Chapitre 439
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Révision : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 439 : La ville bâtie avec mille briques
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439. La ville bâtie avec mille briques
La ville frontalière qui gardait les abords du Royaume démoniaque s’appelait Mille Briques.
Ses murs avaient été bâtis en empilant brique après brique.
Son nom signifiait que Naurillia l’avait construite avec des milliers de briques pour repousser les invasions du Royaume démoniaque.
Même pour une frontière voisine du Royaume démoniaque, ce qu’il voyait devant lui ne ressemblait pas à une situation qui devait se produire souvent à l’intérieur de ces murs de briques.
« Tenez bon ! »
Juste devant les remparts, des soldats livraient un combat acharné.
Des Harpies volaient au-dessus d’eux, tandis que des molosses noirs semaient le chaos au sol.
Enkrid remarqua que la porte de la ville appelée « Mille Briques » était à moitié détruite.
Et ce n’était même pas la porte tournée vers le Royaume démoniaque ; pourtant, c’était déjà le chaos total.
Parmi ceux qui tenaient la ligne, il aperçut un visage familier.
C’était Aisia.
Elle fracassait à plat d’épée le crâne d’un molosse qui chargeait.
Son geste paraissait léger, mais sa force était celle d’un chevalier junior.
Boum ! Yellement !
Le crâne de la bête se fendit, et elle roula sur le côté. Les Bêtes magiques étaient nombreuses, mais cela faisait-il vraiment une différence ?
Aisia était elle aussi chevalière junior. Calme, elle frappait, poignardait et tuait un à un les molosses noirs, tout en jetant de temps à autre un regard vers le ciel.
Cinq Harpies tournoyaient au-dessus de sa tête.
La situation n’était pas réellement dangereuse. Elle se battait en bonne formation ; si elle mourait contre un adversaire aussi faible, elle ne méritait pas le titre de chevalière junior.
Mais rester là à regarder aurait été ridicule.
Enkrid s’élança. Il n’allait pas se contenter de jouer les spectateurs.
De toute façon, ce n’était qu’une question de temps avant que toutes les Créatures démoniaques soient tuées ; autant en finir plus vite.
« Rem, Dunbakel. »
« On s’échauffe, hein ? »
Rem bondit en avant avant même qu’Enkrid l’appelle. Dunbakel le suivit de près.
Enkrid héla les deux autres et se mit lui aussi à courir. À cause des Bêtes magiques, il laissa son sac à dos par terre et ne partit qu’avec ses lances de jet.
Il prenait appui uniformément sur toute la plante de ses pieds en courant. Il s’exerçait aussi aux pas que Ruagarne lui avait enseignés.
C’était un entraînement fondamental qui lui permettait de déplacer son centre de gravité à tout moment, dans n’importe quelle direction.
Le vent lui fouetta le visage, et Enkrid leva les yeux.
Au-dessus d’Aisia, une Harpie rabattit ses deux ailes vers l’avant au lieu de ses bras. Le battement de ses ailes fit retentir l’avertissement de son Sixième Sens.
Il ne le voyait pas, mais le sentait.
Du vent comprimé s’abattit sur eux comme une pluie de lames.
Aisia leva son bouclier et bloqua l’attaque.
Tatatatang !
Les lames de vent se brisèrent contre le bouclier dans un éclat sonore aigu.
Une Harpie lanceuse de sorts ? se demanda Enkrid en courant.
Les Harpies prirent de l’altitude. Elles étaient assez haut pour échapper aux coups d’épée, et même les arbalètes avaient du mal à les atteindre.
À moins d’être un archer d’élite, les toucher à cette distance relevait de l’exploit.
Elles étaient cinq.
Elles maîtrisaient la magie et savaient choisir des positions avantageuses.
Elles savaient aussi jauger leurs adversaires. Sinon, elles seraient déjà embrochées sur l’épée d’Aisia, comme cinq brochettes de Harpie.
En quelques respirations, Enkrid fit le tri parmi toutes les informations qu’il venait de recueillir.
Ses sens s’aiguisèrent comme une lame.
Une trajectoire optimale, qui n’apparaissait que sur un champ de bataille, se dessina dans son esprit.
C’était une intuition qu’il avait éveillée grâce à Abnair, le brillant stratège d’Azpen.
Enkrid passa aussitôt à l’action.
Tout en courant, il dégaina le gladius accroché à l’horizontale derrière sa taille et le lança.
Il le saisit en prise inversée, dévia légèrement sa trajectoire vers la gauche, ouvrit puis referma le torse, avant de projeter le bras d’un seul mouvement.
C’était un lancer d’épée inspiré de la Technique du battement d’épée.
Fouuuuu !
La lame tournoyante ressemblait à un disque en plein vol.
D’ordinaire, la Harpie déviait à l’aide de sorts de vent les carreaux d’arbalète qui s’approchaient. Mais cette fois, c’était différent. Comprenant qu’elle ne pourrait pas en faire autant, elle changea l’angle de ses ailes pour modifier la résistance de l’air et s’inclina sur le côté en plein vol.
Le gladius frôla l’endroit où la Harpie se trouvait et s’écrasa contre une brique du mur arrière.
Paf !
Un autre impact humide éclata contre la tête de la Harpie, qui croyait avoir esquivé.
Elle s’écrasa au sol en décrivant une longue trajectoire oblique, une hache de jet enfoncée dans le crâne.
Elle avait esquivé le gladius lancé par Enkrid, mais pas la hache de jet lancée par Rem.
« Encore une. »
Enkrid le dit, et Rem lui répondit d’un geste, sans un mot.
Cette fois, Rem lança le premier. Enkrid saisit une courte lance de jet, repassant en revue tout ce qu’il avait appris et affiné dans ce lac d’expérience.
Il avait apporté des lances de jet pour s’entraîner, mais ne s’était pas attendu à les utiliser ici.
« Tu t’es aussi entraîné à manier toutes les armes, pas vrai ? Vois ça comme la suite de cet entraînement. »
L’entraînement commencé avec Rem avait été poursuivi par Ruagarne.
Le principe consistait à manier toutes les armes, à graver dans son esprit chaque échange et chaque lecture tactique, puis à assimiler le tout jusqu’à en faire un instinct.
Enkrid s’était aussi acharné à s’entraîner au lancer de lance. Ses sens aiguisés lui permettaient d’apprendre beaucoup plus vite qu’avant.
Bien sûr, les génies trouveraient sans doute encore qu’il était insuffisant, mais Enkrid estimait qu’il se débrouillait plutôt bien à sa manière.
Il pouvait le prouver maintenant.
La lance de jet, longue comme un bras, transperça la poitrine de la Harpie qui avait esquivé la hache tournoyante.
Paf !
La lance fracassa une côte et s’enfonça dans son corps. La Harpie fut projetée en arrière, heurta le mur dans un fracas sourd, rebondit vers l’avant puis s’écrasa au sol. Un nuage de poussière s’éleva à l’impact.
« Enki ? »
Aisia reconnut Enkrid.
« Finissons d’abord le travail. »
Voilà ce que répondit Enkrid. Dunbakel ignora complètement les Harpies et chargea les molosses qui attaquaient au sol.
Elle sprinta, baissa sa garde, dégaina ses deux lames courbes et les balança de part et d’autre. On aurait dit deux fouets tranchants qui découpaient les bêtes.
De près, Enkrid comprit pourquoi Aisia n’avait pas foncé tête baissée.
Si elle avait donné toute sa mesure, les cinq Harpies n’auraient pas fait le poids. Il s’était demandé pourquoi elle se retenait.
Elle protégeait avec son groupe plusieurs personnes qui ressemblaient à des marchands, derrière elle.
Si elle quittait sa position, les Harpies s’en prendraient forcément à eux ; elle s’était donc contentée de tenir la ligne.
Après la mort de deux d’entre elles, les Harpies lanceuses de sorts battirent des ailes et prirent la fuite.
Les trois survivantes s’éloignèrent dans le ciel.
La lumière terne du soleil traversa les nuages et retomba à l’endroit où se trouvaient les Harpies, aussi moite que l’air lui-même.
Comme ils avaient éliminé les Créatures démoniaques, Enkrid s’apprêtait à discuter longuement, mais Aisia n’en avait pas l’intention.
« Alors, c’était vous, les renforts. »
« Et toi ? »
« Moi aussi. C’est mon unité d’origine, de toute façon. »
Cela se tenait. Elle appartenait aux Chevaliers à la Cape Rouge.
« Entrons. »
Aisia sortit un chiffon, essuya sommairement son épée, la rengaina et parla d’un ton calme.
Son attitude laissait entendre que ce genre de choses n’avait rien d’exceptionnel.
Quelques marchands au visage blême s’effondrèrent, les jambes flageolantes.
« On ne nous avait jamais dit qu’il y avait des Harpies lanceuses de sorts. »
Un marchand prit la parole. Il avait l’air de se plaindre, mais il était probablement encore sous le choc.
Aucun marchand sensé n’oserait parler ainsi à une chevalière junior de l’ordre.
Les poings et les épées étaient toujours plus proches que les kronas.
Heureusement pour lui, Aisia comprenait son état.
« C’est la première fois que j’en vois aussi. Quoi qu’il en soit, nous sommes venus travailler ; ne devrions-nous pas faire notre travail ? »
Enkrid se rappela une fois de plus qu’Aisia appartenait à l’ordre des chevaliers.
Ceux qui s’attardaient sur des broutilles ne devenaient pas chevaliers juniors dans l’ordre.
Avec son ton sans détour, on aurait presque dit qu’elle reprochait au marchand d’en faire trop.
« Reprenez-vous d’abord. Si vous restez allongés là, la Harpie de tout à l’heure va revenir en pensant que quelqu’un lui a laissé une gamelle. »
Enkrid intervint donc pour les encourager plus doucement.
Tout le monde se releva d’un bond. Certains serrèrent les dents et aidèrent ceux dont les jambes avaient flanché.
« Hé, arrête de les menacer. »
Aisia lança cela à Enkrid, se retourna et entra la première.
« Quand est-ce que je les ai menacés ? »
Quand Enkrid répliqua, Rem éclata de rire et lui tapota l’épaule.
« Si tu leur parles de gamelle pour Harpie, c’est une menace, peu importe comment on le prend. »
Ricanant, Rem suivit Aisia.
Enkrid avait dit ça en partie pour plaisanter ; il se dit que les marchands n’avaient aucun sens de l’humour.
Avec une chevalière junior pour les escorter, risquaient-ils vraiment de se faire tuer par une Harpie ?
« Tu devrais t’entraîner davantage à lancer en courant. »
Ruagarne dit cela en ramassant le sac à dos resté là et en récupérant le gladius. Enkrid acquiesça et entra à son tour.
Ici, une porte à moitié détruite ne semblait même pas être un gros problème.
Les gens à l’intérieur restaient calmes.
Les soldats qui se tenaient aux côtés d’Aisia marchaient en discutant à voix haute, comme s’ils n’avaient aucune raison de chuchoter.
« Il faut vraiment qu’on élimine ces saloperies de Harpies. »
« Il faut tuer jusqu’au dernier de ces bâtards de Créatures démoniaques. »
C’était Mille Briques.
La porte des frontières où mille briques barraient la route au Royaume démoniaque.
L’endroit était si dangereux que les gens ordinaires ne voulaient même pas y vivre.
Seuls ceux qui haïssaient les Créatures démoniaques demeuraient là.
Mille Briques était deux fois plus brutale que l’ancienne ville fortifiée de Garde-frontière.
Deux soldats, qu’on aurait pris pour des gardes ou des bandits, s’approchèrent sans casque. Ils dépassèrent les marchands qui entraient et dévisagèrent Enkrid.
L’un avait une longue cicatrice au-dessus du sourcil droit ; l’autre ressemblait à un croisement entre un garde et un bandit. Ils s’avancèrent.
Tap, boum, tap, boum.
Un soldat s’approcha en martelant le sol de sa lance tenue de la main droite, puis s’arrêta devant Enkrid.
Il ignora la Grenouille, les Hommes-bêtes et même Rem.
« Le général Tueur de créatures démoniaques Enkrid ? »
demanda-t-il.
Enkrid sentit une pression subtile et acquiesça.
L’homme bougea la main libre, celle qui ne tenait pas sa lance. Enkrid ne réagit pas.
Puis il passa sa lance dans sa main gauche, plia le bras droit et le plaça près de sa taille avant de déclarer :
« C’est un honneur ! »
C’était un salut militaire.
L’homme, qui disait avoir toujours voulu rencontrer Enkrid après avoir entendu parler de lui, s’appelait Millio.
« Ravi de te rencontrer. »
Quand Enkrid le salua, les mains de Millio tremblèrent d’émotion.
« Accepteriez-vous peut-être de vous battre contre moi, un de ces jours… »
« Espèce de taré, qu’est-ce que tu racontes ? Te battre contre lui ? Comment oses-tu lui demander ça ? »
L’autre soldat, à côté de lui, explosa de colère.
« C’est un peu l’ambiance ici, pas vrai ? Il va falloir t’y faire. »
Aisia, qui était entrée la première, dit cela en s’adossant au mur. Elle avait l’air épuisée. Maintenant qu’il la voyait bien, il remarqua les cernes sous ses yeux. On aurait dit qu’elle n’avait pas dormi depuis des jours.
« M’y faire à quoi ? Ça a l’air sacrément amusant. »
Rem intervint à côté d’eux. Il n’avait pas tort.
Le type voulait se battre ? Il n’y avait qu’à lui donner ce qu’il demandait.
« Et vous deux, vous voulez vous battre dans une situation pareille ? Vous avez vraiment trop de temps libre. »
« Non, madame ! »
« Nous allons nous corriger ! »
Aux paroles d’Aisia, les deux soldats se redressèrent et répondirent.
Ils étaient si raides qu’on aurait dit qu’elle leur tapait sur la tête chaque fois qu’elle s’ennuyait.
« Entrons. Nous devrions d’abord voir la chevalière Oara. »
La chevalière Oara.
C’était pour cela qu’Enkrid était venu ici.
À présent, plusieurs autres soldats avaient rejoint les gardes, et tous affichaient un air féroce.
« Rem, on dirait que tu as beaucoup d’amis. »
Quand Enkrid lui dit cela, Rem balaya les alentours du regard. Il n’y avait aucun Occidental. Puis il comprit ce qu’Enkrid voulait dire et sourit.
C’était le sourire qu’il arborait toujours en tuant quelqu’un ou en enfonçant une hache dans le crâne d’une Créature démoniaque.
Rem comprit que son capitaine était de bonne humeur et le taquinait.
« Qu’est-ce qui te rend si content ? »
demanda Rem, puis il comprit rapidement lui-même pourquoi.
« Bordel, t’es tout excité parce que tu vas rencontrer une chevalière. »
« Exactement. »
Enkrid répondit ainsi et suivit Aisia plus profondément dans la ville.
La ville était grande, mais peu peuplée. La plupart des gens portaient des armes, et aucune vendeuse de fleurs n’était en vue.
Il y avait des boutiques, des épiceries et autres commerces, mais ils semblaient presque déserts.
Une boutique était remplie de gens en train de raboter de longues cornes.
On aurait dit qu’ils ne vendaient presque rien d’autre.
Il y avait aussi une boulangerie, où l’on vendait du pain en forme de flèche.
Le nom en était « Pain-flèche ».
La taverne juste à côté n’était pas seulement calme : elle était complètement silencieuse.
Beaucoup de gens semblaient du genre à boire dès midi, mais tous évitaient la taverne.
Le patron sortit devant l’établissement et hurla à pleins poumons, l’air aigri.
« Comment voulez-vous que je gagne ma vie dans ces conditions ? Ce n’est pas parce que vous êtes chevalière que vous pouvez faire tout ce que vous voulez ! »
Les chevaliers étaient respectés.
Parce qu’ils pouvaient tenir tête à mille personnes à eux seuls.
Les chevaliers étaient honorés.
Parce que nul ne pouvait prévoir l’étendue de leur puissance.
Les chevaliers étaient vénérés.
Parce qu’ils montraient la force de leur volonté au service de leurs convictions.
« Oara, je vous en prie ! »
L’homme aux bras épais, qui avait tout l’air d’être le patron de la taverne, répéta plusieurs fois les mêmes suppliques, mais personne ne lui répondit.
Aisia passa devant lui comme si de rien n’était.
« Essaie de comprendre, la situation est mauvaise et l’alcool a été interdit. »
« Une interdiction de l’alcool ? »
Enkrid lui posa la question, mais Aisia répondit simplement : « Demande au chevalier Oara. »
Alors qu’ils avançaient sur une route de terre plutôt mal entretenue, il jeta un coup d’œil dans une ruelle et aperçut quelques femmes qui vendaient leur corps.
De ce côté-là, les affaires semblaient aller plutôt bien.
Un homme qui ressemblait à un soldat discutait devant l’une d’elles.
« Fais-moi un prix. »
« Arrête tes conneries. Tu veux économiser tes kronas pour te payer du bon temps ? »
« Non, sérieusement, je vais t’ouvrir l’entrejambe… »
Peut-être que le soldat s’était énervé. Il leva la main comme s’il allait la frapper. Enkrid ralentit naturellement le pas.
La femme était en position de faiblesse. Il ne pouvait pas rester là à regarder quelqu’un se faire frapper. C’était tout simple. Il comptait d’abord s’interposer ; si les mots ne suffisaient pas, il passerait aux poings.
Mais l’homme ne put pas toucher ne serait-ce qu’un cheveu de sa tête.
« Frappe-moi si tu veux mourir. »
La prostituée tint bon ; le soldat hésita et baissa la main.
« Désolé. J’ai été de mauvaise humeur toute la matinée parce que j’ai perdu aux cartes hier. »
Il s’excusa. La femme ricana, lui saisit le bras et l’entraîna à l’intérieur par une porte latérale.
Ils s’étaient disputés, mais on aurait dit qu’ils se connaissaient bien.
« C’était spécial. »
Rem dit cela d’un ton intéressé.
Enkrid était d’accord. Il avait du mal à digérer ce qu’il venait de voir. Ça ne ressemblait pas vraiment à ce qu’on appelait la vie quotidienne.
« Je vais faire un tour en ville. »
Rem semblait plus intéressé par la ville que par les chevaliers et s’éloigna d’un pas vif pour en faire le tour.
Au centre de la ville se dressait une maison bien trop délabrée pour mériter le nom de manoir.
C’était une cabane en rondins.
L’endroit s’appelait Mille Briques, mais on ne pouvait pas construire tous les bâtiments en briques.
Qui se serait donné la peine d’en transporter autant jusque-là, de les enduire et de les empiler ?
Pour la plupart des bâtiments, couper du bois dans les forêts voisines était évidemment la solution la plus pratique.
Cette maison était de ce genre-là. Une maison faite de rondins.
Crrrriiiic.
Aisia ouvrit la porte sans frapper, et un son bizarre retentit.
C’était le bruit de gonds rouillés.
« Tu ne vas pas réparer cette porte ? »
« Tu peux le faire toi-même. La seule chose que je sais faire, c’est couper. »
Une voix s’éleva de l’intérieur. C’était une voix de femme, lasse et molle.
« C’est vrai. Alors, fais-le toi-même. »
Une autre voix se superposa à la première. Grave, et clairement masculine.
Dunbakel resta dehors. Seuls Ruagarne et Enkrid entrèrent.
La pièce, éclairée par des bougies et des lampes, leur apparut.
Une table ronde se dressait au milieu, avec des bouteilles d’alcool brun et trois personnes assises autour.
« Tu as réussi à amener les jeunes marchands ici sains et saufs ? »
La femme assise au centre posa la question d’un air ensommeillé. Ses cheveux semblaient roux à la lueur des bougies, mais dehors, ils auraient sans doute paru plutôt bruns.
Ses yeux aussi. Sans la lumière des bougies, ils auraient probablement été bruns.
L’odeur de l’alcool était forte et piquait le nez.
« Les renforts sont arrivés. Le Tueur de créatures démoniaques. »
Aisia dit cela, et la femme aux cheveux bruns fixa Enkrid de ses yeux troubles.
« … Toi. »
Elle laissa sa phrase en suspens, puis reprit :
« Beau gosse. »
L’espace d’un instant, le regard embrumé de la chevalière retrouva toute sa netteté.
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