Chapitre 46
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 46 : Endurer d’innombrables batailles (2)
On apprit à Enkrid qu’un guérisseur était passé soigner ses nombreuses plaies, causées par des perforations et des coups de lame.
« Heureusement, il n’y aura pas de séquelles. Notre chef d’escouade a de la chance, lança Grands Yeux en souriant.
— On dirait que tu espérais que je sois blessé.
— Non, je m’inquiète, c’est tout. Tu devrais te sentir honoré. Tu es le premier homme pour qui je me sois jamais fait du souci.
— D’accord, alors.
Enkrid avait cru qu’ils battraient bientôt en retraite, mais les troupes étaient toujours dans une impasse face au royaume d’Azpen.
Y aurait-il d’autres batailles ?
Quoi qu’il en soit, il n’y prendrait pas part. Avec ses blessures, il était hors de question qu’il retourne sur le champ de bataille. Il se contenterait peut-être d’observer.
Grands Yeux lui avait laissé une pomme, qu’Enkrid grignotait quand Rem entra. Le reste de l’escouade avait quitté la tente ; ils étaient donc seuls. Rem s’assit près d’Enkrid, posa les coudes sur ses genoux et le menton dans ses mains. Il le fixa, les lèvres serrées.
« Si tu comptes m’avouer tes sentiments, laisse-moi te rejeter d’abord.
— Tu sais que j’aime les femmes, pas vrai ? Si toi et une inconnue étiez tous les deux en train de vous noyer, je sauverais la femme. À condition qu’elle soit jolie, bien sûr.
— Ça me va. Je nage bien. Pas la peine de me sauver, je me débrouillerai tout seul.
— Alors, tu pourras me sauver la prochaine fois. Figure-toi que je ne nage pas très bien.
Qu’est-ce qui lui avait pris de dire qu’il sauverait une femme en train de se noyer ?
Enkrid trouva la remarque tout à fait typique de Rem.
« Bien sûr. Je te lancerai une pierre.
Leur échange habituel se poursuivit jusqu’à ce que Rem se taise et se contente de dévisager Enkrid. Ses yeux gris ne le quittaient pas, emplis d’un sérieux sans précédent.
« Tu as quelque chose à me dire ?
— Comment as-tu su que c’était de la sorcellerie ?
Hein ? Enkrid ne s’était pas attendu à cette question.
« J’ai vu ça pendant une mission de reconnaissance.
— Tu as compris que c’était de la sorcellerie rien qu’en voyant ça ? Tu avais l’air de savoir que le mât était la cible.
C’était vrai. Il l’avait su. Mais il ne pouvait pas dire qu’il l’avait compris en revivant cette journée. Il lui fallait une explication plausible. Il s’apprêtait à inventer un mensonge, mais se sentit mal à l’aise sous le regard gris et scrutateur de Rem. Même s’il lui disait la vérité, Rem ne le croirait pas. Mais devait-il lui mentir franchement ?
Un mensonge maladroit serait vite démasqué. Enkrid ne voulait pas traiter Rem de cette façon. Il mêla donc un peu de vérité à son histoire.
« J’ai vécu un temps avec un pionnier.
C’était vrai, puisque Rem lui-même était un pionnier.
« J’ai beaucoup appris de cet ami.
C’était vrai aussi, puisque Rem lui avait parlé de sorcellerie.
« Alors, j’y ai réfléchi et j’ai deviné.
Ce n’était pas tout à fait vrai, mais ça s’en rapprochait. Au lieu de deviner, il avait compris en revivant cette journée et en laissant son corps trouver la réponse. On pouvait dire qu’il avait réfléchi avec son corps plutôt qu’avec sa tête. Du moins, c’était ce qu’Enkrid croyait en parlant.
« Le mât semblait servir de catalyseur à la sorcellerie. J’ai vu les rangs ennemis se comporter bizarrement avant l’apparition du brouillard, alors j’ai chargé.
— Hum.
On se laisse facilement tromper quand un mensonge se mêle à la vérité. C’est que celui qui parle croit sincèrement à ce qu’il raconte. Quand la sincérité s’en mêle, même quelqu’un de perspicace a du mal à déceler le faux.
Enkrid parla avec sincérité, taisant seulement ce qu’il ne pouvait révéler.
Rem le crut. Et même s’il n’était pas entièrement convaincu, il n’avait aucune raison de douter.
« C’est donc ça ? Tu as compris si vite, c’est impressionnant.
— Et alors, si c’est de la sorcellerie ?
— Je voulais te dire de ne pas jouer avec ça à la légère.
— C’est ça ?
Rem hocha la tête. Enkrid se souvint qu’il avait été absent pendant la bataille. Il s’était attendu à ce que Rem le rejoigne lorsqu’ils avaient chargé, mais il n’était pas venu. Depuis, Enkrid ne l’avait pas revu. Puis Rem avait regagné l’unité.
« Je voulais te demander où tu étais pendant la bataille.
— Ce n’était rien. Je voulais savoir qui avait installé ce mât, alors je suis allé jeter un œil.
— … Tu es allé voir ?
— Ouais, et j’ai taillé une bavette avec ma hache.
Rem sourit et sortit de la tente. Enkrid se rappela l’instant où il avait abattu le mât. Le sorcier faisait sonner des cloches, puis avait rapidement disparu. Enkrid n’y avait pas prêté attention, trop occupé à détruire le drapeau. Apparemment, le sorcier s’était enfui et était tombé sur la hache de Rem. Enkrid se dit que ce n’était pas bien grave.
Les coups de tête de Rem n’avaient rien de nouveau. Lors d’une bataille précédente, il avait foncé dans les rangs ennemis en prétendant vouloir capturer une « serre de faucon » ou quelque chose du genre.
Le chef de peloton, qui le savait, avait écarté l’escouade à problèmes du gros des troupes. Seule l’escouade restante avait été comptée dans les effectifs du peloton.
Cette fois n’avait pas fait exception.
Pourtant, quelque chose avait changé. Cette fois, c’était Enkrid qui avait quitté les rangs le premier. C’était inhabituel.
« Hé, ça va ?
Le chef de peloton entra dans la tente.
« Tu es venu voir les malades ? Quand est-ce qu’on rentre ?
Enkrid posa la question sans détour. Le chef de peloton haussa les épaules.
— On n’a encore reçu aucun ordre d’en haut. Tout le monde est en attente.
L’hiver approchait. C’était une saison difficile pour poursuivre les combats. Ils ne laisseraient certes pas cet avant-poste sans surveillance, mais leur bataillon s’était durement battu et serait sans doute bientôt relevé.
L’absence d’ordre de retour avait quelque chose d’étrange. Le chef de peloton se gratta la tête en regardant Enkrid.
« Toi.
— Oui.
Sur le moment, le chef de peloton n’avait pas beaucoup réfléchi au départ d’Enkrid. Il s’était seulement demandé si celui-ci avait enfin perdu la tête. Plus tard, il avait survécu en obéissant aux ordres : se mettre à terre et lever les boucliers. Alors qu’il se croyait perdu dans le brouillard, celui-ci s’était brusquement dissipé.
Ils s’étaient retournés pour combattre l’ennemi. Il avait appris ensuite que le brouillard était dû à de la sorcellerie et qu’il ne se dissiperait pas tant que le catalyseur ne serait pas détruit ou le sorcier tué. C’est du commandant de compagnie qu’il avait appris tout cela.
« Qui a bien pu faire ça ?
Le commandant de compagnie avait posé la question en le fixant de ses yeux verts. Le nom d’Enkrid était alors venu à l’esprit du chef de peloton.
À tout le moins, il soupçonnait cette escouade d’avoir fait quelque chose. Après tout, Enkrid avait chargé avant l’apparition du brouillard. Et les cris ressemblaient à sa voix.
Rassemblant ses pensées, le chef de peloton prit la parole.
« On dit que ce brouillard était de la sorcellerie.
— Oui, je l’ai signalé.
Exact. Enkrid l’avait signalé pendant une mission de reconnaissance.
« Hum. C’est vrai.
Le chef de peloton observa Enkrid un instant, lui dit de prendre soin de lui, puis s’en alla.
« Ça n’a aucun sens.
Il connaissait le niveau d’Enkrid. Ce n’était pas le pire, mais tout au mieux, il pouvait mener une milice villageoise. Son escouade comptait de redoutables soldats, mais Enkrid n’en faisait pas partie. Le catalyseur de la sorcellerie devait se trouver loin derrière les lignes ennemies, à moins que l’ennemi ne soit complètement idiot. Quelqu’un avait dû s’infiltrer aussi loin.
« À travers ce brouillard épais ?
Esquiver les carreaux et les flèches ?
Le chef de l’escouade des Fauteurs de troubles ?
Impossible.
Il avait même demandé à Rem, par acquis de conscience, mais celui-ci avait nié. Ragna était hors de cause. Il avait combattu à leurs côtés dès que le brouillard s’était dissipé. Les autres membres de l’escouade avaient combattu au sein des rangs du peloton arrière.
« Des renforts sont venus du gros des troupes ?
Sur cette pensée, le chef de peloton sortit. La température avait chuté brutalement et le froid s’était installé.
« On ne bat vraiment pas en retraite ?
L’air de la ville lui manquait. Il avait le mal du pays, de sa femme et de sa fille. Il voulait faire griller des pommes de terre au coin du feu et dormir d’un sommeil paisible.
Après être resté alité deux jours, Enkrid put se lever et se déplacer.
« N’en fais pas trop.
Grands Yeux s’inquiétait, mais Enkrid se sentait mieux qu’il ne l’aurait cru.
« Cette bête est partie ?
demanda Grands Yeux. Assis dans son lit, Enkrid hocha la tête et regarda autour de lui.
— On dirait bien. Elle n’est pas là.
— Elle avait l’air de beaucoup t’apprécier.
— Tu n’avais pas peur ?
— Si, j’avais peur. C’est une bête. Une bête sauvage.
— Pourtant, elle avait l’air d’un petit.
— Tu connais Enri, le chasseur qui part en reconnaissance avec nous ? Il m’a dit qu’il était sorti avec toi.
demanda soudain Grands Yeux. Enkrid hocha la tête, songeant aux nombreuses relations de Grands Yeux. Comment connaissait-il Enri ?
— Il vient des plaines, pas vrai ?
Enkrid le savait bien. Enri lui-même lui avait appris beaucoup de choses.
— Enri m’a dit qu’il y avait de nombreuses bêtes sauvages dans les plaines de la Perle Verte et que la plus redoutable d’entre elles était la Panthère Noire aux yeux bleus, appelée Cheonganpyo. On l’appelle aussi la Panthère du Lac.
Grands Yeux était tout excité, visiblement passionné par l’histoire.
— On dit que ses yeux ressemblent à des lacs, d’où son nom de Panthère du Lac. Elle chasse les gazelles et les gnous, mais puise généralement son énergie dans la terre. On la considère comme un animal spirituel. Une de ses griffes vaut plus de 10 000 kronas.
La krona était la monnaie créée par l’Empire. Une pièce de bronze valait une krona.
Cent pièces de bronze valaient une pièce d’argent, et cent pièces d’argent, une pièce d’or.
Autrement dit, 10 000 kronas équivalaient à une pièce d’or.
Une griffe valant une pièce d’or. C’était plus que la solde d’Enkrid.
« Tu crois que tu pourrais arracher une griffe capable de trancher la gorge d’un homme ?
— … Je ne suis pas avide.
Grands Yeux agita la main d’un air dédaigneux. Enkrid fit quelques pas, se mit à transpirer et sentit une douleur sourde. Rien d’insurmontable, toutefois. À force d’avoir frôlé la mort, il savait instinctivement évaluer ses blessures à la douleur qu’elles lui causaient.
« Si tu forces, ça va empirer.
Jaxon, qui l’observait, prit la parole. Seuls Grands Yeux et lui étaient encore là ; les autres étaient sortis.
— Je n’en fais pas trop.
Tout en répondant et en bougeant, il se rappela comment il avait dévié le coup de l’Homme à la Moustache. Comment s’y était-il pris ?
Pourrait-il recommencer si on le lui demandait ?
Il n’en était pas sûr. Peut-être pas ?
Et pourtant, après quelques essais supplémentaires, il pensait pouvoir y arriver. Tandis qu’il y réfléchissait, Rem et Ragna revinrent.
« Éloignez-vous un peu. La paresse, c’est contagieux.
lâcha Rem pour le taquiner.
« Pourquoi as-tu toujours l’air de vouloir mourir ?
rétorqua Ragna, deux fois plus fort. Avant que la dispute ne dégénère, Enkrid prit la parole.
« J’ai une question. À propos de l’escrime.
Tous deux le regardèrent.
« Vas-y.
— Si c’est une question d’escrime, c’est moi qui devrais répondre.
Ils recommencèrent à se défier du regard. Enkrid s’empressa donc de poursuivre. Ce n’était pas compliqué. Il avait vu un ennemi faire quelque chose à plusieurs reprises, et le geste s’était imprimé dans son corps avant de ressurgir sans qu’il y pense. Voilà, en gros, ce qui s’était passé. Il leur raconta son expérience aussi simplement que possible.
« Eh bien, ce genre de chose arrive avec l’entraînement.
Rem répondit le premier.
— Voilà une expérience intéressante. J’ai toujours cru que j’étais spécial depuis mon enfance, mais dans ton cas, c’est une bénédiction divine. La Déesse de la Fortune a dû trébucher et laisser tomber une pièce d’or.
Ragna enchaîna. Aucun des deux commentaires ne l’aida particulièrement. Ils recommencèrent à se chamailler à propos d’Enkrid, mais finirent par lui donner des explications plus détaillées.
— Quand on a assez combattu, il arrive que la vue se dégage. D’ordinaire, ça ne se produit qu’après d’innombrables batailles réelles. Si tu as atteint un état de concentration, c’est encore plus probable.
— Comme tu t’es un peu habitué au Cœur de la Bête, tu peux observer les mouvements de ton adversaire sans ciller. Si tu as pu étudier de près ses techniques à l’épée et la répartition de ses forces, ton corps peut réagir instinctivement. Mais ça ne marche que si tu maîtrises les bases.
— Les bases sont importantes, mais il te faut aussi des centaines de combats réels et brutaux.
En les écoutant, Enkrid parvint à une conclusion.
Ah.
Pour les autres, ce n’était qu’une seule journée. Pour Enkrid, c’en avait été des centaines, marquées par des combats acharnés. Des journées où il n’avait jamais baissé les bras.
À chaque instant, il s’était battu et avait donné tout ce qu’il avait. Les innombrables heures qu’il avait endurées et savourées lui avaient porté chance.
En réalité, ce n’était pas seulement de la chance. C’était tout naturel.
Le fruit de ses efforts pour étudier et persévérer, malgré les entailles, les coups de lame, les égratignures et la mort. À la base de tout cela se trouvaient le Cœur de la Bête, qui lui donnait du courage, et l’état de concentration.
Encore une fois, je leur dois beaucoup.
Tout cela, il le devait à ces deux choses. De plus, Ragna avait entièrement revu les bases de son escrime. Le combat contre Mitch Hurrier, la poursuite par l’homme à la moustache, cette journée sur le champ de bataille.
Des pensées complexes lui emplirent la tête et firent naître un seul désir. Il voulait reprendre une épée. La manier. Vérifier à quel point la dernière technique de déviation s’était imprimée en lui.
« Je veux m’entraîner au combat.
marmonna Enkrid, et Rem comme Ragna secouèrent la tête. Rem ajouta :
— Depuis que je suis gosse, on me traite de fou et de cinglé, mais je crois que le chef d’escouade est encore plus dingue que moi.
De toutes les personnes possibles, c’était bien la dernière remarque qu’il voulait entendre de Rem. Rem, qui harcelait sans cesse les soldats du coin. Rem, qui avait un jour essayé de décapiter un supérieur. Se faire traiter de plus fou que ce taré, c’était vraiment le comble.
« Pour une fois, je suis d’accord avec lui. Dans cet état, comment tu pourrais t’entraîner ?
Vouloir s’entraîner au combat était donc un crime ?
Enkrid se sentit profondément lésé.
« Dans cet état, c’est impossible de s’entraîner, chef d’escouade.
Froufrou.
La toile de l’entrée s’écarta et une voix se fit entendre. En levant les yeux, il vit le commandant de compagnie elfe.
Quand Enkrid tenta de se lever, elle s’approcha.
« C’était vous ?
Avant qu’il ait le temps de la saluer, elle lui posa la question sans détour. Enkrid observa la beauté froide et acérée de l’elfe, semblable à une sculpture d’artiste, puis s’humecta les lèvres sèches avant de répondre. Il s’était attendu à ce qu’elle lui pose la question à la place de Rem.
Comment avait-il brisé la sorcellerie ?
C’était une question du commandement.
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