Chapitre 45
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 45 : Survivre à d’innombrables batailles (1)
« Viens donc ! »
Le chef de peloton Vengeance cria en abattant son épée. Le moustachu tint la sienne à l’horizontale pour bloquer le coup à mi-chemin.
Les épées du chef de peloton Vengeance et du moustachu s’entrechoquèrent.
Clang !
Au choc des lames, le moustachu avança et poussa son adversaire en arrière de tout son poids.
Vengeance, qui ne pensait qu’à brandir son épée, fut projeté en arrière, impuissant.
« Ouf ! »
Perdant l’équilibre, il roula sur le sol et souleva un nuage de poussière en s’immobilisant, juste à côté d’Enkrid.
Leurs regards se croisèrent. Un bref silence s’installa entre eux. Un vent froid souffla de quelque part. Le visage de Vengeance vira au rouge vif.
Enkrid choisit ses mots avec soin.
« … Tu as dit que tu étais venu me sauver. »
Les pupilles de Vengeance tremblèrent violemment.
« Pourquoi ce salaud est-il aussi fort ? »
Enkrid laissa échapper un rire impuissant. Il était venu le sauver, et il s’était fait mettre au tapis en un seul coup. Vengeance se retourna et se releva, ramassa son épée tombée à terre et reprit sa garde.
« Bon sang, espèce d’ordure. »
Il fixa l’ennemi et cria :
« Tirez ! »
La moitié des hommes de son peloton étaient des archers.
« Criblez-les ! »
À son ordre, les flèches fusèrent.
« Bloquez-les ! »
« Levez vos boucliers ! »
Plusieurs soldats qui suivaient de près le moustachu se précipitèrent en avant, leurs boucliers levés.
Boum, boum, boum !
Les flèches frappèrent les boucliers. Le timing était parfait. Le moustachu jeta un regard meurtrier à Enkrid par-dessus son bouclier. Puis il en arracha un des mains d’un de ses subordonnés.
Quel taré.
Enkrid serra les dents et se redressa brusquement. Une douleur brûlante lui transperça la jambe et le dos, là où les carreaux s’étaient fichés. Il n’avait pas le temps de gémir.
Grrr.
La panthère montra les crocs à côté de lui. Pendant ce temps, le moustachu, son bouclier en avant, réduisait rapidement la distance.
« Espèce de taré ! »
Vengeance s’écria, stupéfait. Enkrid endura la douleur et tira l’épée courte de la ceinture de Vengeance.
Clang.
Le moustachu était juste devant lui. Impossible de battre en retraite.
Fouish.
Vengeance balança son épée en diagonale pour intercepter l’attaque adverse, décidé à stopper la charge par la force. Le moustachu fit mine de croiser le fer, mais tourna le poignet, ramena son épée et dévia le coup de Vengeance.
Ffff.
L’épée de Vengeance fendit le vide. La panthère bondit alors en avant. Mais le moustachu n’était pas un soldat ordinaire. Il inclina son bouclier vers le bas, bloqua la route de la panthère et la repoussa sur le côté.
« Aïe ! »
La panthère poussa un cri en étant projetée sur le côté. Tout cela se déroula en quelques secondes à peine. Enkrid, l’épée courte serrée dans sa main, concentra son esprit. Bientôt, il ne resta plus dans sa tête que son adversaire et lui.
Point de concentration.
Ses blessures, le soulagement et les changements émotionnels éveillèrent en lui une concentration aiguë. Le temps sembla ralentir un instant. Enkrid vit les yeux injectés de sang du moustachu. Il vit aussi les mains de son adversaire.
Le moustachu tenait son épée juste au-dessus du pommeau, allongeant sa portée pour porter un unique coup décisif. Dans cette posture, il décrivit un arc de cercle avec sa lame, de haut en bas.
Enkrid ne remarqua même pas quand l’épée avait été levée. À présent, elle s’abattait sur lui. La lame descendait comme une guillotine. On aurait dit que celle du moustachu le poussait à revivre cette journée.
Enkrid n’aimait pas ça.
Il retint son souffle. Pas le temps d’expirer. Pas le temps de geindre à cause de la douleur. Il avait appris le maniement de l’épée lourde, mais ne pouvait pas s’appuyer sur les bases que Ragna lui avait enseignées.
Alors…
Parmi les dizaines de techniques d’épée qu’il avait apprises, pratiquées, observées et imitées, laquelle pouvait-il employer maintenant ?
Ses innombrables défaites l’avaient poussé à étudier et à s’entraîner sans relâche. Il n’avait jamais cessé d’apprendre et d’observer. Son corps bougea d’instinct. L’épée courte ne résistait pas bien aux impacts. S’il bloquait de toutes ses forces, elle se briserait. Le moustachu était certain de l’emporter. Il croyait qu’il allait prendre la vie de cet adversaire agaçant qui lui faisait face.
Fouish. Ting, crîîî. Boum !
Finalement, le coup du moustachu échoua. Il ne parvint qu’à entailler l’épaule d’Enkrid. La blessure était profonde, le sang giclait, mais Enkrid n’était pas mort. Il n’avait pas réussi à le tuer.
« Toi… »
Au lieu d’attaquer de nouveau, le moustachu écarquilla les yeux de surprise. L’incrédulité se lisait dans son regard.
« Où as-tu appris ça ? »
Le moustachu cria. Enkrid lui répondit honnêtement :
« En combattant. »
Mitch Hurrier lui avait montré d’innombrables fois sa technique fluide. Elle était d’une finesse remarquable. Dans un moment de danger, Enkrid l’avait exécutée sans même y penser.
Quand l’épée du moustachu s’était abattue, Enkrid l’avait déviée avec son épée courte, la détournant sur le côté. Il avait intercepté le milieu de la lame, absorbé la force du coup et relâché sa prise pour la laisser glisser.
Il avait fallu doser parfaitement la force et le timing pour que cela fonctionne. Sinon, il ne s’en serait pas tiré avec une simple blessure à l’épaule. Enkrid lui-même en était stupéfait.
Ça a marché.
Il avait observé et étudié la technique d’innombrables fois, mais c’était la première fois qu’il l’employait en combat. Sans entraînement rigoureux, il avait réussi à l’exécuter. Pour quelqu’un comme Enkrid, réputé pour son absence totale de talent, c’était un miracle.
Pour la première fois, le cœur d’Enkrid s’emballa. Même les épéistes bien entraînés avaient du mal à imiter la technique de l’épée fluide qu’il venait d’utiliser.
« Espèce d’ordure ! »
Derrière le moustachu, Vengeance balança son épée et chargea de nouveau. Le moustachu pivota, para son coup et leva encore son bouclier.
Boum !
Une flèche se ficha dans le bouclier. Un archer habile l’avait pris pour cible, mais il l’avait bloquée.
Clang ! Clang !
Sur place, le moustachu échangea encore quelques coups avec Vengeance. Il fixa Enkrid d’un regard brûlant. Celui-ci ne regardait que l’épée courte dans sa main. Il ne pouvait pas foncer de nouveau pour le tuer. S’il restait coincé ici, ils étaient tous perdus. Le moustachu se retourna.
« Repli ! »
Il cria et se retira. Avant de partir, il lança une dernière phrase à Enkrid :
« Je ne t’oublierai pas. »
Enkrid lui répondit avec sincérité :
« Pas la peine. »
Il le pensait vraiment. À quoi bon se souvenir de lui ?
Le peloton de Vengeance ne poursuivit pas l’ennemi bien loin. Même à l’avant-garde, ils étaient très en avance sur leurs propres troupes. S’ils avançaient davantage, le peloton de Vengeance risquait d’être anéanti par une contre-attaque.
« Hé, ton épaule ! »
Vengeance avait fixé le moustachu en retraite, mais revint alors s’occuper d’Enkrid. Le sang lui coulait de l’épaule. Il avait dévié le coup, mais pas parfaitement.
Pourtant, Enkrid sourit.
Ça a marché.
Il se répéta les mots qui lui étaient venus à l’esprit quand la technique avait réussi. Il tenta de se rappeler comment il avait détourné l’épée de son adversaire, mais ses souvenirs restaient flous. Son corps avait agi de lui-même. Une exaltation nouvelle l’envahit.
« Ce n’est pas le moment de sourire, espèce de fou. »
Vengeance s’approcha et lui noua un morceau de tissu autour de l’épaule.
« On n’a pas de bandages ! On se replie, maintenant. Retour à la 3e escouade ! »
Vengeance ordonna à son peloton de battre en retraite. Ils avaient déjà remporté cette bataille. La commandante de compagnie leur avait ordonné de poursuivre l’arrière-garde ennemie, sans s’enfoncer trop loin. Gravement touchés par la sorcellerie, ils devaient eux aussi se regrouper.
« Tu as perdu trop de sang. »
Vengeance le soutint tandis qu’il parlait. Enkrid le regarda et répondit :
« Il faut aussi emmener la panthère. »
Ils s’étaient sauvé la vie l’un l’autre. Impossible de l’abandonner maintenant.
« Espèce de taré, occupe-toi d’abord de toi-même. »
Malgré ses paroles, Vengeance ramassa la panthère tombée à terre. Il vérifia si elle était blessée et remarqua du sang qui gouttait de ses crocs.
Alors c’était ça, ce qui me coulait dans le dos.
Malgré ses gencives en sang, elle ne l’avait pas lâché. Enkrid la prit dans ses bras. Elle n’était pas lourde. Comment un si petit corps avait-il pu déployer autant de force ?
Gémissement.
La panthère gémit dans ses bras.
« En route ! »
Vengeance soutint Enkrid tandis qu’ils quittaient le champ de bataille.
À partir de là, Enkrid resta à demi conscient. Il avait perdu trop de sang. Le passeur de la Rivière Noire apparut dans les airs et lui demanda :
« Hé, pourquoi te donnes-tu tant de mal ? »
Il avait des hallucinations à cause de sa perte de sang. Incapable de rassembler la force nécessaire pour répondre, il fixa le passeur, qui poursuivit :
« Tu peux simplement recommencer. »
« Ça se répète sans fin, un nombre incalculable de fois. »
« Pourquoi te donnes-tu tant de mal ? »
« Pourquoi ne pas vivre sans te soucier de rien, puisque cette journée va se répéter ? »
« Pose-toi, arrête-toi, perfectionne-toi, puis affronte de nouveau cette journée. Si tu meurs, tu pourras recommencer avec une journée plus parfaite. »
« Est-ce la peur de mourir ? Non, tu finiras par t’y habituer. Qu’est-ce que ça peut faire si tu perds à moitié la raison ? Qui regarde ? Qui s’en soucie ? Cette journée n’appartient qu’à toi. »
Enkrid n’avait pas la force de parler. Il n’arrivait pas à marcher correctement et avançait presque traîné. Alors, il répondit en pensée.
Pourquoi devrais-je m’arrêter ?
Pourquoi ne donnerais-je pas tout aujourd’hui, même si cette journée se répète et qu’une autre chance m’attend ?
À force de recommencer, je finirais par stagner.
En vivant ainsi, je resterais prisonnier d’aujourd’hui.
Et il n’y aurait tout simplement pas de lendemain.
Sans lendemain, il n’y a pas de rêves. Sans rêves, tout est vain.
Je ne veux pas m’arrêter.
Même si chacun de ses pas ne représentait qu’une fraction de ceux des autres. Il voulait avancer. C’était ainsi qu’il voulait vivre. Même s’il ne pouvait pas devenir chevalier, il voulait se battre pour le devenir.
Boum.
À bout de forces, il trébucha sur une pierre.
« Ne meurs pas. »
Vengeance marmonna juste à côté de son oreille. Sa vision se brouilla. Il n’y voyait plus clair. Le passeur de la Rivière Noire avait disparu à un moment donné. Enkrid comprit la nature de cette malédiction.
« Je pourrais faire mieux si je recommençais, pas vrai ? »
Cette pensée finirait inévitablement par lui venir, à force de revivre cette journée.
Mais pas à Enkrid.
Il voulait toujours marcher vers demain. Il savait instinctivement qu’un lendemain raté valait mieux qu’un aujourd’hui parfait.
S’arrêter, c’est finir.
Voilà pourquoi c’était une malédiction, et non une bénédiction. Revivre cette journée sans fin signifiait ne jamais voir le jour suivant. Au terme de ses pensées, Enkrid se demanda :
Alors, était-ce le mieux que je pouvais faire ?
Il n’en savait rien. Seuls les dieux savaient à quoi ressemblait un aujourd’hui parfait. Le « aujourd’hui » qu’Enkrid avait vécu devait en partie son existence à la chance. Rien ne garantissait que la chance serait au rendez-vous le prochain « aujourd’hui ».
Alors, comme toujours, il marcherait vers demain. Un corps chaud reposait dans ses bras. Sa vue brouillée, il baissa les yeux vers la panthère noire, qui le fixait.
Ses yeux bleus étaient comme un lac.
Puis Enkrid perdit connaissance.
Il crut qu’il allait mourir. Alors, il revivrait cette journée. Il ne se laisserait pas abattre parce qu’il n’avait pas atteint demain. Il lutterait pour vivre une nouvelle fois.
L’obscurité s’abattit sur Enkrid et l’enveloppa. Il devint un vagabond invité dans le monde des ténèbres, sombrant dans l’inconscience.
« Ai-je fait le mauvais choix ? »
Le passeur de la Rivière Noire apparut. Enkrid entendit son monologue.
Il tourna la tête. Le visage lisse et noir du passeur, semblable à un miroir, était toujours là.
« On verra bien. »
Sa seule remarque ramena Enkrid à la conscience. Quand il ouvrit les yeux, il vit le plafond de la tente.
« Waouh, tu as survécu ? Je croyais vraiment que tu allais y passer, cette fois. »
La voix de Rem lui parvint.
Son épaule, son dos, sa jambe et son flanc le faisaient souffrir, et il avait la tête qui tournait.
« La coupure à l’épaule était grave. Je ne sais pas qui t’a fait ça, mais la lame était bien affûtée. »
Rem continua de bavarder. Enkrid, qui avait encore l’esprit embrumé, cligna plusieurs fois des yeux.
Il sentit alors une présence chaude à côté de lui et tendit la main. Une douleur sourde battait dans son épaule. Sous ses doigts, il sentit un pelage doux.
Grrr.
La panthère noire ronronna de contentement sous sa caresse.
J’ai traversé cette journée.
« Tu prends l’habitude de t’évanouir. »
« Qui s’évanouit par plaisir ? J’ai soif. »
« Ah oui ? »
Enkrid vit Rem assis, les bras croisés. Grands Yeux se tenait derrière lui et lui apporta de l’eau. Quelques gorgées lui humidifièrent la gorge desséchée, comme une pluie sur une terre aride.
« Waouh, notre chef d’escouade est solide. Regardez, il est vivant. »
Grands Yeux parla en le regardant boire.
« Il a perdu beaucoup de sang. »
Jaxon le dit d’un ton détaché. Au fond, un membre de l’escouade, tout entier absorbé par sa foi, priait.
« Seigneur, nous te remercions d’avoir exaucé nos prières. »
Ragna le contempla en silence, puis demanda :
« Ça va ? »
« Pas au point d’en mourir. »
Il pouvait dire ça parce qu’il avait survécu. Parce qu’il avait vécu cette journée jusqu’au bout et affronté le lendemain.
Enkrid sourit modestement, puis se rallongea.
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