Chapitre 448
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 448
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« Ce n’était qu’une petite vague. »
Ce furent les mots d’Aoara lorsqu’elle revint après avoir tué la Goule géante.
Les lamentations des Goules montaient comme des profondeurs de la terre.
À première vue, leur nombre donnait le vertige.
Et la Goule géante avait des bras qui s’étiraient à l’infini.
N’importe qui aurait eu raison de paniquer, mais Enkrid ne pouvait pas contester les paroles d’Aoara.
Quatre écuyers, deux jeunes chevaliers, un chevalier.
Cette force avait démontré une puissance de combat écrasante.
Enkrid avait aussi remarqué autre chose : la tactique de cette ville.
Ils utilisent les écuyers et les jeunes chevaliers comme un mur, tandis que le chevalier intercepte les ennemis.
C’était simple, mais efficace : les rôles du bouclier et de la lance étaient clairement séparés.
Tous les autres soldats se concentraient entièrement sur les tirs à distance.
Les soldats postés sur les remparts portaient tous de grands arcs, de magnifiques pièces façonnées dans de l’os de Bête magique poli.
Comme une tortue qui sort la tête de sa carapace.
La tortue tirait des flèches au lieu de prendre des risques.
Le chevalier s’occupait du reste.
N’en avait-on pas eu la preuve quelques instants plus tôt ?
Aoara avait tué la Goule géante d’un seul coup à peine, puis était revenue tranquillement. Elle n’était pas couverte de sang noir. Sur le chemin du retour, quelques coups négligents avaient suffi à faire voler la tête d’une douzaine de Goules.
Bien sûr, même un troll n’aurait pas pu rattacher une tête tranchée ; aucune Goule n’y parvint donc.
« Ces petits salauds, je les tuerai tous un jour ! Je raserai toute la Terre Maudite et j’y planterai des orangers ! »
Aoara lança ces mots avec les dents du haut apparentes, les joues relevées en un grand sourire radieux.
Sourire ainsi en disant une chose pareille était un talent à part entière.
Le surnom d’Aoara la Souriante n’est donc pas usurpé.
Un soldat qui avait survécu à la charge des Créatures démoniaques s’effondra à genoux juste après avoir franchi la porte et rugit :
« Je suis vivant ! »
Aoara le vit et éclata de rire. Les quatre écuyers et les deux jeunes chevaliers firent de même. Tous portaient le rire comme une seconde peau.
Enkrid rit lui aussi.
C’était amusant et ça lui avait fait forte impression.
« Ils sont intéressants, ces gens-là. »
C’était l’avis sincère de Ruagarne.
« En tout cas, ils sont agréables à regarder. »
Rem était du même avis.
« Ils ne rentrent jamais chez eux ? »
Dunbakel avait déjà envie de s’enfuir.
Enkrid entendit tout, sans quitter Aoara et ceux qui l’entouraient des yeux.
Flap.
Une cape rouge claqua au vent.
La preuve qu’il s’agissait d’un ordre de chevalerie.
Aoara, qui en était le cœur, sentit son regard et se tourna vers lui. Debout face au vent, elle prit la parole.
« La prochaine fois, battons-nous ensemble. »
Enkrid hocha la tête.
* * *
« Hé, le pain est brûlé ! »
Aoara était toujours aussi joyeuse et pleine de vie. Elle déambulait dans le marché, saluant les gens et mangeant du pain brunâtre légèrement trop grillé.
« Est-ce une personne intéressante ? Je ne saurais le dire. Mais une chose est sûre : impossible de la cerner. »
Aisia passait sans raison particulière et lançait parfois des remarques de ce genre.
« On s’entraîne ? »
« Ne crois pas que je suis toujours la même Aisia qu’avant, ou tu le regretteras. »
Enkrid avait failli répondre par réflexe, comme il l’aurait fait avec Rem, puis s’était ravisé.
« Pourquoi ? Tu voulais dire quelque chose ? »
Aisia avait remarqué son expression et lui avait posé la question.
« Non. »
Enkrid répondit et leva son épée. Un simple entraînement, pour faire le point sur ce qu’il savait faire.
S’il avait réussi à unifier ses sens, d’autres choses ne deviendraient-elles pas possibles, elles aussi ?
Le Cœur de la Bête, le Cœur de la Force surhumaine, le Fendeur de Géant, ainsi qu’une poignée de techniques de respiration.
Ce que Rem lui avait enseigné formait à lui seul une montagne.
Rem avait-il donné un nom à chaque technique exprès ? Ou bien y avait-il une autre raison ?
Pour enseigner.
C’était plausible.
Comme il n’était pas sûr de pouvoir expliquer, il avait commencé par nommer les choses et les définir.
En observant Rem, on comprenait quelque chose de nouveau : tout ce qu’il avait enseigné venait naturellement du corps. Les compétences et les arts, affinés jusqu’à l’instinct, jaillissaient d’eux-mêmes.
Certaines choses venaient naturellement à Enkrid, d’autres non.
Il n’avait donc qu’à commencer par faire en sorte que tout lui vienne naturellement.
« Qu’est-ce que tu regardes ? »
Le barbare de l’ouest, le genre à se demander s’il avait été chassé parce qu’il avait perdu la raison, continuait simplement à aiguiser sa hache. Il en était déjà à sa troisième pierre à aiguiser.
Je me contente de manier mon épée.
Quand il fallait de la force, il en usait.
Quand l’instant exigeait de l’audace, il se montrait audacieux.
Enkrid rassembla une à une les choses qu’Aoara lui avait conseillé d’abandonner. C’était ainsi qu’il occupait son temps.
« Alors, tu vas suivre ta propre voie. Ce n’est pas plus mal. »
Aoara ne prétendait pas que ses paroles étaient la bonne réponse.
Dix personnes réunies, dix couleurs différentes. Cent, ce n’était pas différent.
Les chevaliers faisaient-ils exception ?
Ragna était différent. Le Roi des mercenaires l’était aussi.
Enkrid serait donc différent, lui aussi.
Il était temps de perfectionner ce qu’il possédait déjà. Peut-être était-ce précisément ce dont il avait besoin.
L’aube n’était pas encore levée. Rem était sorti avant Enkrid, ce qui ne lui ressemblait guère.
Enkrid se tenait à l’écart, repassant en revue ce qu’il avait compris, reprenant chaque révélation une à une, lorsque Rem prit la parole.
« Pas mal. »
Les heures qui précédaient l’aube étaient toujours les plus sombres. Tout autour de lui était plongé dans le noir.
L’air était encore lourd et poisseux, sans doute à cause de la Terre Maudite, mais le vent s’était nettement refroidi.
Rem leva les yeux vers le ciel obscur, posa une main sur sa hanche et observa les étoiles qui s’effaçaient.
Quand le soleil se levait, les étoiles disparaissaient. C’était ainsi.
Naturellement, les deux lunes qui avaient éclairé la nuit faisaient de même.
« Tu te souviens d’Utkiora ? »
demanda Rem. Enkrid baissa la pointe de son épée, hocha la tête et répondit :
« Celui qui dit que l’heure la plus sombre précède l’aube. »
« C’est ça. Figure-toi que j’ai besoin de ces mots, moi aussi. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Je dois retourner à l’ouest. »
Allait-il partir avant de revenir ?
Ou allait-il chercher l’endroit auquel il appartenait ?
Rem l’ignorait, lui aussi. À vrai dire, il avait l’impression qu’il ne le saurait qu’une fois sur place. Il n’avait pas quitté son pays pour une raison grandiose. Certes, il s’y était passé certaines choses, mais prétendre que son départ n’avait rien eu d’impulsif aurait été mentir.
S’il devait donner une raison…
Je ne m’y amusais tout simplement pas.
Il était parti en quête de distractions. C’était à peu près ça.
Mais aux côtés de ce capitaine complètement cinglé, il s’amusait. Et c’était toujours le cas.
Aux yeux de Rem, cette ville était une chandelle dans le vent. Une seule forte bourrasque suffirait à la faire s’écrouler.
Le chevalier était celui qui la maintenait debout.
Pourquoi cette personne allait-elle si loin pour protéger une ville ? Rem ne tenait pas spécialement à le lui demander ici.
À la place, il songea à l’endroit où il était né et avait grandi.
Des gens devaient y protéger ce qu’il avait laissé derrière lui.
Il voulait rentrer et leur poser la question.
Le salaud qui ne trouvait pas sa voie et le chat errant l’avaient poussé dans cette direction, mais, indépendamment de cela, Rem savait que le moment était venu pour lui aussi de se retourner sur ce qu’il avait abandonné.
Ce n’était pas sa tête qui le lui disait, mais son cœur.
« Fais comme tu veux. »
Enkrid répondit d’un ton neutre. Il n’avait jamais été du genre à retenir quelqu’un de force.
« Bon sang, viens m’affronter. Je suis d’humeur. Je vais te faire un cadeau, aujourd’hui. »
Rem afficha un grand sourire et leva le tranchant de sa hache fraîchement aiguisée.
Même dans l’obscurité d’avant l’aube, la lame brillait d’un éclat discret.
« La proximité de la Terre Maudite a empiré tes douleurs ? Dans ce cas, il te faut un traitement. »
Enkrid leva son épée en répondant.
Aker se dévoila à son tour, fendant les ténèbres d’avant l’aube.
La provocation d’Enkrid réchauffa étrangement le cœur de Rem.
« Si on jugeait les hommes à leur bagout, le capitaine serait le meilleur du continent. »
« Ouais. On va soigner ça. »
Le traitement ressemblait à la méthode de persuasion qu’Enkrid employait d’ordinaire.
Autrement dit, il faudrait y aller doucement. Au besoin, une petite entaille pour faire couler un peu de sang pouvait aussi faire partie du traitement.
Comme on incise la chair pour vider un abcès, la tête de Rem avait besoin d’une petite incision.
« Je te disais de surveiller ta langue, et tu n’as pas compris. »
Rem parla en passant à l’attaque. Il était déjà en mouvement lorsque le mot « compris » franchit ses lèvres.
Aux yeux d’Enkrid, la hache disparut devant lui et sembla tomber tout droit du ciel.
Clang !
Il para naturellement le coup.
Ce n’était qu’un entraînement. Pourtant, Enkrid semblait avoir régressé par rapport à avant.
Il s’efforçait de ne plus utiliser séparément tout ce qu’il savait faire, mais de tout mélanger et de le fondre en un seul ensemble.
Comme il fallait laisser le bon pain lever, Enkrid avait besoin de temps, lui aussi.
Rem le savait, mais le poussait quand même sans ménagement.
Rien de plus naturel que de progresser quand on sent sa vie en jeu.
Malgré tout, il était vraiment lent.
« Bon sang, qu’est-ce que t’es lent. »
Rem se plaignit comme il l’avait toujours fait.
Enkrid poursuivit quelques jours de plus une routine similaire, s’entraînant à tour de rôle avec Rem, Ruagarne et Aisia.
Le rêve de Millio n’avait pas changé, et il venait parfois chercher Enkrid.
« N’abandonne pas, soldat. Peu importe ce que les autres disent. »
« … J’ai vraiment l’air si désespérant ? »
Parfois, les encouragements sincères de Millio lui valaient un regard abattu, mais lui non plus ne savait pas renoncer.
Aoara se promenait souvent dans la ville.
Entre-temps, Enkrid eut aussi l’occasion d’échanger quelques passes avec les jeunes chevaliers d’Aoara, pas seulement avec Aisia.
« Je ne fais pas de combat d’entraînement. »
La blonde au regard sévère disait que ses techniques ne s’y prêtaient pas. Il ne restait donc que le grand gaillard.
« C’est fait pour écraser et broyer. »
Il dit cela en sortant une arme contondante grise. Sa poignée ressemblait à celle d’une épée à deux mains, mais elle était plus épaisse. À juste titre.
Ses mains étaient énormes.
À elles seules, elles semblaient plus grandes que celles d’Audin.
« On dirait que tout le monde ici a un surnom ? »
Enkrid jaugea la distance et posa la question.
« Eh bien, certains surnoms ont été inventés par les soldats pour se remonter le moral. Mais tu dois bien le savoir. La Volonté, c’est la Volonté. Un surnom peut aussi servir à incarner l’image mentale nécessaire pour faire surgir cette Volonté. »
« Et le tien, alors ? »
« On m’appelle Romen le Broyeur. »
Enkrid passa mentalement en revue les membres de sa compagnie et essaya de leur trouver des surnoms.
Audin le Prieur.
Jaxon le Poignardeur Sournois.
Ragna le Paumé.
Rem le Déchaîné.
Ça leur allait bien.
« Très bien, allons-y. »
Les mouvements de Romen révélèrent à Enkrid quelque chose de tout à fait inhabituel.
Chacun de ses gestes était criblé de failles et d’aspérités. Il avait beaucoup trop d’ouvertures.
Son style de combat était entièrement bâti autour de l’armure qu’il portait et, de surcroît, spécialisé dans l’affrontement des Créatures démoniaques.
Malgré tout, il y avait largement matière à critiquer. Une estocade bien placée et le sang jaillirait à flots.
« Je vais t’en montrer une vraie, sans retenir mes coups. »
Vers la fin de l’entraînement, Romen sourit, reprit son souffle à plusieurs reprises et abattit son arme droit devant lui, depuis le haut.
Fouuu.
La massue avait disparu.
L’espace d’un instant, Enkrid vit la Foudre noire de Ragna, songea au Taureau du Roi des mercenaires et se rappela le chevalier d’Azpen qui avait dirigé sa lame vers son cœur.
Puis, il revit Aoara qui s’était avancée pour trancher la Goule géante.
Le coup descendant que Romen venait de montrer touchait au domaine des chevaliers.
Enkrid se concentra, se concentra encore et finit par repérer la trace de la massue.
Une vitesse impossible à suivre, à moins d’avoir été frappé par la Foudre noire de Ragna un nombre incalculable de fois.
La silhouette grise s’effaça, puis fondit sur son épaule.
L’épée d’Enkrid bougea.
Craaaac, grrrrnnng !
Il encaissa le coup avec Aker et prit appui sur son gladius tout en déviant l’arme sur le côté, le tout en un seul mouvement ; pourtant, tout ne se passa pas comme prévu.
Enkrid fut repoussé tandis qu’il absorbait la force restante.
« Alors ? »
demanda Romen. Il n’avait pas bonne mine.
La tension était évidente.
« Qu’est-ce que tu as fait ? »
L’homme devant lui plaisait plus que prévu à Romen. Qu’il sache se battre était une bonne chose, mais surtout, il avait l’esprit digne des Mille Briques.
Meurs en souriant.
Entraîne-toi aujourd’hui, même si tu dois mourir demain.
Un esprit de ce genre.
Voilà pourquoi il lui avait montré cette technique.
« Je ne te le dirai pas. »
Il ne pouvait pas lui révéler les détails de sa technique secrète.
La réaction de Romen rafraîchit Enkrid.
Jusqu’à présent, tous ceux qu’il avait rencontrés lui enseignaient ce qu’il demandait. Cette fois, quelqu’un le considérait comme un rival.
Il comprenait aussi pourquoi la blonde au regard sévère refusait de l’affronter.
Elle avait appris des techniques de mise à mort ; en combat d’entraînement, elle perdrait dix fois sur dix, même s’ils s’affrontaient dix fois.
Voilà pourquoi elle ne voulait pas perdre.
« C’est ça ? »
Enkrid ne fut pas déçu. C’était tout le contraire. Un léger sourire lui vint aux lèvres.
« T’es un peu bizarre, toi. »
Romen s’éloigna sur ces mots.
« Il n’a pas tort. »
Enkrid entendit Ruagarne lui donner raison et laissa passer la remarque.
En matière de compétence pure, au milieu de leur entraînement, Enkrid l’avait emporté sur Romen.
Ce n’était pas une victoire écrasante, et ils ne se battaient pas à mort, mais dans un vrai combat, en restant prudent, il aurait pu gagner sept ou huit fois sur dix.
Mais le coup descendant que Romen avait montré à la fin était d’un tout autre ordre.
Il ressemblait à celui d’un chevalier.
Comment était-ce possible ?
La question méritait réflexion.
Le lendemain matin, quand il ouvrit les yeux, Enkrid se sentit anormalement léger.
Il surveillait et entretenait toujours sa condition physique ; bien manger, bien dormir et prendre soin de lui allait de soi.
Malgré cela, certains jours, il se sentait nettement mieux que d’autres.
Aujourd’hui était l’un de ces jours.
Le soleil était haut et l’air poisseux s’était considérablement dissipé, si bien qu’il était facile de respirer.
L’air près de la Terre Maudite avait tendance à être lourd et étouffant, mais aujourd’hui, il n’en était rien.
Une brise fraîche soufflait.
Ni froide ni chaude.
Après s’être lavé, avoir fait son entraînement et être sorti le ventre creux, il croisa par hasard un soldat qui cuisait du pain. Celui-ci venait en sens inverse et lui en tendit un morceau.
« C’est le meilleur pain que j’aie fait depuis des années. »
C’était du pain blanc, encore fumant.
Le pain cuit à la manière de l’ouest était jaune à l’extérieur, mais blanc et moelleux à l’intérieur.
Il le brisa en deux, en mit un morceau dans sa bouche et mâcha. Les saveurs salées et savoureuses s’accordaient à merveille, tandis qu’une légère note de richesse lui faisait hocher la tête sans même qu’il s’en rende compte.
« Il est vraiment réussi. »
« Je t’avais bien dit qu’il était réussi. »
Le soldat qui lui avait donné le pain était l’un de ceux dont il s’était rapproché ces derniers temps. Il lui sourit tranquillement et s’éloigna.
Millio semblait se rendre à son poste. Il s’approcha, une lance, un grand arc et un carquois sur lui, puis prit la parole.
« Il fait beau. Ce n’est pas courant dans la ville des Mille Briques ; pourquoi ne pas aller au rempart ouest ? Tu verras quelque chose de magnifique. »
« Ah oui ? »
« Tu dois y aller. »
Millio s’éloigna, et Enkrid partit à son tour. L’aube pointait.
Il se rendit au rempart ouest, posa la main sur la balustrade où la poussière ne semblait jamais se déposer, puis gravit les marches.
En haut du rempart, il aperçut des visages connus et d’autres qu’il ne connaissait pas. Un soldat qu’il avait déjà vu le salua d’un signe de tête.
Il lui rendit son salut et leva les yeux au ciel.
Millio avait raison.
Depuis le rempart, le soleil qui se levait à l’est semblait repousser les ténèbres inquiétantes que la Terre Maudite avait engendrées.
À l’aube, la Terre Maudite exhalait une épaisse brume grise. La lumière du soleil la transperçait, la brisait, l’écrasait en avançant.
C’était magnifique.
La vague de lumière solaire semblait disloquer le territoire façonné par la Terre Maudite.
On ne pouvait pas voir ça tous les jours. Il fallait attendre le changement de saison pour en avoir un aperçu.
Une sacrée vue.
Après avoir contemplé un bref instant cette étrange métamorphose de la nature, il reprit le chemin du retour.
En chemin, Enkrid trouva une pièce d’argent par terre.
Ce jour-là, le repas fut particulièrement délicieux et la bière, particulièrement fraîche et riche en saveurs.
Une vue magnifique, une pièce d’argent, un bon repas.
La journée fut plaisante, et chaque changement d’humeur se répercuta sur son entraînement.
Chaque coup d’épée lui apportait une sensation nouvelle, et sa lame allait où il le voulait.
Une journée pleine et satisfaisante comme jamais, avec la chance de son côté. Aujourd’hui.
Puis, quand les lueurs du soir s’éteignirent, Aoara vint le trouver.
« Tu m’as dit que ton grand-père avait construit les portes d’ici ? »
C’était bien ce qu’il avait dit.
« Parlons un peu. Il fait beau, non ? »
Des histoires qui pouvaient sembler insignifiantes, mais qui, d’un autre côté, permettaient d’en apprendre davantage l’un sur l’autre.
Voilà ce qu’ils se racontèrent. Enkrid trouvait que ce n’était pas une mauvaise façon de passer le temps.
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