devait se passer ainsi ?
Non. Il ne le voulait pas.
Ça ne pouvait pas se passer comme ça.
Enkrid se fixa un objectif, et le Passeur qui l’observait sentit monter en lui quelque chose qui ressemblait à un rire.
Certaines choses ne changeraient jamais, peu importait ce qui changeait autour ; et le Passeur voyait qu’elles finiraient par déchirer Enkrid.
Malgré tout, le Passeur éprouvait une sorte d’impatience.
Voyons ce qu’il va faire.
Que tirerait ce fou de cette journée, à force de la répéter ?
Qu’est-ce qui changerait encore ?
Il n’en savait rien. Et c’était justement cette ignorance qui rendait la chose si amusante.
Voilà pourquoi le Passeur avait envie de rire.
Voir quelqu’un se démener pour tout changer, puis finir quand même prisonnier de la boucle, serait un beau spectacle.
« Oa ! »
Le cri de guerre retentit. Enkrid s’élança. Prêt à essuyer une volée de flèches, il franchit la porte avant même qu’un otage apparaisse.
Il ne se contenta pas de sortir. Sans ralentir, il fonça droit dans l’obscurité au-delà.
« Qu’est-ce que tu cherches à prouver, à péter les plombs comme ça ? »
Rem lui emboîta le pas.
« Et toi, ça fait de toi quoi, de me suivre ? »
« Un gardien. Je veille sur le malade. »
« Alors fais-le comme il faut. »
Enkrid balaya les environs du regard, à l’affût du moindre détail suspect.
Rem regardait parfois son commandant comme ça, et le trouvait étrange.
Il bougeait comme s’il savait déjà ce qui allait arriver.
Une sorte d’instinct, à la place du talent ?
Il garda la question pour lui. S’il la posait tout haut, l’autre se remettrait à raconter n’importe quoi.
« Si je meurs, je recommence la journée. »
Des absurdités de ce genre.
Qui pouvait croire une chose pareille ?
Enkrid repéra rapidement le poteau et les pierres lumineuses. Une Créature démoniaque arachnéenne était aplatie dessus, le ventre collé au poteau et aux pierres. Un groupe de Créatures démoniaques attendait en embuscade sur le flanc.
« Rem. »
Son nom suffit. Rem comprit.
Sans un mot de plus, tous deux fendirent les crânes des Créatures démoniaques.
L’otage était sauvé. Enkrid eut l’impression qu’ils avaient mis moins de temps que la veille.
Mais le résultat n’était toujours pas celui qu’il lui fallait.
« Où est le chevalier junior Aoara ? »
De retour à la porte, il aperçut Eisia. Il posa la question, et elle répondit :
« Elle a vu deux monstres et est entrée dans la Terre Maudite. »
Trop tard. Ses actions avaient produit des répercussions et modifié la situation.
Enkrid tenta de foncer droit dans la Terre Maudite, mais il était déjà trop tard pour ça aussi.
Da-da-da-da-da-da.
Comme la veille, les flèches jaillirent. La vague d’araignées se déchaîna.
Des araignées aussi grandes que des hommes adultes déferlèrent.
« Rem, Dunbakel, ouvrez-vous un passage ! »
« On est obligés ? »
demanda Ruagarne. Il ne lui répondit pas.
Enkrid se fraya un chemin en direction de la Terre Maudite, vers l’endroit où Aoara était partie.
Ils y perdraient du temps. Mais il fallait quand même avancer.
Personne ne protesta. Ils le suivirent sans un mot.
« Heureusement que j’ai aiguisé la lame de ma hache. »
Rem lâcha les bras le long du corps. Ils se balançaient comme des plumes, et ses mains tenaient une hache d’acier de Lewes.
Puis Rem employa la technique qu’il avait baptisée Hache-plume.
Il s’élança, et la hache traça des arcs de cercle sans distinction.
Tout ce qui entrait dans leur trajectoire devenait un cadavre.
Au milieu du sang noir et épais, Ruagarne avançait, un fouet dans la main droite et l’Épée en boucle dans la gauche.
« Ne me protégez pas. »
Elle cinglait de son fouet et tailladait de sa lame.
Dunbakel dégaina elle aussi ses deux lames recourbées.
Enkrid ne faisait pas autrement. À coups d’Aker et de Spark, il tranchait, transperçait et se frayait un passage.
C’est ainsi qu’ils pénétrèrent au cœur de la Terre Maudite.
« Romen ! »
Un faible cri leur parvint. Les arbres de la Terre Maudite absorbaient les sons, voilà pourquoi il n’avait pas porté plus loin.
En entrant, Enkrid sentit une sensation désagréable l’étreindre. Il n’y prêta pas attention.
Il le vit. Trois pattes d’araignée avaient transpercé le ventre de Romen.
Les épines des pattes dépassaient de son dos, rouges du sang de Romen.
La Créature démoniaque arachnéenne n’était pas indemne non plus.
L’épée-massue de Romen lui avait enfoncé le crâne.
« Merde, impossible de vous laisser seuls deux secondes. »
Romen le dit.
« Où est le chevalier junior Aoara ? »
Enkrid posa la question en balayant les environs du regard.
Le cri venait d’une chevalière junior aux cheveux blonds et courts. Recroquevillée sur le côté, elle se tenait le ventre et respirait avec difficulté.
Il inspecta les lieux. Des chouettes-ours mortes étaient éparpillées partout.
Il y en avait plus d’une ?
Deux autres chouettes-ours de la même espèce. Elles n’étaient pas du niveau d’un chevalier, mais les deux avaient dû frôler la mort plus d’une fois. La violence du combat se lisait dans les traces qu’il avait laissées.
Elles avaient risqué leur vie pour abattre ces créatures.
Mais il n’y avait pas de Goule. Ni de Fragment de Balrok, ni de cette chose, quel que soit son nom.
« Comment avez-vous su qu’il fallait venir ? »
La blonde aux cheveux courts posa la question. Son visage avait blêmi. Rien n’allait.
Le sang s’écoulait sans interruption sous la main qu’elle pressait contre son ventre. Même soignée sur-le-champ, elle n’était pas certaine de survivre.
« À cause de moi, maître n’a pas pu se battre correctement. »
Elle le dit d’un ton égal, mais ses mots dissimulaient quelque chose de sombre et de lourd.
« Ce n’est pas ça, idiote. »
Romen le lança avec un sourire. Elle ne le quittait pas des yeux.
Puis Romen se mit à cligner lentement des paupières. Une odeur de mort émanait de lui.
« Les Créatures démoniaques nous ont tendu un piège ? »
marmonna Ruagarne, comme si elle réfléchissait tout haut. C’était exactement ça. Ils étaient tombés dans le piège en entrant.
Enkrid prit la mesure de la situation et se mit en mouvement.
Il s’enfonça davantage.
« Tu comptes te faire tuer là-dedans ? »
demanda Rem. On aurait dit qu’il lui ordonnait de s’arrêter. C’était bien ce qu’il voulait.
« N’importe qui voit bien que c’est trop. »
marmonna Dunbakel.
Enkrid se retourna et les regarda tous les deux.
« Même si c’est ici que tout s’arrête pour moi… »
Il ne cherchait pas à les convaincre. Il ne restait que la vérité.
Le chevalier junior Aoara ne devait pas mourir là-dedans. Pas comme ça. Même en le sachant, il ne parvenait pas à se retenir.
« S’il faut avancer, alors j’avancerai. »
« Qui a dit le contraire ? »
Rem eut un petit rire. Il ajouta qu’il ne servait à rien de parler à quelqu’un qui avait le crâne fêlé.
« C’est toi qui dis ça ? »
répliqua Enkrid.
Rem semblait parfois ne pas se rendre compte de son propre état.
« C’est plutôt moi qui devrais te le dire. Allez, bouge-toi. »
Il aurait tout aussi bien pu dire qu’ils auraient dû partir plus tôt.
« Quand ce sera fini, tu iras à l’ouest ? »
« C’est le plan. »
« D’accord. »
Enkrid hocha la tête et reprit sa marche.
Plus loin, la chose apparut : le Fragment de Balrok, un éclat, ou peu importe comment on l’appelait.
« Un Balrok ? Non, un fragment. »
Ruagarne prononça la même phrase que d’habitude.
« Un fragment ? »
Cette fois, il avait le temps d’écouter ; il lui posa donc la question.
« Il y a, dans la Terre Maudite, une créature qu’on considère comme un dieu démoniaque fou de guerre. Elle porte une épée entourée de flammes dans la main droite et un fouet que rien ne peut trancher dans la gauche. »
« Tu en parles comme si tu l’avais vue. »
« Mon style de combat vient de l’étude de cette chose. »
Ce qui signifiait qu’elle l’avait vue.
« Celui-là en est une sorte de morceau. J’ai entendu dire un jour qu’il détachait des parties de son âme pour s’amuser, quelque chose comme ça. »
Enkrid hocha grossièrement la tête et regarda devant lui.
Rien qu’à voir cette masse de muscles rouges, il avait mal aux épaules. Un poids écrasant pesait sur lui.
Même un fragment était donc du niveau d’un chevalier.
Le corps d’Aoara apparut également. Elle était déjà morte. À côté d’elle gisait la Goule au crâne enfoncé.
Le monstre que Jerix avait nommé.
Il allait mourir ici.
Est-ce que ça voulait dire qu’il ne devait rien faire ?
Enkrid empoigna son épée et leva Aker à la verticale.
« Tu sais parler ? On dit que ton père était un Balrok. Ta mère était une Goule ? »
Il lança sa provocation. La Créature démoniaque ne répondit pas, évidemment.
Rem dit qu’ils n’avaient vraiment pas de chance : il était venu conjurer le mauvais sort et tombait en plein dedans. Pourtant, il resta aux côtés d’Enkrid.
Dunbakel fut de nouveau saisie par la peur.
Cette fois, au lieu de se jeter dans la mêlée, elle s’enfuit.
Ruagarne n’avait aucun attachement à sa propre vie.
Mais elle dit quelque chose.
« Dommage que je ne te verrai pas devenir chevalier. »
* * *
« J’allais lacérer le visage de mon ex-mari, et voilà que je me retrouve là. Combien de personnes sont amoureuses de toi, au juste ? »
En ce nouveau jour, les plaisanteries du chevalier junior Aoara étaient les mêmes que toujours. C’est alors qu’ils aperçurent un groupe de trolls qui leur barrait la route.
« Si tu y vas seule, tu vas mourir. »
Il essayait d’empêcher Aoara d’entrer dans la Terre Maudite, mais elle secoua la tête.
« Si je recule maintenant, il n’y aura pas de prochaine fois. »
À peine Aoara eut-elle fini de parler que cinq trolls, qui s’agitaient dans les ténèbres de la Terre Maudite, se mirent à avancer en rampant.
C’étaient eux qui dirigeaient les Créatures démoniaques.
« Laisse-les-moi et pars. »
Aoara souriait toujours. D’un sourire lumineux et serein.
Un autre nouveau jour, elle dit :
« Ton rêve, c’est de devenir chevalier ? Je t’ai déjà demandé de décider ce que tu voulais protéger. Je t’ai aussi dit ce que je voulais protéger. Alors, que dois-je faire pour protéger cette ville ? »
La réponse ne demandait pas la moindre réflexion.
« Détruire la Terre Maudite. »
« Exactement. Alors, mon rêve, c’est de tuer Jerix. »
Elle avait donné à la Goule le nom de son ex-mari et comptait la tuer.
Le but d’Aoara était clair. Elle avait été empoisonnée et vivait à crédit.
La cire avait fondu, et il ne restait presque plus qu’un pouce de bougie.
Durant le peu de temps qui lui restait, elle ne voulait qu’une chose.
Tuer la créature centrale qui alimentait la Terre Maudite.
Abattre la Créature démoniaque dont la puissance égalait celle d’un chevalier.
Ce qu’elle ignorait, c’était que Jerix n’était pas cette créature centrale.
« Quelles sont nos chances ? »
demanda Ruagarne.
« Si je peux l’affronter de face, je ne perds jamais. »
Aoara le dit avec un sourire. Il le savait : elle ne perdait pas. Le problème, c’était qu’une autre créature, aussi puissante que la Goule ou pire encore, surgissait toujours pour rendre la victoire impossible.
Et si nous avions un autre combattant du niveau d’un chevalier ?
Alors, ce serait simple.
Non, Aoara le savait depuis longtemps. Ce qu’il lui fallait, c’était un chevalier. Effacer la Terre Maudite était une tâche de cette envergure.
Alors, ils pourraient y parvenir sans trop de sacrifices.
Mais si ce n’était pas possible ?
« Même si je dois mourir, je le tuerai avant de partir. »
Voilà quel était le rêve du chevalier junior Aoara.
Enkrid avait vu la fin de ce rêve se répéter encore et encore. La Terre Maudite ne disparaissait pas. Les soldats mouraient. Romen mourait. La ville tombait. Ils ne pouvaient pas contenir la Vague. La Terre Maudite s’était préparée ; les humains, eux, ne l’étaient pas.
Cette fois encore, rien n’avait changé.
Le Fragment de Balrok s’approcha d’Aoara, épuisée et blessée.
Jerix gisait mort sur le côté. Bien sûr.
Cette chose savait-elle seulement quel nom on lui avait donné ?
« Putain, cette chose est un monstre. »
Rem s’en rendit compte aussitôt.
À quoi ressemblait le Balrok lui-même, se demanda distraitement Enkrid. Le vrai, pas un simple fragment. Une curiosité inutile pour l’instant. Ce n’était pas en le souhaitant qu’il pourrait le voir.
Pour le moment, il n’avait donc qu’à s’occuper de ce qui se trouvait devant lui.
Un nouveau jour recommença.
Il retrouva la Goule.
« Tu manges à heures régulières ? »
demanda Enkrid sans raison particulière.
« C’est mon ex-mari. Ça vous dérangerait de nous laisser nous retrouver ? »
Aoara s’avança en souriant.
La Créature démoniaque avait évolué et faisait maintenant face à un chevalier. La Goule avait volé le sourire d’Aoara et leva son épée.
Gourk.
Le son qu’elle émit ressemblait à la Pression.
Malgré tout, elle mourut. L’épée d’Aoara la taillada, la déchira, la fendit en deux.
Après quoi Aoara mourrait encore.
Elle pouvait s’enfuir, si elle le voulait.
Aoara en était capable.
Elle pouvait tout simplement déguerpir avant que le Fragment de Balrok ne l’atteigne. Il ne poursuivait pas les fuyards. Dunbakel s’était enfuie une fois, paniquée, et il ne l’avait pas suivie.
Malgré cela, Enkrid ne demanda jamais à Aoara pourquoi elle allait aussi loin.
Parce qu’il la comprenait.
« Romen, attends. Celui-là est pour moi. »
Aoara le dit et tua la Goule.
Certains jours, elle résistait vraiment au Fragment de Balrok.
Mais épuisée et blessée, elle n’en faisait jamais assez.
Enkrid observait la situation, revenait sur ses pas, l’examinait, combattait et tenait bon.
De quoi avait-il besoin, là, tout de suite ?
Certains jours, il parvenait à repousser la Goule et les autres. Il faisait entrer Eisia dans le combat et tentait de maintenir la ligne. Parfois, il tenait assez longtemps pour qu’Aoara ne meure pas.
Mais lorsqu’il revenait après s’être frayé un chemin à travers la Terre Maudite, un cauchemar l’attendait.
Un nombre absurde d’araignées, ces Créatures démoniaques. Même si le rempart tenait, les soldats ne pourraient pas résister à cette masse sans le chevalier junior Aoara et les chevaliers juniors.
Les Créatures démoniaques avaient franchi les remparts et envahi la ville.
La ville ne pouvait pas contenir la Vague.
Puis vint l’instant où il vit un soldat, encore vivant, se faire mâcher et avaler par la gueule d’une araignée.
« Aaaah ! »
Ce fut la première fois qu’Enkrid vit Aoara perdre son sourire.
Et au même instant, la Goule et les autres jaillirent de la Terre Maudite.
À ce stade, Aoara ne pouvait même plus vaincre la Goule.
Que pouvait-il faire ?
La conclusion était simple.
Abandonner la ville.
Les sacrifices étaient inévitables.
Convaincre Aoara de battre en retraite et d’attendre un autre jour. Se préparer comme il fallait, éliminer les Créatures démoniaques de haut rang une par une. Ainsi, ils pourraient mettre fin à la Terre Maudite et accomplir le rêve d’Aoara.
Mais la ville tomberait.
La porte sculptée par son grand-père et la plupart des gens qui protégeaient cet endroit seraient abandonnés.
Et les Créatures démoniaques se répandraient au-dehors. D’innombrables habitants des villages voisins périraient.
Même si cette voie menait à la victoire, Aoara ne pourrait pas l’accepter.
Enkrid n’était pas certain de pouvoir la convaincre ; et surtout, il n’en avait lui-même aucune envie. Pas la moindre.
Son rêve était de devenir chevalier.
Le chevalier des vieilles chansons était-il le genre d’homme à abandonner les gens derrière lui pour finir par gagner ?
Savoir que c’était insensé, et pourtant emprunter le chemin des épines.
Voilà ce qu’était un chevalier aux yeux d’Enkrid.
Il n’envisageait pas de fuir.
Dans ce jour sans cesse recommencé, Enkrid dit :
« Partez vers l’ouest sans moi. »
« Tu t’es pris un coup sur la tête ? »
Rem répliqua aussitôt. Il n’avait aucunement l’intention de partir. Évidemment.
Rem ne l’avait jamais quitté.
« Ngh… nghhh. »
Dunbakel gémit sourdement. La peur l’avait engloutie.
L’un de leurs combattants ne leur servait à rien.
Il avait vu Aoara mourir, puis en était revenu. Certains jours, elle survivait de justesse, mais dès l’aube elle perdait connaissance.
La journée recommença.
« Profite bien. Comme avant. »
dit le Passeur.
Enkrid rouvrit les yeux.
La journée recommença.
« Sans cette ville, je n’existe pas non plus. »
dit Aoara.
La journée recommença.
« Même si le chemin se termine au bord d’un précipice, s’il faut que j’y coure, j’y courrai. C’est pour ça que je suis devenue chevalier. »
Aoara le dit en souriant.
« Oa ! »
Un soldat poussa le cri de guerre.
« Nous partirons en souriant ! »
Romen mourut le sourire aux lèvres.
La blonde aux cheveux courts sacrifia sa vie.
Les Créatures démoniaques arachnéennes grouillaient. Des flèches tissées de fil fusaient dans les airs.
Quand le passage devant le rempart fut dégagé, les soldats le bouchèrent de leurs corps.
Quatre écuyers moururent.
Des soldats moururent.
Millio mourut.
Même laisser partir Rowena ne changea rien.
La fleur qui avait éclos dans la Terre Maudite se fana et mourut.
C’était quand le désespoir et le découragement vous pénétraient jusqu’aux os qu’il fallait fermer les yeux et renoncer.
« Je vais te donner la réponse. Fuis. »
dit le Passeur.
Comme toujours, c’était le meilleur choix.
Fuir, retrouver un nouveau jour et se contenter d’une journée suffisamment supportable. Voilà ce que le Passeur lui proposait.
Il lui disait qu’il lui simplifierait les choses.
Enkrid acquiesça aux paroles du Passeur.
Le cent vingt et unième jour venait de s’écouler.
« Voilà ce que je compte faire. Qu’en penses-tu ? »
Enkrid lui exposa ses réflexions et soumit son plan au Passeur.
« En effet. »
Le Passeur le dit en plongeant son regard dans celui d’Enkrid.
Dans les yeux d’Enkrid brûlaient deux flammes bleues, empreintes de folie.
« Quel cinglé. »
Le Passeur le dit avec une pointe d’admiration. Ces yeux pleins d’espoir plutôt que de désespoir lui avaient arraché ces mots sans qu’il le veuille.
= = =
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>