Chapitre 449
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 449
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« C’est mon grand-père qui a sculpté cette porte de ses propres mains, avec son épée. Impressionnant, hein ? »
Aoara le déclara, et Enkrid lui répondit comme il se devait.
« Ah bon ? »
« Ah, mon ex-mari me manque. »
« … Comme ça, tout à coup ? »
Aoara continuait de sortir des propos insensés. Elle avait l’air impulsive. À en juger par tout ce qu’elle avait fait jusqu’ici, ce n’était pas le genre à prévoir les choses à l’avance.
« Une fois que j’aurai tué cet enfoiré d’ex-mari, la Terre Maudite disparaîtra aussi. »
Cela n’avait aucun sens, mais Enkrid le prit avec philosophie. Les années passées à côtoyer Rem et les autres ne lui avaient pas été inutiles.
« Ton ex-mari vit dans la Terre Maudite ? »
Cette question posée avec calme fit éclater Aoara de rire. Personne ne lui avait jamais répondu de cette façon.
« Ah, c’est juste un type qui porte le même nom. »
Romen avait fini par s’approcher et prit la parole à côté d’elle. Le petit blond arriva de l’autre côté avec une bouteille et une timbale en métal. Ils se resservirent quelques fois.
« Hé, vous buvez quoi ? Servez-m’en un peu. »
Rem venait d’apparaître.
« Sers-toi. »
Aoara acquiesça.
Fait inhabituel, le barbare de l’Ouest se contenta de tremper les lèvres et écouta en silence.
Aoara fut celle qui parla le plus.
Ils s’installèrent comme bon leur semblait, une souche faisant office de table. Le temps était assez agréable pour que rien ne les incommode.
La brise était fraîche et la boisson, juste comme il fallait.
Ils n’avaient que de la viande séchée à grignoter, mais cela leur convenait aussi.
« Il s’appelle Jerix. »
Après avoir entendu toute l’histoire, Enkrid trouva cela de mauvais goût.
Pourquoi donner un nom à une Créature démoniaque vivant dans la Terre Maudite ?
Mais ce n’était pas à lui d’en juger, alors il garda cette pensée pour lui.
Cela remontait à l’époque où Aoara était encore écuyère.
Elle était tombée amoureuse d’un homme, l’avait épousé et avait voulu vivre à ses côtés, mais il avait soudain eu la bougeotte et était parti.
Un barde itinérant, apparemment remarquablement beau.
Aoara annonça sans la moindre honte qu’elle était du genre à succomber à un joli visage.
Enkrid avait failli lui demander si c’était une chose dont elle pouvait être fière, mais il se retint.
« Les hommes devraient tous avoir ma tête », dit Romen.
Rem acquiesça, mais Aoara ne fit même pas semblant de l’entendre.
« C’est aussi en partie grâce à lui que je suis devenue chevalière. »
Si une histoire pareille pouvait pousser quelqu’un à devenir chevalier, Enkrid se disait qu’il pourrait se faire briser le cœur mille fois sans que cela ait le même effet sur lui.
Bien sûr, Aoara n’était pas devenue chevalière à cause d’un ancien amant stupide.
Il apprit aussi qu’après tout cela, Jerix avait fait pleurer des dizaines de femmes.
La conversation se poursuivit encore quelques échanges, puis ils finirent par se taire et vider leurs timbales.
Ce n’était pas une eau-de-vie forte. Juste ce qu’il fallait pour s’asseoir et boire tranquillement.
Une brise fraîche et sèche, qu’il n’avait pas sentie depuis des jours. Les magnifiques remparts qu’il avait vus le matin même. Les histoires, la boisson. Tout cela se mêlait pour offrir une belle soirée.
« Avant de mourir, je vais balayer cette Terre Maudite. »
Aoara le lança sans prévenir. Pour Enkrid, cela voulait dire qu’elle comptait détruire la Terre Maudite devant elle avant que la mort ne vienne la prendre, même si celle-ci finirait bien par arriver.
Il y réfléchissait encore quand Aoara épousseta son derrière et se leva.
« Dormez bien. »
Sur ces mots, les deux jeunes chevaliers s’en allèrent.
« Cette femme a l’air capable de foncer dans la Terre Maudite n’importe quand, non ? »
Rem comprenait vite. Il avait saisi la même chose qu’Enkrid.
« Ouais. »
Mais la Terre Maudite ne se refermait pas sur un simple coup de tête.
Il suffisait de tuer la Créature démoniaque en son cœur pour en finir ?
Alors, à quel point cette Créature démoniaque était-elle difficile à combattre ?
Enkrid était certain que ce ne serait pas facile.
Si ça l’avait été, quelqu’un se serait équipé depuis longtemps, y serait entré, lui aurait tranché la gorge et en serait ressorti.
Aoara attendait donc le bon moment. Et elle semblait vouloir qu’il arrive bientôt.
Mais ce n’était pas le moment d’y penser.
Enkrid s’épousseta le derrière et se releva. Il secoua la poussière de ses vêtements, puis se lava sommairement au puits près du logis.
Après cette rapide toilette, il rentra et trouva Dunbakel étendue sur sa couchette, sans s’être lavée depuis des jours.
Ses bottes couvertes de boue et ses vêtements en tas ne laissaient aucun doute. Elle s’était entièrement déshabillée et reposait enveloppée dans une simple couverture légère.
Dunbakel sentit son regard et ouvrit les yeux.
« Serre-moi dans tes bras ? »
« Et si je te lavais plutôt ? »
« Je dors. Là, je dors. »
Dunbakel ferma les yeux très fort en disant cela.
La journée avait été si bonne qu’Enkrid décida de remettre ses remontrances au lendemain.
Dunbakel n’avait aucune idée de la chance qu’elle avait.
« Tu as l’air de bonne humeur. »
Depuis sa couchette, Ruagarne, qui était devenue experte dans l’art de lire les expressions d’Enkrid, prit la parole. Elle venait de terminer sa méditation et s’était allongée.
Ruagarne priait la divinité des Grenouilles tous les quelques jours, et aujourd’hui devait être l’un de ces jours-là.
Sinon, elle serait sortie boire un verre et aurait pris part à la conversation.
Ruagarne aimait passer du temps avec les humains, et plus particulièrement avec Enkrid.
Il y avait en lui quelque chose qui méritait d’être observé, quelque chose dont on pouvait discuter et quelque chose qu’on avait hâte de découvrir. Elle n’avait donc aucune raison de ne pas l’apprécier.
C’était ainsi que Ruagarne le voyait.
« Ah oui ? »
Enkrid lui retourna la question et hocha la tête. Lui-même avait trouvé la journée plutôt bonne.
Il lui répondit, puis s’allongea. La somnolence l’envahit. En se disant qu’il avait eu de la chance aujourd’hui, Enkrid s’endormit rapidement.
Puis, peu de temps après, il se réveilla.
Ce n’était pas l’heure à laquelle il se levait d’habitude. Il n’était même pas encore minuit.
Keeeaaaaahhh !
Un hurlement retentit au loin. Ce n’était pas un son humain. Sans aucun doute, une Créature démoniaque.
* * *
« Profite bien de celle-ci aussi. »
Le Passeur apparut dans le rêve, mais seulement un très bref instant.
Il n’en était pas certain, mais c’était l’impression qu’il en avait gardée.
À peine eut-il entendu le hurlement qu’Enkrid se redressa brusquement et saisit son épée.
Puis il s’équipa. D’abord l’armure, puis le fourreau de sa dague, ses trois épées, le bouclier et la lance de jet.
« C’était quoi, ça ? »
Rem était lui aussi réveillé. Il s’équipa presque aussi vite qu’Enkrid.
Dunbakel et Ruagarne firent de même.
Ils sortirent. Un commandant à la tête de vingt soldats apparut.
Tous portaient des arcs longs et avaient à la ceinture des épées courtes, des haches ou des gourdins cerclés de fer.
« Le bruit vous a réveillés ? »
Les vingt paires de pas avançaient sans hâte. Le commandant en tête leva le poing en posant sa question. À son signal, les soldats ralentirent.
Les soldats ne prenaient-ils pas tout cela bien trop calmement ?
Enkrid se le demanda, puis répondit :
« Nous avons entendu un cri. »
C’était un cri étrange.
« Probablement des Araignées hurlantes. Elles se multiplient ces derniers temps, alors quelque chose a dû remuer à nouveau dans la Terre Maudite. »
Le commandant ne se départit pas de son calme. Ce n’était clairement pas la première ni la deuxième fois.
Hou-hou.
Le hululement d’une chouette leur parvint de loin.
« On dirait que des ours-hiboux se sont joints à la fête. »
L’attitude du commandant ne changea pas. Toujours aussi posé, toujours aussi calme.
« Très bien. »
Il porta la main droite à sa taille en guise de salut militaire, puis se mit en marche.
Sans rompre les rangs, les vingt soldats accélérèrent légèrement.
Enkrid leur emboîta le pas.
« Ils ont l’air bien calmes », remarqua Rem derrière lui.
« On peut difficilement leur en vouloir. On est à la frontière de la Terre Maudite ; ce genre de combat fait partie de leur quotidien », ajouta Ruagarne.
Ruagarne leva les yeux vers les deux lunes suspendues dans le ciel. Des nuages arrivaient d’un côté et semblaient sur le point de les couvrir.
Il ferait alors très sombre.
Enkrid poursuivit sa route à cette pensée, et ils arrivèrent à la porte ouest.
« Euh, hé. »
Dunbakel se rapprocha d’Enkrid tandis qu’ils marchaient et prit la parole.
« Quoi ? »
Dunbakel remua le nez à plusieurs reprises. Elle avait perçu une odeur étrange — ou plutôt, pas exactement une odeur, mais un signal transporté par une effluve.
Depuis l’enfance, elle était la seule à pouvoir le détecter, ce qui lui avait valu d’être traitée de menteuse.
Même les Hommes-bêtes, qui communiquaient par les odeurs, avaient eu du mal à accepter cette idée.
Il arrivait que certaines Créatures démoniaques utilisent les odeurs comme les humains utilisaient les sons : pour s’envoyer des signaux.
Après tout, l’odorat était un sens comme l’ouïe.
Ce n’était donc pas parce que seule Dunbakel avait perçu une odeur que les autres ne sentaient pas qu’elle n’existait pas.
Elle en avait déjà parlé auparavant et on l’avait prise pour une idiote. Depuis, elle n’avait plus jamais rien dit de tel.
Elle ne voulait pas qu’on la fasse passer pour une imbécile une deuxième fois.
Je peux le dire, maintenant ?
Enkrid posa les yeux sur elle. Comme toujours. Le regard d’un fou qui avançait sans relâche.
Que dirait cet homme si elle lui faisait part de ses inquiétudes ?
« Que je te croie ou non, ça n’a pas d’importance. Dis ce que tu as à dire. »
L’Enkrid qu’elle imaginait lui donna l’élan nécessaire, et Dunbakel prit la parole.
« Il y a quelque chose là-bas. Des créatures qui communiquent par les odeurs. »
Dunbakel le lui dit, et Enkrid ne lui demanda pas de répéter. Il se contenta de prendre note de l’information. Il ne se demanda pas non plus si c’était vrai.
Pour l’instant, il la croyait. Elle faisait partie des siens. S’il ne la croyait pas, qui le ferait ?
Dunbakel fut soulagée par sa réaction, puis Ruagarne prit la parole.
« Il n’est pas rare que les Créatures démoniaques communiquent entre elles. »
C’était une réponse nourrie par une longue expérience.
Kaaaah.
À cet instant, un corbeau passa au-dessus d’eux en volant.
Son cri ressemblait à un hurlement abominable.
Comme si quelque chose fuyait, terrifié.
C’est à ce moment-là que le groupe atteignit le mur ouest.
« Feu ! »
Comme Enkrid s’y attendait, les soldats alignés au sommet du mur décochaient des volées de flèches.
Avec des remparts, des chevaliers et des écuyers sur place, c’était la façon la plus naturelle de combattre.
« Encochez ! Encochez ! »
« Tenez, attendez ! Attendez ! »
« Seulement des flèches incendiaires, éclairez-nous ! Éclairez-nous ! »
Les cris du commandant retentirent.
Tout autour d’eux était plongé dans l’obscurité. C’était le milieu de la nuit, après tout. La lueur rouge des torches projetait des ombres qui roulaient et enflaient au sommet du mur.
On aurait presque dit des Bêtes magiques formées d’ombres qui se ruaient sur eux.
Enkrid atteignit le pied du mur et gravit les marches.
Un soldat portant un faisceau de flèches remontait l’étroit escalier.
Il avançait d’un bon pas, mais sans paniquer. Avec sang-froid.
« On dirait que ce n’est pas si grave », dit Rem.
Enkrid ne répondit pas et évalua la situation.
Du haut des marches, il vit un commandant qui hurlait, les veines du cou saillantes.
« Feu ! »
Le cri du commandant retentit de nouveau, suivi par le claquement et la vibration des cordes d’arc.
Plus d’une vingtaine d’archers décochèrent leurs flèches en même temps.
Fffffiou !
Les flèches décrivirent un arc dans les airs, traversant la lumière lunaire avant de retomber.
À la seule clarté de la lune, il aperçut au loin une masse d’araignées rampant sur le sol.
Chacune était aussi grande qu’un humain. Sans aucun doute des Créatures démoniaques.
« Des araignées géantes », dit Ruagarne.
Enkrid en avait entendu parler, mais c’était la première fois qu’il en voyait.
Mais les araignées géantes n’étaient-elles pas censées arriver tout au plus à hauteur de genou ?
Il essaya d’évaluer leur taille.
Depuis le haut du mur, elles semblaient petites ; elles devaient donc être bien plus grandes en réalité. La tête de l’une d’elles, qui rampait au sol, devait arriver à peu près à sa taille.
Tandis qu’Enkrid observait les araignées… « Tu es venu ? »
C’était Aoara. Elle se tenait sur le mur, les bras croisés, et l’interpella.
Enkrid s’approcha d’elle.
« Tant pis pour la nuit de sommeil, alors ? »
« On dirait bien. »
En plus de l’alcool, une trace de fatigue se lisait sur elle. N’importe qui la ressentait quand son sommeil était écourté. Aoara ne faisait pas exception.
Les chevaliers avaient dépassé leurs limites, mais cela ne signifiait pas qu’ils pouvaient se passer de dormir ou de manger.
C’étaient des gens doués pour tuer.
Pas des gens qui vivaient sans manger ni dormir.
Enkrid en convenait.
Il se disait tout de même qu’il pourrait tenir dans ces conditions.
Au besoin, il pouvait passer deux nuits sans dormir et faire comme si de rien n’était.
Son équilibre à l’épée en pâtirait peut-être un peu, mais il ne le laisserait pas arriver.
Une chevalière devrait donc s’en sortir encore mieux, non ?
Enkrid observa le visage d’Aoara. Les cernes sous ses yeux, leur rougeur, le teint terne de sa peau.
Elle avait l’air d’une serve revenant des champs après une journée entière de labeur. La fatigue se lisait sur son visage.
Tout cela à cause de quelques timbales d’alcool peu fort ? Ou parce qu’elle n’avait pas assez dormi ?
Cela lui semblait beaucoup pour l’une ou l’autre de ces raisons.
« Aujourd’hui devait être un jour de repos », murmura Aoara.
Un collier orné d’un symbole religieux oscillait près de sa poitrine.
Même dans l’obscurité, la gemme bleue diffusait sa lumière.
Les pensées d’Enkrid s’enchaînèrent rapidement.
Jour de repos, chevalière, Terre Maudite, le rêve, Jerix, encore la Terre Maudite, Mille Briques, Romen qui imitait l’épée d’un chevalier.
« Avant de mourir, je vais balayer cette Terre Maudite. »
Les derniers mots qu’il avait entendus avant de fermer les yeux s’emboîtèrent comme la pièce finale d’un puzzle.
« Tu es malade ? »
Il posa la question, et Aoara cligna des yeux plusieurs fois.
« Quoi ? »
« Ou pas ? »
Pour ce qui était de lire dans les gens, elle se serait placée en tête du continent. Aoara comprit de nouveau, non sans surprise, que cet homme avait beau sembler impassible en surface, il était perspicace et tenace.
« Tu es perspicace. Romen a mis six mois à s’en apercevoir. »
Romen était plus attentif qu’il n’en avait l’air, mais il comprenait les choses lentement. Aoara avait si bien caché son état.
Aoara déploya discrètement son manteau pour couper la vue aux autres soldats, puis releva sa chemise. Elle ne portait pas d’armure dessous.
Sous le tissu souple, des veines bleues, noueuses, ressortaient sur son ventre.
« C’est du poison », dit Aoara.
Tandis qu’elle parlait, les nuages qui avançaient depuis tout ce temps engloutirent la lune.
L’obscurité s’installa.
Fwoooomph.
Une rafale souffla, faisant trembler les torches, et l’ombre d’Aoara sembla se déchirer.
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