Chapitre 446
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 446
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« Qu’est-ce que l’art de l’épée ? »
Aoara posa la question à la fin de leur combat d’entraînement. Ils se trouvaient dans la cour avant d’une maison, un endroit qui ne méritait guère le nom de terrain d’entraînement.
Enkrid était à genoux, une main plaquée sur le ventre.
Il avait esquivé le coup vertical, puis l’estoc qui avait suivi.
Il avait vu cette combinaison maintes fois. Avec le Sens de l’esquive activé, il pouvait s’en tirer.
Il avait ainsi réussi à éviter les attaques à l’épée, mais, dès qu’Aoara eut achevé son mouvement, elle s’avança droit contre son torse et lui enfonça la paume dans le ventre.
Le choc lui déchira les organes et lui traversa le dos. Il avait eu de la chance de ne pas cracher du sang.
C’était bien sûr un coup chargé de Volonté, mais le mouvement lui-même était simple. Réduit à l’essentiel.
« Qu’est-ce qu’il faut faire pour mettre quelqu’un à terre ? Réfléchis-y. »
Enkrid acquiesça. Il lui adressa un salut militaire, et Aoara lui sourit de toutes ses dents avant de s’éloigner.
Il repassa ses paroles dans sa tête. Elles ne lui parlaient pas vraiment.
Elle revint le lendemain.
« Ne me dis pas que tu n’as pas compris ce que je voulais dire. C’est étrange, à ton niveau, ton corps devrait réagir tout seul. »
La chevalière aux cheveux bruns pencha la tête, puis poursuivit d’un ton détaché :
« Tu ne crois pas que tu sais faire trop de choses ? Un tonneau rempli d’eau finit toujours par déborder, et l’eau qui déborde ne se boit pas. »
« C’est un problème ? »
« Frappe comme il faut, quand il le faut, et juste autant qu’il le faut. C’est tout. N’oublie pas ça. »
Aucune illumination ne lui traversa soudain l’esprit. Pourtant, il comprit ce qu’elle voulait dire.
Avoir trop de choses était-il vraiment le problème ?
Aoara répéta quelque chose de semblable un peu plus tard.
« À vrai dire, tu débordes. Débarrasse-toi de ce qui ne tient pas. »
Elle était catégorique. Enkrid y réfléchit. C’était peut-être exactement le conseil dont il avait besoin en ce moment.
Alors pourquoi cela lui semblait-il faux ?
Il l’ignorait. Ce n’était qu’une impression. Quelque chose en lui résistait.
Tout en réfléchissant, il laissa son regard errer. Rem se trouvait non loin, occupé à aiguiser soigneusement le tranchant de sa hache.
Frrrring.
La pierre à aiguiser glissa le long du fil et tinta, claire et nette.
Des perles de sueur s’étaient formées sur le front de Rem. Il était plus concentré qu’Enkrid ne l’avait jamais vu. Il était rare de le voir ainsi : Rem mettait bien plus d’ardeur à cette tâche qu’à tourmenter Ragna ou à harceler les soldats.
Frrrring.
Le même son qu’il entendait depuis des jours résonnait encore à ses oreilles.
« Rem. »
« Tu ne vois pas que je suis occupé ? »
Rem répondit sans tourner la tête. Enkrid se déplaça jusqu’à ce que son ombre recouvre la lumière de Rem.
« Est-ce que j’en veux trop ? »
Frrrring. Rem fit glisser la pierre le long de la lame et répondit sans interrompre son geste :
« C’est une question qui mérite seulement d’être posée ? »
Une réponse brutale, comme si elle allait de soi.
Aux oreilles d’Enkrid, cela ressemblait moins à une réponse qu’à : ne me fais pas perdre mon temps avec des choses que tu sais déjà.
Enkrid s’assit à côté de lui, dégaina Aker, Spark et le glaive, puis prit l’huile de lin et se mit à les frotter. Les lames captèrent les rayons du soleil et brillèrent.
« Grrr ! »
Tout près, Dunbakel grogna et poursuivit ses exercices de musculation.
Ruagarne se tenait un peu à l’écart, faisant tournoyer l’Épée en boucle et le fouet enroulé autour de sa taille.
Il avait dit que son tranchant lui semblait émoussé et qu’il devait aiguiser de nouveau ses sens.
Il avait également parlé de lui montrer de l’intérieur à quoi ressemblait le style de combat des Grenouilles.
Il avait hâte d’y assister.
Il nettoya ses lames et compta ses Dagues sifflantes. Il lui en restait trois ; il en affûta donc aussi les tranchants. Il vérifia ses haches de jet et l’armature de son bouclier rond, à la recherche de dégâts causés par l’humidité, puis passa le reste du temps à manier son épée.
Ce soir-là, ils partirent éliminer les derniers membres de la Colonie.
Il ne restait que des Goules.
Des Goules cracheuses, du genre qu’on ne rencontrait qu’aux abords de la Terre Maudite.
Le liquide qu’elles crachaient avait l’air assez répugnant pour que personne ne veuille s’en faire asperger. Et pour cause : il fumait au contact et contenait un acide capable de ronger le fer.
Ruagarne s’occupa des Goules.
À trois pas de l’une d’elles, il lui enroula son fouet autour du cou et le fit claquer.
On disait que les Grenouilles étaient une race de guerriers. Ruagarne en apporta la preuve.
« Alors, c’est tout pour la Colonie ? »
Dunbakel posa la question. Elle avait l’air prête à partir, mais Enkrid n’en tint pas compte.
Ils rentrèrent et reprirent leur routine à Mille Briques.
Entre-temps, Aoara était sortie de la ville une fois et était revenue couverte de sang noir de la tête aux pieds.
« Quelques saloperies d’araignées s’étaient rassemblées, alors je m’en suis occupée. »
On aurait dit un simple échauffement.
« Beau travail, mon beau capable. Comme je n’ai pas à m’inquiéter de ce qui se passe derrière moi, je peux prendre l’initiative. »
On jugeait un chevalier à sa capacité d’en abattre mille à lui seul. Elle était partie seule et était revenue après avoir tué des dizaines de Créatures démoniaques.
Les deux chevaliers juniors l’accompagnaient, comme toujours.
Le grand homme et la petite femme.
« Tu n’as pas tout à fait ma beauté, mais pour ce qui est de ton talent… je te l’accorde », dit l’homme.
« Tu peux l’ignorer », ajouta la femme.
Enkrid les regarda tous les deux.
Aucun d’eux n’était à prendre à la légère. Oliver, le lutteur de bras de l’ordre des chevaliers, était du même acabit. Il se tenait derrière eux et salua Enkrid d’un signe de tête.
Ils n’avaient rien d’affecté, pensa Enkrid. Ils étaient francs et simples.
Tous vivaient sans jamais se retenir.
Ils n’hésitaient jamais à exprimer ce qui leur passait par la tête : une plaisanterie, une opinion, n’importe quoi.
Sinar aurait-elle apprécié si elle les avait accompagnés ? Elle n’était pas contre une plaisanterie, après tout.
Aisia s’occupait de maintenir l’ordre dans la ville. Comme aucune bande de pillards ne venait les attaquer, il n’y avait pas grand-chose à faire.
Après sa sortie, Aoara ne quitta pas sa maison pendant deux jours. Personne ne savait pourquoi.
Enkrid s’entraîna au combat avec quelques soldats pendant ce temps.
Plusieurs soirées passèrent ainsi. Un soir, au crépuscule, le soleil s’abaissa et accrocha l’horizon lointain.
La lumière était si faible qu’on aurait confondu un chien et un loup s’ils s’étaient tenus côte à côte.
Cri, cri, cri.
Les insectes chantaient dans l’herbe.
Au-dessus du feu de camp allumé par Dunbakel, des morceaux de viande embrochés grésillaient.
Rem les saupoudra de sel et d’épices. Ruagarne croqua un insecte et poussa un grondement satisfait, les joues gonflées.
C’est alors qu’Aoara réapparut. Ils s’affrontèrent de nouveau et, à la fin, elle déclara : « Voilà qui est nouveau. »
« Ah oui ? »
« Tu es têtu, pas vrai ? »
« Je dirais plutôt que j’ai une volonté de fer. »
« Têtu. »
Rem ricana et intervint : « Tu lis bien les gens. »
« Je suis d’accord », ajouta Ruagarne.
Dunbakel ouvrit la bouche, croisa le regard d’Enkrid, puis se contenta de mâcher sa viande.
Croc, croc.
Elle se débrouillait très bien sans parler.
Enkrid ne prit pas la peine de se défendre.
Il n’était pas têtu. Il avait simplement des convictions qui ne pliaient pas facilement.
Il n’avait pas besoin que les autres le reconnaissent.
« À tes yeux, je le vois bien. Il y a une sorte de folie en toi. »
Aoara disait des choses qui lui auraient valu une raclée si elle n’avait pas été chevalière, et elle les disait sans ciller.
Rem éclata franchement de rire : un grand « ha ha ha ha » ravi.
« Vous êtes faits l’un pour l’autre. »
Ce qu’il trouvait si drôle pouvait attendre.
C’était fort de la part de la personne la plus détraquée de la compagnie.
« Tu es le premier que je rencontre qui soit comme ça. Ça me plaît. »
Aoara prit un morceau de viande et se détourna. En partant, elle leva le pouce et déclara que la cuisson était parfaite.
Tout cet échange avait eu lieu après qu’Enkrid eut affronté son épée dans les derniers rayons du soleil couchant.
Autrement dit, le combat était terminé. Enkrid était étendu sur le dos, à même le sol.
Cela ne lui avait pourtant pas déplu.
« Ce n’était pas mal », dit Ruagarne.
Ruagarne gonfla légèrement les joues et poursuivit. Enkrid y vit un signe de satisfaction.
« Franchement, j’ai été surpris. »
« Tu ne cesseras jamais d’être surpris par lui. Quand je lui donnais des leçons, il m’étonnait une douzaine de fois par jour », dit Rem. Il riait encore un instant plus tôt, mais son ton s’était maintenant fait calme. Sa phrase s’était achevée sur une note étrange, comme s’il avait eu autre chose à ajouter. Ruagarne le remarqua.
« Qu’est-ce qui t’a tant surpris ? »
Une simple question, par pure curiosité.
« Un fou ne choisit que des choses folles à faire. »
Rem répondit en levant les yeux vers les étoiles, comme s’il était devenu une sorte de sage. Pendant un instant, il eut l’air d’un homme qui avait atteint l’éveil.
Bien sûr, c’était du grand n’importe quoi.
Enkrid n’avait toujours pas réussi à accepter le conseil d’Aoara : abandonner ce qui était compliqué et enchevêtré.
Devait-il renoncer à quelque chose, abandonner ce qui l’avait maintenu en vie, pour pouvoir avancer ?
Il se posa la question, puis se répondit.
Il ne le voulait pas.
Alors, au lieu de se débarrasser de quoi que ce soit, il garda tout ensemble.
Plus précisément, il fusionna tout.
Il avait déjà fait quelque chose de semblable auparavant et l’avait reproduit naturellement, plusieurs fois, sans même y penser. Ce ne fut donc pas difficile.
Il partit de ce que Jaxon lui avait enseigné.
Le Sens de l’esquive, le domaine de l’instinct, le Sens de l’attaque.
Tout cela reposait sur la perception. Jaxon appelait cette aptitude la Technique sensorielle.
Jaxon les avait-il jamais utilisés séparément ?
Non. Chez lui, tout s’enchaînait sans heurt. Enkrid pouvait-il en faire autant ?
Il lui suffisait de changer sa façon de voir les choses.
Et il y parvint.
Tous ceux qui avaient vu Enkrid avaient dit que son talent ne cassait pas trois pattes à un canard. Il n’avait même pas les répétitions quotidiennes de ses vies passées pour l’aider, mais il y parvint malgré tout. Il avait réussi.
Enkrid en éprouva une discrète fierté.
Dommage que cela n’ait pas encore fonctionné contre Aoara.
« Ce n’est pas encore au point », dit Rem. Après avoir fini son repas, il ressortit sa hache et sa pierre à aiguiser.
« À ce rythme, tu vas user le tranchant. »
« Ne t’inquiète pas. Je sais ce que je fais. Pour qui tu me prends, pour un idiot qui n’y connaît rien ? »
Ces derniers temps, le plus grand sujet de mécontentement de Rem, c’était Ragna.
Surtout parce que Ragna n’arrêtait pas de le taquiner en disant qu’Enkrid finirait par dépasser le rang de chevalier.
Ragna semblait résolu à prouver que Rem avait eu une bonne raison de se retrouver sous les ordres d’Enkrid, et il trouvait chaque prétexte possible pour le titiller.
« Barbare. C’est pas comme ça. Tu ne manges pas comme ça. Tu ne progresseras pas en mangeant comme ça. Tiens ta fourchette correctement. »
Il allait jusqu’à le faire à table. Cela en disait long.
« Frappe comme la tempête quand tu attaques, et tiens bon comme une montagne de pierre quand tu te défends. »
Aoara continua à donner des leçons à Enkrid au cours des jours suivants. Puis, un après-midi, elle lui demanda : « Tu vas devenir chevalier ? »
« Oui. »
Enkrid répondit, son épée pendant à son côté. Son bras gauche était engourdi : le coup de lutte d’Aoara, chargé de Volonté, en était la cause.
Là où le taureau du Roi des mercenaires faisait peser tout son poids sur sa lame, l’épée d’Aoara suffisait à lui engourdir les muscles du bras d’un simple effleurement.
Cela aussi passerait en quelques minutes, comme les fois précédentes.
La Volonté du Refus s’activa et repoussa lentement celle qu’Aoara avait imprégnée en lui.
Elle observa le phénomène avec un certain étonnement.
Qu’est-ce que tu fais, avec cet étrange truc ?
C’était ce que son regard semblait lui demander.
Puis elle lui demanda s’il allait devenir chevalier.
« Pas l’ombre d’un doute. Parfait. Ton visage est déjà très bien, et j’aime aussi ton état d’esprit. Tu veux un conseil ? »
« Je l’écouterai avec plaisir. »
Sa voix était calme, mais ses yeux s’illuminèrent. Ces yeux bleus plaisaient beaucoup à Aoara.
Sans cela, elle n’aurait eu aucune raison de passer du temps à s’entraîner avec lui.
Était-ce un intérêt personnel pour lui, en tant qu’homme ? Il avait un visage agréable à regarder, mais ce qui l’attirait, c’était plutôt la façon dont ses actes allumaient quelque chose en elle.
« Si tu veux devenir chevalier, commence par décider ce que tu veux protéger. »
Aoara prit la parole et se tourna dos au soleil. Son visage passa dans l’ombre. Son sourire, pourtant, demeura éclatant.
Était-elle belle ? Ses traits étaient-ils remarquables ? Sa mâchoire était-elle élégante ?
Si l’on ne jugeait que le visage, Sinar et sa beauté surnaturelle la surpassaient. Esther, avec son aura mystérieuse, la surpassait encore.
Pour une beauté purement humaine, cette femme de la maison du marquis Baisar était elle aussi remarquable.
Kin, c’était ça ?
Elle entrerait probablement dans une colère noire si elle apprenait qu’Enkrid avait encore oublié son nom.
Elle débordait de vie.
Pour ce qui était de la vitalité, Dunbakel était du même genre, toujours sur le point de bondir.
Le fait qu’elle ne se lave pas pendant des jours était une tout autre affaire.
Et puis il y avait Teresa, qui donnait une impression de solidité et de stabilité.
Aoara, elle, était différente de toutes les autres.
Ce qu’elle lui montrait à présent n’avait rien à voir avec le charme d’une femme. C’était sans doute normal.
« J’aimerais pouvoir me montrer arrogant à ce sujet, mais je ne peux aller jusque-là. Ce que je veux protéger, c’est cette ville, les gens qui se tiennent derrière moi. Voilà jusqu’où s’étend mon devoir. »
Un chevalier forge ses convictions par la Volonté.
Ces convictions deviennent à la fois sa limite et son serment.
« Tant que je tiendrai, cette ville ne tombera pas. Je ne laisserai pas la Terre Maudite s’approcher. »
Aoara la Souriante.
C’était le nom qu’elle portait en tant que chevalière.
Un surnom inhabituel pour un titre. Aisia lui avait expliqué comment elle l’avait obtenu.
C’était une femme qui n’avait jamais perdu son sourire, quelles que soient les circonstances.
Aoara ne lui avait pas posé de question, mais Enkrid connaissait déjà la réponse.
Alors il répondit.
Jusqu’où s’étendait ce qu’il voulait protéger ?
« Tout ce que je peux voir et tout ce qui occupe mes pensées. »
« Pardon ? »
Dos au soleil, tandis que la pluie commençait à tomber autour d’elle, Aoara cligna des yeux. Son sourire s’effaça à peine.
Puis il s’élargit de nouveau. « Tu es vraiment complètement fou. »
« Ah bon ? »
« Beaucoup trop arrogant. Mais bon… fais comme tu veux. »
C’était ce qu’il avait l’intention de faire, de toute façon.
« Ma tâche est terminée. Tu peux rentrer. Enkrid de la Garde-frontière. »
« En ce moment, cet endroit occupe mes pensées. Je vais donc rester encore un peu. »
« Je ne peux pas vraiment t’en empêcher. »
Aoara disparut ainsi.
Enkrid regarda la pluie rafraîchir le sol, puis rassembla son équipement et rentra.
Rem était toujours là, à aiguiser sa hache.
Le lendemain, un visage familier parmi les soldats vint le trouver.
« C’est Millio. Au cas où tu m’aurais oublié. »
Son visage inspirait la solidité plutôt que la finesse. Il leur avait fait visiter la ville après Aisia, et c’était lui qui avait demandé à apprendre quelque chose.
« Je n’ai pas eu un seul jour de repos jusqu’à maintenant, alors j’ai été débordé. S’il te plaît, un seul tour. »
Enkrid accepta. Il administra une bonne raclée à Millio.
Millio revint le lendemain, puis le jour suivant.
La pluie tomba deux jours entiers. Millio roula dans la boue jusqu’à en avoir le visage couvert, mais il continua de revenir, toujours aussi assidu.
Enkrid remarqua que l’air autour de lui était devenu étrangement sombre.
C’était le petit matin du lendemain de la fin de la pluie.
Millio se présenta avant l’aube.
« Je suis de service pendant la journée. C’est pour ça que je viens maintenant. »
Millio n’avait pas été le seul à venir trouver Enkrid tout ce temps.
Plusieurs autres soldats étaient venus eux aussi. Ils étaient tous habiles.
Les observer lui avait donné matière à réflexion.
Ce poste était-il surdoté en personnel ?
Il y avait ici un chevalier, deux chevaliers juniors stationnés en ville et quatre écuyers.
Trois écuyers en plus d’Oliver.
Même sans compter son propre groupe et Aisia, l’endroit était bien pourvu.
Tous étaient proches du niveau d’un chevalier junior.
En plus, les soldats eux-mêmes étaient forts. Aguerris au combat, ils tiendraient sans peine tête à la Garde-frontière. La seule différence, c’était que les combats de la Garde-frontière se déroulaient surtout contre Azpen, tandis qu’ici, il fallait contenir la Terre Maudite. C’étaient de vrais soldats, éprouvés au combat.
Leur nombre restait toutefois limité.
Était-ce normal de contenir une incursion de la Terre Maudite avec si peu d’hommes ?
Bien sûr que non. Seule la présence de la chevalière le rendait possible.
La qualité des soldats faisait le reste.
Ce n’était donc pas une concentration de forces exceptionnellement élevée : c’était l’endroit même qui était si dangereux.
C’était en partie pour cette raison qu’il ne voulait pas partir.
Et puis, chacun des soldats ici portait quelque chose en lui. Le devoir, la responsabilité, un but.
Parmi eux, Millio se distinguait d’une manière particulière.
« Quel est ton objectif ? »
À la question d’Enkrid, Millio rougit légèrement, d’une façon qui ne lui ressemblait pas. Il se gratta la joue et répondit :
« Je veux épouser la chevalière Aoara. »
Celui-là avait de grandes ambitions.
En l’écoutant davantage, Enkrid apprit que Millio avait vingt-cinq ans. Il en paraissait trente-cinq, mais, quoi qu’il en soit, ce jeune homme voulait séduire une chevalière qui avait au moins dix ans de plus que lui.
Enkrid l’encouragea, car c’était un rêve ambitieux. Lui-même poursuivait un rêve insensé et continuait d’avancer malgré tout.
Millio pouvait en faire autant.
« Continue comme ça. »
« C’est ce que je fais. »
Deux jours après qu’Enkrid eut encouragé Millio.
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